Carnets sur sol

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Guide pour les 'Victoires de la musique classique' - 3 - "Soliste instrumental de l'année" et "Ensemble de l'année"

Soliste instrumental de l'année
  • Nicolas ANGELICH (Piano... Virgin)
    • CSS n'a jamais beaucoup apprécié le jeu un peu gris de Nicolas Angelich, très probe, mais qui n'a jamais suscité chez nous un émerveillement particulier, y compris dans la musique de chambre de Brahms - puisqu'il sera entre autres "évalué" sur son dernier album consacré au compositeur.
  • Jean-Guihen QUEYRAS (Violoncelle, Harmonia Mundi)
    • Un des plus grands violoncellistes qui aient été, assurément, qui donne toute la mesure de son intelligence des phrasés et de son éclectisme dans le domaine du concerto. On pourrait comparer à Fournier d'une certaine façon, mais nettement plus pensé, et un son plus chaleureux et robuste.
    • Le son paraît un peu plus acide et l'engagement plus discret dans la difficile place du violoncelle pour la musique de chambre avec piano. Mais en solo, son disque Bach dont on a ici entendu quelques extraits est tout à fait splendide - la concurrence riche n'en fait absolument pas un indispensable, mais l'une des grandes réussites, pour autant qu'on ait pu en juger. Un très bon candidat, on récompenserait ainsi une figure majeure du violoncelle. Son concerto de Dvořák est à connaître absolument, mais on peut également se tourner vers le passionnant programme Kodály / Veress / Kurtág.
  • Alexandre THARAUD (Piano, Harmonia Mundi)
    • Ici aussi, un choix qui ne peut qu'être applaudi, tant Alexandre Tharaud s'est imposé comme un interprète majeur et original. Pour les lutins de CSS, ce sera surtout son Rameau recréé, avec irrégularité et trilles réinventés pour le jeu du piano, avec une plasticité et un rebond invraisemblables. Il n'existe plus de concurrence, piano et clavecin réunis. La suite d'hommage à Rameau de jeunes compositeurs [1], qu'il insérait entre les pièces de la suite en la, achevait de rendre passionnante et magnétique l'expérience. Impérissable.
    • Ses Ravel subséquents ont aussi ravi la critique et le public comme une référence au plus haut niveau. En revanche, ses Couperin, cette année, ont déçu, y compris Carnets sur sol, à notre grande surprise. Cela sonne étrangement gourd, épais ; peu d'esprit, peu de badinage. En cherchant - avec raison - une autre clef que pour Rameau, Alexandre Tharaud n'en a pas trouvé une aussi évidente. Quelque chose subsiste de pesant, de peu dansant, de peu évocateur. Une étrange esprit de sérieux auquel il ne nous avait guère accoutumé.


Aussi, si CSS devait choisir, Queyras mériterait sans aucun doute d'être salué avec déférence, surtout eu égard à la déception relative causée par Tharaud - s'il faut absolument considérer l'année écoulée (et à partir des albums enregistrés en studio, aberration absolue...) et non le véritable mérite.

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Ensemble de l'année :
  • La Chambre Philharmonique (fondée et dirigée par Emmanuel Krivine)
    • Orchestre qui a reçu des critiques assassines à ses débuts. Emmanuel Krivine n'est pas un mauvais chef pourtant, mais si le niveau technique de l'orchestre et sa cohésion demeurent insuffisants, évidemment... On reste dubitatif sur l'ampleur de la catastrophe (et sur la catastrophe tout court), et très curieux d'en entendre plus que quelques secondes. Etrange cependant, au vu de la réception globale de ses débuts - mais faites l'expérience d'écouter le Trionfo del Tempo e del Disinganno par les Musiciens du Louvre dans les années quatre-vings, et vous saisirez en un instant l'abîme qui peut séparer une formation entre sa création, son développement et son meilleur niveau -, qu'il figure ici. La réponse se trouve peut-être dans le label qui l'édite (Naïve, pour ne pas le nommer).
  • Choeur Accentus
    • Tous les ans nommé, et bien souvent récompensé. Un choeur qui a le mérite de brasser énormément de répertoire, et d'être capable d'interpréter du contemporain et des raretés en abondance, avec, de ce fait, une importance assez notable dans la vie musicale - les compositeurs sont vraiment heureux de disposer d'un tel ensemble.
    • Après cela, question son, on reste dans une certaine sècheresse un peu grise, très loin de la volupté des meilleures formations, en particulier nordiques et germaniques. Il existe, en termes de personnalité, entre Accentus et le Choeur de Chambre de la Radio de Riga le même abîme qu'entre un professionnel de valeur et une légende vivante.
    • Cet organisme reçoit un lot assez considérable de subventions, et du fait de sa sagesse d'exécution, finit de s'attirer des ennemis. Il n'empêche que, sans le récompenser chaque année (ni acheter ses disques lorsque le choix existe, ce qui est loin d'être toujours le cas, et on l'en remercie !), on peut saluer son statut providentiel.
    • Leur dernier disque consiste dans le Via Crucis de Liszt, une oeuvre pas énormément servie au disque (et surtout très mal la plupart du temps...), dont nous devions précisément proposer une discographie, presque achevée mais en attente depuis au moins une année, sur CSS. Cette oeuvre repose en grande partie sur les épaules du pianiste, et le magnétisme dramatique de Brigitte Engerer fait ici merveille, contrastant avec la tradition extatique des interprétations disponibles - tradition qui culmine dans l'enregistrement absolument sans égal de Reinbert De Leeuw, d'une lenteur et d'un dépouillement ineffables. Côté choeur, on peut trouver Accentus un peu vaste ici, et surtout toujours un peu impersonnel. Merci à eux tout de même de remettre cette oeuvre sur le métier, beaucoup d'enregistrement en sont épuisés, y compris les meilleurs (à part De Fasolis chez Naxos).
    • D'accord, c'est publié par Naïve.
  • Les Sacqueboutiers de Toulouse (direction artistique Jean-Pierre Canihac et Daniel Lassalle)
    • Etrange nomination d'un ensemble très spécialisé. Il faut dire qu'ils ont pu sauver nombre de représentations par leur maîtrise excellente des cuivres anciens, si difficiles aujourd'hui encore pour les ensembles sur instruments d'époque. Ils ont notamment pu contribuer à l'Orfeo de Monteverdi par Emmanuelle Haïm (CD et concerts, notamment au Barbican Centre), William Christie ou Jordi Savall (DVD et tournée française) - et, particulièrement dans ce cas, leur éclat relevait nettement le niveau général de l'ensemble instrumental. Il existe plus séduisant, mais leur présence comme force d'appoint se montre salvatrice en de multiples occasions.
    • De surcroît, l'Orfeo de Haïm est publié par Virgin Classics, alors vous pensez.


Impossible de se prononcer équitablement ici.

Notes

[1] Bruno Mantovani pour l'allemande, Guillaume Connesson pour la courante, Thierry Pécou pour la sarabande, Régis Campo pour Les Trois Mains, Krystof Maratka pour La Triomphante, Thierry Escaich pour la gavotte - Fanfarinette restait seule inexploitée.


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Commentaires

1. Le mercredi 6 février 2008 à , par sk†ns

Inarrêtable ! Un vrai Benazzi (ou Lomu) !

2. Le mercredi 6 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

En tant que VRP officieux d'un autre label français totalement (et scandaleusement) passé sous silence dans cette mascarade, je ne cesserai qu'une fois ma vengeance accomplie. C'est dit.

:-)

3. Le jeudi 7 février 2008 à , par Morloch

Il n'y a pas l'EIC avec Susanna, cela n'a aucun intéret.

Mais au fait, qui sont les votants ?

4. Le jeudi 7 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Pour les jeunes interprètes, le public. Pour le reste, un collège de professionnels [strike]de Naïve[/strike].

La composition dudit collège n'est pas indiquée sur le site officiel de la manifestation.

5. Le jeudi 7 février 2008 à , par Morloch

Tiens il faudrait faire un jeu des pronostics...

1) Enregistrement de l'année : Maria, de Cecilia Bartoli. Jarrousky a déjà dû en recevoir plein de Victoires la fois passée, une de plus ce serait génant. Et le manque de crédibilité de Pierre et le Loup risque de sauter aux yeux même des organisateurs, à moins qu'ils n'aient des stocks à écouler.

2) Artiste lyrique de l'année : Sandrine Piau. En dépit de la présence bizarroïde de Rolando Villazon, oseront-ils le déranger pour rien ? j'ai l'impression que Sandrine Piau n'a pas encore reçu assez de Victoires les années passées. Ca se gagne à l'usure, ces petites choses là.

3) Instrumentiste de l'année : Alexandre Tharaud. Je ne lis plus guère ces revues, mais je n'ai pas pu passer à côté du fait que le moindre disque de ce jeune homme a droit à une pluie de récompenses avant même que le pauvre interessé ait même acheté les partitions en vue de l'enregistrement. Je ne comprends même pas pourquoi il se fatigue encore à enregistrer des disques, il pourrait simplement envoyer le dossier de presse pour se faire attribuer les récompenses par retour de courrier.

A. Tharaud ayant certainement reçu le Diapason de platine de tous les temps, le Diapason platine de l'année, le Diapason vermeil des années bissextiles, le Choc ultime de l'univers, le 10 de Classica-Répertoire-Machin, le timbre de rubis d'Opéra magazine (pour ses fabuleux chantonnements pendant qu'il joue) ainsi que les 357 f de Telerama, comment le jury ne pourrait-il pas lui attribuer dans la foulée la tant désirée Victoire. Au passge, ils pourraient lui en envoyer directement un carton, histoire de gagner du temps et de grouper les frais de port pour les années à venir.

D'ailleurs, au passage, il faut aussi que je fasse un petit aveu, j'ai eu une période de lecture de ces revues et dans mon cas, elles ont eu n effet plutôt néfaste pour les artistes français. Certains d'entre eux étaient tellement écrasés de décorations tels des généraux soviétiques des années 1980, avec des commentaires tellement dythirambiques que cela en était génant pour eux, que j'ai pris l'habitude de privilégier les interprêtes étrangers avec des critiques controversées (un Diapason d'or concommitant avec un 1/5 du Monde de la Musique était dans ma perception des choses un peu biaisée un signe très rassurant quant à la qualité d'une prestation, et si, en plus, il s'agissait d'un américain ou d'un biélorusse, je sautais sur le disque en toute confiance). Du coup, je suis resté plein de préjugés sur certains interprètes - à peu près tous les pianistes français de ces 20 dernières années, par exemple - assez idiots et je suis certainement passé à côté de merveilles.

6. Le jeudi 7 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

1) Enregistrement de l'année : Maria, de Cecilia Bartoli. Jarrousky a déjà dû en recevoir plein de Victoires la fois passée, une de plus ce serait génant. Et le manque de crédibilité de Pierre et le Loup risque de sauter aux yeux même des organisateurs, à moins qu'ils n'aient des stocks à écouler.

Même diagnostic pour moi. :)

2) Artiste lyrique de l'année : Sandrine Piau. En dépit de la présence bizarroïde de Rolando Villazon, oseront-ils le déranger pour rien ? j'ai l'impression que Sandrine Piau n'a pas encore reçu assez de Victoires les années passées. Ca se gagne à l'usure, ces petites choses là.

Sandrine Piau n'a pas dû recevoir beaucoup à ce jour, mais je me trompe peut-être.

Avoue que remporter le pompon avec un disque de mélodies avec piano Koechlin-Zemlinsky-Schoenberg, ça aurait de l'allure !


3) Instrumentiste de l'année : Alexandre Tharaud. [...]
A. Tharaud ayant certainement reçu le Diapason de platine de tous les temps, le Diapason platine de l'année, le Diapason vermeil des années bissextiles, le Choc ultime de l'univers, le 10 de Classica-Répertoire-Machin, le timbre de rubis d'Opéra magazine (pour ses fabuleux chantonnements pendant qu'il joue) ainsi que les 357 f de Telerama, comment le jury ne pourrait-il pas lui attribuer dans la foulée la tant désirée Victoire. Au passge, ils pourraient lui en envoyer directement un carton, histoire de gagner du temps et de grouper les frais de port pour les années à venir.

C'est vrai qu'il recueille tout, mais ça me semble assez justifié, et difficilement contestable. Un boulevard critique. Cherche un critique qui dise du mal des Winterreise de DFD des années 50-60, ou de ses premiers Wolfram...

Je sais bien que Couperin t'a déçu - moi aussi.


D'ailleurs, au passage, il faut aussi que je fasse un petit aveu, j'ai eu une période de lecture de ces revues et dans mon cas, elles ont eu n effet plutôt néfaste pour les artistes français. Certains d'entre eux étaient tellement écrasés de décorations tels des généraux soviétiques des années 1980, avec des commentaires tellement dythirambiques que cela en était génant pour eux, que j'ai pris l'habitude de privilégier les interprêtes étrangers avec des critiques controversées (un Diapason d'or concommitant avec un 1/5 du Monde de la Musique était dans ma perception des choses un peu biaisée un signe très rassurant quant à la qualité d'une prestation, et si, en plus, il s'agissait d'un américain ou d'un biélorusse, je sautais sur le disque en toute confiance). Du coup, je suis resté plein de préjugés sur certains interprètes - à peu près tous les pianistes français de ces 20 dernières années, par exemple - assez idiots et je suis certainement passé à côté de merveilles.

Comme quoi, le plus sûr est de ne pas lire, surtout que c'est cher, ces trucs, pour dispenser des commentaires sentencieux et pas argumentés de dix lignes.

Ce n'est pas forcément la faute des rédacteurs, mais le format est ce qu'il est.

7. Le jeudi 7 février 2008 à , par Morloch

Je ne sais pas dans quelle base documentaire chercher, mais je suis prêt à parier que l'on trouverait des mauvaises critiques de DFD dans la presse spécialisée de l'époque.

Je vais tenter une écoute de la discographie Tharaud, plaisanteries à part, j'ai vu que les Préludes de Chopin étaient sur le point de sortir, je vais élargir un peu ma discothque limitée ici à Arrau, Richter, Serlin (sisi) et Argerich. Un petit frenchie ça me changera.

8. Le jeudi 7 février 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

De DFD, sans nul doute, mais de ce que je t'ai cité, certainement peu de chances...

Les Valses de Chopin par Tharaud étaient superbes, sans la moindre affèterie, d'un grand classicisme mais tout à fait efficaces.

Pour les Préludes, je redoute un peu l'absence de pathos, et l'extrait que j'ai pu entendre du dernier prélude ne me rassure pas à ce sujet.

Si tu veux te décoiffer un peu, je te recommande plutôt Garrick Ohlsson, une lecture très originale. Cela dit, Argerich suffit tout à fait.

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