Carnets sur sol

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Revue de Toile


Une brassée d'amusettes trouvées dans les journaux et sur la Toile, qui auront peut-être échappé à mes honorables lecteurs.

Bizarreries, bien public et bonne musique sont au programme.

Bizarreries

=> Il suffit de se servir.

=> La religion jedi, sixième religion du Royaume-Uni (Guardian). Un peu la misère pour toutes ces religions alternatives antérieures, comme le satanisme, qui restent (littéralemnt) cent fois moins pratiquées. Sans doute la faute à un manque d'organisation, puisque les fans de Black Metal se déclarent aussi comme religion - un peu d'oecuminisme leur donnerait une meilleure surface médiaque. Je dis ça, je dis rien.
Vu les récents changements législatifs de l'Ecosse, il pourrait bientôt y avoir, officiellement reconnus, des mariages célébrés par des officiants jedi. Ce pourrait paraître du foklore, voire le signe d'une triste annexion de la religion par la société de consommation, mais cela pose en réalité des questions plus profondes, notamment celle de la frontière avec des croyances qui ne sont pas les nôtres (et que nous trouvons donc absurdes), voire dont nous avons les preuves de l'ineptie... et qui sont reconnues comme religions officielles, subventionnée par les Etats. Même en France, au demeurant : l'usufruit de salles (les églises essentiellement, mais aussi, ici et là, certains lieux publics prêtés pour en faire des salles de prière) était un choix sage à l'origine, mais il n'en constitue pas moins une forme de subvention qui, en droit, pourrait probablement être contestée. Ici, c'est donc bien la force de l'usage, plus que l'opinion sur la validité de tel ou tel culte, et plus que la loi, qui fait la reconnaissance sociale et même juridique d'une religion.

=> Au passage, la culture religieuse n'est plus ce qu'elle était. Il y a quelques semaines, la matinale de France Culture sortait le grand jeu de l'érudition : François est le premier pape jésuite depuis treize siècles.

Bien public

=> Effets secondaires mal prévus de la grande lessive : un catalogue proposé toujours finement par Authueil, et qui contraste agréablement avec la répétition à vide des mêmes informations depuis une semaine. Cela rejoint en outre assez bien ce que tout le monde peut voir : le choix de faire déclarer le patrimoine plutôt que les conflits d'intérêt ne fait que renforcer les soupçons, et met de plus tous les hommes politiques (qui n'avaient pas prévu ce changement de règle en cours de partie) à la merci de la vindicte publique, à tort ou à raison. Sans parler du fait que, comme on le voit en ce moment, se jeter à la figure les errements des uns et des autres à l'Assemblée me paraît assez peu adroit sur le plan de la communication de crise. On lit souvent que le métier d'homme public repose pour une très large part sur la maîtrise de la communication, mais j'ai l'audace d'espérer qu'ils sont un peu plus performants en droit et en économie.

=> Depuis une dizaine d'années, il est d'ailleurs intéressant de remarquer un phénomène de dérive politique (au sens le plus géographique) : du fait des circonstances, nombre de propositions du PCF et du FN, autrefois déraisonnables, se retrouvent au centre du jeu (une fois remises en forme par les partis plus centristes), et trouvent un écho. Il n'y a qu'à voir les désirs de mettre en pénitence l'argent de ceux qui s'enrichissent en dormant, ou bien les demandes d'inéligibilité à vie (vraisemblablement inconstitutionnelles, d'ailleurs) pour les parjures et fraudeurs.
C'est une constante de l'histoire des idées (elles évoluent, et c'est bien naturel), mais la disponibilité des archives rend aujourd'hui très frappant le chemin parcouru - à plus forte raison que ces changements peuvent aujourd'hui, à la lumière de ce que nous sommes devenus, paraître légitimes. Je ne me sens pas vraiment (vraiment pas) proche de ces deux partis, mais j'ai l'impression que les événements ont fait dériver la société vers ces solutions, qui aujourd'hui correspondent ; sans qu'on puisse aucunement attribuer cette concordance à la clairvoyance politique de ces mouvements un peu agités (et parfois du bocal). [Dois-je m'empresser de préciser que ça ne vaut que pour une partie limitée de leur doctrine, qui reste ce qu'elle est...]

=> Le premier avril est toujours une journée assez agaçante, puisqu'elle suppose de tout lire avec défiance, et de repasser le lendemain tout revérifier, à supposer que les informations aient réellement été démenties, ce qui est loin d'être la norme. Mais surtout, je perçois deux évolutions inquiétantes de la tradition :

  • nombres de revues, depuis le webzine minable jusqu'à l'institution de la presse écrite, se targuent d'avoir obtenu un entretien avec telle ou telle personne illustre, et lui prête des propos qu'elle n'aurait bien sûr jamais tenus. Comme l'information peut être reprise par d'autres et que tout le monde ne vérifie pas ce qu'il en est partout où il est passé un premier avril, cela alimente facilement des remeurs, et potentiellement nuisibles pour la personnalité "convoquée". Parce que cette année, j'ai trouvé les propos tenus d'un sérieux inquiétant, loin des annonces fantaisistes sur tel projet absurde. On touchait en plusieurs endroits aux personnes elles-mêmes, et j'en ai ressenti quelque malaise ;
  • par ailleurs, aujourd'hui les journaux ne sont pas jetés le soir même, et il est possible de trouver, des années après, des reliquats de 1er avril non clairement indiqués. Il suffit de voir comment le reportage-mystification qui voulait démonter les théories du complot en faisant croire qu'Armstrong avait été filmé en studio par Kubrick et n'avait jamais mis le pied sur la lune, et que le réalisateur aurait probablement été assassiné pour cette raison, a largement répandu cette rumeur qu'il inventait dans le but de la dénoncer... Tout simplement parce que les gens n'ont pas forcément eu le temps ou l'envie de finir le reportage (même pas diffusé un 1er avril), et qu'il peuvent simplement conserver l'impression qu'il existe une polémique sur la question. Et d'autres lire ces propos sur la Toile, etc.

Il serait donc peut-être possible d'en rester aux choses loufoques, sans quoi on prend quelques risques avec la réputation d'autrui.

Bonne musique

=> Naissance de l'Orchestre Symphonique de Sarcelles, largement formé par des professeurs du conservatoire local - dont beaucoup sont issus du Philharmonique de Radio-France et de l'Orchestre de Paris. Avec pour ambition de mettre à l'honneur Mel Bonis, la fille du pays. Alléchant.

=> Thomas Quasthoff attribue pour partie son retrait de la vie d'interprète à l'attitude des grands labels vendeurs de lessive (oui, tout se tient dans cette notule). Etant donné qu'il était à bout de voix et avait eu le courage de l'admettre, cette justification de mauvaise foi le rapproche davantage de ses sorties peu élégantes sur la musique française. Car si en effet DG vend des produits avant tout, rien ne l'empêchait, comme à peu près tous les artistes, de se produire en concert.

=> Lance Ryan s'étant trompé d'heure pour sa représentation de Götterdämmerung à la Staatsoper de Berlin, Barenboim a appelé en urgence Andreas Schager (présent dans la distribution pour d'autres soirées) pour tenir le premier acte. Conclusion : Schager a chanté à 16h Siegfried, et était à 18h à la Philharmonie pour chanter Tamino avec Rattle. Le genre de succession qui doit faire mal - surtout dans ce sens-là.
Je ne m'explique pas bien, au demeurant, comme cela est possible, vu la durée du premier acte de Götterdämmerung... Sans doute était-ce seulement une répétition à 18h, où Schager a pu se permettre d'arriver en retard (et, espérons-le, de "marquer" [1]).

Notes

[1] "Marquer" signifie chanter à l'économie en répétition - souvent en chantant à l'octave inférieure les parties difficiles.


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Commentaires

1. Le samedi 13 avril 2013 à , par Philippe[s]

Andreas Schager ne chantait pas Tamino, mais le 1er homme armé dans la Flûte enchantée (ce qui fait une petite différence !).
D'autre part, il a remplacé Lance Ryan au pied levé dans le premier acte de Siegfried, et pas dans Götterdämmerung (en revanche, dans cette oeuvre, il a remplacé Ian Storey). Il a d'ailleurs été excellent dans les deux !

2. Le samedi 13 avril 2013 à , par David Le Marrec

Merci Philippe !

Etonnant, j'avais pourtant diversifié mes sources, que j'ai dû lire un peu vite dans des langues exotiques. (Il y a avait bien marqué Siegfried effectivement...)

Assurément, le hallebardier n'a pas les mêmes exigences de maîtrise et de couleur que Tamino, et surtout, cela explique grandement l'heure d'arrivée à la Philharmonie.

C'est quand même furieusement insolite de chanter un rôle minuscule dans Mozart au même stade de sa carrière où l'on est suffisamment une valeur sûre en Siegfried pour être le remplaçant au pied levé des plus grands chefs...

Merci !

3. Le samedi 13 avril 2013 à , par Philippe[s]

Un petit rôle certes, mais dans une production où l'orchestre est le Philharmonique de Berlin dirigé par Rattle, le Sprecher est José Van Dam, et les trois dames sont Magdalena Kozena, Annick Massis et Nathalie Stutzmann !!

4. Le samedi 13 avril 2013 à , par David Le Marrec

Tout à fait, mais les trois dames sont traditionnellement dévolues à de grandes chanteuses, dans les productions de prestige. Pour les hommes en armes, c'est moins généreux généralement - il faut dire que le rôle dans le drame (et dans la musique) n'est pas le même.

Par ailleurs, Schager n'a pas vraiment la notoriété internationale des autres, et ça ne paraît donc pas très cohérent : soit son nom fait vendre, et on peut le mettre dans un petit rôle, soit on le distribue à son niveau habituel... Après, il a peut-être son public a Berlin, et il admire peut-être Rattle, ou il a tout simplement besoin de remplir son agenda et d'élargir ses contacts, plein d'hypothèses sont valables et je n'ai pas la réponse... Mais cette situation est tout de même très inhabituelle.

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