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[Concert] Der Schwanengesang - Stutzmann, Södergren (Bordeaux 2006)

Un nouveau compte-rendu de Sylvie Eusèbe !

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Bordeaux, Grand-Théâtre, samedi 9 décembre 2006, 20h30.
Récital, Franz Schubert : Trois Klavierstücke D 946 ; Schwanengesang D 957 (le Chant du Cygne)
Nathalie Stutzmann : contralto ; Inger Södergren : piano

Il y a un an et un mois, je me trouvais déjà dans le ravissant Grand-Théâtre de Bordeaux pour découvrir en vrai le Winterreise par ces mêmes interprètes. Aujourd’hui, elles y jouent le Schwanengesang, et c’est aussi la première fois que je les écoute en récital dans cette œuvre.

Les 13 lieder du « Chant du cygne » forment un cycle dû au frère de Schubert et à son éditeur bien plus qu’au compositeur lui-même. Comme la durée de l’œuvre est relativement courte et ne dépasse pas les 45 minutes, les interprètes offrent généralement quelques lieder en « complément ». C’est le cas de Nathalie Stutzmann et d’Inger Södergren dans l’enregistrement qu’elles ont réalisé en 2005. Mais en concert le pianiste a une bonne occasion de s’exprimer « en solo ».
Le pianiste qui joue en duo avec un chanteur me semble encore souvent considéré comme un « accompagnateur », et est un peu relégué au second plan. J’ai entendu la saison dernière un récital de Christophe Prégardien dans lequel « son » pianiste, Andreas Staier, avait joué quelques impromptus de Schubert, de façon à participer « à parts égales » avec le chanteur. Cette formule, lieder et piano solo, est d’autant plus intéressante lorsqu’on a la chance d’entendre des « accompagnateurs » qui sont aussi des solistes, comme A. Staier, ou ici, Inger Södergren.

Je ne connais pas sa carrière de soliste, et bien que je l’aie découverte dans les années 80, je ne l’ai jamais entendue en concert. Je connais très bien plusieurs de ses disques (Brahms, Beethoven, Bach, Schubert), mais « en vrai » je l’ai jusqu’à maintenant toujours écoutée en duo avec N. Stutzmann avec qui elle joue depuis 1994. Alors, je me fais une joie de la découvrir dans ces trois pièces de Schubert D 946, d’autant plus que je ne les connais pas.

Il est à peine 20h35 quand Inger Södergren entre sur scène par la gauche. L’air décidé, elle salue rapidement et sourit légèrement au public qui l’applaudit correctement, puis elle s’assied à son clavier.
Contrairement au récital que ces musiciennes ont donné ici l’année passée, le Grand-Théâtre est presque complètement remplie. Sur le bon millier de places que propose la salle, disons qu’environ 800 sont occupées. Pour une ville de taille moyenne comme Bordeaux, je trouve que c’est vraiment enthousiasmant, que cela soit pour l’avenir du lied, ou pour les interprètes de ce soir !
Inger Södergren attaque l’allegro assai de la première pièce sur un tempo un peu trop rapide à mon goût, et heureusement la seconde pièce, allegretto, me semble mieux conduite. Triste et très douce, j’admire ses phrasés chantants, la clarté des sonorités, la limpidité du jeu qui permet d’entendre toutes les notes, l’équilibre parfait entre les deux mains que l’on peut écouter sans peine l’une après l’autre, ou ensemble.

De ma très bonne place, au quatrième rang de l’orchestre et légèrement sur la gauche, j’apprécie sa gestuelle élégante, la souplesse de ses poignets qui soulèvent délicatement ses mains du clavier, la fluidité des mouvements, leur enchaînement naturel, sans maniérisme ou exagération. Comme lorsqu’elle joue avec Nathalie Stutzmann, Inger Södergren chante, ou plus exactement souligne par la voix les accords qu’elle plaque au piano. En dehors de cette particularité démonstrative, elle est très économe en gestes, et derrière ses lunettes aux montures dorées son regard ne quitte que rarement ses mains.

Dans le troisième morceau, je suis surprise par la « modernité » des passages de transition, lorsque le piano cherche le thème, et tâtonne un peu avant de le retrouver. Pour souligner ces moments, Inger Södergren utilise avec pertinence un touché plus bref et plus pesant qui rappelle que le piano est un instrument à percussion, au sens contemporain du terme.

De cette première fois où j’écoute Inger Södergren seule, je retiens surtout le contraste entre la précipitation de certains passages rapides et la douceur, la tendresse même, des passages plus lents, plus maîtrisés, qui semblent mieux lui convenir.

La pianiste est très applaudie, quelques bravos se font entendre et elle est rappelée à deux reprises. Toujours peu démonstrative, elle sourit cependant plus largement et je lis même plusieurs « merci » sur ses lèvres. La réaction très chaleureuse du public me fait un peu oublier les nombreux et éternels faux enrhumés qui se sont grossièrement manifestés entre les morceaux, malgré qu’Inger Södergren les ait rapidement enchaînés. Je trouve de plus en plus mal élevés les spectateurs des concerts, et je suis assez déçu par le public bordelais qui avait pourtant été l’année dernière plus soucieux de son comportement.

Après une pause d’une vingtaine de minutes, la pianiste revient sur scène, cette fois-ci accompagnée de Nathalie Stutzmann, souriante dans sa redingote mauve du Winterreise d’octobre dernier à Paris.

Côté salle, rapides mais importants applaudissements ; côté scène, brefs saluts et très vite, grande concentration.

Les lieder rassemblés sous le titre de « Schwanengesang » sont écrits par Schubert en 1828, pendant la dernière année de sa vie. Les 7 premiers lieder sont composés sur des poèmes de Ludwig Rellstab, les 6 derniers mettent en musique des poèmes de Heinrich Heine.
Contrairement au Winterreise ce cycle ne forme pas une histoire, il est plutôt une succession d’instants alternant des tonalités mélancoliques, dramatiques ou plus joyeuses. Le ruisseau du premier lied (Liebesbotschaft) rappelle celui de « La Belle Meunière », l’analogie entre l’être humain et la nature est très présente (Aufenthalt, das Fischermädchen), l’éternel amour espère (Ständchen), ou se désespère (Ihr Bild, die Stadt, der Doppelgänger). Des lieder plus inclassables (« Kriegers Ahnung » ou « der Atlas ») traduisent la misère de la condition humaine, d’autres peuvent être perçus plus légèrement (« Frühlingssehnsucht » ou « Abschied »).
L’ordre des lieder n’a pas été établi par Schubert mais par l’éditeur de la partition, aussi les interprètes ne les jouent pas toujours dans cette progression (B. Fassbaender / A. Reimann). Ce n’est pas le cas des deux musiciennes de ce récital, puisque les lieder sont enchaînés dans l’ordre habituel, avec une pause de quelques minutes entre les lieder n° 7 et 8 qui marque le changement de poète.

Nathalie Stutzmann a besoin ce soir des deux premiers lieder pour se libérer et rendre sa voix plus expressive grâce à la richesse de ses accents. Dès le n° 3 (Frühlingssehnsucht) je remarque que son interprétation est moins dramatique que celle du disque, c’est très net sur le « Warum ? » plus du tout pathétique. L’ensemble du lied apparaît plus léger mais aussi enlevé, la chanteuse sourit à l’évocation du soleil, et envoie sans aucune réserve un superbe « Nur du ! » final.

Le ton est donné. A partir de cet instant, la contralto commence une véritable démonstration de son talent qui va culminer dans un domaine où je ne l’attendais pas ici : l’humour et la joie de vivre.

Le doux balancement de la célèbre « Ständchen » est bien rendu par le piano net d’Inger Södergren, quant à la chanteuse, elle appuie sur les « i » (LIebchen, Flehen sIe für mIch) d’une façon aussi spectaculaire que lors de son récent concert à Notre-Dame. (Je n’y reviendrai plus, mais je pourrais pratiquement citer un « i » exceptionnel pour chaque lied de ce Schwanengesang !) J’attendais le dernier vers « Komm, beglücke mich ! » avec intérêt. Traduit dans le programme « Viens, comble-moi ! », il est chanté souplement, le « e » de « bEglüke » est étiré dans une progression dynamique, et « mich » soutenu avec assurance.

« Aufenthalt » est fort et rude comme la nature qu’il décrit, « Wie sich die Welle » ou « Und wie des Felsen » résonnent gravement, et la douleur ultime est dite en avant, la main tendue vers le public. La reprise de la première strophe est annoncée par le piano qui arrive à « marteler » et ralentir en même temps… C’est superbe !

Dans « In der Ferne » deux vers me frappent particulièrement par leur pianissimo bouleversant : « Sehnsucht, nie endende / Heimwärts sich wendende ! » (Une nostalgie sans fin / Le rappelle chez lui). Le début de « Sehnsucht » est absolument inouï ! Doux, tendre, triste, bienveillant, compatissant… tout cela en un demi-mot. Et puis, toutes les rimes en « enden » ou « ende » qui rythment de leurs échos ce lied finissent par être englouties dans la profondeur de « ziehenden ! » dont le « ie » s’étire jusqu’au vertige.

Vient ensuite l’ « Abschied ». Comme cet adieu est sans regret ! Comme Nathalie Stutzmann, toute à la joie de nous raconter son histoire, nous la joue aussi avec ses attitudes ! Elle se balance de gauche à droite sur le rythme endiablé d’un piano jamais dur, cahotant avec élégance. Il est stupéfiant de voir avec quel plaisir, et d’entendre avec quelle maîtrise, la chanteuse s’amuse de la prononciation très rapide des vers de ce lied. Ses « Ade » sont lancés avec entrain, joyeusement, ils laissent une impression presque drôle ou comique, très enthousiasmante.

Les musiciennes marquent la pause. Le public, emporté par l’énergie positive que Nathalie Stutzmann vient de libérer, applaudit vigoureusement et quelques bravos fusent déjà. Ce bel accueil du public me fait un peu pardonner son « indiscipline ». Dans cette première partie du Chant du Cygne, les interprètes ont fait face à d’horribles toux entre la Sérénade et le Séjour sauvage, au téléphone portable qui sonne (si, si) pendant que le malheureux de « Au loin » abandonne ses amis et part sans bénédiction, et pour couronner le tout (ou la toux), voici qu’un programme, tombé d’une loge sur la gauche, a tournoyé lentement comme un mouchoir de papier blanc pour finir sa chute sur la scène pendant le début de l’Adieu…

Rapidement de retour sur scène, les musiciennes font vite oublier la joyeuse détente provoquée par l’Abschied et la remplacent par la dure puissance de l’Atlas. D’un bref regard déjà assombri par ce qui va suivre, Nathalie Stutzmann indique à Inger Södergren qu’elle est prête, elle relève la tête, et pour une fois la main droite ne la retient plus au piano. Elle débute ce lied les bras le long du corps, les pieds légèrement écartés, et toute son attitude évoque la force désespérée de ce géant orgueilleux. La pianiste développe la même puissance que la chanteuse et termine le lied par un magistral crescendo.

A l’opposé de cette démonstration, la pianiste pose doucement les deux premières notes de « Ihr Bild ». Elles se détachent dans le silence. Recueillie, la contralto est plongée dans les rêves du narrateur ; au piano, une sorte de lent « tic-tac » mélancolique ponctue les vers. « Auch meine Tränen flossen / Mir von den Wangen herab » (Des lames me vinrent aussi / coulant le long de mes joues) est chanté avec une extrême douceur, le « auch » pianissimo, puis le « o » de « verloren » (perdue) ressort nettement, étiré et bouleversant. Le piano conclut le lied dans une pesanteur inexorable.

Avec « das Fischermädchen » le contraste est immédiat, ce lied est chanté joyeusement, avec le sourire. Toujours beaucoup de puissance notamment sur les deux vers « Vertraust du dich doch sorglos / Täglich dem wilden Meer ». Je reste ici assez perplexe devant les différences de traduction, dans le programme du récital: « N’est-ce point chaque jour / La mer que tu affrontes ? », dans le livret du CD : « Tu renouvelles bien chaque jour / Ta confiance au terrible océan »… Les derniers vers coulent avec élégance et légèreté : « Und manche schöne Perle / in seiner Tiefe ruht » (Et plus d’une perle précieuse / repose dans ses profondeurs).

« Die Stadt » renoue avec la tristesse. La main droite de la pianiste fait surgir ici ou là un petit trait répétitif et magique. Nathalie Stutzmann très concentrée en elle-même retient magnifiquement « In Abenddämmrung gehüllt » (Enveloppée dans le crépuscule), envoûte par sa descente sur « meinem Kahn » (ma barque), et l’air désolé, elle appuie très dramatiquement sur le dernier vers « Wo ich das LIEbste verlOr » (Où j’ai perdu ma bien-aimée).

« Am Meer » débute plus calmement, mais ici encore l’ambiance change rapidement au gré des effets : un vibrato parfois plus marqué (sur « alleine ») ; « Der Nebel stieg » chanté avec une grande tension qui m’évoque littéralement la brume montant du sol ; un passage très délicat, très tendre (« Ich hab von deiner weißen Hand / Die Tränen fortgetrunken » : Je bus les larmes / dans ta main blanche) ; la netteté du pianissimo sur le « en » du dernier « Tränen » (encore et toujours des larmes !).

Et nous voici arrivés à ce « Doppelgänger » qui termine le Schwanengesang. Nathalie Stutzmann, qui n’a pas cessé de varier ses accents et d’en augmenter la fréquence, atteint maintenant une telle liberté dans l’invention qu’il me faudrait presque détailler chaque mot ! Je n’en reviens toujours pas de ses « i » qui me tirent l’oreille (« Still ist die Nacht… » : La nuit est silencieuse…), de l’aisance des triples croches sur « In dIEsem Hause… », de la force avec laquelle s’exprime la douleur (« SchmERzensgewalt »), du vibrato fortissimo sur « GestAlt », du « Doppelgänger » presque parlé, et enfin de cette stupéfiante répétition de la lettre « a » : « So mAnche Nacht, in Alter Zeit ? » (Pendant maintes nuits des temps passés). Bien sûr, le long « a » de « alter » est particulièrement mis en valeur par un accent unique, et le passage de « alter » à « Zeit » est magnifique, avec un début de « Zeit » lent, soutenu et scintillant !
Le regard noir, intense et douloureux, la contralto reste sur cette interrogation, Inger Södergren stoppe net son Steinway, sans aucune résonance.

Le public applaudit avec enthousiasme, nous frappons rapidement nos mains en rythme pour demander un bis. Nathalie Stutzmann apparaît très touchée par cet accueil, bien qu’elle ne soit pas aussi émue que lors du récent Winterreise parisien.

Les musiciennes ne se font pas prier bien longtemps, et de sa somptueuse voix parlée Nathalie Stutzmann annonce « Die Taubenpost » (Le pigeon voyageur). Elle explique que l’éditeur de Schubert, Haslinger, craignant la superstition de ses clients, a ajouté ce quatorzième lied aux 13 du Schwanengesang. Elle souligne qu’elles ont prévu de donner ce lied en bis puisque il a également été composé en 1828, il s’intègre donc au thème de ce récital dédié à la dernière année de Schubert. Nathalie Stutzmann, souriante et très détendue, est parfaitement claire dans sa petite présentation, mais elle la termine mi-confuse mi-amusée, comme si elle est soudainement gênée d’avoir tant parlé ! Mais voici déjà que s’envole ce pigeon voyageur sur le rythme d’enfer donné par Inger Södergren.

Le chant défile à vive allure, très rebondissant, et je guette l’adorable « Oh » de « Oh, sie verträgt sie sicher nicht » : Oh, il ne les (les larmes) perd jamais. Elles jouent ce lied avec vivacité, vélocité, un peu comme l’Abschied, mais avec encore plus d’entrain, plus de joie, encore plus brillamment si c’est possible ! Et pour finir, le regard porté calmement sur la salle, la chanteuse s’adresse réellement à nous : « Sie heißt – die Shensucht ! Kennt ihr sie ? – Kennt ihr sie ? » (Il s’appelle le Désir ! Le connaissez-vous ? Le connaissez-vous ?).

Gagné par la prodigieuse vitalité de Nathalie Stutzmann, le public s’enflamme et réclame un autre bis. C’est bien la première fois que j’assiste à une telle manifestation d’enthousiasme de la part des spectateurs à l’issue d’une soirée consacrée au lied ! Je participe à la liesse générale, et voici très généreusement le second bis : « On revient un peu en arrière dans le temps, annonce la contralto, voici der Musensohn » (le fils des Muses). Et là, si j’ai pu penser qu’elle était déjà déchaînée dans le Taubenpost, je n’avais en fait encore rien vu !

Le piano d’Inger Södergren, tel le triple galop d’un puissant cheval, emporte avec lui la chanteuse devenue cavalière. Elle galope sur la musique, elle la danse, et elle chante sans retenue ! Les yeux fermés, elle goûte le texte, elle le mime, elle le prononce avec sensualité, elle s’amuse de son articulation. Elle fait tellement plaisir à voir et à entendre que j’en oublie que c’est la fin du récital. Nous manifestons encore longuement notre émerveillement, nous remercions les musiciennes de nous avoir emportés si joyeusement, des bravos se font entendre, voici leurs derniers saluts, leurs derniers sourires.

Encore sous l’influence bénéfique du Musensohn (« Ihr gebt den Sohlen Flügel » : Aux pieds vous donnez des ailes) je quitte le Grand-Théâtre rechargée par cette énergie qui vient de nous être donnée et sans aucune trace de nostalgie ou de mélancolie, ce qui est assez extraordinaire lorsqu’on sort d’un Schwanengesang ! Et encore maintenant, quelques jours après cette soirée, son évocation me remplit toujours d’un dynamisme incroyable !

Et Schubert dans tout ça ? Le côté humoristique et joyeux que les interprètes nous ont montré ne lui aurait probablement pas déplu. Cette façon si naturelle et si vivante de chanter ses lieder les rapproche de nous, ils deviennent des morceaux de vie que chacun peut ressentir, des épisodes essentiels, tristes, songeurs, réfléchis ou bien légers, heureux, déjà connus, toujours reconnus.

S. Eusèbe, 11-13 décembre 2006


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Commentaires

1. Le jeudi 14 décembre 2006 à , par DavidLeMarrec

J'avais effacé les billets avant de les retoucher, conclusion, vous voilà un peu enterrée. :-s
[Normalement, je me suis débrouillé pour que ceux qui suivent par agrégateur n'aient pas de doublon.]

Quand trop d'empressement nuit... :-(

Dieu merci, il y a la barre de commentaires à droite qui permettra de suivre l'action.

2. Le jeudi 14 décembre 2006 à , par DavidLeMarrec

Merci Sylvie, pour ce riche compte-rendu !

Il me reste un peu de temps, j'en profite, je commente.


Les 13 lieder du « Chant du cygne » forment un cycle dû au frère de Schubert et à son éditeur bien plus qu’au compositeur lui-même. Comme la durée de l’œuvre est relativement courte et ne dépasse pas les 45 minutes, les interprètes offrent généralement quelques lieder en « complément ».

Ou alors ajoutent très logiquement du Seidl composé à la même époque, non retenu par l'éditeur (Herbst D.945).

Cette formule, lieder et piano solo, est d’autant plus intéressante lorsqu’on a la chance d’entendre des « accompagnateurs » qui sont aussi des solistes, comme A. Staier, ou ici, Inger Södergren.

Ian Bostridge a même publié un disque de ce genre, avec Lief Ove Andsnes, pire que ça, puisque le chanteur n'y chante que quatre lieder ! Sonate + quelques lieder...
Je ne vous redis pas mon peu de goût pour cette formule. Le lied demande une certaine immersion, et entendre ces pièces bien connues (oui, les Klavierstücke ne sont pas très souvent donnés, mais ce sont tout de même des pièces que je ne qualifierais pas de rares !), qui sonnent en outre bien nues auprès de ces chefs-d'oeuvre, je ne suis pas convaincu.

Cela dit, peut-être que pour un public qui ne connaît pas bien, ce peut être un repos salutaire. Le problème est qu'il est généralement assez averti, celui-là.

Entendons-nous bien, je ne le condamne pas en tant que tel, mais à moi, il me convient fort peu. On manque suffisamment de concerts de lied par chez moi pour qu'on ne me les rogne pas avec du récital pour piano ! [Autre genre que nous avons fort peu.]


Il est à peine 20h35 quand Inger Södergren entre sur scène par la gauche. L’air décidé, elle salue rapidement et sourit légèrement au public qui l’applaudit correctement,

Si vous attendiez des délires (ou des huées) des Bordelais, vous étiez bien optimiste. 8-) C'est un public très sage, même lorsqu'il souffre (on l'a vu à Jakob Lenz).


Contrairement au récital que ces musiciennes ont donné ici l’année passée, le Grand-Théâtre est presque complètement remplie. Sur le bon millier de places que propose la salle, disons qu’environ 800 sont occupées. Pour une ville de taille moyenne comme Bordeaux, je trouve que c’est vraiment enthousiasmant, que cela soit pour l’avenir du lied, ou pour les interprètes de ce soir !

Je ne puis y croire. Il est vrai que Nathalie Stutzmann a son petit succès national, qu'elle a publié des disques et a proposé des concerts dans la ville en parallèle, mais tout de même, c'est du lied ! Les balcons étaient vraiment pleins ?
Je me souviens qu'au récital Tézier cette même année, on n'atteignait pas orchestre plein + premiers rangs de galerie occupés - alors que la moitié de la salle était composée d'étudiants du Conservatoire à qui on avait donné les places. Peut-être l'effet dimanche, ou l'incompatibilité du public Tézier et du public lied-mélodie ?


Dans le troisième morceau, je suis surprise par la « modernité » des passages de transition, lorsque le piano cherche le thème, et tâtonne un peu avant de le retrouver.

Je ne suis pas convaincu de la modernité, mais Schubert a cette caractéristique-là, spécialement dans ses pièces pour piano, de ménager de belles transitions ici ou là, oui.


Je trouve de plus en plus mal élevés les spectateurs des concerts, et je suis assez déçu par le public bordelais qui avait pourtant été l’année dernière plus soucieux de son comportement.

En règle générale, c'est un public très sage, et encore une fois, tout récemment, je ne peux que louer sa politesse exemplaire : personne n'a quitté la salle pour un opéra contemporain, et tout le monde est même resté aux premiers saluts, ce qu'ils n'étaient pas obligés de faire.
Ensuite, il est un peu tiède, devant l'exception comme devant le fichage de figure.

J'ai noté qu'il réagissait de façon très efficace à deux répertoires : l'opéra baroque et Mahler. Là, on a droit à des délires (toutes proportions gardées).


Après une pause d’une vingtaine de minutes, la pianiste revient sur scène, cette fois-ci accompagnée de Nathalie Stutzmann, souriante dans sa redingote mauve du Winterreise d’octobre dernier à Paris.

Que vous pouvez lire sur nos fréquences !
http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2006/10/20/415-die-winterreise-stutzmann-sodergren-le-retour-octobre-2006


Le ruisseau du premier lied (Liebesbotschaft) rappelle celui de « La Belle Meunière », l’analogie entre l’être humain et la nature est très présente (Aufenthalt, das Fischermädchen), l’éternel amour espère (Ständchen), ou se désespère (Ihr Bild, die Stadt, der Doppelgänger). Des lieder plus inclassables (« Kriegers Ahnung » ou « der Atlas ») traduisent la misère de la condition humaine, d’autres peuvent être perçus plus légèrement (« Frühlingssehnsucht » ou « Abschied »).

C'est très bien vu, comme d'habitude. Si, je ne perçois pas Frühlingssehnsucht et Abschied si légers, mais ne mégotons point. :-)


« Aufenthalt » est fort et rude comme la nature qu’il décrit, « Wie sich die Welle » ou « Und wie des Felsen » résonnent gravement, et la douleur ultime est dite en avant, la main tendue vers le public. La reprise de la première strophe est annoncée par le piano qui arrive à « marteler » et ralentir en même temps… C’est superbe !

J'aime particulièrement la version Goerne/Brendel, où on sent ce tempo modéré plus encore qu'ailleurs, cette impossibilité à prendre son essor.


Dans « In der Ferne » deux vers me frappent particulièrement par leur pianissimo bouleversant : « Sehnsucht, nie endende / Heimwärts sich wendende ! » (Une nostalgie sans fin / Le rappelle chez lui).

C'est le programme de salle qui donne cette traduction ? Donc Auditorium du Louvre, il me semble (bonnes traductions ; avec lequel nous avions toutefois bataillé sur le sexe de la mort). Pas convaincu du tout, ils réécrivent la structure de la phrase, littéralement "Nostalgie jamais finissante / Rappellant chez soi." D'accord, ce n'est pas traduisible littéralement, mais si on déforme à ce point la qualité des vers initiaux, déjà qu'ils perdent beaucoup en traduction, comment veut-on qu'on considère autrement la poésie allemande qu'à la façon d'un recueil immense de mièvreries non moins conséquentes ?

Vient ensuite l’ « Abschied ». Comme cet adieu est sans regret ! Comme Nathalie Stutzmann, toute à la joie de nous raconter son histoire, nous la joue aussi avec ses attitudes ! Elle se balance de gauche à droite sur le rythme endiablé d’un piano jamais dur, cahotant avec élégance.

Oui, c'est très bien vu, ce cahot !
Toujours cet impressionnisme de Schubert.


Les musiciennes marquent la pause. Le public, emporté par l’énergie positive que Nathalie Stutzmann vient de libérer, applaudit vigoureusement et quelques bravos fusent déjà. Ce bel accueil du public me fait un peu pardonner son « indiscipline ». Dans cette première partie du Chant du Cygne, les interprètes ont fait face à d’horribles toux entre la Sérénade et le Séjour sauvage, au téléphone portable qui sonne (si, si) pendant que le malheureux de « Au loin » abandonne ses amis et part sans bénédiction, et pour couronner le tout (ou la toux), voici qu’un programme, tombé d’une loge sur la gauche, a tournoyé lentement comme un mouchoir de papier blanc pour finir sa chute sur la scène pendant le début de l’Adieu…

Le téléphone portable, ce peut arriver à tout le monde (mais ne doit pas !) ; à vrai dire, le moment était fort mal choisi. Je m'amuse toujours lorsque je vois des conférenciers froncer le sourcil avant de ce rendre compte qu'il s'agit du leur...
Honnêtement, dans une conférence, un cours, un colloque ou que sais-je, je ne vois pas cela comme bien grave. Dans un concert, c'est beaucoup plus fâcheux, on ne peut pas reprendre.

Souvenir terrible. Royal Albert Hall, concert retransmis sur toutes les radios européennes. Sir Simon Rattle se prépare pour un Sacre du Printemps d'anthologie. Le basson solo commence. Drelin-drelin. Evidemment, ils ont repris (pauvre bassonniste, déjà que cette phrase est épouvantable à jouer), mais le malheureux qui avait oublié son portable a eu le temps de l'arrêt pour se faire repérer et recevoir de charmants commentaires, avec sa honte retransmise dans le monde entier. Je n'ai pu m'empêcher d'avoir de la compassion, en plus des musiciens, pour ce pauvre homme qui a dû vivre le moment de solitude de sa vie et qui est sans doute promptement revenu aux signaux de fumée.

La suite arrive...

3. Le jeudi 14 décembre 2006 à , par DavidLeMarrec

A l’opposé de cette démonstration, la pianiste pose doucement les deux premières notes de « Ihr Bild ». Elles se détachent dans le silence. Recueillie, la contralto est plongée dans les rêves du narrateur ; au piano, une sorte de lent « tic-tac » mélancolique ponctue les vers.

Ah, vous voyez cela comme un tic-tac, et la modulation éclairante un carillon ? Cette modulation extraordinaire, c'est plutôt un sourire, pour moi - et, la seconde fois, son impossible réitération.

« Auch meine Tränen flossen / Mir von den Wangen herab » (Des lames me vinrent aussi / coulant le long de mes joues)

Ce machin est une saleté à traduire...

est chanté avec une extrême douceur, le « auch » pianissimo, puis le « o » de « verloren » (perdue) ressort nettement, étiré et bouleversant. Le piano conclut le lied dans une pesanteur inexorable.

Telle qu'elle est notée, mais les interprètes prennent souvent des libertés dans les ritournelles conclusives de lieder. Pour ma plus grande statisfaction, je l'avoue.


Avec « das Fischermädchen » le contraste est immédiat, ce lied est chanté joyeusement, avec le sourire. Toujours beaucoup de puissance notamment sur les deux vers « Vertraust du dich doch sorglos / Täglich dem wilden Meer ». Je reste ici assez perplexe devant les différences de traduction, dans le programme du récital: « N’est-ce point chaque jour / La mer que tu affrontes ? », dans le livret du CD : « Tu renouvelles bien chaque jour / Ta confiance au terrible océan »…

Les deux exploitent une part du sens du texte - mais pas la même.
Littéralement, "Ne places-tu pourtant pas sans crainte ta confiance / Chaque jour dans l'océan sauvage ?". On est bien obligé d'être schématique, il y a trop de richesse dans le texte initial. La traduction du livret est plus fidèle, et il y a même un petit contresens dans le programme de salle.

La séduction du narrateur s'opère par le parallèle avec la mer redoutable, d'accord. Le programme de salle propose l'idée qu'affrontant la mer terrible, lui, de bonne figure, ne devrait pas susciter de crainte. C'est l'idée (et la liberté n'est pas très grave), mais dans le détail, la logique de la déclaration est faussée. En réalité, il est dit "si tu lui fais confiance, à cet océan terrible, alors à moi qui suis doux comme un agneau...".
Ca ne change rien pour assister au concert, mais si on parle du respect du texte initial, il est un peu déformé. Et dans les deux cas, mais c'est réellement problématique, on perd beaucoup d'éléments du sens.


« Die Stadt » renoue avec la tristesse. La main droite de la pianiste fait surgir ici ou là un petit trait répétitif et magique.

En réalité, ce sont les deux mains au piano, qui à part derrière "Am fernen Horizonte" et "Die Sonne hebt nur einmal", répètent constamment, et toujours à la même hauteur, la même figure (un accord diminué sous forme d'arpèges).
Et cette fin qui n'en est pas une, extraordinaire.


Je n'ai pas le temps de finir, présentement, c'était long et riche ! Merci notamment pour toutes ces précisions sur le traitement du texte par notre Nathalie !

4. Le jeudi 14 décembre 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Et moi je n'ai pas temps de détailler vos remarques :-(, mais merci pour elles :-) ! A demain j'espère.
S

5. Le vendredi 15 décembre 2006 à , par Sylvie Eusèbe

C’est vrai qu’en général je suis assez « puriste », et je m’étonne moi-même d’apprécier cette formule « piano-lieder » pourvu que cela reste des œuvres du même compositeur…

Oui, j’ai vraiment trouvé que la salle était bien pleine, en tout cas l’orchestre et les premiers rangs de balcons étaient complets. Je n’ai remarqué des vides que dans les loges de côté, mais je dois reconnaître que de ma place je ne voyais pas bien le fond des balcons.

Si j’ai suggéré que Frühlingssehnsucht et surtout l’Abschied pouvaient « être perçu plus légèrement », c’est parce que la chanteuse nous l’a montré, sans cela j’en aurais douté c’est certain ;-) !

La traduction de ce Schwanengesang donnée par le programme du récital m’a paru souvent assez loin du texte allemand, pour autant que je puisse en juger puisque je ne connais pas cette langue… Les lieder n°1 à 7 sauf le 4 sont traduits par Arlette de Grouchy, les lieder 4, 8 à 12 par l’Auditorium du Louvre, et le n°13 par Virginie Bauzou.
La traduction des deux vers de « In der Ferne » que j’ai recopiée est donc d’A. de Grouchy, et je suis tout à fait d’accord avec ce que vous en dites. J’ai aussi beaucoup apprécié votre véritable explication de texte à propos des vers de « das Fischermädchen ». C’est d’ailleurs dans l’espoir de lire vos traductions éclairées que j'en ai tant mis dans mon compte-rendu ;-) !

Ah, ce maudit téléphone portable ! N’avez-vous pas l’impression que les gens ne se sentiraient plus « exister » s’ils n’avaient plus ce machin continuellement ouvert sur « leur petit monde », qu’ils auraient peur de se sentir tout seul ? La dépendance et l’utilisation compulsive du téléphone portable m’effraient assez : nous nous inquiétons pour un rien et nous n’hésitons plus à nous dire des choses inutiles devant tout un wagon de TGV ou un bus… Je ne compatis pas une seconde sur le sort de cette pauvre dame qui avait l’autre soir oublié de l’éteindre, et je salue les musiciennes qui ne se sont pas arrêtées de jouer pour si peu.

Je me suis bien rendue compte que ce « tic-tac » de « Ihr Bild » n’était pas un bon terme, mais je n’en ai pas trouvé d’autre dans le « vocabulaire musical très limité et personnel » que j’emploie ;-) ! « Plom-Plommm » vous convient-il mieux ?… Humm non ? Alors d’accord pour la « modulation éclairante et souriante » :-) !

Bon, je vais quitter le net pendant une quinzaine de jours, alors cher David, je vous souhaite de très bonnes musiques de fin d’année :-) ! S

6. Le vendredi 15 décembre 2006 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Sylvie !

Je réponds à votre réponse avant de répondre à la fin du compte-rendu.

Oui, j’ai vraiment trouvé que la salle était bien pleine, en tout cas l’orchestre et les premiers rangs de balcons étaient complets. Je n’ai remarqué des vides que dans les loges de côté, mais je dois reconnaître que de ma place je ne voyais pas bien le fond des balcons.

Je gage qu'il ne devait pas y avoir grand monde au paradis, ni au fond des loges. Mais je me trompe peut-être. Je suis allé saluer quelques charmants membres du personnel que je connais depuis quelques années, avant de rentrer dans mes pénates, le temps pour eux de faire entrer les spectateurs, et je n'ai pas vu une affluence identique à un concert standard.


Si j’ai suggéré que Frühlingssehnsucht et surtout l’Abschied pouvaient « être perçu plus légèrement », c’est parce que la chanteuse nous l’a montré, sans cela j’en aurais douté c’est certain ;-) !

Les absents ont toujours tort. :)


La traduction de ce Schwanengesang donnée par le programme du récital m’a paru souvent assez loin du texte allemand, pour autant que je puisse en juger puisque je ne connais pas cette langue… Les lieder n°1 à 7 sauf le 4 sont traduits par Arlette de Grouchy, les lieder 4, 8 à 12 par l’Auditorium du Louvre, et le n°13 par Virginie Bauzou.

Merci !


La traduction des deux vers de « In der Ferne » que j’ai recopiée est donc d’A. de Grouchy, et je suis tout à fait d’accord avec ce que vous en dites. J’ai aussi beaucoup apprécié votre véritable explication de texte à propos des vers de « das Fischermädchen ». C’est d’ailleurs dans l’espoir de lire vos traductions éclairées que j'en ai tant mis dans mon compte-rendu ;-) !

Huhuhuhu. Oui, mais je me garderai bien de l'intégrale ! En ce moment (pas loin d'un mois), je m'échine sur un note avec une tentative de traduire un Eichendorff (Schöne Fremde, assez dénaturé par Schumann), sans parler des Hölderlin qui sont de vrais casse-tête.


Ah, ce maudit téléphone portable ! N’avez-vous pas l’impression que les gens ne se sentiraient plus « exister » s’ils n’avaient plus ce machin continuellement ouvert sur « leur petit monde », qu’ils auraient peur de se sentir tout seul ? La dépendance et l’utilisation compulsive du téléphone portable m’effraient assez : nous nous inquiétons pour un rien et nous n’hésitons plus à nous dire des choses inutiles devant tout un wagon de TGV ou un bus… Je ne compatis pas une seconde sur le sort de cette pauvre dame qui avait l’autre soir oublié de l’éteindre, et je salue les musiciennes qui ne se sont pas arrêtées de jouer pour si peu.

"Pour si peu", tout est dans ces trois mots. Je n'ai pas de gêne de ce côté, chacun est libre d'avoir autant de fils à la patte qu'il le souhaite.


Je me suis bien rendue compte que ce « tic-tac » de « Ihr Bild » n’était pas un bon terme, mais je n’en ai pas trouvé d’autre dans le « vocabulaire musical très limité et personnel » que j’emploie ;-) ! « Plom-Plommm » vous convient-il mieux ?… Humm non ? Alors d’accord pour la « modulation éclairante et souriante » :-) !

C'est-à-dire que je ne sais pas si vous parlez des deux notes initiales, ou de la ponctuation à l'intérieur du morceau. Pour le premier, "tic-tac" est parfait. Pour le second, "Dumb duumb dumb dumb duumb dumb duumb" me convient infiniment mieux.


Bon, je vais quitter le net pendant une quinzaine de jours, alors cher David, je vous souhaite de très bonnes musiques de fin d’année :-) ! S

Je vous en souhaite tout autant, et je vous dis à très bientôt, en attendant le dixième compte-rendu ! (déjà !)

7. Le vendredi 15 décembre 2006 à , par Inactuel :: site

Quelle érudition ici ! Merci à tous les deux pour cette note et l'intéressante discussion qui a suivi.
D.

8. Le vendredi 29 décembre 2006 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour David !
Je passe en coup de vent juste pour un petit coucou, ou un tic-tac ou oui, aussi un Dumb duumb...
En fait je parlais plutôt de la ponctuation à l'intérieur du morceau, mais il va falloir que je réécoute le lied avec votre dumb duumb etc... ;-)
Bon réveillon à vous, et mes remerciements à Inactuel pour son aimable appréciation.
S comme super-débordée-car-en-vacances

9. Le samedi 30 décembre 2006 à , par DavidLeMarrec

Excellentes vacances à vous, donc !

Puisque vous êtes dans les parages, je vais publier la fin de ma réponse qui attend au chaud.

10. Le dimanche 31 décembre 2006 à , par DavidLeMarrec

Et voici la fin des réponses.


« Am Meer » débute plus calmement, mais ici encore l’ambiance change rapidement au gré des effets : un vibrato parfois plus marqué (sur « alleine »)

Il y a intérêt !

l’aisance des triples croches sur « In dIEsem Hause… »

Pour quelqu'un qui a chanté Amadigi, c'est plutôt rassurant, non ?


de la force avec laquelle s’exprime la douleur (« SchmERzensgewalt »), du vibrato fortissimo sur « GestAlt », du « Doppelgänger » presque parlé, et enfin de cette stupéfiante répétition de la lettre « a » : « So mAnche Nacht, in Alter Zeit ? » (Pendant maintes nuits des temps passés). Bien sûr, le long « a » de « alter » est particulièrement mis en valeur par un accent unique, et le passage de « alter » à « Zeit » est magnifique, avec un début de « Zeit » lent, soutenu et scintillant !

On dirait presque un livre de miracles ! :)


Le chant défile à vive allure, très rebondissant, et je guette l’adorable « Oh » de « Oh, sie verträgt sie sicher nicht » : Oh, il ne les (les larmes) perd jamais. Elles jouent ce lied avec vivacité, vélocité, un peu comme l’Abschied, mais avec encore plus d’entrain, plus de joie, encore plus brillamment si c’est possible ! Et pour finir, le regard porté calmement sur la salle, la chanteuse s’adresse réellement à nous : « Sie heißt – die Shensucht ! Kennt ihr sie ? – Kennt ihr sie ? » (Il s’appelle le Désir ! Le connaissez-vous ? Le connaissez-vous ?).

Gagné par la prodigieuse vitalité de Nathalie Stutzmann, le public s’enflamme et réclame un autre bis. C’est bien la première fois que j’assiste à une telle manifestation d’enthousiasme de la part des spectateurs à l’issue d’une soirée consacrée au lied ! Je participe à la liesse générale, et voici très généreusement le second bis : « On revient un peu en arrière dans le temps, annonce la contralto, voici der Musensohn » (le fils des Muses). Et là, si j’ai pu penser qu’elle était déjà déchaînée dans le Taubenpost, je n’avais en fait encore rien vu !

Le piano d’Inger Södergren, tel le triple galop d’un puissant cheval, emporte avec lui la chanteuse devenue cavalière. Elle galope sur la musique, elle la danse, et elle chante sans retenue ! Les yeux fermés, elle goûte le texte, elle le mime, elle le prononce avec sensualité, elle s’amuse de son articulation. Elle fait tellement plaisir à voir et à entendre que j’en oublie que c’est la fin du récital. Nous manifestons encore longuement notre émerveillement, nous remercions les musiciennes de nous avoir emportés si joyeusement, des bravos se font entendre, voici leurs derniers saluts, leurs derniers sourires.

Encore sous l’influence bénéfique du Musensohn (« Ihr gebt den Sohlen Flügel » : Aux pieds vous donnez des ailes) je quitte le Grand-Théâtre rechargée par cette énergie qui vient de nous être donnée et sans aucune trace de nostalgie ou de mélancolie, ce qui est assez extraordinaire lorsqu’on sort d’un Schwanengesang ! Et encore maintenant, quelques jours après cette soirée, son évocation me remplit toujours d’un dynamisme incroyable !

On peut lire ça, en effet !


Et Schubert dans tout ça ? Le côté humoristique et joyeux que les interprètes nous ont montré ne lui aurait probablement pas déplu. Cette façon si naturelle et si vivante de chanter ses lieder les rapproche de nous,

C'est même indispensable pour la Belle Meunière (à moins de prendre le contrepied façon Goerne/Schneider) : c'est sans doute Fouchécourt/Planès qui m'y ont le plus convaincu, précisément grâce à ce naturel de la chanson.

Merci encore pour cette description très détaillée.

11. Le mercredi 10 janvier 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Bonjour David ! Tous mes voeux harmonieux pour 2007 :-) !
Déjà 10 compte-rendus... Et dire que jusqu'en juin, j'ai un concert de-qui-vous-savez prévu chaque mois... Vous me diriez si vous en aviez assez, n'est-ce pas ;-) ?
Bon, je ne vous oublie pas, mais la rentrée est rude, alors je garde un oeil chez vous et à bientôt :-) !
Amicalement. Sylvie

12. Le jeudi 11 janvier 2007 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Sylvie !

Tous mes voeux également... non, je ne crois pas que le public soit lassé !

Je n'oublie pas non plus mon compte-rendu, mais les temps sont rudes en effet. :-)

13. Le lundi 29 janvier 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Re-bonjour David !
Suivant "l'habitude", je vous propose ci-dessous mon dernier compte-rendu, celui des Rückert Lieder au TCE la semaine dernière. Je vous souhaite très bonne lecture, et vous remercie toujours aussi chalheureusement pour votre blog accueillant :-) !
Sylvie

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, mardi 23 janvier 2007, 20h.
Concert, F. J. Haydn : symphonie n° 84, G. Mahler : Rückert Lieder,
E. Elgar : Introduction et Allegro op. 47, F. J. Haydn : symphonie n° 86.

Ensemble orchestral de Paris ; John Nelson, direction ; Nathalie Stutzmann, contralto.

Haydn me rappelle beaucoup d’autres compositeurs, c’est-à-dire qu’il a très nettement inspiré les musiciens de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe, mais je n’en vois aucune trace chez Mahler et bien que je ne connaisse pas assez Elgar pour me prononcer sérieusement à ce sujet, dans l’Introduction et Allegro qui nous a été donné, je n’ai pas senti son influence. Alors, pourquoi entourer Mahler et Elgar par Haydn ? On peut expliquer le rapprochement des œuvres de Mahler et d’Elgar par la contemporanéité de leur composition et de leur création (1901-1905), et si l’on ne constate pas de grandes similitudes musicales entre eux, il est précisément enrichissant d’en noter les différences. Tout cela pour dire que j’aurais nettement préféré une symphonie de Mahler à la place des deux symphonies de Haydn !

En « ouverture » pour ce concert de l’Ensemble orchestral de Paris, voici donc la symphonie n° 84 de Franz Joseph Haydn.
Côté musique, c’est vif, léger, ça coule avec fluidité, mais ce n’est pas varié, par exemple il m’est bien difficile de faire la différence entre le thème du premier mouvement et celui du dernier…
Côté interprètes, c’est agréablement joué, bien que les violons peinent un peu au début du premier mouvement. L’orchestre est clair, équilibré, on discerne tous les instruments et ma préférence va aux deux bassons à la sonorité chaleureuse. Le Menuet semble indiquer Mozart ; le final, très enlevé par les musiciens, est énergique.

Après cette « mise en condition », les Rückert Lieder de Mahler nous plongent dans un tout autre monde.
En longue veste mauve, Nathalie Stutzmann vient prendre place entre le chef et le premier violon. Un pupitre, placé un peu de côté et assez bas, supporte la partition vocale agrémentée de marque-pages (post-it rose et orange). Je n’ai pas eu l’impression que la chanteuse ait souvent fait appel à ce soutien, ou si cela a été le cas, elle l’a fait très discrètement. Au-dessus du pupitre de la contralto, un micro indique que le concert est enregistré, cela est confirmé par la présence de micros au-dessus du piano et de l’orchestre. Interrogé sur ce point, le Théâtre des Champs-Elysées dit ne pas savoir si le concert est enregistré et qu’il faut pour cela se renseigner auprès de l’Ensemble orchestral. Questionné à son tour, celui-ci a répondu qu’il ne s’agissait pas d’un enregistrement… Le peu de micros laisse en effet supposer qu’on ne réalise pas un enregistrement pour la radio ou le disque, alors pourquoi donc cet « enregistrement privé » ? Le mystère reste entier !
Le programme distribué gratuitement à l’entrée de la salle est assez bien fait (il propose même un interview inédit de N. Stutzmann), pourtant il ne contient pas les textes des lieder. Heureusement, le concert est surtitré, et comme pour le Winterreise d’octobre dernier à la Cité de la musique, j’apprécie sans réserve cette initiative, mais regrette fortement que nous soyons laissés après le concert sans le texte original et sa traduction française !

Gustav Mahler a composé en 1901 ces cinq lieder sur des poèmes de Friedrich Rückert (1788-1866) pour contralto et orchestre. Ces poèmes ne forment pas un récit mais sont chacun une petite histoire isolée. Il semble que l’ordre dans lesquels on les joue le plus souvent soit simplement celui de leur composition, mais ce soir le n° 3 « Ich bin der Welt abhanden gekommen » est placé en dernier, peut-être pour renforcer la progression dramatique de l’œuvre.

Le n° 1 « Blicke mir nicht in die Lieder ! » (littéralement : Ne regarde pas dans mes chants) explique que regarder le travail de l’artiste, ou l’artiste lui-même tant qu’il n’a pas fini de créer, est ressenti comme une trahison. Cela l’empêche d’avoir confiance en son œuvre en devenir, et par la métaphore des abeilles qui fabriquent le miel à l’abri des regards, Rückert promet au curieux qu’il goûtera l’œuvre terminée (le miel) avant tout le monde. La musique, relativement joyeuse pour Mahler (!), évoque discrètement grâce aux cordes le bourdonnement des abeilles ; la chanteuse, très à l’aise dans ce registre expressif, s’anime et sourit à cette image gustative et poétique.

Le second lied « Ich atmet’ einen linden Duft » (je respirais une suave senteur de tilleul) associe le parfum d’une branche de tilleul à celle qui l’a donnée au narrateur et que celui-ci aime. La première strophe est chantée très mélodieusement par N. Stutzmann qui nuance avec élégance la souple ligne musicale. La chanteuse profite des « i » de « linden » ou de « lieber » pour effectuer ses intonations si admirables, le fortissimo sur « Hand » est magnifique. Son « i » me presse souvent les tympans exactement comme la différence de pression dans un avion, et le « i » de « Lindenduft » (la senteur) est si bien appuyé qu’il me procure cette curieuse sensation. Un « e » étiré dans « gelinde », un « ich » gravissime, et le lied se termine dans un ralenti qui exprime le recueillement de l’amoureux respirant le « Liebe linden Duft », le doux parfum de l’amour.

Mais voici déjà « Um Mitternacht » (A minuit). Poème aux intonations métaphysiques, il évoque (ou invoque) l’insondable univers, le combat contre les souffrances de l’humanité, puis l’échec de cette lutte qui conduit à la mort. Musicalement, le « Um Mitternacht » revient avec obstination et est souligné par les vents, comme si précisément à minuit, et seulement à minuit, une ouverture se fait et rend possible ce saut dans l’indicible auquel nous aspirons tous. Nathalie Stutzmann est parfaitement immobile et étend son chant au-dessus d’un orchestre d’une élégante discrétion. Au gré des strophes, elle fait varier les « Mitternacht », le « i » tantôt tiré, appuyé ou même prenant une intonation si nouvelle que je ne sais pas encore la qualifier, le « a » est plein et profond, particulièrement à la fin de la troisième strophe. Vient ensuite ce combat perdu contre les forces du Mal. La chanteuse le marque par une très longue et impressionnante descente sur le « ei » de « entscheinden », cette chute est poursuivie par celle des cuivres… Mais la contralto se redresse, les bras le long du corps et légèrement écartés, les mains ouvertes les paumes vers le public, elle chante les vers qui terminent le lied « Herr über Tod und Leben / du hältst die Wacht / um Mitternacht » (Seigneur de mort et de vie / toi qui veilles / A minuit) avec une force impressionnante, et le dernier « Mitternacht » s’abîme gravement dans l’orchestre.

Le quatrième lied nous permet de respirer un peu avant le dernier si bouleversant. « Liebst du um Schönheit » (orchestré par Max Puttmann) a déjà été mis en musique par Clara Schumann (op. 12 n° 4) et inclus dans les Liebesfrühling op. 37 (n° 4) de Robert. Si tu aimes pour la beauté, si tu aimes pour la jeunesse, dit ce poème, ne m’aime pas moi, mais si tu aimes pour l’amour, alors, oui, aime-moi parce que je t’aime. Elans romantiques et passions éternelles sont traduits par Nathalie Stutzmann grâce à une belle puissance dans les médiums aigus parfaitement tenus. Un peu souriante, la contralto joue le texte qui lui aussi « joue » avec la significative répétition « immer / immerdar » : « Liebe mich immer, dich lieb’ ich immerdar ! » (Aime-moi toujours, car je t’aimerai continuellement).

Mais voici le cinquième et dernier lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Je me suis retiré du monde, ou je suis perdu, égaré, disparu pour le monde). La musique lente aux notes tenues suggère un détachement plus complet du terrestre que dans « Um Mitternacht » ; le chant plane irréel, immatériel. Ce lied a permis à Mahler d’atteindre une expression musicale bouleversante, et comme « Um Mitternacht », il rappelle le « O Mensch ! Gib acht ! » du Zarathoustra de Nietzsche (Oh homme ! Prends garde !) de la 3ème symphonie.
Dès le début de l’introduction orchestrale, on sent la tension monter. La chanteuse se prépare longuement en renforçant sa concentration et en cherchant à repousser le trac par la maîtrise de sa respiration. Extrêmement retirée en elle-même, calme et droite, elle chante le début du lied piano « Je suis perdu pour le monde… il peut bien croire que je suis mort ! ». Le « gestorben » qui clôt cette première strophe s’envole sur le « o » chanté avec tellement d’émotion tant il exprime toute la fragilité humaine ! La strophe médiane est plus animée : « Peu importe, à vrai dire, / si je passe pour mort à ses yeux [ceux du monde] » et la dernière strophe nous emmène au-delà de ses mots ! Il n’y a pourtant pas vraiment d’ouverture vers un infini apaisant, et il faut être très optimiste pour voir dans les deux derniers vers « Je vis solitaire dans mon ciel, / dans mon amour, dans mon chant » un élan vers l’universalité lumineuse. C’est plutôt la conséquence de l’impossibilité de vivre homme parmi les hommes, tant l’incompréhension qui règne entre eux les isole les uns des autres et exclut les plus sensibles.
Le troisième « gestorben » (« mourir », il y en a un dans chaque strophe) est le support des graves les plus profonds de Nathalie Stutzmann, puis le « ruh » (je repose) est dit avec une douceur qui renverse l’âme, « stillen Gebiet » (tranquilles demeures) est magistral. Et pour finir, puisque cela est inévitable, ce dernier vers « in meinem Lieben, in meinem Lied » (dans mon amour, dans mon chant) joue avec les sonorités de « Lieben » et de « Lied » (amour / chant) et en même temps, joue avec le sens de ses mots : est-ce que mon amour est mon chant, ou bien est-ce que mon chant contient mon amour ? A ce point de non retour, les deux sont confondus, cela ne fait plus aucun doute. Ce « in meinem Lieben » est répété, N. Stutzmann variant son expression chante le deuxième d’une façon saisissante !
Et puis, et puis, je m’attache au petit « d/t » final de l’ultime « Lied » qui se détache doucement, délicatement, dans le silence recueilli de l’orchestre. Celui-ci vient conclure ces Rückert Lieder par quelques mesures qui contiennent un changement de notes si particulier : les cordes font un « glissé » d’une note grave à une plus aigue de telle sorte que le son soit en continu. Et cela tire littéralement tous nos nerfs vers le haut, comme s’ils glissaient hors du corps en le laissant pétrifié, sans aucune sensation.

Difficile d’applaudir après cela, difficile de reprendre ses esprits pour réaliser que l’on est sur une scène de théâtre. Pourtant, après un long silence, le public (attentif et très discret entre les lieder) se manifeste avec enthousiasme, quelques bravos se font entendre et la chanteuse est rappelée deux fois. Nathalie Stutzmann revient de très loin, elle serre les mains d’un John Nelson discret et de la première violoniste, puis elle salue avec émotion, sourit timidement et met un instant avant de s’apercevoir qu’on lui tend un bouquet de fleurs…

Bien que je découvrais pour la première fois les Rückert Lieder en concert, j’ai trouvé Nathalie Stutzmann moins à l’aise que dans les Kindertotenlieder de Bordeaux en novembre 2005. Le trac qui s’est emparé d’elle au début du cinquième lied était singulier : sa voix était en forme, l’orchestre et le chef l’accompagnaient avec délicatesse, tout semblait bien aller, mais j’ai senti une sorte de retenue inhabituelle dans son attitude vocale et physique. Est-ce que chanter à Paris, et y être bien accueillie, est particulièrement important pour elle, est-ce que ce « Ich bin der Welt abhanden gekommen » a un sens spécial pour la chanteuse et cela l’aurait-il emportée plus loin qu’elle ne l’aurait souhaité ? Un peu tout cela, ou toute autre chose, elle est sans doute la seule à le savoir. Et bien que cela me soit très difficile à reconnaître, je dois avouer que j’ai été un peu moins transportée par son interprétation des Rückert Lieder que par ses Kindertotenlieder.

Pendant l’entracte, après cette tension, je n’ai pas envie de sortir de la salle. Je me repose tranquillement dans mon fauteuil en plein milieu du quatrième rang de d’orchestre : je n’ai jamais été aussi bien placée, et je me souviens de la première fois que je suis venue ici. C’était au début des années 80 pour le concerto en sol de Ravel avec un pianiste pour lequel j’ai eu une passion pendant près de 15 ans : Arturo Benedetti Michelangeli. J’étais assise tout en haut du deuxième balcon du côté droit…

Les musiciens reprennent peu à peu leur place, les spectateurs aussi, et voici John Nelson qui monte prestement sur son podium.
L’Introduction et Allegro pour cordes d’Edward Elgar est en fait un petit concerto pour quatuor à cordes avec… cordes. C’est une œuvre vive, brillante et nerveuse qui met (heureusement !) parfaitement en valeur l’orchestre en général, et l’Ensemble orchestral en particulier : précision, clarté et quatuor de solistes bien équilibré. Le crescendo qui conduit au final, les fortissimi qui en résultent et le bel accord pizzicato qui termine l’œuvre sont bien exécutés, avec force et conviction. Les musiciens prennent véritablement plaisir à jouer cette courte pièce et ils communiquent leur enthousiasme au public.
La direction de John Nelson, pour autant que je sois capable d’en dire quelque chose, me fait meilleure impression que lors du concert du mois dernier à Notre-Dame (Bach et Saint-Saëns). Un léger sourire aux lèvres, il accompagne la musique en dansant ou même en sautant parfois sur son podium, et sans baguette, il pousse du plat de sa main les grands traits des cordes ou malaxe avec des deux mains les sons qui sortent de l’orchestre comme le boulanger pétrit sa pâte…

Et alors, cette seconde symphonie de Haydn ? Bien plus intéressante que la n° 84 donnée en ouverture, cette n° 86 (composée vers 1786) tend nettement vers le XIXe siècle. Le premier mouvement me fait successivement penser à Beethoven, Schubert, Mendelssohn et Weber. Puis dans le début du second j’entends Mozart et même Brahms… Pauvre Haydn que je compare à ses successeurs alors que c’est lui que je devrais retrouver en eux ! Je n’arrive décidément pas à saisir son style ni à lui trouver une réelle profondeur, mais cette symphonie n° 86 est écoutée avec plaisir par tout le monde, enfin presque, puisque je repère une vieille dame et un jeune homme que cette musique sans histoire berce d’un paisible sommeil.

Concert aux ambiances contrastées, légèreté et facilité des symphonies chez Haydn, émotions dures et profondes chez Mahler, brillante vivacité chez Elgar… Et puis, Nathalie Stutzmann, plus retenue que d’habitude, m’a communiqué sa peur. Pourtant, nul doute que si j’en ai l’occasion j’irai écouter avec intérêt et bienveillance ses prochains Rückert Lieder !

Sylvie Eusèbe, 28 janvier 2007.

14. Le lundi 29 janvier 2007 à , par Morloch

Bonjour !

C'est fascinant de suivre vos pérégrinations pour aller écouter Nathalie Stutzmann ! Je l'avais entendue il y a longtemps dans un récital de lieder de Schumann, si je me souviens bien (j'ai honte), et j'avais découvert sa voix très grave qui m'avait stupéfait. Le personnage paraît aussi sympathique que sa voix est extraordinaire.

Mais c'est la seule artiste lyrique que vous suivez ? Je me demandais si vous cherchiez à parler d'elle car elle n'a pas la notoriété qu'elle mérite ou bien si vous étiez une vraie groupie ? J'espère que vous lui avez parlé, il faut qu'elle connaîsse sa meilleure agente de presse ! Je promets que j'essaierai de la voir en concert dès que l'occasion se présente, je suis convaincu par vos textes :)

Pour Haydn, essayez d'écouter les CDs de la série de récitals donnés par S. Richter de ses sonates. Vous découvrirez la réelle richesse et subtilité de ce compositeur, dans une interprétation très dépouillée qui rend justice à celui que Bernstein appelait " le moins pompeux des compositeurs". En tout cas, ce sont les disques qui m'ont "converti" à Haydn.





15. Le lundi 29 janvier 2007 à , par Sylvie Eusèbe

Un grand merci à vous Morloch : votre commentaire m’a fait très très plaisir :-) !

Je suis aussi sensible à votre conseil à propos des enregistrements de Haydn par S. Richter. De son piano je ne connais que deux concertos que A. Benedetti Michelangeli a enregistrés dans les années 70. En fait, je crois que c’est surtout ses symphonies qui ne me parlent pas, car par exemple j’aime bien « les 7 dernières paroles du Christ en croix ».

Je suis heureuse que mes textes sur Nathalie Stutzmann vous donnent envie d’aller la réécouter : c’est fait pour ça, mais je suis aussi « une vraie groupie » comme vous dites ;-) ! Alors j’aime faire partager mon admiration pour cette musicienne exceptionnelle et elle est en effet la seule interprète que je vais écouter autant que je le peux depuis environ deux ans (mais il m’arrive d’aller à d’autres concerts que les siens !). Et je ne lui ai jamais parlé, je ne suis malheureusement pas à l’aise à l’oral…

Et toutes mes excuses à David pour discuter tranquillement sur son blog mais... pas avec lui ;-) !

16. Le mardi 30 janvier 2007 à , par DavidLeMarrec

Je réponds à tout ça sous la publication du compte-rendu de Sylvie.

J'y reporte également vos messages, ce sera plus commode.


P.S. : Il apparaît à la date d'hier, j'avais commencé à m'en occuper à ce moment, d'où le petit décalage temporel.

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