Carnets sur sol

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Premières 'Rencontres européennes de musique de chambre' de Bordeaux - II - Concert d'ouverture (quatuors de Lalo et Nurymov)

La suite du compte-rendu du concert d'ouverture. Les oeuvres, l'interprétation, le public, les insolites.

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Edouard LALO - Quatuor (Op.45)

Le Quatuor d'Edouard Lalo était au programme de la finale du Concours de juillet dernier. L'oeuvre ne ressemble en rien au Roi d'Ys ou à Fiesque, encore moins à la Symphonie espagnole et surtout pas aux mélodies de salon douceureuses sur lesquelles nous avons pudiquement passé dans notre petite série.
Ce Quatuor n'est pas aussi consonant et paisible qu'on aurait pu l'entendre ; bien entendu, on n'est pas polyphonique à l'excès, on demeure chez les Français, mais le contrepoint est plus sollicité qu'à l'accoutumée, avec également un véritable travail sur les textures. Dans les premier et troisième mouvements, Lalo développe même des rythmes décalés très impressionnants (un véritable piège de mise en place pour une oeuvre aussi longue et aussi peu fréquentée !). C'est-à-dire qu'avec une rigueur d'écriture toute germanique (le mode de développement reste très beethovenien), Lalo conserve cependant une clarté optimiste qui éclate brièvement dans le morceau de thème (varié) qui émerge dans le quatrième mouvement, extrêmement réjouissant.

Le traitement des Atrium se caractérise toujours par ce son plein, cette tenue des lignes, qui enflent irrépressiblement, ce goût pour la tension. De même qu'en juillet, on est admiratif, mais pas très convaincu par le choix stylistique : le son est extrêmement russe, toujours très rond et vibré, un peu confortable et opaque pour du répertoire français. Du coup, on perd assez régulièrement de vue la logique d'une pièce qui est réellement de la musique pure, un peu abstraite, et qui se prête moyennement à ce genre d'exaltation avant tout mélodique. On a par moment songé, par le contraste entre l'oeuvre et son exécution, à du Tchaïkovsky dont le goût tirerait vers Puccini (deuxième mouvement en particulier, avec des tendresses un peu complaisantes).

Les instrumentistes sont toujours exceptionnels, avec ce violoncelle qui au plus fort de l'enthousiasme ne produit jamais le moindre bruit de touche, avec cet alto qui produit un son aussi limpide que le violon, aussi charnu que le violoncelle, comme si son instrument était le plus noble de la famille...
Néanmoins, on note une sensible baisse d'engagement par rapport au concours, notamment au premier violon, dont les sons se révèlent plus aigres, la finition du timbre moins soignée, les phrasés un peu plus relâchés. Au delà de ce que nous redoutions, donc : une telle aisance qu'il semble qu'ils s'ennuient déjà, une fois l'incertitude du concours levée...
Bien entendu, le résultat global demeure plus que convaincant.

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Chary NURYMOV (1940-1993), Deuxième quatuor, in memoriam Indira Gandhi

Chary Nurymov avait beau nous être inconnu, on avait bien deviné que la composition d'un turkmène serait gentille. Trois solutions : soit de l'hypertonal fade, soit du soviétisme un peu plus dissonant, mais bien sage, ou bien enfin du folklorique.

Ce deuxième des trois quatuors (plus quelques pièces isolées) de Nurymov ressortit à la troisième catégorie. Une oeuvre extrêmement simple, statique, qui redit les quelques mêmes formules, instrument par instrument, sur un tapis de cordes à l'unisson, immobile.

La pièce débute à l'alto seul, un peu à la manière du Quinzième de Chostakovitch (est-ce véritablement une coïncidence, où une inspiration nécessaire pour débuter ?), et, après une longue insistance sur des unissons, convoque des modes orientaux et quelques micro-intervalles. De petits décalages de justesses créent alors un faisceau sonore assez réussi, qui doit beaucoup à la réalisation d'une superbe plastique des Atrium. Une très large partie de la pièce se maintient dans un ostinato sur une seule note, tandis que le premier violon violone des motifs hindous dans l'extrême aigu. Le second violon Anton Ilyunin, qui a pris la place du premier, crée des sons invraisemblables, évoquant jusqu'à l'illusion parfaite l'écho d'un fifre. Tandis que ces motifs parcourent un peu laborieusement, un à un, les différents pupitres, les interprètes, avec le grand savoir-faire, maintiennent la tension et l'augmentent, implacable, y compris après les quelques interruptions déploratoires - des accords en forme de hoquet - voulues par le compositeur. On sourit toutefois en entendant, lors de l'une des seules positions réellement "harmoniques" de la pièce, de reconnaître la résolution qui soutient le cri du Paon dans les Histoires Naturelles de Ravel (« Lé-on ! Lé-on ! ») - une comparaison dérisoire qui montre bien à quel point une tournure anecdotique chez un autre compositeur relève ici de l'effort esthétique surhumain. On perçoit alors les échos de plus en plus distants d'une fête - mortuaire -, dans un bourdonnement qui peut-être aussi bien affligé que colérique. Ici encore, c'est la beauté du son à l'état pur, dans une configuration très confortable, qui fait tout l'intérêt pour l'auditeur. La pièce s'achève sans la moindre audace - juste une absence de résolution.

Notre pensée est double. Bravo d'avoir programmé une pièce rare. Mais ça ne vous a pas trop fatigués... et lui non plus.
Car, outre au choix qui ne révèle pas une clairvoyance musicale à toute épreuve sur la qualité des compositeurs (il faut donc peut-être s'attendre, si on en doutait, à un ensemble qui révèle relativement peu de nouveautés hors des 'Histoires de la Musique'), on a pensé à une certaine paresse. Une pièce déjà donnée neuf mois plus tôt pour le concours ; une pièce extrêmement facile, à l'exception de quelques harmoniques en suraigu pour le second violon (qui pour une fois avait une partie plus lourde, donc plus facile à gérer sans doute que pour un premier violon débordé). Pas de mise en place à faire, rien de que la maîtrise instrumentale, qu'ils ont déjà plus qu'amplement.
De surcroît, Chostakovitch est leur spécialité, déjà présent sur leurs deux disques, et ils ont enregistré le Cinquième en... 2002 ! Soit l'année de leur fondation.

Bref, véritablement un programme sans risques.

Ici encore, ils convainquent par la beauté et l'homogénéité de leur son, leur capacité à monter en intensité sans jamais lâcher la bride. A défaut de rendre la pièce passionnante, cela procure de bons moments.

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Chostakovitch et le reste arrivent.


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