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[Carnet d'écoutes] Nouveauté : Les Scènes de Faust de Schumann par Gerhaher & Harding


En quelques années, la discographie sinistrée de cet étrange bijou est devenue très généreuse… L'occasion de dire un mot de la discographie.

Schumann — SZENEN AUS GOETHES FAUST — Gerhaher, Miles, Harding
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Dire qu'il y a cinq à dix ans, on manquait cruellement de bonnes versions des Scènes de Faust ! Britten et Klee épouvantablement mous, Abbado assez lourdement chanté par Terfel, Herreweghe très allant mais au chant un peu court et fruste… il fallait se rabattre sur les bandes radio (Luisi-Gerhaher avec le COE, toujours pas égalé à ce jour ; Harnoncourt-Goerne avec la Radio de Vienne ; Harnoncourt-Gerhaher avec le COE…). Et puis, coup sur coup, arrivent enfin trois grandes versions peut-être pas tout à fait aussi ardentes, mais vraiment indiscutables :

Wit (Naxos), incroyablement évident et généreux orchestralement, et très bien chanté. Ma version discographique de référence.

Harnoncourt avec le Concertgebouworkest (label de l'orchestre), avec Gerhaher. Moins cinglant que les précédentes versions (et Gerhaher légèrement moins insolent), mais toujours de superbes couleurs et beaucoup plus de vie qu'à l'ordinaire.

¶ Enfin, paru le mois dernier, Harding avec l'Orchestre de la Radio Bavaroise (label de la radio), également les partenaires du fabuleux récital d'opéra romantique allemand, déjà avec Gerhaher. Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, c'est une lecture délicate, très fondue, pas du tout dans la recherche de contrastes ; mais elle tire un très beau parti, sans se hâter, de couleurs poétiques difficiles à tirer en principe de l'orchestre de Schumann, surtout dans cette œuvre (avec ses doublures à la truelle). Les deux basses (Miles et surtout Rydl) accusent leur âge, mais autrement le chant est beau partout, et en particulier du côté du pupitre des sopranos de la Radio Bavaroise, juvéniles et radieux (c'est rarement le cas dans les grands chœurs constitués).
Christian Gerhaher prodigue des merveilles sur ce texte, aussi bien vocales (pas de couverture excessive, mais un son toujours homogène et dense, se riant de toutes les difficultés) que textuelle (personne ne le dit avec plus de précision et de vigueur, et sans afféterie pour autant). Et Christiane Karg, également liedersängerin (son premier album n'était pas un album d'opéra, me sembe-t-il !), est ici à son meilleur, rayonnant avec simplicité — sans les blancheurs que peuvent faire apparaître d'autres langues ou d'autres répertoires.

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