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Par le bout de l'oreille


On vous manipule. La Télévision d'État vous manipule. Votre redevance sert à vous manipuler.

Et comme si ça ne suffisait pas en soi, ce n'est pas loyalement par de gros mensonges, mais de façon retorse, par la partie la plus sensible de votre être.

Par vos oreilles.

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Déformation hobbystique. En voyant un extrait de l'entretien de François Hollande diffusé sur France 2, j'entends quelque chose d'étrange : le son de sa voix ne correspond pas au lieu où il parle. Ce n'est pas seulement une question de gonflement ou d'égalisation du son par le micro, ce qui est tout à fait banal à la télévision ou à la radio, car le son attaché à la voix du journaliste reste tout à fait standard.

En revanche, lorsque le président parle, on entend une réverbération tout à fait singulière, celle que l'on obtiendrait dans une pièce à haut plafond, ou s'ouvrant sur de vastes couloirs ; ou peut-être plus exactement le type d'acoustique qu'on pourrait entendre dans la petite cour intérieure d'un hôtel particulier. Autrement dit, un écho avec un retard assez important, qui ne brouille pas la voix comme une acoustique d'église, mais qui produit un retour, comme si l'orateur s'exprimait dans un lieu assez ample et ouvert, mais ceinturé de murs.


Évidemment, cela confère à la voix, en plus d'un confort, une certaine majesté : lorsqu'il s'exprime, François Hollande fait résonner la salle (en réalité un studio de télévision à l'acoustique complètement sèche), quelque chose de grand se révèle par sa parole.

Comme si, en plus de son titre (éloquent) et des breloques de Grand maître sur son veston, il fallait absolument trafiquer sa voix pour que le public ne le confonde pas avec le stagiaire chargé de porter les cafés.

Ce n'est pas bien grave, pour sûr : il s'agissait du président de la République, donc du représentant (même si le terme est impropre) du peuple considéré comme le plus légitime, et il n'avait pas de contradicteur. Néanmoins, je serais curieux de savoir qui a fait ce choix : négociation avec le président, choix "républicain" de la chaîne, bidouillage spontané à la console, ou encore traitement systématique de tous les invités ?

Parce qu'en d'autres circonstances, ce type de traitement de faveur a quelque chose de pas très honnête vis-à-vis du public, en cherchant à donner plus de "surface" à l'un ou à l'autre, et donc à son discours...


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Commentaires

1. Le mercredi 30 mai 2012 à , par Jean-Christophe Pucek :: site

Bonsoir David,
Eh bien, voici un mécanisme de manipulation proprement démonté et ses effets impeccablement démontrés. Finalement, votre analyse me conforte dans mon choix de ne regarder la télévision qu'à dose ultra-homéopathique et jamais le journal télévisé, qui ignore la mort de Montserrat Figueras et traite celle de Fischer-Dieskau en 30 secondes.
Belle soirée à vous et bien cordialement.

2. Le jeudi 31 mai 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Jean-Christophe,

J'avoue ne pas être scandalisé par l'absence de ces figures pas très grand public, lors d'un journal généraliste qui, par essence, ne parle pas des niches. Même pour nous, ça a l'avantage de ne pas entendre d'inévitables inexactitudes qui peuvent être agaçantes. Je vois ça d'ici : « Diétriche Fichère Disco, considéré comme le baryton du siècle, s'est éteint hier chez lui en Bavière. Il avait chanté Don Giovanni. »

Pis, avec quinze secondes de plus, il auraient pu inviter Alain Duault.

Non, franchement, les informations spécialisées, il est normal de les entendre par des canaux spécialisés, et une mention au vingt-heures ne satisfait personne.
Même s'il s'agissait d'entendre vingt secondes du Lindenbaum en musique de fond (d'un micro-trottoir à la sortie de Pleyel), je crois qu'on peut survivre sans. Probablement.

Bonne soirée !

3. Le vendredi 1 juin 2012 à , par Cololi

Certes c'est ce qu'ils auraient dit, et je me demande si il vaut mieux pas se taire plutôt que de dire celà effectivement ... ou pire ... d'inviter Duault ...

Celà dit p être représente t-il une niche ... mais une niche du sommet de l'art musical occidental.
Tu sais ce que c'est les pages cultures du journal de France 2 ? Ca se résume a de la promotion de blockbuster américain ou même si moins souvent du dernier film français pour parisien branché ...
Non seulement ces films n'ont pas besoin de promotion de la part des journaux télé ... mais en plus c'est le service public !!! Pourquoi font ils de la promo gratuitement (enfin je la suppose comme telle) pour ces gens là ?? Pourquoi également ne parler QUE de ce que les téléspectateurs connaissent ?

Franchement je ne peux pas cautionner celà.

4. Le samedi 2 juin 2012 à , par DavidLeMarrec

Cela dit, je dis du mal d'Alain Duault, mais il est quand même fort sympathique pour une émission grand public, même si la rigueur de l'information n'est pas son fort. Pour faire de l'éloge funèbre, ce peut être tout à fait valable. Evidemment, pour les émissions "spécialisées" du service public, je suis plus réservé.

Je suis tout à fait d'accord que DFD, au même titre que Domingo ou Boulez, sont suffisamment importants dans leur niche (qui est effectivement une niche de qualité, pas seulement bizarre) pour qu'on en parle, mais DFD appartenait en plus à une niche de la niche, puisqu'il s'est surtout accompli dans un répertoire vocal germanique déjà confidentiel chez les amateurs de classique...
Si c'est pour dire qu'il a chanté Almaviva dans les Noces et Amonasro dans Aida, c'est quand même passer à côté du sujet. :)

Et parler de la qualité de coloration du mot (à la syllabe près !), de la constance et du renouvellement de son inspiration, c'est tout de même s'adresser aux habitués.

Cela dit, oui, ça n'empêche pas qu'il aurait été logique de parler de lui, et qu'un extrait n'aurait fait de mal à personne (au contraire, le type même de voix capable de convertir des âmes !) ; mais ça explique pourquoi ça n'a pas été le cas.


Tu sais ce que c'est les pages cultures du journal de France 2 ? Ca se résume a de la promotion de blockbuster américain ou même si moins souvent du dernier film français pour parisien branché ...

Oui, j'avais remarqué ça du temps où j'avais la télévision, les pages culture servent très souvent à parler de ce que tout le monde a déjà vu ou entendu. Ou à faire la promotion de spectacles parisiens.

Je suppose aussi que l'aspect extensif de ces pages culturelles (avec le tricot branché ou le hamburger à la française entre deux tranches de Voulzy et d'Eminem) t'est particulièrement odieux. :)




5. Le lundi 4 juin 2012 à , par Cololi

Je n'aime pas du tout, c'est vrai ... mais ce n'est pas celà qui me chagrine. Ce qui m'attriste c'est l'importance, le temps donné à ses musiques par les médias (et les élgoges qui vont avec).

La musique "légère", de divertissement a toujours existait, existera toujours, et il y a des choses très belles là dedans, et poru moi le débat n'est pas là.
Le débat est double :
-> Cette musique de divertissement accapare tout l'espace médiatique
-> "légère", ça ne veut surtout pas dire la course à la bétise, et je pense en particulier aux paroles.

Pour illustrurer le dernier point je pourrais faire une comparaison avec Offenbach.
Offenbach c'est du divertissement (mais pas que ... ça fausse un peu ce que je dis, mais je vais aller au bout). Mais diable que les livrets des bons Offenbach sont 1000 fois au dessus des textes de variété actuel ...
Mais c'est vrai que ça fait appel un minimum à l'intelligence et la culture du spectateur ...

Bref musique "simple" et parole "simple", ça ne veut pas dire niaise ou caricaturale. Elles peuvent même être transcendées par le génie.

6. Le mercredi 6 juin 2012 à , par DavidLeMarrec

Je ne contredis pas l'importance exagérée donnée aux phénomènes de mode dans les pages culturelles (pas toujours intéressants). Néanmoins cela s'explique fort bien, puisque la télévision et la radio vivent aussi de leur large diffusion... France Culture jubile lorsqu'elle passe de 1,2 à 1,4% de part, et France Musique est depuis fort longtemps en-dessous de 1%. Alors, si les grands médias veulent survivre, ils ne doivent pas diffuser une vidéo inédite où Szymanowski fait la tête comme d'habitude sur fond de crachotis visuels et sonores, mais plutôt la dernière remix de la Lambada à douze canaux par DJ Boolays.

Là où je te rejoins moins, c'est sûr les généralités sur la qualité de cette musique. Il y a de l'excellente musique qui ne cherche pas la robustesse musicale qu'on attend de la musique de chambre, c'est un univers différent tout simplement. Auquel on peut ne pas être intéressé ou sensible, et pourtant qui n'est pas dénué de qualités pour autant.

Tu cites Offenbach : combien de chansons à boire balourdes y trouve-t-on, qui sont loin de rivaliser avec certains textes réussis de Bobby Lapointe ou Fersen ?

Oui, évidemment, si tu prends les meilleurs Wolf et que tu les compares aux pires Obispo, la cause est entendue (et peut-être même pour les pires Wolf face aux meilleurs Obispo...), toutefois c'est prendre les exemples en fonction de sa démonstration. Moi je vais t'imposer Chevalier de Saint-George vs. José Dames, et là on va discuter... :)

Donc d'accord sur le constat que plus le média est gros, plus la facilité y règne (ce n'est pas plus rien que, faute de l'allumer jamais, j'ai donné ma télé...) ; mais en tirer des conclusions sur la qualité essentielle de chaque genre me paraît plus aventureux. :)

Bonne soirée à toi.

7. Le jeudi 7 juin 2012 à , par Cololi

Je parlais des bons Offenbach, je l'ai bien précisé ^^ (ne m'étant jamais infligé les mauvais). Effectivement le choix de l'exemple ...
Mais enfin j'ai pris Offenbach ... j'ai pas pris Beethoven, Bach, Wagner ou Berg ^^ (donc clairement au désavantage de ma thèse).

Wolf ça peut être peu inspiré dans le pire des cas, Obispo c'est toujours creux et racolleur, ce n'est pas sur les mêmes critères que tu compares.

8. Le samedi 9 juin 2012 à , par DavidLeMarrec

Les bons Offenbach ne sont pas du tout au désavantage de ta thèse... et puis tu parles à un amateur (assez rapace) d'opéra, donc la moindre des choses pour essayer de démontrer cette dissymétrie serait de prendre un cas pas trop à l'avantage d'un genre que nous prisons fort tous deux, non ? :)

Donc si tu prends des compositeurs de musique populaire inspirés comme José Dames et que tu compares à la musique industrielle du XVIIIe... les qualités sont différentes (par nature plus de contrepoint, même minimal, dans une oeuvre orchestrale), mais la suprématie de la musique classique pas évidente du tout.

Comme ça répond à des besoins différents (tu le dis toi-même, les critères changent), je ne suis pas certain que la hiérarchisation brute des deux univers ait du sens, en fait. Si tu l'observes du point de vue de l'opéra, la chanson est pauvre musicalement ; si tu l'observes du point de vue de la chanson, l'opéra est inutilement hypertrophié.

En revanche les points de contact avec le lied sont beaucoup plus évidents : les lieder les plus simples sont des chansonnettes (c'est même l'origine du genre), et les chansons les plus réussies atteignent une puissance expressive comparable. Il suffit de voir ce que produisent Gérard Calvi, Frank Perkins, Jule Styne, Sammy Cahn, Sammy Fain, José Dames, et pour les plus célèbres Mireille (la compositrice), Nat King Cole, Piazzola... la sophistication en est comparable à des lieder strophiques du premier XIXe siècle (par exemple aux premiers Schubert, à son homonyme de Dresde, à Zelter ou à Kinkel).

Evidemment, si on compare Elektra aux musiques (et textes...) de Claude François, ça fait un choc. Mais qui ne fait pas vraiment sens.

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