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Schubert - WINTERREISE - Stutztmann, Södergren - 5 novembre 2005

Deux ans après son disque avec le même programme, toujours aux côtés d'Inger Södergren, et un an après sa sortie, revoici Nathalie Stutzmann en récital pour le Winterreise, dans un Grand-Théâtre abominablement vide, surtout pour un samedi soir (parterre à peu près plein, une à deux personnes par loge).
J'avais déjà été marqué par les attaques systématiquement droites de Stutzmann, et les libertés inventives prises avec la partition par Södergen. Rien de cela n'est démenti ce soir.


En situation, cependant, les expressions du visage apportent un supplément, disons une justification par rapport aux choix bizarres des interprètes.
On y retrouve cette voix engorgée, comme contrainte, ces notes droites, aux angles blancs, cette peine à projeter au point que la voix semble toujours demeurer bloquée "en dedans". La systématisation d'effets de tension par l'absence de vibrato, l'arrêt du legato dès qu'un son vibré est émis peuvent finir par irriter. Dans Das Wirsthaus, l'allègement du matériau conduit à mettre en relief toutes les faiblesses techniques, aucun son n'est fini, c'en est irritant.
Chez Södergren, on notera quelques gratuités (comme l'accent sur la troisième croche de la figure en triolet de la mélodie, pour Wasserflut, mais surtout un jeu très intelligent entre pédale et non pédale, des contrepieds intéressants par rapport aux choix interprétatifs les plus répandus - la déploration unanime ou le grinçant.

Passés certains tics chez Stutzmann, donc, quelques vrais moments de grâce paraissent, ici et là : Auf dem Flusse, Frühlingstraum, Der greise Kopf (très engagé, malgré le non respect des piani dans l'aigu), Die Krähe (pour la poésie ineffable du piano, surtout, avec un rubato inhabituel), Der Wegweiser (avec ces sons droits totalement assumés et une issue plus amère qu'hallucinée) et surtout le plus impressionnant Einsamkeit qu'il m'ait été donné d'entendre, avec un premier degré parfaitement porté, sans nulle ironie, tout d'émerveillement et de douleur.

D'une manière générale, Nathalie Stutzmann bannit la réjouissance sauvage et l'amère ironie du cycle, en privilégiant une version beaucoup plus proche du premier degré, comme épurée des conventions d'interprétation. Scéniquement, elle se mire dans le fleuve, recule d'effroi devant la corneille, la suit des yeux avec angoisse, sans qu'il y ait une véritable incarnation - qui serait en effet hors sujet. Pas de pathos, pas de désillusion non plus : ce cycle est celui du cheminement, lent et douloureux, vers la mort.
On peut regretter que la voix ne s'épanouisse pas plus, excepté quelques rares piani extatiques en seconde moitié de cycle, que le systématisme du non vibrato rende l'ensemble un peu démuni en beauté sonore, mais la conception se tient globalement, et l'invention féconde et décalée de la pianiste est très bienvenue dans ces pages maintes fois parcourues.

Le public du Grand-Théâtre de Bordeaux a réservé une ovation debout aux artistes, chose qui n'avait pas été le cas lors de la venue de Matthias Goerne en décembre 2001 pour interpréter ces mêmes poèmes. Le fait que Nathalie Stutzmann soit une habituée du lieu n'explique sans doute pas tout.
Aucun bis n'a été proposé - il est somme toute plutôt rare que les interprètes s'y tiennent.

David - correspondantimpermanent


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Trackbacks

1. Le dimanche 4 décembre 2005 à , de Carnets sur sol

Mieux qu'un commentaire

Un très beau compte-rendu de Sylvie Eusèbe sur le Winterreise de N.Stuztmann/I.Södergren à Bordeaux. Le système de présentation l'enfouit un peu trop à mon goût, aussi je tenais à le signaler ici....

Pour proposer un rétrolien sur ce billet : http://operacritiques.online.fr/css/tb.php?id=93

Commentaires

1. Le mardi 29 novembre 2005 à , par Sylvie Eusèbe

Après avoir lu avec intérêt votre avis sur le récital donné à Bordeaux ce début novembre par Nathalie Stutzmann et Inger Södergren (le Winterreise de Schubert), je suis heureuse de pouvoir à mon tour vous livrer mes réactions sur cette soirée. Je vous demande d’excuser mon commentaire beaucoup moins musical que le vôtre, j’ai été ce soir-là beaucoup plus sensible aux apparences directes qu’à la musique elle-même…

Malgré sa petitesse, la salle du Grand-Théâtre de Bordeaux n’est pas bien pleine, à 70% peut-être, et encore… Le récital débute très à l’heure, les musiciennes entrent sur scène et saluent rapidement sous des applaudissements importants, on devine que le public les connaît et qu’il entend le leur montrer. (Dans cette même salle, en 1999, Nathalie Stutzmann a chanté le Jules César de Haendel).
Vêtue de son costume noir, la chanteuse se concentre comme à son habitude tête baissée vers l’avant. Puis le visage tendu et le front soucieux, elle se tourne vers Inger Södergren pour lui signifier qu’elle est prête. La pianiste débute immédiatement le Gute Nacht et N. Stutzmann se lance à son tour.

C’est le premier Winterreise par ces interprètes que j’écoute « en vrai ». Je remarque peu de différences par rapport à leur disque de l’an passé. Je pense le connaître vraiment bien, aussi les changements auraient dû me sauter aux oreilles ; seules peut-être les intonations particulières sont moins marquées, mais j’écoute moins lorsque je vois en même temps !
Pourtant, voir N. Stutzmann chanter le Winterreise ne distrait pas de l’écoute, la chanteuse renforce au contraire le lien entre le texte et la musique par son jeu certes très retenu mais dramatique et parfois simplement expressif : elle suit des yeux la corneille qui vole au-dessus de sa tête ou se penche pour regarder son image dans le ruisseau gelé.
Vue de face, abritée par le creux du piano qu’elle tient de la main droite, son engagement physique est très perceptible, fermement enracinée dans le sol, les genoux légèrement fléchis, les gestes lents, le front plissé entre les sourcils et les regards souvent angoissés.
On retrouve immédiatement son timbre, ses intonations particulières (ou, oi, ié), sa douceur dans la prononciation de certaines voyelles (les u et les a). Sa diction est toujours aussi précise, et son articulation si personnelle (les s, f, j/g et les v), très soignée particulièrement en fin de vers, est très impressionnante.
Mais il faut ce soir plusieurs lieder à la contralto avant de paraître plus à l’aise, pas spécialement vocalement, mais dans l’ensemble de son attitude. À la différence de son récital de mélodies françaises en avril dernier à Paris, je ressens ici la difficulté de ce répertoire allemand (un peu comme avec Christophe Prégardien il y a une quinzaine de jours au Théâtre du Châtelet). Ce type de chant fait ressortir la vulnérabilité de la voix qui s’élance seule, sans protection ni défense, dans ce cycle si aimé, si attendu, si redouté.

Après le n°12 (Einsamkeit) dont j’aime particulièrement la première partie qui plane entre désolation absolue et beauté pure, les musiciennes font une pause mais ne sortent pas de scène. Le public n’applaudit pas et s’agite à peine.
Puis la deuxième partie du cycle débute, et à partir de là, j’ai l’impression que N. Stutzmann se libère complètement mais que I. Södergren, en revanche, n’est plus aussi concentrée : elle fait à plusieurs reprises des fausses notes et hoche sévèrement la tête à ses erreurs. Quant à la chanteuse, elle déploie une étonnante souplesse vocale et transmet une grande énergie, les nuances sont plus nombreuses, bien que le jeu des timbres et des accents soit logiquement plus retenu que dans le récent et ardent Schwanengesang. La voix va du murmure à la note lancée fortement avec un mouvement de la tête gauche à droite, de façon à balayer l’ensemble de la salle. Le visage est plus reposé et les yeux sont souvent fermés, presque comme un dormeur. Parfois l’expression s’éclaircit d’un sourire, et indépendamment du sens des mots le plaisir de leur diction est visible.
Certains lieder sont enchaînés comme au disque et ils se succèdent en une suite hallucinante et inéluctable. Déjà le dernier arrive, ce joueur de vielle hors de tout. Au-delà des sentiments, N. Stutzmann se redresse, sa manière de chanter devient encore plus sobre ; elle traduit parfaitement la résolution de tout ce qui a précédé : blanc, mat, immobile, infini.

Bien que pris très littéralement, la façon dont ces poèmes sont joués par les deux musiciennes ne communique pas une impression de mélancolie, de solitude et de cheminement vers la mort. À l’inverse du disque qui donne bien cette image d’introspection et de repli sur soi, le cycle écouté en vrai n’est ni déprimant, ni complaisant. Il insuffle l’envie de vivre, et les applaudissements qu’il suscite n’en sont que plus chaleureux et émus.

Les artistes saluent modestement le public qui manifeste son enthousiasme par de nombreux rappels et bravos, l’orchestre se lève, mais même sous cette pression, les musiciennes ne donnent pas de bis. De toute façon, quoi jouer après le Winterreise ? Reprendre le Gute Nacht ?
Main sur le cœur, Nathalie Stutzmann souriante quitte la scène comme à regret avec un léger regard en arrière vers le public.

S. Eusèbe, 29 Novembre 2005

2. Le dimanche 4 décembre 2005 à , par DavidLeMarrec

Un grand merci pour ce très beau compte-rendu !

Il est amusant de constater que le point de vue est différent, mais que les observations ne diffèrent pas nécessairement si on les recoupe ! Nous avons par exemple tous les deux été conquis par Einsamkeit, à la fois original dans le panorama discographique et parfaitement maîtrisé dans la perspective choisie.

J'avais aussi noté quelques pains chez Södergren, mais ça ne m'a pas perturbé l'écoute, je dois dire. Par rapport à l'inventivité qu'elle déploie, c'est bien peu de chose. Au demeurant, les prestations des grands virtuoses, dans ce répertoire, sont (parfois) un brin lisses et pâlotes.

Dans la seconde partie, quelques très beaux sons filés, en effet. Mais tout de même, encore beaucoup de sons blancs. Ce côté anguleux ne semble pas vous avoir gêné ?


"Les artistes saluent modestement le public qui manifeste son enthousiasme par de nombreux rappels et bravos, l’orchestre se lève, "

Ah bon, je n'avais pas remarqué que c'était l'arrangement de Zender. ;)


"mais même sous cette pression, les musiciennes ne donnent pas de bis. De toute façon, quoi jouer après le Winterreise ? Reprendre le Gute Nacht ?"

A titre personnel, je préfère ne pas avoir de bis après les cycles de Schubert. Etrangement, pour Schumann ou Wolf, ça m'est beaucoup plus indifférent. Sans doute parce qu'il n'y a pas cette tension dramatique.
Si, pour le Schwanengesang ; la solution retenue par le couple Goerne/Brendel était excellente : jouer le seul Seidl (Die Taubenpost) en bis.

3. Le mercredi 7 décembre 2005 à , par Sylvie Eusèbe

Je suis ravi que mon modeste compte-rendu vous ait plu ! Il est vrai que sur certains points nos approches se recoupent. De plus, je suis enchantée (c’est le mot juste) de pouvoir discuter de N. Stutzmann, que, vous l’aurez compris, j’aime infiniment…

Sa voix me plait « instinctivement », elle me bouleverse sans que je sache pourquoi, bien que quelques explications viennent soutenir cet élan initial… Je perçois chez elle bien mieux que chez les autres ce qui lui est propre, j’aime simplement le son de sa voix, son timbre, et cela presque indépendamment de son expressivité et de sa musicalité. Mais je trouve aussi sa façon de chanter très limpide, et elle m’exprime parfaitement ce que je recherche dans l’art : simplicité, beauté et raffinement alliés à l’inventivité et à l’imagination.

Pour revenir à notre débat, je suis désolée de ne vraiment pas comprendre ce qui vous fait écrire qu’elle avait l’autre soir une « voix engorgée, comme contrainte (…) la voix semble toujours demeurer bloquée en dedans ». D’autre part, peu familiarisée avec le vocabulaire de la critique musicale, je ne vois pas bien ce que vous voulez dire par un son blanc, anguleux, en général, et appliqué à N. Stutzmann en particulier. Trouvez-vous que sa voix est détimbrée à force de dépouillement (peu ou pas de vibrato, plus d’accent), blanc et mat ? Plat et lisse ? Froid et dur ? D’où l’anguleux ? Si c’est cela, alors j’aime plutôt puisque seule « l’essence » de la voix subsiste et je ne ressens pas ses caractéristiques comme une gêne ou un manque, bien au contraire ! Un critique à propos de son interprétation du Salve Regina RV 616 de Vivaldi a parlé de « voix crépusculaire », cela me semble bien la décrire dans ces moments-là, à moins qu’il ne s’agisse du blanc de l’incandescence qui peut aussi convenir.

Je suis en revanche de votre avis concernant la difficulté voire l’inutilité d’un bis après ce cycle, peut-être encore plus que pour d’autres. Musicalement et dramatiquement, cela dénaturerait tout l’effet d’accumulation qui culmine au dernier lied. Et si on regrette d’être laissé brusquement à soi-même après avoir été emmené si loin, c’est bien qu’on ne peut pas reprocher à ces interprètes un manque de générosité !!!

Avez-vous assisté quelques jours après ce Winterreise au concert du Palais des Sports le 9/11/05, N. Stutzmann a chanté les Kindertotenlieder. J’ai eu la chance d’y être et si vous le désirez, j’en ai fait pour moi-même un compte-rendu que je peux faire partager.

PS : Merci pour « l’orchestre de l’arrangement Zender » (à ma grande surprise, j’aime assez cette relecture d’un cycle qui m’est pourtant quasi sacré…), et « le public se lève » aurait été plus judicieux !

S. Eusèbe, 07/12/2005

4. Le mercredi 7 décembre 2005 à , par DavidLeMarrec

Sa voix me plait « instinctivement », elle me bouleverse sans que je sache pourquoi, bien que quelques explications viennent soutenir cet élan initial… Je perçois chez elle bien mieux que chez les autres ce qui lui est propre, j’aime simplement le son de sa voix, son timbre, et cela presque indépendamment de son expressivité et de sa musicalité. Mais je trouve aussi sa façon de chanter très limpide, et elle m’exprime parfaitement ce que je recherche dans l’art : simplicité, beauté et raffinement alliés à l’inventivité et à l’imagination.

Je suis plus partagé, vous l'avez senti. Toutefois, j'ai eu une grande expérience en l'entendant dans la Deuxième de Mahler en concert ; le plus bel Urlicht qu'on puisse imaginer ! Effectivement : simple, ample, d'une grande justesse verbale, touchant en tout point.


Pour revenir à notre débat, je suis désolée de ne vraiment pas comprendre ce qui vous fait écrire qu’elle avait l’autre soir une « voix engorgée, comme contrainte (…) la voix semble toujours demeurer bloquée en dedans ».

Comme beaucoup de contralto ou revendiqués tel, N. Stutzmann a tendance à assombrir un peu artificiellement les sons en engorgeant. En termes de projection, ça se ressent : le son ne rayonne pas, reste bloqué. C'est très sensible dans Haendel (Giulio Cesare à Bordeaux ou Amadigi di Gaula au disque) : dans les traits rapides, la voix ne "sort" pas, elle n'est pas toujours très audible.
En revanche, dans le répertoire plus lourd, elle libère bien mieux ses moyens, avec un vibrato superbe.


D’autre part, peu familiarisée avec le vocabulaire de la critique musicale, je ne vois pas bien ce que vous voulez dire par un son blanc, anguleux, en général, et appliqué à N. Stutzmann en particulier.

Un son blanc, c'est un son sans vibrato, mais détimbré. C'est souvent un problème de soutien (le souffle est mal placé, en quelque sorte). Ca donne l'impression que la note n'est "pas finie", d'un point de vue auditif.

Ce ne sont pas tant les sons que la ligne de chant que je qualifierais d'anguleuse. Très peu de ports de voix, jusqu'à la raideur parfois. Oui, c'est bien un effet secondaire de ce dépouillement absolu. Seulement, il me semble qu'on peut le faire sans induire ces caractéristiques techniques ou esthétiques que je qualifiais d' "anguleuses".
Je n'ai pas mesuré la longueur du souffle - on ne vient pas écouter le Winterreise pour mesurer des performances physiques, je pense que nous ne nous battrons pas là-dessus -, mais j'avais l'impression d'un souffle court, avec des accents ou du moins des interruptions nombreuses, instinctivement. Et parfois des sons tenus, mais "droits" (raides, si on veut), comme dans Einen Weiser seh' ich stehen [...]. Des petites difficultés à obtenir les sons filés, qui sortaient souvent moyennement réussis.


Trouvez-vous que sa voix est détimbrée à force de dépouillement (peu ou pas de vibrato, plus d’accent), blanc et mat ? [...] Froid et dur ?

Oui, il y a de ça.

En somme, j'ai aimé, ça a fonctionné, il y a eu des parti pris assumés. Mais j'ai eu quelques réserves sur la réalisation du pari, un certain systématisme, certaines choses pas très belles qui n'étaient pas nécessaires. Avec quelques moments de grâce. Et puis un bon interprète qui s'investit dans le Winterreise, c'est toujours efficace pour l'auditeur, au final ; et on ne s'en plaint pas.


Avez-vous assisté quelques jours après ce Winterreise au concert du Palais des Sports le 9/11/05, N. Stutzmann a chanté les Kindertotenlieder.

Je voulais m'y rendre, mais il m'a hélas fallu choisir entre ce concert et celui du Choeur de Chambre de la radio lettonne. Il y avait le gratin des compositeurs lettons contemporains au programme, dans des oeuvres introuvables, alors il n'était pas question de laisser passer ça !
Ne serait-ce que pour les pièces du Vasks de la meilleure veine, inventives et sans folklorisme bon marché, ça en valait la peine.


J’ai eu la chance d’y être et si vous le désirez, j’en ai fait pour moi-même un compte-rendu que je peux faire partager.

J'accepte avec enthousiasme ! J'imagine que cette musique lui a très bien convenu.
Je garde un merveilleux souvenir d'Angelika Kirchschlager dans ce cycle ; nul doute que les choix de Nathalie Stutzmann ont été tout autres ! Si c'était aussi bon que pour la Deuxième, ce devait être grand.


PS : Merci pour « l’orchestre de l’arrangement Zender » (à ma grande surprise, j’aime assez cette relecture d’un cycle qui m’est pourtant quasi sacré…), et « le public se lève » aurait été plus judicieux !

Oui, "le parterre" aurait été moins ambigu. J'avoue avoir été éhontémnet taquin. Ca m'a fait sourire, puisque nous n'avions ni l'un ni l'autre spécifié l'effectif qui semblait aller de soi. J'imaginais l'internaute ingénu qui lirait cela et chercherait désespérément une quelconque mention de l'orchestre dans les deux comptes-rendus.

Quant à Zender, j'ai bien aimé aux premières écoutes - j'aime l'oeuvre de Zender comme compositeur et comme chef, de toute façon. Mais force est de reconnaître qu'à la longue, il y a une certaine dispersion de l'écoute, surtout que les bruitages m'empêchent le "raptus", personnellement. J'aime, mais je ne l'écoute guère. C'est surtout pour le bel investissement de Blochwitz que je remets le disque sur la platine, je l'avoue.


J'en profite pour vous demander avec une malsaine curiosité quelles sont alors vos versions de chevet de cette oeuvre sacrée ?

5. Le lundi 12 décembre 2005 à , par Sylvie Eusèbe

Merci de prendre le temps et le sérieux nécessaire pour m’éclairer sur de nombreux points !

Je ne tiens pas à minimiser vos remarques concernant la « projection » de N. Stutzmann, vous verrez dans le compte-rendu des Kindertotenlieder que malgré toute l’admiration que je lui porte, je peux convenir de certaines réalités même si elles ne sont pas à son avantage… Cependant on ne peut pas demander à la voix de contralto la même projection que celle de voix plus légères au timbre plus aigu… C’est un problème d’acoustique, un son grave ne « passe » pas si bien qu’une note aiguë !

Pour revenir aux angles : vous qualifiez sa ligne de chant d’anguleuse, alors que je la perçois flexible et parle de souplesse vocale ! Je pense que nous resterons assez inconciliables sur ce point, mais j’y ferai plus attention la prochaine fois que je l’écoute dans ce type de répertoire (en principe, récital Schumann à Fontainebleau en mars 2006).
Par contre, je suis d’accord sur le « certain systématisme », mais je me demande si bien connaître les choix d’un artiste par rapport à une œuvre donnée ne dessert finalement pas notre perception…

Pour l’arrangement de Zender, vous avez eu le mot juste : « j’aime, mais je ne l’écoute guère ».

Il n’est pas du tout malsain de me demander vers quelles versions du Winterreise je reviens toujours, d’autant plus que mes goûts n’ont rien d’originaux :
- D. Fischer-Diskau (sans finasser sur la version) pour la beauté du timbre aérien et l’élégance suprême (un de mes souvenirs musicaux le plus émouvant est sans aucun doute ses adieux avec le Schwanengesang à Pleyel),
- J. van Dam pour l’expression vigoureuse et dramatique (superbe souvenir d’un Winterreise au milieu des années 90 salle Gaveau (timbre un peu nasale mais voix pleine, chaude et si justement expressive…)
- quant à N. Stutzmann, c’est grâce à son enregistrement de l’an passé que je l’ai vraiment découverte… Je l’ai écoutée en récital pour la première fois en 1991, mais sa voix ne m’avait pas assez frappée pour que je la « suive » comme maintenant. Alors, dire que j’aime sa version est en de-ça de la vérité, mais l’attachement que je lui porte ne me permet pas le recul suffisant pour émettre un avis vraiment désintéressé !

Voici mon compte-rendu du concert du 9/11/05 :

Bordeaux, Palais des Sports, mercredi 9 novembre 2005, 20h30.
Concert, E. Grieg : Danses symphoniques n° 2 et 3 op.64, Ph. Hurel : Phonus pour flûte et orchestre (création française), G. Mahler : Kindertotenlieder.
Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, direction Christian Eggen, Benoît Fromager (flûte), Nathalie Stutzmann (contralto)

Le Palais des Sports de Bordeaux fait figure d’ovni en béton tombé dans le centre ville. Il rassemble un parking aérien sur plusieurs niveaux, des boutiques et une salle de spectacle d’environ 1500 places que l’on sent polyvalente à l’extrême. Une décoration inexistante des lieux et un confort minimal reflètent sans doute l’idée que l’on se fait des attentes du public sportif, mais ce n’est absolument pas le cadre rêvé pour un concert classique.
Aucun programme n’est distribué par le personnel (très aimable), et seule la grande scène, avec le podium du chef, les sièges, les pupitres, les instruments (contrebasses et percussions), les rideaux noirs sur les cotés et un fond éclairé d’un beau bleu uni, permettent de se préparer à la musique et d’arriver à l’état d’esprit qui en fait le mieux profiter.

Ce n’est bien sûr ni pour Grieg ni pour la création française que je suis ici, cependant dès les premières notes des Danses symphoniques l’orchestre séduit par ses sonorités nettes et riches, en particulier les bois et les cuivres. Si Grieg m’a fait penser aux dernières symphonies de Dvorak, le concerto pour flûte qui a suivi ne m’a pas évoqué grand-chose. Il n’a pas révolutionné ma difficile approche de la musique contemporaine, sans toutefois déclencher un rejet, ce qui arrive pourtant souvent. J’admire le travail des musiciens et du soliste, mais c’est sûrement plus agréable à jouer qu’à écouter ! Quelques passages ont un peu capté mon attention, en particulier quand la construction est plus sensible, lorsqu’un dialogue clair s’installe entre la flûte et les groupes d’instruments. J’ai pris le cri (d’énervement ?) du flûtiste à l’issue de son long monologue pour de l’humour, mais je ne suis pas sûre que cela soit le but du compositeur… Celui-ci a été bien applaudi par le public malgré quelques « hou » probablement de rigueur lors de toutes créations.

Après l’entracte, le moment attendu arrive : N. Stutzmann entre sur scène par le passage ménagé dans les violons et prend la place habituelle du soliste à gauche du chef. Ni pupitre, ni partition, elle connaît donc l’œuvre par cœur, ce qui ne me semble pas systématique pour un concert. Elle se concentre la tête penchée en avant, derrière les pieds des deux micros hauts perchés devant l’orchestre (le concert est enregistré par France Musique).
Les instrumentistes débutent le premier Kindertotenlieder sous la battue sans baguette et ample du chef dont le corps et les cheveux suivent la musique en souplesse… Et N. Stutzmann chante.

Elle chante tranquillement, calmement, sans drame, sans douleur même… Ses gestes sont lents et mesurés ; les mains croisées les paumes vers le haut ou les bras ouverts vers l’avant accompagnent discrètement la parole. Sa prononciation toujours claire permet de savourer chaque son, notamment les «…aus » un peu trainant sur le s (Haus, hinaus, Braus, Graus). Mais surtout, c’est par la beauté seule de son timbre qu’elle touche. Je retrouve l’impression que m’avaient faite ses enregistrements des symphonies 2 et 3, seuls exemples que je connaissais de son chant mahlérien. Cette partition est bien sûr écrite pour sa tessiture, mais sa voix convient si totalement à cette musique qu’on en oublie le sens du texte, pourtant ici encore plus terrifiant que dans les symphonies puisqu’il traduit un drame vécu par Mahler.

Le début du troisième chant « Wenn dein Mütterlein » (Quand la tendre mère) me semble particulièrement remarquable, le dialogue et l’équilibre entre la chanteuse et les instruments sont parfaits, notamment grâce aux cuivres, d’une grande douceur et sans fausse note...

Le chef incite ses musiciens à augmenter leur volume sonore lorsque N. Stutzmann ne chante pas, mais dès qu’elle reprend, l’orchestre à l’instant joue piano. Et il lui faut bien toute cette respectueuse délicatesse, car on sent que N. Stutzmann de toutes façons ne force pas et ne forcera pas. Tant pis s’il faut probablement terriblement tendre l’oreille passé le parterre puis l’orchestre, car même de celui-ci toutes ses notes ne s’entendent pas, en particulier les graves en fin de vers.

La contralto aborde le quatrième chant « Oft denk’ich, sie sind nur ausgegangen ! » (Souvent je me dis qu’ils sont seulement sortis !) avec une grande sérénité, son léger sourire ne laisse nulle place à l’inquiétude, et ne traduit aucun pressentiment du drame, le contraste entre le présent du narrateur et ce qui s’est peut-être déjà passé n’en est que plus saisissant (Der Tag ist schön !).

Quant au dernier lied, il était dans ma mémoire beaucoup plus mouvementé et tourmenté. « In diesem Wetter, in diesem Braus » (Par ce mauvais temps, cet ouragan) dit un peu violemment, presque scandé, en tout cas très dramatique. Ici rien de tel, N. Stutzmann, encore un peu plus retenue que dans les chants précédents, calme et droite, semble nous dire que ce cheminement musical délivre des sentiments terrestres, de la tristesse pesante et paralysante, et qu’ainsi arrivent plénitude et élévation.

« Par ce mauvais temps, cet ouragan,
Ce vent qui hurle,
Ils reposent comme dans le sein de leur mère.
Ne redoutant nulle tempête,
Protégés par la main de Dieu,
Ils reposent comme dans le sein de leur mère. »

Quelques secondes de silence pour permettre à tous de sortir de ce monde, puis forts applaudissements. N. Stutzmann reprend visiblement ses esprits (rapidement tout de même), enserre des deux mains celle du chef d’orchestre un peu gauche sur son podium et lui glisse un « danke » lu sur les lèvres, puis serre la main du premier violon et envoie un salut aux cuivres. Pendant plusieurs rappels enthousiastes des bravos se font entendre, la chanteuse gratifie le public de « merci » et se fait longuement applaudir des mains ou des archets par les musiciens.

S. Eusèbe, 14-17/11/2005 pour le compte-rendu, puis 12/12/05.

6. Le lundi 12 décembre 2005 à , par DavidLeMarrec

Cependant on ne peut pas demander à la voix de contralto la même projection que celle de voix plus légères au timbre plus aigu… C’est un problème d’acoustique, un son grave ne « passe » pas si bien qu’une note aiguë !

Surtout au Palais des Sports... Dans Mahler, je n'avais pas noté les mêmes défauts, au demeurant. (Pas de défauts du tout serait plus juste.)

Je pense que nous resterons assez inconciliables sur ce point, mais j’y ferai plus attention la prochaine fois que je l’écoute dans ce type de répertoire (en principe, récital Schumann à Fontainebleau en mars 2006).

Si vous ne l'entendez pas, c'est vous qui avez raison, ne vous forcez surtout pas !

Par contre, je suis d’accord sur le « certain systématisme », mais je me demande si bien connaître les choix d’un artiste par rapport à une œuvre donnée ne dessert finalement pas notre perception…

Personnellement, ça m'a été imposé par l'écoute du cycle, dès la première audition du disque.

- D. Fischer-Diskau (sans finasser sur la version) pour la beauté du timbre aérien et l’élégance suprême (un de mes souvenirs musicaux le plus émouvant est sans aucun doute ses adieux avec le Schwanengesang à Pleyel),

Eh bien moi, je finasserais bien volontiers sur les versions, parce que Brendel et Barenboim ne passent pas du tout (en grande partie à cause de chichis pianistiques...). Alors que les deux version de jeunesse, les trois Moore, Demus et Perahia si. Moore I, pour la beauté de la voix, le drame sombre et chaleureux. Moore II surtout, pour des trouvailles incroyables, servies par la ductilité infinie du chant de DFD.

Pour van Dam, l'allemand me gêne assez, comme pour son Amfortas avec Karajan, mais contrairement à ses Hollandais (Karajan, puis Cambreling à la Monnaie). Etrange.

J'ai beaucoup de versions que je chéris, mais ma préférence va à Goerne, il est vrai aidé du fait que je l'ai entendu en récital dans ce cycle. Au lieu de privilégier le mot comme DFD (c'en est presque hystérique, dans certains lieder, on le lui reproche parfois), il choisit le vers pour unité, et le résultat est merveilleux d'intelligence textuelle et musicale. Dommage qu'il ne l'ait pas enregistré avec Schneider, diablement musical.
Sinon, mon accompagnateur favori de ce cycle est sans doute Naum Grubert, qui accompagne Robert Holl dans sa seconde version. La ritournelle de Mut ! est un souvenir impérissable, une thématique sans objet, qui tourne à vide, et exécutée avec une beauté plastique inoubliable. Le sens et l'esthétique...

Voici mon compte-rendu du concert du 9/11/05 : Je peux le publier en tête ? Je conserve mon commentaire, au cas où ce serait oui. :-) Merci.

7. Le mardi 13 décembre 2005 à , par Sylvie Eusèbe

La version Goerne/Brendel (que je n’ai écouté que partiellement) ne m’a pas touché, j’ai trouvé cela trop froid, mais ce que vous en dites m’incite à y revenir, d’autant plus que j’apprécie depuis longtemps A. Brendel, je suis allée l’écouter en concert et en récital à plusieurs reprises et il m’a fait découvrir pas mal d’œuvres.

Sans finasser sur la version de DFD, je pensais toutefois à Moore ou Demus, et tant pis pour van Dam/Baldwin…

Je m’aperçois que je ne vous ai pas encore demandé quelles sont les raisons majeures qui vous font aimer une version, ou plus largement un interprète, quels aspects privilégiez-vous, à quoi êtes-vous le plus sensible ? J’ai du mal à me faire une idée même à travers vos commentaires précis !

Si vous trouvez mon compte-rendu du 09/11/2005 digne d’être « mis en tête », n’hésitez pas !

8. Le mercredi 14 décembre 2005 à , par DavidLeMarrec

Très honnêtement, je ne trouve pas la version Goerne/Brendel exceptionnelle. La prise de son n'est pas fameuse, et puis Brendel est d'un précieux et d'une sècheresse qui ne me conviennent pas dans ce cycle. Goerne n'est pas au mieux de ce qu'il sait faire non plus. Il faut dire qu'il avait fait la tournée avec Eric Schneider, mais forcément, le nom est moins vendeur.

Inversement, le Schwanengesang avec Brendel est remarquable, y compris pour Brendel, qui parvient, détail mais détail significatif, à faire entendre la guitare dans Ständchen ! L'invention de Goerne y est bien plus à profit. Si vous devez retenter du Goerne, ce serait ce que je conseillerais, ou alors Die schöne Müllerin avec Schneider.

Sans finasser sur la version de DFD, je pensais toutefois à Moore ou Demus [...]

Hihi. Je me disais bien, aussi. Comme vous le souligniez, les derniers récitals de DFD étaient remarquables aussi, dans une façon absolument renouvelée.

Je m’aperçois que je ne vous ai pas encore demandé quelles sont les raisons majeures qui vous font aimer une version, ou plus largement un interprète, quels aspects privilégiez-vous, à quoi êtes-vous le plus sensible ? J’ai du mal à me faire une idée même à travers vos commentaires précis !

Il y a beaucoup de critères, et au final, c'est une alchimie qu'il est à peu près impossible de prévoir. Mais pour un récital de lieder et même à l'opéra, je suis surtout sensible au texte, à l'imagination du chanteur. Un minimum de technique vocale est bien entendu nécessaire, mais je peux me contenter de performances très limitées vocalement si le texte est traité efficacement. Ainsi j'ai une admiration pour Mireille Delunsch qui souffre peu de bornes, justement parce qu'elle s'implique toujours dans la caractérisation, quitte à s'occuper de la voix après. Je pense aussi à l'Isolde de Caterina Ligendza, qui n'a pas toutes les notes, mais qui dispose d'une certaine grâce ; ou encore au Wotan de Siegmund Nimsgern, une catastrophe sur le papier, mais chanté avec tellement de personnalité et d'engagement...

Si vous trouvez mon compte-rendu du 09/11/2005 digne d’être « mis en tête », n’hésitez pas !

Si je le proposais, c'est justement que j'enrageais de le voir enfoui dans les commentaires, oui !

9. Le vendredi 16 décembre 2005 à , par Sylvie Eusèbe

Je comprends mieux votre façon d’écouter, et vous avez raison, c’est une véritable alchimie !

Bien que Mireille Delunsch ait été la Cléopâtre de Nathalie Stutzmann, je ne l’ai pas encore écoutée, quant aux deux autres chanteurs que vous citez, ils me sont inconnus et cela n’a rien d’étonnant puisque j’ai un blocage presque total avec Wagner !

Comme je ne suis pas super-mélomane, je suis sensible aux chanteurs qui ont un timbre très personnel et un caractère bien perceptible. Il faut que je puisse les reconnaître après les avoir écoutés une ou deux fois sérieusement. Par conséquent c’est ce timbre que je privilégie, en même temps que l’originalité de l’expression du rapport texte/musique.

Mais il y a aussi deux autres critères indépendant de ma volonté puisqu’ils sont purement physiques : d’une part, je mets sur le compte d’une voix parlée assez grave la fascination naturelle qu’exercent sur moi les sons bas (violoncelle, basson, cor, contralto, baryton et basse), et d’autre part, les sons aigus me fond mal aux oreilles, et déclenchent dès qu’ils sont un peu forts d’horripilants acouphènes ressemblant aux crachements d’enceintes 2X 100W mal branchées. Alors je suis bien peu attirée par la flûte, le violon ou les sopranos et les ténors !

Cela donne de haut en bas de la gamme (et cette liste n’est que celle d’aujourd’hui…) :
Pour les femmes :

B. Bonney ; avant le Cosi de cet été (on en a discuté ailleurs) elle me faisait très forte impression. Dans Schubert, elle chante le tube qu’est l’Ave Maria avec une telle délicatesse, une telle élégance… et son Pâtre sur le Rocher (avec S. Kam) est si limpide ! C’est comme ça que je veux continuer à l’adorer !

Magdalena Kozena que j’ai découverte il y a peu (Haendel, Vivaldi), aussi je ne caractérise pas encore très bien son timbre, mais je trouve sa voix d’une grande beauté.

Margaret Price, dans Schubert pour le côté brillant et presque désuet de l’interprétation mais avec une résonance et une joie qui m’évoquent la nature et les verts alpages ! Je ne sais pas pourquoi, mais dans mon XIXe siècle onirique, on chante Schubert comme ça !

B. Fassbaender pour son timbre vraiment personnel. Mais depuis que je connais le Schwanengesang de qui vous savez, elle me paraît un bloc de glace et je trouve ses accents pas toujours très beaux… comme les goûts changent ! Toutefois son Chant de la Terre demeure une grande expérience (C.-M. Giulini y est pour beaucoup) !

Lina Mkrtchyan que je ne connais hélas que grâce à Glinka. Sa tessiture bien sûr est à rapprocher de celle de N. Stutzmann. Sa magnifique expressivité réussit à me faire « comprendre » ces mélodies sans que je sache un seul mot de russe ! Sa voix est souple, variable, fragile ou volontaire. J’ai rarement rencontré un chant aussi émouvant.

Je donne vraiment une place à part à K. Ferrier. Je l’aime sans réserve dans tous les enregistrements que je connais, même avec ses faiblesses vocales, même avec la mauvaise qualité technique, même avec le style vieilli de certaines interprétations. Il m’est terriblement difficile de me détacher de son histoire et de ne l’envisager que comme chanteuse. À cause de cela, l’écouter m’est toujours assez douloureux mais très régulièrement indispensable…

Pour les hommes : Ph. Jarrouski, Ch. Prégardien, J. van Dam, D. Fischer-Diskau, K. Moll… mais cela sera peut-être pour une autre fois.

Pour revenir une fois de plus à Nathalie Stutzmann, début d’année prochaine je me ferai un plaisir de vous proposer un compte-rendu hyper-subjectif du Xerxes haendelien et bavarois dans lequel je vais bientôt aller l’écouter. J’aimerai aussi faire une petite comparaison de ses interprétations de Bach, mais je ne suis pas sûre d’être à la hauteur… à voir.

10. Le vendredi 16 décembre 2005 à , par DavidLeMarrec

Bien que Mireille Delunsch ait été la Cléopâtre de Nathalie Stutzmann, je ne l’ai pas encore écoutée, quant aux deux autres chanteurs que vous citez, ils me sont inconnus et cela n’a rien d’étonnant puisque j’ai un blocage presque total avec Wagner !

Sans trop se forcer, il doit être possible de trouver d'autres noms.


Comme je ne suis pas super-mélomane, je suis sensible aux chanteurs qui ont un timbre très personnel et un caractère bien perceptible. Il faut que je puisse les reconnaître après les avoir écoutés une ou deux fois sérieusement. Par conséquent c’est ce timbre que je privilégie, en même temps que l’originalité de l’expression du rapport texte/musique.

Ah oui, là vraiment, si vous vous attachez au timbre, je comprends que Wagner soit difficile. Il faut en faire le deuil, je crois, pour cette musique.


Mais il y a aussi deux autres critères indépendant de ma volonté puisqu’ils sont purement physiques : d’une part, je mets sur le compte d’une voix parlée assez grave la fascination naturelle qu’exercent sur moi les sons bas (violoncelle, basson, cor, contralto, baryton et basse), et d’autre part, les sons aigus me fond mal aux oreilles, et déclenchent dès qu’ils sont un peu forts d’horripilants acouphènes ressemblant aux crachements d’enceintes 2X 100W mal branchées. Alors je suis bien peu attirée par la flûte, le violon ou les sopranos et les ténors !

Je comprends. Ce peut être une question d'éducation auditive, éventuellement. Sinon, je ne suis pas compétent. :-)


B. Bonney ; avant le Cosi de cet été (on en a discuté ailleurs) elle me faisait très forte impression. Dans Schubert, elle chante le tube qu’est l’Ave Maria avec une telle délicatesse, une telle élégance… et son Pâtre sur le Rocher (avec S. Kam) est si limpide ! C’est comme ça que je veux continuer à l’adorer !

Je crains hélas que ce ne soit plus qu'au travers du disque, mais c'est déjà pas mal !


Magdalena Kozena que j’ai découverte il y a peu (Haendel, Vivaldi), aussi je ne caractérise pas encore très bien son timbre, mais je trouve sa voix d’une grande beauté.

Mélisande, Orphée, et même Dorabella sont pour moi marquées indélébilement par sa finesse musicale et la justesse de ses incarnations. Mélisande, surtout, vraiment au sommet de ce qui a été fait dans le rôle. Et quel français ! Je l'aime moins dans les rôles purement baroques, où les sons sont moins vibrés, la voix plus impersonnelle, l'interprétation plus passe-partout. Mais c'est vraiment une grande pointure. Il paraît qu'elle chante le lied à merveille. Pour des questions de réception radiophoniques, je n'en avais eu qu'un écho déformé, et pas follement enthousiasmant (un peu propret, peut-être). A vérifier donc.


Margaret Price, dans Schubert pour le côté brillant et presque désuet de l’interprétation mais avec une résonance et une joie qui m’évoquent la nature et les verts alpages ! Je ne sais pas pourquoi, mais dans mon XIXe siècle onirique, on chante Schubert comme ça !

Dans quels Schubert précisément ? (pas le Winterreise, je m'en doute)
Plus encore que dans Schubert, c'est dans les seconds Liederkreis de Schumann que je l'admire par-dessus tout.


B. Fassbaender pour son timbre vraiment personnel. Mais depuis que je connais le Schwanengesang de qui vous savez, elle me paraît un bloc de glace et je trouve ses accents pas toujours très beaux… comme les goûts changent ! Toutefois son Chant de la Terre demeure une grande expérience (C.-M. Giulini y est pour beaucoup) !

Fassbaender est une artiste formidable, dont je n'aime pas trop les Schubert, justement à cause de ces accents assez brutaux - surtout dans son Winterreise il faut dire. En revanche, dans Mahler (Rückert et Kindertoten), la classe de l'interprétation, la beauté de la voix, le soin du phrasé sont souverains. Dans Wagner et dans R.Strauss aussi. Partout, en fait.


Lina Mkrtchyan que je ne connais hélas que grâce à Glinka. Sa tessiture bien sûr est à rapprocher de celle de N. Stutzmann. Sa magnifique expressivité réussit à me faire « comprendre » ces mélodies sans que je sache un seul mot de russe ! Sa voix est souple, variable, fragile ou volontaire. J’ai rarement rencontré un chant aussi émouvant.

Je ne connais hélas pas, passée la lecture de pochettes... J'ai une réticence à mettre sur la platine des oeuvres en russe, à cause de ma frustration de ne pas pouvoir bien comprendre - ni même apprendre, à cause de l'absence de livrets en cyrillique. (ce qui est au passage un scandale)


Je donne vraiment une place à part à K. Ferrier. Je l’aime sans réserve dans tous les enregistrements que je connais, même avec ses faiblesses vocales, même avec la mauvaise qualité technique, même avec le style vieilli de certaines interprétations. Il m’est terriblement difficile de me détacher de son histoire et de ne l’envisager que comme chanteuse. À cause de cela, l’écouter m’est toujours assez douloureux mais très régulièrement indispensable…

Eh oui, qui n'aime pas Ferrier ? Le dernier chant des Frauenliebe und Leben est absolument inoubliable, inaltérable, même après une seule écoute.


Pour les hommes : Ph. Jarrouski, Ch. Prégardien, J. van Dam, D. Fischer-Diskau, K. Moll… mais cela sera peut-être pour une autre fois.

Je constate qu'il n'y a vraiment aucun déchet dans votre liste ! J'y souscris avec enthousiasme, en tout cas. Il y aurait beaucoup à dire, oui, sur eux.


Pour revenir une fois de plus à Nathalie Stutzmann, début d’année prochaine je me ferai un plaisir de vous proposer un compte-rendu hyper-subjectif du Xerxes haendelien et bavarois dans lequel je vais bientôt aller l’écouter. J’aimerai aussi faire une petite comparaison de ses interprétations de Bach, mais je ne suis pas sûre d’être à la hauteur… à voir.

Ses rôles haendeliens sont de très bons souvenirs. J'attends cela avec gourmandise ! Merci !

11. Le mardi 20 décembre 2005 à , par Sylvie Eusèbe

Je suis heureuse de constater que les chanteurs que j’apprécie le plus fond aussi partie de ceux que vous distinguez : il est toujours réconfortant de rencontrer des goûts similaires aux siens !
Et heureusement qu’il n’y a pas de « déchet » dans ma liste. Je n’aimerais pas être ainsi appelé si ma voix n’avait pas la chance de vous plaire !

Ce que vous me dites pour la musique de Wagner (ne pas s’attacher au timbre des chanteurs) me semble bien intéressant, je tâcherai d’y repenser quand d’aventure (parce que pour moi c’en est vraiment une) j’en écouterai…

Pour M. Price, je pensais à des lieder isolés de Schubert, non seulement « Der Hirt auf dem Felsen» que j’affectionne particulièrement, mais aussi « Im Abendrot » ou surtout « Auf dem Wasser zu singen », mais il y en a beaucoup d’autres…

Le seul CD que j’ai de Lina Mkrtchyan (mélodies de Glinka) est heureusement accompagné d’un livret présentant les textes en allemand, anglais, russe et français ; ce que j’en disais était pour bien faire saisir son expressivité.
Suivre le texte en russe et en français en même temps que le chant reste un exercice difficile, mais c’est bien sûr indispensable pour profiter complètement de l’art du compositeur et de ses interprètes.

Je vais m’éloigner pendant quelques semaines de la toile, alors je vous souhaite une bonne fin d’année, ainsi qu’aux internautes téméraires qui s’égareraient dans ces lignes à hautes attentions musicales… :-) et à bientôt !

12. Le mercredi 21 décembre 2005 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !

=> "Et heureusement qu’il n’y a pas de « déchet » dans ma liste. Je n’aimerais pas être ainsi appelé si ma voix n’avait pas la chance de vous plaire !"

Litote pour dire que le goût en est vraiment irréprochable. ;)


=> "Ce que vous me dites pour la musique de Wagner (ne pas s’attacher au timbre des chanteurs) me semble bien intéressant, je tâcherai d’y repenser quand d’aventure (parce que pour moi c’en est vraiment une) j’en écouterai…"

J'ai une tendresse particulière pour le Hollandais, qui est sans doute le plus accessible aussi pour qui n'a pas l'habitude de l'univers wagnérien, bien que les confessions diffèrent sur ce point.


=> "Suivre le texte en russe et en français en même temps que le chant reste un exercice difficile, mais c’est bien sûr indispensable pour profiter complètement de l’art du compositeur et de ses interprètes. "

Ca fait plaisir à lire !


"Je vais m’éloigner pendant quelques semaines de la toile, alors je vous souhaite une bonne fin d’année, ainsi qu’aux internautes téméraires qui s’égareraient dans ces lignes à hautes attentions musicales… :-) et à bientôt !"

A très bientôt, merci d'être repassée avant le départ !

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