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Francis POULENC – Chœurs a cappella sacrés et profanes – Les Éléments, Suhubiette


Tiré du fil de la saison.

Soirée 16 : Poulenc a cappella par Les Éléments

(Oratoire du Louvre, le mardi 10 décembre.)

Salve Regina
Quatre motets pour le temps de Noël
Un soir de neige (Éluard)
Sept Chansons (Apollinaire & Éluard)
[Entracte]
Laudes de saint Antoine de Padoue (hommes)
Messe en sol
Bis : « Belle et ressemblante » (Éluard, tiré des Sept Chansons)

Choeur de chambre Les Éléments.
Direction Joël Suhubiette.

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Concert a cappella de Poulenc : ce corpus contient (en particulier pour sa partie sacrée) certaines des plus belles œuvres – en particulier les Motets (pour le temps de Noël, données ce soir ; pour un temps de pénitence). L'émergence d'« O Magnum Mysterium », ou la reprise en litanie de « Videntes stellam » (modèle potentiel mais évident pour le cyclique « Totus tuus, Maria » de Rihards Dubra). J'aime moins ses chœurs profanes, mais en salle, Un soir de neige se révèle encore plus séduisant qu'au disque, avec ses jeux de référence : témoins « La nuit le froid la solitude », qui écrit en son centre une forme de Mendelssohn déceptif, ou « Bois meurtri » aux glissements chromatiques extrêmes, comme une main qui s'enfonce par degrés au bord d'un précipice.

Le chœur Les Éléménts (ne l'écrivaient-ils pas « Les Elemens », il y a quelques années, ou ai-je mélangé mes disques de Jean-Féry Rebel avec ceux de Tiết Tôn-Thất ?) m'a moins convaincu qu'à l'opéra et que dans l'oratorio dramatique : pour cette musique délicate, je trouve un petit manque de netteté dans les mots (avec ses voix de sopranes droites, on songe quelquefois à des chœurs de cathédrales), et certains individus (sur 22 chanteurs) ont des attaques d'une justesse étrange (on peut hésiter entre plusieurs notes). Capté de près au disque ou en concert, cela ne pose pas de problème (mais leur effectif a probablement évolué depuis les Sourires de Bouddha...), mais dans une acoustique ecclésiale, les textes, pourtant très beaux (motets inclus !), sont largement perdus. Si je n'avais pas eu les textes sur les genoux, je n'aurais vraiment rien saisi de ce qui se disait.

Néanmoins, si je fais la fine bouche, c'est que je les admire énormément par ailleurs, pour leur répertoire comme pour leurs qualités vocales : le son d'ensemble reste très beau, d'une rondeur qui n'est pas sans luminosité (même si d'autres chœurs, plus jeunes, ont désormais des pupitres de ténor encore plus souples et chaleureux), et se révèle surtout dans les dynamiques du forte. Il est vrai que les basses n'ont pas une assise très profonde par rapport à d'autres chœurs plus « physiques », mais je crois que ce qui diminue l'ensemble par rapport à d'autres chœurs plus récemment fondés est tout simplement (pardon pour le dire) l'âge dans les pupitres féminins. C'est cruel, injuste et profondément inconvenant à dire, mais il est un fait que, si, individuellement, l'âge n'est pas déterminant pour bien chanter, la tendance au déclin vocal est précoce chez les femmes (chez les ténors aussi, dans une moindre mesure) : si bien que les chœurs avec les meilleurs équilibres ont souvent un recrutement qui s'arrête à quarante ans. Cela explique aussi pourquoi (par ailleurs) les parties de dessus sont souvent peu gracieuses dans les chœurs d'opéra ; cela ne tient pas qu'au répertoire travaillé : comme pour les pilotes de ligne, il est difficile d'entrer, mais ensuite, les contrôles ne mettent pas à la porte avec autant de radicalité, et les voix peuvent décliner dans une certaine mesure. Lorsqu'elles ont un tout petit peu de jeu et, qu'emploi fixe oblige, cela concerne une génération de recrutement entière (et a fortiori sur des voix un peu larges, prisées à l'opéra), cela peut vraiment affecter l'aspect général d'un grand chœur.

Entendons-nous bien, rien de tout cela dans les Éléments, je pars du l'avis très positif que j'ai d'eux pour remarquer soit que j'ai été trop bien nourri et les trouve moins superlatifs que lorsque je les ai découverts (probable), soit que le temps qui passe les a structurellement défavorisés (éventuellement possible). Bref, tout ce concert était excellent, avec la réserve mineure d'un petit manque d'éclat que je n'avais pas remarqué autrefois.

Car entre les œuvres superlatives et la très belle interprétation, j'aurais mauvaise grâce à ne pas être réjoui.


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