Carnets sur sol

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Liège, Opéra Royal de Wallonie 2012-2013


La saison scénique, malgré sa (relative) limite en nombre de titres, fait le choix de l'originalité de façon assez impressionnante : sur dix productions, trois premières mondiales (toutes belges et en français) et deux oeuvres pas très fréquemment jouées en Europe. Et les autres oeuvres n'étant pas les Da Ponte, ni la Trilogie verdienne, ni Tosca, on ne peut que se montrer admiratif.

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Raretés absolues :

Grétry, L'Officier de Fortune

Malgré son titre, il s'agit d'un drame (sur un livret de Favières en trois actes) et non d'un opéra comique, ce qui peut produire quelque chose d'intéressant.

Grétry, Guillaume Tell

Une oeuvre inégale (les parties d'enfant, déjà éprouvantes par nature, sont écrites de façon particulièrement nunuche) mais qui contient de considérables beautés (l'air d'imprécation de Guesler !).

On bénéficie d'une distribution de feu : Anne-Catherine Gillet, Marc Laho, Lionel Lhote !

Et une grande interrogation pour Claudio Scimone à la direction... Scimone aujourd'hui, avec un orchestre traditionnel et dans du Grétry, voilà au moins trois grandes questions !

J'ai assez envie de me déplacer à Liège pour l'occasion, si aucune retransmission n'est prévue.

César Franck, Stradella

Oeuvre de prime jeunesse dont je n'ai pas pu consulter la partition, mais à en juger par (la lecture de) ses autres oeuvres dramatiques, son style lyrique de maturité étant déjà assez lisse, je crains que son premier opéra ne soit pas complètement enthousiasmant. Peut-être à tort, car je fais purement de la projection (et donc du procès d'intention, par définition...).

Ce sera bien servi en tout cas, avec Marc Laho et Philippe Rouillon.

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Raretés relatives :

Verdi, I Due Foscari

Un des plus beaux Verdi de jeunesse, en quelque sorte le sommet de sa première manière post-donizettienne, et peu joué pourtant.

Ce sera très bien chanté, avec Fabio Sartori, et la gloire insolente Leo Nucci.

Puccini, La Fanciulla del West

En dehors des deux premiers opéras (à tort !) et de la redoutable Rondine, l'opéra le moins donné de Puccini (tous les autres étant fréquents, voire extrêmement fréquents). Liège se paie le luxe de la Met-Star Deborah Voigt, mais si j'admire considérablement ce qu'elle fait aujourd'hui dans Wagner et Strauss (très grandes qualités de coloration et de phrasé), je doute que son vibrato large et sa ligne un peu cabossée fassent merveille ici, encore moins que dans Verdi où elle était déjà un peu décevante. Puccini réclame des qualités purement vocales, de tenue, d'épure quasiment (le potentiel d'ultralegato y est indispensable la plupart du temps, même dans les parties en apparence écrites de façon "discontinue"), et les vertus actuelles de Voigt sont à l'opposé de cela.

J'ai toujours trouvé la direction de Gianluigi Gelmetti assez sommaire, manquant à la fois d'esprit et d'assise sonore, mais ce n'est jamais que du disque ou de la retransmission, il porte peut-être une énergie ou une souplesse spécifique sur le vif.

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Standards du répertoire :

Gioacchino Rossini, L'italiana in Algeri

Direction Bruno Campanella, spécialiste pas forcément de la veine poétique de Rossini, mais très opérant de ce répertoire.

Giuseppe Verdi, La Forza del Destino

Avec Daniela Dessì et Fabio Armiliato, deux robustes valeurs sûres (et parfois de façon tout à fait inspirée, dans le cas de Dessì).

Jacques Offenbach, La Belle Hélène

Dans une mise en scène des époux Benizio (Shirley & Dino). Avec notamment Florian Laconi, que je suis très curieux d'entendre sur le vif, ne lisant que des éloges sur lui alors qu'en radiodiffusion son émission me paraît très farineuse et son phrasé fruste : il est probablement peu phonogénique (ce qui malheureusement pour lui, le dessert au profit de voix mal projetées mais flattées au micro).

Pietro Mascagni & Ruggero Leoncavallo, Cavalleria Rusticana & I Pagliacci

Mis en scène et chanté (non, pas dirigé, ce ne serait pas commode !) par José Cura, titulaire particulièrement bouleversant de Turiddu - j'aime moins son Canio, mais il paraît qu'en salle, l'effet est toujours très fort. Un des très rares chanteurs verdiens à utiliser une voix d'aspect assez rond, plus que métallique (à part Bergonzi dans un tout autre genre, il y en a eu peu de célèbres), avec cependant un impact réputé glorieux.

Le Prologue de Paillasse sera chanté de façon autonome par Philippe Rouillon (oui, on peut dire artiste en résidence !), et on aura la possibilité d'entendre Mara Zampieri (plus en très bon état) en Mma Lucia. Intéressant aussi est le cas de Marie Kalinine, dont j'avais été obligé de dire un peu de mal dans la tragédie lyrique de Sacchini, malgré toute la sympathie qu'elle inspire : elle reçoit dernièrement les plus grands éloges en Santuzza. Je doute que son style m'agrée (larynx écrasé, voix massive et opaque, diction très floue), mais je crois que ses qualités de tempérament y trouveront une expression bien plus légitime qu'en Armide, en tout cas.

Maurice Ravel, L'Enfant et les Sortilèges

Production avec l'Orchestre du Conservatoire Royal de Bruxelles.

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Bilan

Les amateurs de baroque devront attendre la parution de la saison des Agrémens de van Waas pour espérer un extrait de leur saison toujours très stimulante. Les plus malheureux seront les admirateurs de Mozart, de l'opéra allemand et du "vrai" vingtième siècle, mais pour une maison de taille moyenne, ce choix radical d'approfondir l'expertise dans certains répertoires (ici, français rare et grand répertoire italien), en embauchant les interprètes adéquats, est particulièrement intéressant, car cela devrait produire de grandes soirées, au lieu de faire un peu de tout de façon pas très convaincante.

Saison qui attire l'attention par-delà les frontières, en tout cas !


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