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Le vrai baryton-Verdi


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En réponse à Sandrine à propos de la présence de "la 3" écrits chez Verdi, que j'excluais en dehors possiblement de Iago :

Je suis allé vérifier dans la partition, il y a bien un la 3 là où il m'avait semblé le voir, lors du toast de l'acte I. Au passage, les chanteurs intervertissent généralement tutoiement et vouvoiement (bevi => beva) pour pouvoir arriver à sortir la note.

Ce n'est pas un baryton-Verdi pour tout un tas de raisons : extension trop aiguë (le sol écrit pour un vrai baryton-Verdi, je ne suis même pas sûr d'en avoir vu, alors un ton de plus !), noirceur de timbre non requise, beaucoup de cantabile... Il faut que la voix claque, mais pas forcément qu'elle ait la large assise (un peu rauque) de Macbetto ou Rigoletto.

Ce peut être chanté, au choix, par un baryton dramatique (s'il a l'extension aiguë), au sens italien du terme : voix éclatante, mais moins centrale et dense qu'un baryton-Verdi. Un spinto, en somme.
Ou alors par un baryton de caractère : au moyen de sonorités pas toujours jolies, souvent un peu nasales, l'impact est suffisant dans les moments d'éclat, et la voix plus légère s'adapte mieux au rôle - beaucoup de moments à nu dans Iago.

Le vrai baryton-Verdi, c'est un peu comme le vrai Heldentenor ou le vrai contralto, si on se met à utiliser la définition stricte, le périmètre devient très limité : Macbetto, Miller, Rigoletto, Boccanegra, Carlo di Vargas et Amonasro, c'est tout.
Les autres sont des barytons belcantistes, des barytons à la française, des basses bouffe ou des barytons de caractère...

Cela dit, on peut quand même étendre la catégorie à Nabucco, Carlo (d'Ernani), Francesco Foscari, Stankar, Montfort et quelques autres dont les profils vocaux qui ne sont pas à l'origine des barytons-Verdi, mais qu'il a quand même modifiés (on pourrait dire "affermis" ou "durcis") en ce sens. Mais Iago n'en est pas, rien à voir avec le type du baryton-Verdi.

Et on rencontrera la même difficulté de frontière pour ceux qui l'ont chanté : combien faut-il en avoir chanté, lesquels, et avec quelle adéquation pour qualifier un chanteur de baryton-Verdi. Sera-ce l'agenda scénique verdien d'un chanteur ou la nature de sa voix (même s'il ne chante pas Verdi) qui devra prévaloir ?

Pour ce qui est des notes ajoutées, oui, elles sont trop attendues par le public pour être supprimées, mais elles ne doivent pas être prises en compte au départ si on veut classer la typologie que définit la partition.

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Après toutes ces précisions, je dois peut-être dire que je ne suis pas du tout un maniaque des typologies : la question est très féconde, parce qu'elle fait s'en poser beaucoup d'autres, mais j'aime beaucoup entendre les rôles interprétés par des voix qui ne sont pas prévues pour, c'est très amusant - et finalement assez souvent plus intéressant...

J'essaie donc juste de donner des jalons pour vous indiquer ce que l'on place dans telle ou telle catégorie, mais ça reste purement de l'ordre de la convention, n'importe quel baryton pourrait par exemple, dans l'absolu, chanter Rigoletto. Ca paraîtrait étrange avec un timbre d'opérette ou avec une voix de baryton-basse wagnérien, mais ce serait tout à possible.

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Pour prolonger, on peut se reporter au volet de notre histoire sommaire du baryton consacré à l'âge d'or de cette tessiture, à partir du XIXe siècle.


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Commentaires

1. Le dimanche 2 septembre 2012 à , par Sandrine

Je avais pas encore vu ce paragraphe, merci pour les explications .
Iago : je suis entrain d´écouter Thomas Allen dans le Credo , est-ce ce type de voix que vous appelez baryton de caractere ?
Il y a tres longtemps que je n´ai pas vu Otello et je ne me souviens plus bien de l´histoire : Iago , c´est le " méchant" , n´est-ce pas ?
( d´oú ce type de voix ) . Il me semble vaguement qu´il y a une histoire d´intrigue qu´il complete avec un mouchoir pour faire croire á Otello qu´un certain
Cassio a une liaison avec Desdémone . Corrigez moi si je me trompe .
En somme, Iago est á peu pres de la même trempe que Scarpia dans Tosca , il me semble .

Rigoletto jugerait peut-être moins chanté par un baryton d´opérette ( il y a quand même plus d´allure légere chez Verdi que chez Wagner ) que par un Heldenbaryton . Apres tout, le Duc de Mantoue a été chanté par presque tous les types de ténor .

2. Le dimanche 2 septembre 2012 à , par DavidLeMarrec

Non, pas Allen, le baryton de caractère est davantage celui qui peut tenir des rôles de méchants menaçants ou des emplois comiques. DFD dans la seconde moitié de sa carrière se définissait comme tel, par exemple.

Allen est plutôt un baryton mozartien, central, avec un beau médium et un aigu facile, sans être pour autant taillé pour les rôles très lyriques. On pourrait dire Kavalierbaryton en suivant la Fach, de mon je dis souvent "baryton central", ce qui a le mérite d'être assez clair : c'est le baryton standard, en quelque sorte.

En effet, Iago, c'est le vilain qui joue avec le mouchoir. Et précisément, si vous vérifiez dans le livret de Tosca, Scarpia énonce clairement leur parenté : Per ridurre un geloso allo sbaraglio Jago ebbe un fazzoletto, ed io un ventaglio ! ("Iago avait un mouchoir, et moi un éventail")
Si ce n'est que Iago n'exerce aucune violence physique, la suggérant seulement à Otello.

Pour Rigoletto, étant partisan en règle générale de la clarté (qui évite les voix cravatées et favorise la diction), je ne vais pas dire le contraire. Dans les faits, il n'y a pas vraiment de contre-indication à le distribuer à n'importe quel baryton pourvu d'un médium correct. La clarté peut simplement paraître en contradiction avec le personnage, mais le rôle est assez lyrique, et les grands récitatifs se font avec un orchestre très discret, donc d'un strict point de vue technique, c'est possible.

3. Le lundi 3 septembre 2012 à , par Sandrine

Pour Allen, je voulais surtout parler du timbre car l´on trouve des barytons á la voix nettement plus claire mais c´est vrai qu´il est plus mozartien , rossinien aussi.
J´avais un disque oú il chantait Figaro avec Baltsa en Rosine . Normalement, Figaro de Rossini tient plus du baryton léger colorature ( lá , j´emploie le mot léger aussi bien pour parler de la couleur vocale que du genre de l´oeuvre ) .

Selon vous, quel chanteur incarnerait le mieux vocalement Iago ? J´avais ausi pensé á Bastianini mais je ne sais pas si c´est une bonne direction car , autant
qu´il m´en souvienne, il a aussi une voix de baryton plus " á tout faire" . Par contre, je ne l´ai jamais entendu dans Mozart ni dans Rossini .

4. Le lundi 3 septembre 2012 à , par DavidLeMarrec

Je dirais la même chose du timbre, il est très caractéristique de sa catégorie.

Le Figaro-Barbiere a quand même sa composante éclatante, pas forcément légère. Mais un baryton aigu, oui.

Bastianini a une voix de baryton-Verdi typique (c'est même le modèle d'à peu près tous ceux qui ont par la suite abordé cette tessiture !), Iago est plus clair et plus aigu. Il a été chanté par toutes sortes de voix, mais pour m'en tenir à ceux qui l'ont enregistré, je trouve que Vinay ou Taddei pour le versant sombre, Tibbett, Warren ou Leiferkus pour des formats. Typiquement, ça correspondait très bien à Gobbi, qui sonnait assez clair et avait une très belle mezza-voce, mais avec toute l'assise de son verdienne.
Parmi les chanteurs d'aujourd'hui, le baryton-Verdi très ténorisant Carlo Guelfi le réussit remarquablement.

Bastianini a enregistré essentiellement Verdi (et Puccini), jamais Mozart, mais il a enregistré le Figaro de Rossini. C'est un Figaro trompettant, très viril et assuré, pas forcément fine mouche. Une vision très "vocale" du rôle, mais pas inepte.

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David Le Marrec

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