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Le Winterreise pour les débutants


1. Présentation

Pas d'ample présentation, on trouvera une description des modes d'écriture les plus fréquents de Schubert dans le lied dans notre série d'introduction au lied. Voir aussi et notamment, sur Winterreise :


Rappelons simplement qu'il s'agit d'un cycle en deux parties de douze lieder chacune sur des poèmes d'un recueil de Müller, réorganisé par Schubert.

C'est un véritable cycle, puisqu'il ménage une progression et que la fin nous ramène au début.

Le Wanderer (celui qui voyage au hasard, qui erre) dont l'amour a été repoussé ou ignoré marche à la mort ; sans la trouver, il en voit partout l'image, mêlée aux souvenirs de la bien-aimée.
Dans le premier lied, il quitte la ville ; dans le dernier, il croise un joueur de vielle aux doigts engourdis par le froid, susceptible de chanter son histoire, ou bien de le mener sur l'Autre rive.

On le considère généralement comme le sommet du lied, et ce n'est pas tout à fait à tort, tant la qualité mélodique, l'intensité émotive des modulations, la bonne tenue des textes en font un parcours extrêmement prégnant, pour ne pas dire bouleversant. Et cela dans une grande simplicité de ton.

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2. Méthode de sélection et conseils

Le Winterreise est un moyen commode d'exercice pour les pianistes débutants, qui donne assez facilement des résultats agréables. Si peu que l'on aime le lied, c'est très vite stimulant à pratiquer, bien plus que la plupart des autres cycles de Schubert ou d'autres compositeurs (assez accessible et assez mélodique àt complet la foise). Les plus faciles à accompagner peuvent même, parfois, être pratiqués sans difficulté supplémentaire par le chanteur en même temps que le chant.

Les lutins ont donc magiquement opéré un petit classement par facilité décroissante des différentes pièces. Au sein de chaque groupe, ils ont essayé d'aller du plus intéressant par rapport à l'effort fourni au moins intéressant ou plus difficile.

Il faut aussi préciser que dans le cadre d'une pratique strictement pianistique nous recommandons la tonalité d'origine : elle sonne toujours plus limpide, et c'est plus confortable digitalement. En tonalité originale, tous les lieder tombent assez agréablement sous les doigts. Les trois cycles se trouvent en ligne sous cette forme (Indiana Variations Scores Project ou IMSLP.org), ou regroupés à petit prix dans une gravure musicale agréable et un format large chez l'éditeur Dover.
Le seul inconvénient est qu'il existe moins de possibilités de trouver de chanteurs pouvant assumer cette tessiture. Si l'on veut travailler avec des mezzos ou des barytons, il faut alors adopter le volume paru chez Peters de l'édition dite "Fischer-Dieskau", avec les hauteurs assez bien pensées - et des enchaînements harmoniques de lied à lied pas trop rudes. Elle est assez bien pensée aussi pour le jeu du pianiste. Pour les altos et les basses, on trouve des versions plus graves chez Bärenreiter, ou encore les CD-Roms de CDSheetMusic.com qui proposent beaucoup de lieder en transpositions diverses (en PDF).

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3. Sur les tessitures

Schubert écrivait généralement pour sa propre voix, qui était celle d'un ténor apparemment assez léger, et dans le Winterreise, ce sont les versions hautes qui sont originales. Il n'a écrit qu'une version alternative, un ton plus bas, pour "Der Leiermann".

La version d'origine est donc celle qui débute avec "Gute Nacht" en ré, "Wetterfahne" en la, etc. Les versions "Mittlere Stimme" / "Medium voice" / "Voix moyennes" sont des transpositions.

C'est celle qui sonne le mieux au piano et qui tombe le mieux sous les doigts, mais si vous avez le projet ensuite d'accompagner un chanteur, vous en trouverez peu qui les chantent à ces hauteurs - les mezzos et barytons sont très majoritaires dans cette oeuvre. Voir les conseils ci-dessus.

D'une manière générale, le cycle n'est pas facile pour un débutant à cause des tessitures parfois un peu longues, mais pour un chanteur moyen, le tout est tout à fait accessible pour la plupart si on choisit la bonne hauteur pour sa voix, quitte à choisir ses tonalités entre plusieurs recueils, au début. Sinon, si l'on veut du chant facile, on recommande plutôt Schumann, on y trouvera des choses vraiment très accessibles dans les cycles. Et cela va souvent de pair avec un accompagnement récurrent assez simple, du moins si l'on élit un pianiste séparé du chanteur.
Quelques lieder cependant sont très accessibles dans ce cycle, mais cela variera selon que l'on est plus à son aise avec le sillabando, le récitatif, la cantilène...

Et signalons à nouveau, à toutes fins utiles, que nous recommandons absolument, afin de chanter correctement, de maîtriser une langue à l'oral avant que de la chanter... ou d'user dans un premier temps de traductions, même artisanales et moches.

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4. La liste

Très facile :

Très facile :
12. Einsamkeit. Très belle mélancolie, sonne superbement seul.
23. Die Nebensonnen. Des accords tout simple et un résultat enchanteur.
24. Der Leiermann. Le grand classique bien facile. Et pas si inintéressant tout seul !
14. Der greise Kopf. Ici aussi, très nu mais très beau.
9. Irrlicht. Très simple, mais très beau climat.
20. Der Wegweiser. Sobre, efficace, très agréable pour un petit niveau.
10. Rast. On perd cependant le plus intéressant : il reste seulement les belles harmonies.
6. Wasserflut. Mais pas très intéressant, seulement des accords tout simples.

Facile :
21. Das Wirsthaus. L'accompagnement seul est déjà merveilleux, un climat extraordinaire dans ces accords calmes et lyriques.
11. Frühlingstraum. Superbe mélodie, puis accompagnements expressifs.
5. Der Lindenbaum. Magnifique, il double la voix. Petite difficulté avec les sixtes brisées dans l'introduction.
17. Im Dorfe. Un peu moins beau dans la voix, mais du climat. Ce n'est pas très difficile, il faut juste synchroniser le petit trille de la main gauche.
13. Die Post. Très amusant à jouer seul.
3. Gefror'ne Tränen. Mouvement assez dansant.
1. Gute Nacht. Sobre, très jouable et assez agréable à écouter.
7. Am Flusse. Quand même des difficultés rythmiques vers la fin, mais c'est digitalement facile, au moins les deux à trois premières pages sur quatre.

Pas facile :
4. Erstarrung. Des figures assez agiles. Pas dur dans l'absolu, mais demande du temps.
16. Letzte Hoffnung. Quelque chose de déhanché un peu bizarre, pas forcément évident quand on n'est pas très à l'aise sur son clavier. 2. Die Wetterfahne. Très souvent à l'unisson aux deux mains, mais pas mal de traits un peu difficiles à négocier.
18. Der stürmische Morgen. Ce n'est pas très difficile dans l'absolu, mais comme il faut le jouer avec l'insolence nécessaire sans accrocher de notes...
19. Täuschung. Contrairement à ce qu'il y paraît, pas très évident à jouer avec musicalité, avec ces petits groupes à la main gauche et ces octaves legato à la main droite. En plus, c'est de très loin le lied le plus faible du Winterreise (emprunté à la partie centrale de la ballade de Troila à l'acte II d'Alfonso und Estrella), l'accompagnement est assez plat.

Difficile :
15. Die Krähe. Demande un phrasé équilibré, et pas évident en lecture à cause des nombreuses altérations.
22. Mut ! Pas évident de tomber sur les bonnes notes au tempo, des octaves rapides, des petits détails pas évidents à mettre en place. 8. Rückblick. Il faut enchaîner les accords à grande vitesse dans des postures pas très agréables. Pour le jouer proprement, c'est du travail.


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Commentaires

1. Le jeudi 5 février 2015 à , par Segonzac

Bonjour, Je n'ai pas su voir quelles étaient les différentes tonalités ORIGINALES des lieder, et notamment celle de Der Lindenbaum.
Merci, Michel

2. Le samedi 7 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Michel,

Les tonalités originales sont les tonalités hautes (Schubert écrivait essentiellement pour sa propre tessiture, en ténor), celles qu'on trouve les plus couramment. Vous pouvez par exemple les consulter sur les partitions libres de droits d'IMSLP.
Les transpositions de lieder se font quasiment toujours vers le bas, et sauf exception les plus « authentiques » sont les plus hautes. À part les Nuits d'été (qui échappent déjà au genre, et ne sont pas non plus de la mélodie standard), je ne vois pas beaucoup d'exceptions célèbres.

Dans certains cas, Schubert a pu écrire lui-même des variantes (Mut !, Der Leiermann, Erlkönig existent en différentes tonalités de sa main).

Der Lindenbaum est originellement en mi majeur. Les barytons le chantent généralement en ré.

J'espère vous avoir répondu !
David

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