Carnets sur sol

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vendredi 9 mai 2008

Clara WIECK-SCHUMANN - Lorelei et ses prolongements

(==> Un point sur les influences, le style et les grands jalons discographiques. Et beaucoup de jolies pochettes un peu tartes.)

Influences

Nous disions hier, dans une autre présentation autour de Clara :

Par ailleurs, toujours cette superbe langue musicale, au mélodisme chopinien et à l'harmonie schumanienne.

Le premier s'explique très bien par l'attraction qu'a pu représenter le modèle chopinien (ou même Hummel et Kalkbrenner) sur la jeune virtuose. Pour Schumann, il s'avère que le style a vraiment ses parentés, mais c'est moins expliquable rationnellement.

Suite de la notule.

Opéra de Bordeaux, saison 2008-2009 - A, les opéras - 5, Wagner (Tannhäuser)

Richard WAGNER
Tannhäuser
-
Mise en scène : Jean-Claude Berutti
Direction musicale : Klaus Weise
-
Elisabeth : Heidi Melton
Venus : Sylvie Brunet
Tannhäuser : Gilles Ragon
Wolfram von Eschenbach : Levente Molnár
Hermann, der Landgraf : Marek Wojciechowski
-
Walter von der Vogelweide : Noah Stewart
Biterolf : Jean-Philippe Marlière
Heinrich der Schreiber : Matthew O'Neill
Reinmar von Zweter : Eric Martin-Bonnet
Un jeune pâtre : Christine Tocci
-
Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux Aquitaine (ONBA)

Tannhäuser représente à la fois l'une des oeuvres les plus accessibles du Wagner de la maturité et, sans doute, l'une des plus faibles de toute sa production lyrique. Il ne s'agit certes pas d'une oeuvre tout à fait mineure, loin s'en faut, mais son irrégularité lui réserve une place à part dans la production du maître. De longues psalmodies d'une assez grande platitude et des fêtes kitschisantes abîment un peu la tenue de l'ensemble, qui se distingue pourtant par quelques thèmes récurrents irrésistibles et par des ensembles, à la fin des deux actes extrêmes, absolument merveilleux - Wagner a fort peu écrit d'ensembles, mais ceux qu'il propose se tiennent parmi les meilleurs jamais composés.
Les amateurs d'opéra italien trouvent cette formule plus lyrique et plus vocale souvent plus accessible - tandis que les amateurs de modernité, qui proviennent de l'autre bout de la chronologie, auront au contraire plus de facilités avec Tristan.

L'oeuvre réclame donc une exécution à la hauteur pour triompher - contrairement à Parsifal ou Tristan qui, rien qu'avec une mise en place correcte peuvent bouleverser. Et c'est ce que l'on nous promet. Certes, on reste un peu réservé sur Gilles Ragon, qui nous avait rebuté en Werther par ses manières frustes, son peu d'investissement dramatique (aussi bien textuel que scénique) et une technique inadaptée aux exigences d'un rôle très lyrique ; alors même que nous avions beaucoup apprécié l'engagement assez rayonnant de son Thésée dans Les Rois de Fénelon. Crainte de quelque chose d'un peu prosaïque et disgracieux, donc, dans ce qui constitue tout de même un des Wagner les plus lyriques (qui requiert ampleur et aisance... sans compter l'inspiration textuelle du poète).

Heidi Melton est une jeune soprane très dramatique, calibrée pour les rôles les plus lourds du répertoire. Une voix très homogène, vraiment puissante, expressive aussi. Une belle couleur olive, une grande ductilité pour ce format énorme. Une Ariane de Strauss idéale, par exemple. Et, si l'on en juge par l'air d'entrée d'Elisabeth, entendu sur scène cette année, une très grande Elisabeth. Ce qu'on appelle une grande voix - ample et présente.
On connaît bien les mérites de Sylvie Brunet pour ne pas avoir à épiloguer : voix de mezzo un peu acide, assez typée, qui fait une carrière par trop discrète. Sans doute une très belle Vénus.

Et, une fois de plus, la friandise Jean-Philippe Marlière, dont le récit à l'acte II devrait être délectable de style.

Par-dessus tout, pour doter la partition de toute l'urgence qu'elle réclame, la grande nouvelle du retour de Klaus Weise à Bordeaux, qui avait déjà fourni un Fidelio au niveau des meilleurs spécialistes à partir d'un orchestre dont ce n'est pourtant pas, d'ordinaire, le meilleur répertoire. Beaucoup d'exaltation rythmique, un soin particulier aux différents plans... remarquable.

L'enjeu Wagner devrait donc être pleinement réussi, et accessible aux plus rétifs au bayreutheries.

Opéra de Bordeaux, saison 2008-2009 - A, les opéras - 4, Offenbach (La Périchole)

Jacques OFFENBACH
La Périchole
25 et 27 février et 1, 3, 5 6 et 8 mars 2009
Mise en scène : Omar Porras
Direction musicale : Pablo Heras Casado
La Périchole : Isabel Leonard
Piquillo : Sébastien Guèze
Le vice-roi : Marcos Fink
Le comte Miguel de Panatellas  : Humberto Ayerbe Pino
Don pedro de Hinoyosa : Michel Vaissière
Le marquis de Tarapote : Till Fechner
Le vieux prisonnier : Daniel Capelle
Les trois cousines : Laure Crumière, Martine Olmeda, Claire Larcher
Ninetta : Isabelle Buiret-Fedit
Un notaire : Luc Seignette / Jean Philippe Fourcade (en alternance)
Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux Aquitaine

Il s'agit d'une nouvelle production de cette opéra comique situé entre la parodie du Grand Opéra à la Française de La Belle Hélène et les divertissements bouffe en un acte beaucoup moins travaillés musicalement. Par le metteur en scène du fantaisiste Elixir d'amour de 2006-2007 chez des... lutins ; décrit comme animé, et très apprécié par le public (nous n'y étions pas). On peut donc en attendre de l'animation et un peu d'originalité pour remplacer la mise en scène très chiche qui la précédait dans les cartons de l'Opéra.
Et, pour les amateurs, quelques effets spéciaux nous sont promis.

Sébastien Guèze développe actuellement une belle carrière en France, avec des premiers rôles dans des théâtres importants (Marius en alternance avec Alagna, Mylio du Roi d'Ys à Liège...). Voix assez peu importante, qui aurait intérêt à fréquenter un répertoire demi-caractère (Mylio est parfait de ce point de vue), peut-être donc plutôt français, plutôt que des rôles trop lourds qui durciraient la voix, mais largement plus qu'il n'en faut pour Piquillo. Une voix qui a travaillé de façon très italienne, beaucoup de métal, une conception particulière des voyelles autour de l'idéal du "a" (et plus encore, on fait des "a" au lieu des "o" dans l'aigu, par exemple...). Ce n'est pas forcément pour plaire à CSS, mais le résultat est convaincant.

On note avec un peu de tristesse la rétrogradation de Martine Olmeda dans les seconds rôles, alors qu'elle avait donné à Bordeaux, au début des années 2000, une très belle Périchole et de la mélodie et du lied en récital de très bon niveau. Une voix et une personnalité scénique pourtant très attachantes.
Mais il faut dire qu'elle est remplacée par Isabel Leonard, plus prestigieuse (Stéphano de Roméo et Juliette de Gounod au Met cette saison, et Zerline la saison prochaine), une voix riche et très pleine (un peu dans les joues, comme pas mal d'américaines au bon goût), un aigu plus que glorieux (façon Joyce Di Donato). Le français est un peu en arrière, donc pas parfaitement compréhensible, mais pas déformé du tout, ce qui est appréciable. Et une vraie aisance scénique. Une petite volupté délectable pour un rôle aussi confortable vocalement.

Décidément, l'Opéra de Bordeaux améliore la pertinence (et même plus qu'on lui en demande, avec du luxe) de ses distributions de saison en saison !  Même pour une oeuvre modérément consistante, avec de bons acteurs, une mise en scène intéressante, et une promesse de beau chant, c'est tentant. Et là aussi, du grand public qui ne sera pas floué.


Opéra de Bordeaux, saison 2008-2009 - A, les opéras - 3, Puccini (Tosca)

d
Giacomo PUCCINI
Tosca
Distribution A : 22, 25, 27, 30 janvier et 3 février 2008
Distribution B : 23, 26, 29, janvier et 2, 4 février 2008
Mise en scène : Anthony Pilavachi
Direction musicale : Kwamé Ryan
Floria Tosca : Catherine Naglestad (A) / Claire Rutter (B)
Mario Cavaradossi : Alfred Kim (A) / Bryan Hymel (B)
Scarpia : Jean-Philippe Lafont (A) / Peter Sidhom (B)
Il Sagrestano : Jean-Philippe Marlière
Spoletta : Antoine Normand
Cesare Angelotti : Yuri Kissin
Sciarrone : Pascal Wintzner / David Ortega (en alternance)
Un geôlier : Bernard Mansencal / Loïck Cassin (en alternance)
Maîtrise du Conservatoire de Bordeaux Jacques Thibaud
Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux Aquitaine (ONBA)

La reprise d'une production très appréciée (nous n'y étions pas), très classique, qui respecte scrupuleusement les indications spatio-temporelles du livret. L'oeuvre en elle-même n'a plus à être présentée, un standard extrêmement dramatique, tout à la fois violent et très lyrique, une très grande réussite théâtrale et musicale.

Dans le rôle-titre vont alterner deux sopranes aux voix très « construites », robustes, pleines.
Catherine Naglestad tient un répertoire d'Alceste (Gluck) à Salomé (R. Strauss), avec des éloges assez unanimes. Tout récemment, Salomé et Tosca (cette saison-ci) à l'Opéra de Paris, mais nous n'avons pas entendu. Dans Alceste, la langue française était malheureusement extrêmement « neutralisée » ; non pas fausse, mais comme gommée. En revanche, vocalement, assez glorieux, on l'imagine pleine d'aisance et de force en Tosca.
Claire Rutter est plus spécialiste de la musique du premier vingtième britannique, avec, également, une voix très homogène et bien placée, avec déjà plusieurs disques à son actif.

En Scarpia, on entendra, au choix, le Peter Sidhom ou l'indédoulonnable Jean-Philippe Lafont, donc il faut attendre une interprétation pas forcément soignée vocalement, mais très engagée et indubitablement d'une grande solidité. Une valeur sûre avec ses forces et ses limites.

Jean-Philippe Marlière, voix claire, élégance incarnée, devrait donner un Sacristain plus aristocratique qu'à l'accoutumée, à moins qu'il ne force son talent, ce qui est également une probabilité.

Enfin, pour Kwamé Ryan, on ne sait trop à quoi s'attendre : l'opacité un peu pâteuse de sa Cléopâtre de Berlioz, le débraillé pas très gracieux de sa Cinquième de Tchaïkovsky ou bien la limpidité alerte de son enregistrement de la Neuvième de Schubert ?  Il est trop tôt, en tout état de cause pour se faire une religion sur les résultats de sa collaboration régulière avec l'ONBA - mais avoir un directeur musical permanent ne peut être que bénéfique, quels que soient les choix opérés. Rendez-vous dans quelques années.

Une production à recommander aux néophytes - et suffisamment bien distribuée pour faire déplacer les autres.

Opéra de Bordeaux, saison 2008-2009 - A, les opéras - 2, Britten (The Turn of the screw)

Benjamin BRITTEN
The Turn of the screw (Le Tour d'écrou)
24, 26, 28 et 30 novembre 2008
Mise en scène : Dominique Pitoiset
Direction musicale : Jane Glover
Prologue : Paul Agnew
La gouvernante : Mireille Delunsch
Mrs Grose : Hanna Schaer
Miss Jessel : Cécile Perrin
Peter Quint : Paul Agnew
Flora : Morgane Collomb*
Miles : Alexis Collard*
*membres de l’Académie vocale de Paris (direction Iain Simcock)
Orchestre National Bordeaux Aquitaine (ONBA)

Un opéra de Britten assez à la mode ces temps-ci, d'après Henry James, chargé de mystère et d'atmosphères assez surprenantes. Extrêmement stimulant. Distribution absolument magnifique.

Jane Glover est une habituée de Bordeaux, mais généralement dans le répertoire baroque et classique (de bons résultats, un peu tempérés, mais avec un orchestre ni spécialiste ni spécialement souple). A voir.

Mireille Delunsch a beaucoup interprété le rôle ces dernières années, emportant à l'occasion jusqu'à l'adhésion de ses plus fervents détracteurs. Toujours ce mélange très singulier d'un timbre acidulé, d'un grand investissement scénique et textuel, d'une tension assez électrique dans les phrasés (gestion du vibrato notamment) et d'un impact physique tout à fait particulier. Le Mireille effect, en somme.

On a déjà dit beaucoup de bien du timbre dense de la diseuse et liedersängerin Hanna Schaer, on a aussi vanté le médium et la diction admirables de Cécile Perrin, et Paul Agnew s'inscrit dans la tradition des ténors de petit format pour Quint, avec une tendance récurrente à distribuer des liedersänger ou des baroqueux. Bref, CSS sera en pays de connaissance et la soirée devrait être assez peu oubliable.

Prévoir salle vide, en revanche. A moins que l'affiche, sait-on jamais...

Opéra de Bordeaux, saison 2008-2009 - A, les opéras - 1, Purcell / Britten (Dido & Aeneas / Phaedra)

Henry PURCELL / Benjamin BRITTEN
Dido & Aeneas (Didon et Enée) / Phaedra (Phèdre)
24, 26, 28 et 30 septembre et 2 et 3 octrobre 2008
Mise en scène : Yannis Kokkos (toujours flanqué de l'excellent Patrice Trottier)
Direction musicale : Jaap ter Linden (avec l'ONBA)
Didon : Mireille Delunsch
Enée : Thomas Dolié
Belinda : Kimy McLaren
La Magicienne : Catherine Wyn-Rogers
Un esprit : Louis-Alexander Désiré
Un Marin : Bruno Comparetti
Première Sorcière : Colette Galtier
Deuxième Socrière : Arlette Da Costa
Phèdre : Catherine Wyn-Rogers
Seconde femme : Sophie Etcheverry

Surprenant pari de jouer sur instruments modernes Didon & Enée !  Avec Jaap ter Linden, le chef de l'intégrale Mozart de Brilliant, assez décrié par les amateurs aux multiples versions, mais en réalité largement plus qu'honorable, on tentera d'équilibrer cela avec une conception d'un chef plus "authentique".

Immense cadeau de Mireille Delunsch dans un rôle où son tempérament et sa tension hors du commun devraient faire merveille. Privés cette année de sa présence, les Bordelais auront donc double ration l'an prochain !

La deuxième très bonne nouvelle, c'est l'intervention de Yannis Kokkos, esthète bien connu de nos services (La Clémence de Titus à Bordeaux et à Genève, Les Oiseaux de Braunfels à Genève, Les Rois de Fénelon à Bordeaux, Les Troyens de Berlioz au Châtelet). Mise en scène toujours respectueuse, fondée sur des espaces épurés, colorés, souvent des drapés, de très belles courbes... Une gourmandise !

Thomas Dolié, que nous avions déjà salué en Pyrame, devrait dispenser un Enée sombre avec son médium très riche, un vrai luxe, de même que Bruno Comparetti, solide ténor habitué de Compiègne, mais qui tient souvent des seconds rôles dans le reste de la France, et bien sûr Catherine Wyn-Rogers, spécialiste reconnue du répertoire anglais (qui participa notamment à l'intégrale des Lieder de Schubert chez Hyperion).

Le choix de la cantate assez peu donnée Phaedra constitue un très beau complément qui risque hélas de traumatiser le public local.

Bref, une soirée de gâteries pour les lutins !


David Le Marrec


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