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Revers de médaille(s) : Salomé de Richard Strauss en français à Liège (et sur internet)


(Extrait sonore horrible fourni.)

Cette représentation est assez confondante, puisqu'on y voit simultanément le renversement de nombreuses apparences.

Première médaille : Le média. L'Opéra Royal de Wallonie avait pris le parti d'annoncer la diffusion de l'oeuvre en direct sur sa chaîne Dailymotion. On pourrait supposer que ce type de support permettait au bas mot de doubler l'audience de la salle. Or, m'y étant connecté pendant une partie du spectacle, j'y ai vu affiché... 286 spectateurs, ce qui semble peu pour un spectacle disponible au monde entier.
Sans doute la promotion n'a-t-elle pas été suffisante - je n'avais pas vu, par exemple, que c'était la version en français ! Par ailleurs, les mélomanes passent davantage de temps sur YouTube, plus fourni de ce côté-là, le site choisi, sans doute pour des raisons de proximité du régime de droit utilisé, n'était pas non plus le plus visible. Et puis Liège n'a pas la réputation de Paris, et encore moins du Met ou de la Scala (réputations qui peuvent toutes se discuter, mais qui ont une réalité comme réputations).

Deuxième médaille :

L'oeuvre elle-même. On l'a déjà souligné dans la notule modérément convaincue qui lui est consacrée : le fait de revenir à l'original, malgré la correspondance minutieuse de Strauss avec Romain Rolland sur les questions de prosodie, malgré aussi la réécriture partielle des quantités mélodiques et de l'orchestration... ne rend pas le texte plus direct. Ce français est assez peu naturel, et pour tout dire, conserve quelque chose de l'accentuation allemande, avec ses groupes segmentés et ses finales féminines lourdes. Tout simplement, la musique préexistait, et n'était pas prévue pour la prosodie française. Une oeuvre si complexe et complète ne peut pas réellement s'ajuster.

Troisième médaille : June Anderson (Salomé). Chanteuse rompue au belcantiste, qui s'est mise à défendre Richard Strauss en cette fin de carrière. Voix métallique et totalement inintelligible... qui se révèle ici d'une rondeur et d'une clarté de langue absolument exemplaires. Pour la première fois, j'aime ce que fait June Anderson... et je puis même dire que j'admire le tranchant de son français dans son médium, alors que je la trouve insupportable (sans exagérer) dans ses enregistrements antérieurs où elle n'articule rien (même pire que Joan Sutherland !).

Quatrième médaille : Mara Zampieri (Hérodiade). Avoir une voix naturelle confère d'immenses avantages, car elle permet de chanter bellement immédiatement. Seulement, à aborder les rôles lourds sans les sûretés techniques que doit acquérir une voix plus construite, on risque de se fracasser.
Et Mara Zampieri, dont j'aime beaucoup la folle énergie vocale, m'a donné ce soir la pire prestation vocale que j'aie jamais entendue - on dirait Montserrat Caballé en 2022, Olive Middleton revenue d'entre les morts ou Florence Foster-Jenkins transfigurée en mezzo.
Toutes les notes sont droites, poussées, grossies, mal projetées et surtout complètement fausses, comme une suite d'éructation suivant plus ou moins les mouvements ascendants et descendants écrits, à la tierce près. Terrifiant.

Pour ceux qui en douteraient, j'ai capté un extrait du flux que voici :


L'ORW est dirigé par Paolo Arrivabeni.


A noter que c'est de loin l'endroit où Mara Zampieri chantait le plus proprement (les "C'est infâme !" qui précédaient étaient des sommets d'horreur).

J'ai entendu très peu de voix incultes capables de cela... et de vraies voix construites... jamais.

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Par ailleurs, même si l'effort sur le français était notable, la mise en scène de Marguerite Borie se révélait plutôt plate et les voix de Donald Kaasch (Hérode) et surtout Vincent Le Texier (Jean le Baptiste) se montraient assez désagréables (sacrément poussives et lourdement vibrées), et la mise en scène gentillette... ce qui ne proposait pas de grand moment d'exaltation.

Néanmoins, on percevait bien la différence imposée par le texte français, ce qui était le but de l'entreprise. Mais à mon sens, avec moins cher, on pouvait recruter bien mieux (je ne parle pas du rôle-titre).


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Commentaires

1. Le jeudi 9 juin 2011 à , par Ouf1er

Oui, l'extrait proposé est assez terrifiant...
Pour la version originale en Français, on reviendra bien vite à la version (seule et unique disponible au disque) de Nagano à la tête de l'Opéra de Lyon, parue en des temps anciens chez Virgin. Personnellement, cette version "originale" à la prosodie molle et bancale ne m'a jamais emballé.

2. Le jeudi 9 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

Oui, tout à fait d'accord, c'est assez mou et pas très naturel, l'intérêt est vraiment d'entendre le texte original de Wilde (mais il n'est pas vraiment abîmé par le passage en allemand) et surtout de le rendre plus direct pour des francophones.

Mais je trouve l'original bien plus électrisant.

Cela dit, la version Nagano est bien.

3. Le jeudi 16 juin 2011 à , par Evelyne

Je suis alléevoir cette production hier à Liège ... c'est quand même assez différent que la diffusion sur Dailymotion. Au niveau des voix déjà : en direct, il arrive fréquement qu'elles ne passent pas l'orchestre (quelque soit l'artiste), évidemment l'absence de fosse et la mauvaise accoustique de la salle n'aide pas. Par contre, côté émotion, c'est tout autre chose et, pour moi, le meilleur est sans conteste Vincent le Texier qui a un charisme extraordinaire. Bien sûr, sa voix est usée et les aigus difficiles mais, franchement, c'est sans importance ; tout comme, les difficultés de June Anderson avec les graves et les fins de phrases souvent escamotées et inaudibles. Chapeau à cette grande dame pour cette prise de rôle ... elle ne m'avait pas vraiment convaincue dans Lucrezia Borgia mais là, c'est tout autre chose ! Très bon Hérode de Donald Kaasch également, je n'en dirais pas autant de Mara Zampieri dont le texte est une bouillie assez pénible et les aigus criés sans aucune nuance.
La mise en scène est simple mais fonctionne bien : les chanteurs sont manifestement bien guidés à voir leur aisance sur scène - superbes costumes, décors et jeux de lumière (Borie, Coene, Castaingt).
In fine, l'orchestre ... il y a longtemps que je ne l'avais plus entendu en aussi bonne forme !
Une très bonne soirée donc en ce qui me concerne ... j'en suis sortie toute endolorie tant j'ai été prise par l'intensité de l'action !

4. Le vendredi 17 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Evelyne, un plaisir de vous voir par ici !

Effectivement, l'équilibre sonore est totalement redistribué dans les captations, et plus encore lorsqu'elles sont diffusées en direct.

Je n'avais pas (du tout) aimé Vincent Le Texier dans la retransmission, pas plus qu'en vrai à Bastille, ni dans ses autres rôles - à l'exception du contemporain où il proposait, chez Suzanne Giraud, des couleurs assez intéressantes. Ses Duparc (ceux plus tardifs avec Mireille Delunsch, je trouve peu intéressants ceux avec Martine Mahé), à défaut d'être beaux, sont assez prenants.

Pour June Anderson, moi qui n'aime pas son travail dans le belcanto italien (et son héritage français), j'ai été très impressionné, même s'il est tout à fait probable que le bas de la tessiture passe mal...

Merci beaucoup pour ces précisions !

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