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L'oeuvre pour choeur d'Anton Bruckner

Si vous n'aimez pas les symphonies de Bruckner, cette notule est faite pour vous !

Même chose si vous aimez déjà la musique chorale de Mendelssohn ou Brahms, Bruckner s'en rapproche par bien des aspects.

Ce corpus recouvre l'ensemble des oeuvres sacrées et profanes de Bruckner en dehors des symphonies et de la musique de chambre, en réalité. Et le ton y est totalement différent du côté formel et méthodique (voire répétitif si on n'y est pas réceptif) des symphonies.

On y trouve :

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1. Des oeuvres sacrées pour choeur et orchestre
  • un Te Deum ;
  • un Requiem (l'autre, pour orgue et choeur, est réputé perdu) ;
  • deux Psaumes :
    • CXII ;
    • CL ;
  • cinq messes :
    • en ut majeur (seulement pour mezzo-soprano, orgue et deux cors !) ;
    • missa solemnis en si mineur ;
    • n°1 en ré mineur ;
    • n°2 en mi mineur (pour double choeur et vents) ;
    • n°3 en fa mineur, dite "Grande Messe".


Le Te Deum est réellement écrit dans l'esprit des Symphonies, assez monumental et spectaculaire. La Première Messe en reprend certaines couleurs majestueuses, tout en s'apparentant à des modèles plus classiques — la parenté avec les structures cherubiniennes est assez étonnante à mes oreilles —, avec ses interventions de solistes, sa dramaturgie vocale... Dans la Troisième, la plus longue de toutes, on retrouve les couleurs harmoniques du Bruckner habituel, ainsi que quelques traits ponctuels d'orchestration, mais dans une construction vaste, qui sonne beaucoup plus librement organisées — même si le résultat en est, à mes oreilles, bien moins séduisant que la Première.

Les trois autres messes sont d'un aspect plus singulier. La messe solennelle en si mineur file la parenté avec la musique du premier XIXe (on y entend par exemple les couleurs et procédés de la Procession de la Quatrième Symphonie de Mendelssohn...), avec un vrai bonheur, assez proche des motets.
La messe en ut affirme de son côté une singularité assez étonnante, avec une sobriété d'effectif, et même un dépouillement de ton, d'une lumière pleine de modestie. Il est extrêmement rare d'entendre ainsi la messe chantée par un seul soliste — c'est même le seul cas que j'aie rencontré à ce jour, me semble-t-il, hors expériences grégoriennes solistes.

Enfin, la Deuxième Messe (voir ici une évocation), la plus souvent jouée avec la Troisième (les autres, et singulièrement les non numérotées, étant particulièrement rares), présente elle aussi de vraies originalités, avec son double choeur seulement accompagné de vents, et très souvent a cappella — l'hommage au grégorien et à Palestrina y va jusqu'à la citation (dans le Sanctus par exemple). La densité harmonique, le goût du contrepoint, la nudité des voix (chorales, il n'y a pas de solistes) concourent à l'édification d'une atmosphère tout à fait spécifique, parmi les plus grandes réussites de Bruckner, en particulier dans le Kyrie et le Sanctus.

Les deux Psaumes sont dans une veine encore différente, plus épique et combattive.

=> D'un point de vue discographique, on peut notamment recommander la Deuxième Messe de Rilling (ou encore Herreweghe et Rögner), le disque Rickenbacher comprenant à la fois les deux Psaumes et la Messe solennelle en si mineur, la version de la Messe en ut avec Ludmila Kuznetzova (Chandos).

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2. Des motets a cappella

Quelquefois des ponctuations d'orgue, mais il s'agit généralement d'un renfort pour un effet de masse, et pas d'accompagnement à proprement parler (Tota pulchra est Maria, par exemple).

D'un langage plus simple que les symphonies ou même les messes, ils filent une filiation manifeste avec la tradition chorale mendelssohnienne, avec des archaïsmes également, mais qui sont davantage fondés sur le grégorien que sur Bach (citations du plain-chant en début de section).

De mon point de vue, il s'agit, de toute sa production, chorale ou non, ce que Bruckner a produit de plus direct et de plus émouvant : l'équilibre des forces, la plénitude harmonique, les frottements légers et savoureux des appoggiatures, tout concourt à produire une forme à la fois méditative et dynamique.

=> Vous trouverez par exemple ici une sélection de ses plus beaux motets (Pangue Lingua, Tota pulchra est Maria, Virga Jesse floruit, Inveni David, Christus factus est, Libera me Domine, Os Justi, Ave Maria de 1861 et 1882...).

=> Et dans cette notule, une sélection discographique.

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3. Des oeuvres profanes

Essentiellement des choeurs profanes sur des poèmes allemands, a cappella et quelquefois accompagnés au piano - sans intérêt pour la plupart. Beaucoup sont difficiles à trouver au disque.

On trouve tout de même deux exceptions avec orchestre, Germanenzug et surtout Helgoland (poème symphonique avec choeur) : une une cantate (patriotique) pour choeur masculin et orchestre, sur un poème d'August Silberstein. C'est quasiment l'oeuvre la plus pompière de Bruckner, mais aussi l'une de ses plus étonnantes, submergée par des vagues chorales et orchestrales d'un beau panache.
De surcroît, le texte en est assez sympathique - pas par sa portée philosophique (Dieu confond sans coup férir les méchants assaillants de la Patrie), mais plutôt par sa structure, vraiment propice à la mise en musique. Des épisodes, des climats, du contraste.

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4. Le reste ?

Après cela, il reste peu de choses de Bruckner en dehors des symphonies : une Ouverture orchestrale, des miettes à l'orgue et au piano (dont l'arrangement de l'adagio de la Septième Symphonie), les Aequales pour trio de trombones (des bijoux en forme de choral, souvent joués très judicieusement entre plusieurs motets), et puis la musique de chambre (le Quatuor, le Rondo & l'Intermezzo pour la même formation, le Quintette à cordes, et puis l'Abendklänge pour violon et piano).

Sa musique de chambre n'est pas du tout inintéressante, mais sa musique chorale mérite encore plus l'intérêt que ses symphonies - dont, personnellement, j'admire surtout la tenue des mouvements lents.


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Commentaires

1. Le mercredi 11 janvier 2012 à , par Cololi

Un article Bruckner sur CSS, c'est à saluer, mais la prochaine fois, essaye de dire du bien des symphonies ^^ (et pas seulement des mouvements lents ^^).

2. Le mercredi 11 janvier 2012 à , par DavidLeMarrec

Si tu l'as lu attentivement, tu auras remarqué que ce n'est pas du tout le premier. :)

Et il y en a eu sur les réductions (Eisler de la Septième, et peut-être pour deux pianos de la Troisième) par le passé. :) Un des disques du jour à venir concernera également la musique pour piano de Bruckner (dont sa version autographe de l'adagio de la Septième !).

Les symphonies, quel que soit mon avis (partagé en effet), n'ont pas besoin de moi, il n'y aurait pas grand intérêt à recommander d'écouter ce qui est déjà un standard du répertoire - au moins au disque, parce qu'on entend toujours les quelques mêmes en concert.

Ce n'est pas que le reste ait besoin de moi ni que je puisse l'aider, mais enfin, si ça peut attirer l'attention sur des choses dignes d'intérêt que les amateurs de Bruckner ou de Mendelssohn n'iraient pas forcément écouter, j'estimerai avoir honnêtement rempli mon office, en plus de m'être amusé à le faire. :)

3. Le dimanche 29 janvier 2012 à , par Ouf1er

Helgoland, bien qu'apparemment pompier, recele de beaux moments, et devrait être plus souvent monté....
En complément d'une Sea Symphony de Vaughan-Williams, elle ferait merveille.

4. Le mercredi 1 février 2012 à , par DavidLeMarrec

C'est dommage de gâcher ça avec du RVW, il y a tellement de choses maritimes passionnantes à proposer sur ce thème, de Bridge à Rangström (Havet Sjunger), de Gaubert à Ireland...

Et puis Nystroem, aussi bien en vocal avec les Chants de la mer qu'en instrumental avec sa propre symphonie maritime (la Troisième).

Bref, aucune raison de s'infliger du Vaughan Williams, si ?

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