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Décadence des décadents


Non seulement il n'y a plus de saisons, mais en plus, même la décadence n'est plus ce qu'elle était.

Certes, elle avait toujours les mêmes yeux. Mais, si les yeux sont les fenêtres de l’âme, il est certain qu’une autre âme y émergeait aujourd’hui que dans ceux, toujours présents, de la morte. Jane, douce et réservée d’abord, se lâchait peu à peu. Un relent de coulisses et de théâtre réapparaissait. L’intimité lui avait rendu une liberté d’allures, une gaîté bruyante et dégingandée, des propos libres, son ancienne habitude de toilette négligée, peignoir sans ordre et cheveux en brouillamini, toute la journée, dans la maison. La distinction de Hugues s’en offensait.

Georges RODENBACH, Bruges-la-Morte (1892), chapitre IX (vers le milieu du roman).

Les personnages sont les sources de Marietta et Paul dans Die Tote Stadt de Korngold, au sein d'un très beau roman, dont la trame est extrêmement proche de l'opéra, mais avec des aspects supplémentaires : atmosphère de la ville grisaille, vieille et déserte, prégnance de la catholicité (et de ses sentiments de culpabilité), autonomie de Barbe (la servante Brigitta)...

L'usage de se lâcher au sens de se désinhiber m'avait jusqu'ici paru le fruit d'une métaphore peu gracieuse, à l'imitation de quelques jeunes gens au parler passablement désinvolte. Elle m'évoquait davantage la complaisance vis-à-vis de la beuverie de pommes de terre fermentées que la mélancolie à l'écoute des eaux tranquilles de Bruges.

Aussi, le recontrer chez Rodenbach, qui n'est pas très baroque dans sa manière (bien que très sensible aux thèmes de la littérature décadente), a quelque chose d'assez déroutant. Voilà qui mériterait une petite enquête, si le temps nous seconde.

Quoi qu'il en soit, c'est aussi l'occasion de rappeler (je n'ai pas ouï beaucoup d'avis divergents) que Bruges-la-Morte est une lecture courte et délicieuse qui mérite le détour (thématique et esthétique).


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