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Une ténébreuse affaire - Deborah Voigt transfigurée


En raison de la préparation de divers supports (extraits de musique vocale et de musique de chambre par les lutins, nouveaux essais de traduction, comptes-rendus de trois spectacles de la semaine passée, panorama détaillé du quintette avec clarinette, sélections dans le répertoire...), aucune notule n'a paru cette semaine.

Aussi, pour signifier simplement la persistance discrète d'une activité korrigane en ces lieux, un mot sur le Crépuscule des dieux qui était donné au Met et dans les cinémas du monde hier. Je n'ai pu en entendre que l'Immolation par Deborah Voigt et je suis frappé, une fois de plus, par deux bizarreries.

=> D'abord tout le mal qu'on peut dire d'elle, alors qu'on a rarement entendu cette scène si bien chantée (sauf à remonter à l'ère Mödl, mais c'est au prix de libertés avec la partition), on bénéficie même de beaux aigus lumineux et presque suspendus dans l'Envoi des Corbeaux.

=> Deborah Voigt est décidément un cas à peu près unique d'artiste qui se révèle en passant à un format plus lourd. On entend très fréquemment de belles voix se forcer et s'abîmer en voulant interpréter des rôles plus larges ; mais ici, alors que Voigt était un grand lyrique assez insipide (maîtrise parfaite, mais aucune tension, aucune coloration, et des mots totalement inintelligibles et de toute façon très mous), ses interprétations de rôles très dramatiques (pour ce que j'ai entendu, au moins acte II d'Isolde à Paris, Salomé à Verbier, et cette Brünnhilde) disposent d'une puissance expressive très supérieure à la moyenne.
Puissance en partie verbale (malgré l'articulation perfectible), mais plus encore contenue dans les densités variables du phrasé et les mutations de coloris (et même de matière) de la voix.

Certes, le vibrato est un peu ample (intervalle parcouru un peu large, voir ici), mais ce débordement de volutes expressives est tellement rare dans un répertoire où la robustesse indispensable des instruments limite le plus souvent les nuances... Réellement un témoignage précieux, de mon point de vue, et décidément un cas unique d'amélioration spectaculaire en abordant des rôles en théorie néfastes à la qualité du détail...

Des illustrations sonores seront ajoutées quand on trouvera deux minutes pour ce faire...


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Commentaires

1. Le dimanche 12 février 2012 à , par Ouf1er

Je dois bien avouer que Debbie m'a assez stupéfait, hier soir, alors qu'elle m'avait plutot déçu dans sa Brünnhilde Walkyrienne. Manifestement, elle a pris conscience de ses faiblesses (ou de ses inadéquations) vocales pour ce type de rôle, et elle a beaucoup travaillé. Ca s'entendait hier soir. Et ça se voyait.
Le ténor Jay Hunter Morris, révelé par sa prise de rôle de (presque) dernière minute dans Siegfried, a également remarquablement assuré, malgré quelques légères traces de fatigue dans le redoutable "récit-de-ma-vie-et-de-mon-oeuvre", au 3me acte.
Une conclusion en excellence vocale (tous seraient à citer !) pour ce grand Ring !

2. Le dimanche 12 février 2012 à , par Ouf1er

PS un peu hors-sujet... mais pas tout à fait : connaissais-tu ceci ?
http://youtu.be/ZQ-NCp3eUR4
Tout à fait étonnant.....

3. Le lundi 13 février 2012 à , par DavidLeMarrec

=> Je ne l'ai pas entendue dans Walküre, dont l'écriture est clairement plus stable et moins paroxystique, il est rare de déployer les mêmes qualités dans ces deux journées (Die Walküre, en dehors des méchants appels, est somme toute assez facile pour une voix dotée d'un minimum de graves, sans comparaison en tout cas avec les deux "autres" Brünnhilde).
Sur le principe, je suis moins intéressé pour Voigt, en effet. (Mais ça fait un moment que la mue a réussi, son Isolde avec Masur au milieu des années 2000 était déjà tout à fait épatante.)

=> Tu trouves vraiment le récit final de Siegfried terrifiant ? J'ai toujours eu le sentiment, à la lecture (et à l'essai :) ) que c'était vraiment chantable, contrairement à l'essentiel de ce qui précède dans le Crépuscule (soit trop vaillant, soit trop grave vu l'orchestration). Ici, l'orchestre est un peu moins massif, et on est dans un médium respectable pour un ténor.
Peu importe cela dit, c'est très beau, et encore plus si l'interprète y contribue.

=> Je le découvre grâce à toi. Je vois qu'ils ont aussi fait un premier acte de Tristan. Je ne suis pas vraiment convaincu par l'instrumentation (cordes à un par partie pour l'orchestre, et flûtes pour les voix), les flûtes sont intrinsèquement trop suaves et les cordes manquent de couleur - ça fonctionne moins bien par exemple que le disque de Wilson qui conserve largement l'instrumentation de Wagner.
Mais ce qui est réjouissant, c'est que pour une fois, en intégrant et en mêlant le contenu du chant, on donne à entendre toute la musique. Et ça fonctionne du tonnerre, merci beaucoup !

4. Le lundi 13 février 2012 à , par Ouf1er

En fait, la difficulté de ce récit de Siefgried, c'est qu'il reprend les paroles et le chant de l'OIseau de la Forêt, dans un style vocal qui, du coup, ne doit pas avoir la vaillance de tout ce qui précéde. Et ca monte haut, et ca n'arrête (et pia pia pia, et pia pia pia...) et ca doit être plus léger mais malgré tout soutenu pour atteindre les notes hautes sans les chanter en vaillance...

Oui, pour la réduction chambriste, l'idée est interessante, mais trop axée sur les flutes et les vents, et pas assez vers les cordes (bon, je n'ai pas tout écouté non plus...). Je ne suis pas certain non plus que Tristan ou le Crépuscule soient les oeuvres qui se prêtent le mieux à ce genre d'exercice. On aurait aimé l'acte 2 des Maitres, ou l'acte 2 de Siegfried.

5. Le lundi 13 février 2012 à , par DavidLeMarrec

En fait, la difficulté de ce récit de Siefgried, c'est qu'il reprend les paroles et le chant de l'OIseau de la Forêt, dans un style vocal qui, du coup, ne doit pas avoir la vaillance de tout ce qui précéde. Et ca monte haut, et ca n'arrête (et pia pia pia, et pia pia pia...) et ca doit être plus léger mais malgré tout soutenu pour atteindre les notes hautes sans les chanter en vaillance...

Oui, c'est précisément parce que ce n'est pas comme le reste que je trouve ça plus facile. Peut-être que c'est difficile (à alléger) pour un HeldenT, mais sinon, c'est quand même du ténor central pas trop exposé vocalement et orchestralement, à ce qu'il m'en semble. Je dois avouer cela dit que je n'ai glottologiquement essayé que l'acte III de Götterdämmerung (et bien sûr la Forge, manière de rigoler quand même) dans Siegfried, donc je m'abuse peut-être sur la nature du reste du point de vue de la pratique.

Oui, pour la réduction chambriste, l'idée est interessante, mais trop axée sur les flutes et les vents, et pas assez vers les cordes (bon, je n'ai pas tout écouté non plus...).

Pour Tristan, c'est le contraire, déséquilibre du côté des cordes. Je suis sûr en revanche qu'un ensemble à vents pourrait très bien fonctionner (un nonette par exemple).

On aurait aimé l'acte 2 des Maitres, ou l'acte 2 de Siegfried.

J'aurais plutôt dit, parce que plus "musicaux" et plus courts, l'un des deux autres actes de Tristan et le III du Crépuscule ; alors qu'ici, en plus de l'effet purement instrumental, le choix s'est porté sur les actes où l'on trouve le plus des fameuses "longueurs" wagnériennes.

Sinon, l'acte III de Parsifal pour petit ensemble (le piano serait peut-être nécessaire ?), j'achète tout de suite !

6. Le mardi 14 février 2012 à , par Cololi

Désolé David, mais je ne suis pas d'accord avec toi.

Tu as seulement entendu si j'ai bien compris, et non vu, et seulement l'Immolation.
Vocalement ça tient bien la route, ce n'est pas le problème de mon point de vue. Non le problème c'est que sont interprétation est très très 1° degré. On sent à travers ses gestes, ses regards, qu'elle ne comprend pas un mot du drame.

Et quand Meier entre pour le duo, c'est d'autant plus cruel.

Je précise quand même que j'aime les comédiens qui jouent simplement ... mais bien !
Bref je ne suis pas arrivé à trouver celà transcendant.

7. Le mercredi 15 février 2012 à , par DavidLeMarrec

Salut !

Merci pour ce témoignage de première main.

L'aspect vocal est pourtant le plus souvent ce qui est mis en avant par les commentateur, du moins dans ses précédentes interventions.

Mais je ne ressens pas du tout le premier degré ici, au contraire les phrasés sont assez sophistiqués, à telle enseigne que je m'interroge sur leur caractère délibéré... Et puis, pour l'avoir vue dans Salomé où les qualités étaient les mêmes, je n'ai pas remarqué cette neutralité du jeu non plus.

Je ne suis pas certain que je trouverai(s) cruelle l'entrevue avec Meier, puisque la sècheresse de la voix de Meier, surtout à cette époque de sa carrière, devrait plutôt mettre en valeur les qualités enveloppantes de la voix de Voigt, il me semble. J'essaierai quand j'aurai l'occasion - même si je ne suis franchement pas assuré d'aimer : dans une tessiture aussi basse, il n'y a que son Ramier qui m'ait vraiment bouleversé (ses Clytemnestre sont très très bien aussi).

8. Le jeudi 16 février 2012 à , par Cololi

Il faut dire à sa décharge que cette production c'est un peu de l'abattage technologique sans esprit.
Cependant ce dernier volet était très bien (le meilleurs des 4 je trouve). En particulier l'immense scène des Gibischungen, où il pose un décor abstrait, qui correspond bien au chromatisme de la musique. A ce moment là on est dans l'excellent.

Il faut dire aussi que je suis très sensible aux regards, aux gestes, et que pour moi ça compte autant que la voix. De ce point de vue là Meier a un impact énorme (outre que j'adore son timbre).

Alors ce très 1° degré de Voigt ça passe bien en fille du far West (passée l'année dernière au MET), ou même en Ariadne (DVD du MET), mais en Brü, là je dois dire que ça passe moins bien.

9. Le dimanche 19 février 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Cololi !

Ah oui, évidemment, si tu parles du jeu facial (qui devient de plus en plus important avec l'ère du DVD, mais qui est en principe davantage une qualité cinématographique que théâtrale...), il n'y a plus de comparaison possible entre Voigt et Meier. :)

Dans ce registre, essaie de trouver la vidéo (inédite pour l'instant) de Meier en Santuzza (avec Cura et Muti déchaînés) au festival de Ravenne de 1996 : c'est filmé de près, et la finesse de son jeu, l'originalité de la lecture (très décidée) de son personnage sont vraiment profondément marquantes. C'est un opéra qui est tellement joué à la force de la glotte qu'on évacue très souvent ses enjeux psychologiques, et Meier y réalise quelque chose de réellement puissant.

Je doute en revanche de Voigt dans la Fanciulla del West, parce qu'en italien, ça n'a quand même pas du tout le même charme, surtout dans l'état actuel de l'instrument - qui n'a plus du tout la fermeté et la netteté requises dans ce répertoire, au profit d'autres choses très utiles dans Wagner.

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David Le Marrec

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