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Feuilleton - Concours International de Quatuor à Cordes de Bordeaux 2007 - III - journée du 4 juillet

Après avoir trouvé porte close (ce qui s'expliquait par le démontage du décor de Carsen pour les Noces de Mozart), nous nous sommes donc rendus aux épreuves de l'après-midi.

14h30-19h30 (dont deux fois un quart d'heure de pause...)

Six quatuors.


Méthode

CSS préfère, d'ordinaire, organiser son propos, mais pour une fois, la contrainte est de faire vite, pour rendre compte au jour le jour - sans quoi l'accumulation nous serait de toute façon fatale. Aussi, il ne sera pas possible de tout dire et de tout classer convenablement, que nos lecteurs nous en excusent.
On essaie ici de considérer les prestations comme des concerts, et non selon le regard du juge sévère qui jauge les petits jeunes - le niveau ne se prête certes pas à cet exercice de vanité. C'est aussi plus agréable, plus constructif et même plus efficace pour rendre compte.
Malgré tout, la succession d'interprètes, parfois encore un peu verts, dans des pièces identiques, le cadre, les conversations environnantes tendent à faire glisser le commentaire vers le jugement. Nous y sommes très vigilants, mais il nous faudra bien, à un moment où l'autre, comparer, remettre en perspective. De surcroît, la superposition sauvage de ces séquences rend la perception nécessairement relative.




Règlement

On le rappelle, tous les quatuors avaient le choix entre le Quartettsatz de Schubert et un scherzo & mouvement lent de Mendelssohn. Tous on choisi le Schubert, plus célèbre et plus payant. L'autre oeuvre était un quatuor romantique au choix de la période 1830-1890.




14h30 - Quatuor Alma (France)

Ce quatuor nous a surtout impressionné par son premier violon, Mlle Ann-Estelle Medouze, capable de splendides phrasés, maîtrisant l'usage habile de sinuosités, de césures bienvenues. Les partenaires se montrent bien plus discrets, assez effacés même. On imagine la formation assez idéale pour le répertoire classique, et on espère vivement pouvoir les entendre dans les Mozart de la deuxième épreuve.
Le son est tout de même souvent rêche, un peu plat, guère voluptueux, ce qui pourrait ne pas convaincre pleinement le jury sur des critères techniques. Pour notre part, la compensation par l'imagination musicale est amplement avérée, et nous sommes sortis guillerets du concert.

Le Quartettsatz dispense des changements de couleurs très habiles entre ses sections expressives, d'un goût parfait, un jeu sur la lumière très réussi. L'oeuvre est exigeante, difficile à rendre, nous avons, vous vous en souvenez, les §Leipziger dans l'oreille.

L'oeuvre complémentaire était le Quatuor Op.80 de Felix Mendelssohn. Ici, tâche difficile également, on avait les Psophos, victorieuses en 2001, dans l'oreille. La parenté entre les deux oeuvres est d'ailleurs assez impressionnante au premier mouvement. La circulation des thématiques entre les mouvements, la progession subtile du mouvement lent captivent véritablement, pour l'oeuvre elle-même. Elle repose de surcroît très amplement sur le premier violon, ce qui ne sera pas pour nous déplaire, pour cette formation.
On remarque bien quelques raideurs, mais surtout un engagement remarquable, une véritable prise de risque, quitte à produire quelques sons modérément beaux en eux-mêmes. Les Alma nous donnent à entendre un Mendelssohn de sueur, qui n'hésite pas à hurler comme du §Chostakovitch, avec un panache certain.




15h15 - Quatuor Voce (France)

Une chose amusante ici : parmi les mines inspirées, celle du violoncelliste se détache ; chacun de ses phrasés reçoit une explication de texte extrêmement éloquente par ses mimiques. Un bel avenir de pédagogue en plus de l'instrumentiste, assurément ! Si tous les chefs avaient une gestuelle aussi précise...

Le contraste est difficile pour cette formation qui peut sans doute encore mûrir. Le son y est assez aigre (et assez brut), les contrastes durs. On sent une lecture un peu systématique des figures musicales, par moment quasiment un phrasé pensé à la mesure.
Du coup, on ne perçoit guère d'événements dans la structure du Quartettsatz (où les épisodes se juxtaposent plus qu'ils ne se succèdent), mis à part cette jolie fin, comme surprise d'elle-même.

En seconde oeuvre, le troisième quatuor de l'opus 41 de Schumann (la majeur). Choix singulier ! L'oeuvre faisait partie des imposés du concours, il y a quatre ans. Ces quatuors de l'opus 41 sont sans doute l'un des groupes d'oeuvres les moins enthousiasmants de Schumann, l'un des très rares où nulle fièvre, nulle urgence ne se communique. Aux antipodes de ce magnifique §concerto pour violon, par exemple.
L'oeuvre est véritablement massive, très peu mélodique, les motifs peinent à émerger. Vraiment ce que l'on appelle allemand, dans le sens le plus péjoratif du terme : beaucoup de structure et peu de musique. Guère d'aspérités, ni de tensions - un quatuor carré.
Seuls deux moments plaisent au public (et à nous aussi, il faut bien le dire, ça met un peu d'animation), à savoir les esquisses de danses populaires au II et l'ensemble du IV, une énigmatique concession au sortir de cette pièce très sévère, où sont reprises littéralement quelques thématiques de danses campagnardes à bourdon, très simples, gaillardement dansantes. Guère subtil, mais bien efficace, et contrairement aux autres quatuors de l'opus 41, le public en sort généralement un peu réconforté.
On comprend toutefois assez aisément l'absence systématique des quatuors de Schumann au concert - surtout lorsqu'il existe tant de merveilles en musique de chambre, par exemple ses Märchenerzählungen ("Contes de fées") qui ont inspiré l' Hommage de Kurtág. Celle des Mendelssohn de la maturité nous paraît nettement plus énigmatique.

Concernant l'interprétation, on retrouve les mêmes caractéristiques, avec des phrasés à vue assez courte, des sonorités métalliques dans les sections agitées, des danses véritablement à la villageoise.

Le public, dubitatif durant l'oeuvre, paraît très satisfait, comme d'habitude, de cette friandise en guise de mouvement final. Etrange, tout de même, de choisir cette oeuvre dans un programme libre. Une oeuvre qu'on ne jouera pas au concert, qui ne fait pas briller la virtuosité de l'ensemble, une oeuvre qui n'est pas passionnante en elle-même.

Nous ne sommes pas très convaincu au total, autant par le choix de la pièce que par un certain manque de musicalité dans son exécution.




16h - pause




16h15 - Quatuor Asasello (Suisse)

Cette formation a la particularité de jouer debout (hors violoncelle), et d'être habillée en queues de pie, même pour les femmes. Cette pose lui donne de prime abord une assurance, une présence supplémentaire. Par contraste, on est saisi par un son plus ample, mais on trouve, hélas, certains travers déjà perçus : une tendance aux contrastes violents dans Schubert (Quartettsatz), des stridences (particulièrement chez le premier violon).

Stupéfaction : nous voilà resservis avec le même quatuor de Schumann (Op.41 n°3) !
Le violoncelle apparaît doté d'un aigu hâché, criard, assez étonnant à ce niveau. Dommage, car le son abyssal de l'alto et le second violon séduisent vraiment. Leur ton serait sans doute plus adapté à Chostakovitch, pense-t-on.
On note un peu plus d'abandon que chez les précédents, un tempo rubato sur une danse, des démonstrations d'homogénéité, une plus grande aisance dans les sections rapides...

Une bonne formation mais qui, ici encore, peut tout à fait aspirer à mieux dans les prochaines années. Ne serait-ce qu'en soignant le son peu avenant du premier violon.




17h - Quatuor Galitzin (Grande-Bretagne[1])

Nous sommes sensiblement dans le même cas de figure ici, avec un son toutefois plus personnel, un peu pincé (ce qui n'est pas un défaut). Des limites techniques (quelques rares petits écarts de justesse dans les conclusions de chaque pièce), le même genre de phrasés un peu systématiques dans le Quartettsatz (qui jouent toujours la carte de la marche harmonique), quelques jolis alanguissement, mais pour une conception qui pèche ici encore par un rien de brutalité.

Le choix du quatuor opus 13 de Mendelssohn, de surcroît, ne facilite pas la mise en valeur : l'oeuvre est de prime jeunesse, un peu sage, ne ménage guère de fulgurances. Son exécution un peu "attentive" (la cadence pour violon solo y est exécutée avec précaution, dans un cadre où la justesse fait défaut ici ou là) n'améliore pas l'affaire sur l'impression générale donnée par la formation.




17h35 - Pause




18h - Quatuor Atrium (Russie)




18h45 - Quatuor Brodowski (Grande-Bretagne[2])




Je n'ai pas le temps d'achever à présent cette note.[3] Dommage, car les deux derniers n'étaient pas les moins intéressants.

J'avoue aussi que l'exercice me laisse très sceptique. Comment, en si peu de temps, dans une telle accumulation, dans la tension de la comparaison, exercer un jugement ? Cette course à l'échalotte avec distribution des bons et mauvais points n'est pas dans l'esprit de CSS, où l'on préfère présenter ce qui a attiré notre attention. On sait bien que le jugement négatif est souvent la preuve d'une incompréhension plus que d'une clairvoyance, même si, dans le cas précis, on peut bien noter des différences d'inspiration et d'exécution technique entre les candidats.

Non, décidément, CSS a d'autres priorités, et ce n'est pas son propos que de lister des avis subjectifs sur des interprétations (que la plupart de ses lecteurs n'auront, cerise sur le gâteau, pas pu entendre).

Surtout pour produire des notes pas entièrement maîtrisées, un peu lapidaires, trop expéditives sur les artistes.

Mieux vaudra peut-être reprendre un rythme d'écoute plus décent, et signaler simplement ce qui aura retenu l'attention de CSS (les Alma, Atrium et Brodowski en sont, incontestablement).

Une nuit de méditation s'impose.

Les lutins de CSS, tout en tirant le rideau, vous souhaitent une douce soirée.

Notes

[1] Je croyais que le pays était le Royaume-Uni, mais puisqu'ils le disent... Admettons les Grands-Brettons.

[2] Pour toute réclamation, se référer à la note 1.

[3] Oui, je dis je, car j'ai beau dire "CSS ceci", "CSS cela", "CSS sù", "CSS giù", c'est moi qui §fais tout le turbin ici - les lutins sont sacrément fainéants, permettez-moi de dire.


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