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Le piano français - type et discographie (2 : Rossini, Fauré et Debussy)


On va à présent débuter notre balade dans le piano français. Pour chacun, on s'efforcera de cerner le caractère, de proposer des indications discographiques, et, lorsque c'est possible, le téléchargement d'enregistrements libres de droits et de partitions du domaine public.

On ne pourra pas tout traiter, évidemment. Tout d'abord parce que tout n'est pas intéressant ; ensuite parce que tout n'est pas enregistré et que nous ne pouvons pas tout déchiffrer de ce qui est inédit...
Les oeuvres rares et exceptionnelles seront distinguées par
la récompense suprême de CSS : le lutrin de contreplaqué de noyer. lutrin Il y avait bien aussi le lutrin de jardin, mais ça faisait moins sérieux.

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3. Une anthologie du piano français pionnier

Il doit exister, de même que pour les mélodies, des quantités extraordinaires de pièces caractéristiques écrites pour les amateurs - qui, alors, ne pouvaient reproduire de la musique que par leur propre jeu. A l'exemple aussi des réductions pour piano (avec voix ou tout intégré) des opéras, ces choses-là étaient plus accessibles à l'honnête homme que les Etudes d'exécution transcendante.

Cela se trouvait aussi dans les pays germaniques, et bien que le ton en diffère (plus de tenue outre-Rhin, plus de sucre en deçà), ce n'est pas là qu'on fera une distinction nourrissante - ni, tout simplement, qu'on rencontrera quantité d'oeuvres intéressantes. De toute façon, ces feuillets d'album ne sont à peu près pas du tout enregistrés, vu leur faible spectaculaire, leur faiblesse d'écriture et leur ennui.

On ne penchera donc, sans prétendre du tout à l'exhaustivité (mais bien plutôt à la sélection !), sur les oeuvres les plus caractéristiques d'une certaine invention française.

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3.1. Gioacchino Rossini (1792-1868)

gioacchino rossini gioachino portrait caricature

On pourrait faire remonter une certaine tradition de la pièce de caractère à Rossini, qui écrit mainte pièce « à programme » une fois qu'il s'est retiré de la scène lyrique. Beaucoup de choses légères, d'humour, mais aussi de l'évocation (réminiscences de ses opéras au milieu de la marche pour mon dernier voyage).
Cependant, stylistiquement parlant, on est assez loin de notre objet, donc on ne s'attarde pas.

D'autant qu'on ne trouve pas aisément les partitions (elles sont peut éditées et très chères), et qu'il n'existe pas à notre connaissance de témoignages libres de droit sur la question.

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3.2. Gabriel Fauré (1845-1924)


gabriel fauré portrait

On ira donc immédiatement à la rencontre de Fauré. Sa musique pour piano est extrêmement influencée par Chopin, ce qui peut suprendre au regard du reste de sa production plus célèbre. Son travail reste exclusivement dans un cadre formel, le nom de chaque oeuvre étant le nom du type de pièce. Ces oeuvres courtes ne se départissent pas non plus d'un côté fragmentaire propre aux feuilles d'album - avec infiniment plus d'intérêt musical, mais absolument aucun programme. De la musique abstraite, qui doit finalement beaucoup à l'Europe Centrale via Chopin, malgré le langage propre à Fauré.

Malgré la présence de titres sans équivoque sur ses références (Nocturnes, Impromptus, Barcarolles, Préludes et même Ballade et Mazurka ; accessoirement trois Romances sans paroles), malgré un style un peu belcantiste et perlé, avec des traits, à la façon de Chopin (accompagnement dont la matrice est régulière, mélodie dominante et très travaillée), il y a bien entendu de la personnalité chez Fauré, avec quelque chose de plus sombre. De plus évocateur aussi, sans doute, de ce qui pourrait vite devenir un climat.

Qu'écouter ?

Les Nocturnes et les Barcarolles sont la partie la plus célèbre de sa production. On aime beaucoup les Préludes, mais tout est sensiblement composé dans le même style postchopinien, et mérite le coup d'oreille. Il faut être franc : ça n'a pas le pouvoir d'évidence ni le renouvellement de Chopin. Mais c'est tout à fait digne d'écoute.

Quelles versions ?

Tant qu'à faire, autant aller taquiner l'intégrale, surtout qu'elles sont aujourd'hui vendues, on le sait, sensiblement au prix du CD simple.

On recommanderait plutôt Jean Doyen, pour la profondeur qu'il conserve aux atmosphères, pour la qualité de chant aussi. (Attention, le son est un petit peu étouffé, et les doigts pas aussi précis qu'un pianiste de la norme d'aujourd'hui.)
Jean Hubeau, spécialiste de Fauré, bénéficie d'une belle clarté, mais aussi, à cause d'une prise de son plus métallique et d'un jeu beaucoup plus proche de la mesure, de moins de mystère. Finalement, un petit côté académique peut apparaître sur ces pièces, ce qui serait dommage.

Partitions du domaine public

On en trouve beaucoup ici (Nocturnes, Barcarolles, Impromptus et Préludes notamment). Pas loin de tout, en vérité.

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3.3. Claude Debussy (1862-1918)

claude achille debussy portrait photo photographie

Est-il réellement besoin que CSS, qui fait profession de défendre ce qui ne l'est pas toujours ailleurs, passe son temps à comparer quarante versions de ces oeuvres fort connues ?  Très peu sont jouées au concert, en fin de compte, mais l'abondance des enregistrements est proprement vertigineuse.

Pour Debussy, c'est évidemment qu'il y a là une rupture aussi bien dans la conception d'un piano non virtuose (en apparence), ou du moins sans ostentation, qui révèle des coloris insoupçonnable sur ce plat instrument, qu'une élaboration très fine d'un nouveau rapport à la tonalité, jusqu'à la dissoudre.

Qu'écouter ?

En priorité, peut-être les deux Livres des Images, également son ultime oeuvre très méditative (Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon, composée en remerciement pour le prêt d'un peu de chauffage) et puis la radieuse profusion de l'Isle Joyeuse.

Mais de nombreux Préludes recèlent des merveilles, et les pièces de jeunesse, comme les Arabesques ou la Suite Bergamasque, sont également fréquentables sans réserve - si ce n'est qu'on baigne dans une esthétique plus stable (celle de son Quatuor) que dans les Images parfois atonales...

Quelles versions ?

Ma foi, il y en a tant par le monde... Les anthologies captivantes, de la stabilité analytique d'Arrau à la limpidité magique de Vanessa Wagner, ne manquent pas.

On mettra donc surtout en garde contre certaines lectures. Celles un peu pataudes ; Robert Casadesus et Walter Gieseking, quoique très réputés dans ces pages, ne rendent absolument pas compte de la fluidité nouvelle de ce piano-là. Celles très objectives, un peu froides, un peu . Celles réalisées par des pianistes à caractère « international », c'est-à-dire spécialistes de tout et en particulier du grand répertoire ; souvent, leur inspiration très réelle ne peut compenser leurs habitudes stylistiques, pas forcément compatibles avec ces oeuvres (Krystian Zimmermann, par exemple). Il y a des exceptions dans toutes les catégories, bien entendu, comme le chopinien Eugen Indjic, merveilleux dans l'Isle.

Le mieux est sans doute, pour un premier choix, de s'arrêter sur une intégrale.

Enregistrements libres de droits
 
Puisqu'il existe une intégrale dans le domaine public... On a prévenu qu'elle ne rendait pas pleinement justice aux textures et à l'inspiration générales, mais la voici toujours pour ceux qui voudraient se graver une intégrale sans bourse délier (pour les autres, il y a MusicMe.com en ligne, avec la possibilité de faire de meilleurs choix...). 

Walter Gieseking, de 1951 à 1954.
CD1 : Préludes 
CD2 : Images, Estampes, Children's Corner
CD3 : Etudes, autres pièces

Partitions du domaine public

A peu près tout Debussy doit se trouver ici.


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