Carnets sur sol

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[Nouveauté] — Le Ring de Wagner en 2 CDs : arrangements d'Andreas Tarkmann


Andreas Tarkmann est le grand transcripteur pour vents d'aujourd'hui — un peu ce qu'est Clytus Gottwald à la transcription pour chœur, toutes proportions gardées bien sûr. Ses réductions des opéras de Mozart, écrits dans la lignée des arrangements contemporains du Maître (ceux de Joseph Triebensee, par exemple), capturent à la fois l'esprit mordant des originaux et leur donnent un grain particulier, libéré des contingences du texte et ne souffrant pas des irrégularités des voix (ou tout simplement des voyelles !). Outre un talent d'orchestrateur consommé pour les ensembles à vents, capturant toujours la juste ligne expressive à mettre en valeur, il intègre le plus souvent (sans jamais se forcer à rien de systématique) les parties vocales dans son patron, répartissant volontiers le même personnage à plusieurs souffleurs successivement pour en épouser les variations de couleur…

Il faut, outre ses Mozart (Linos Ensemble chez Capriccio ou Deutsche Kammerphilharmonie Bremen chez Coviello), entendre son résumé d'Alfonso und Estrella de Schubert (autre chef-d'œuvre qui se prête très bien), bien sûr ses extraits de Fidelio et même, dans un genre plus étrange, de Carmen


Aussi, lorsqu'on annonça chez Coviello la parution de ce Ring pour début novembre, j'étais sur des chardons herbants : enfin quelqu'un qui ne bidouillerait pas des cadences d'étudiant de première année à la fin de grandes pièces modulantes et incertaines (à la fin de la Marche Funèbre pour Siegfried en concert, c'est parfois terrifiant) ! On pouvait aussi espérer l'inclusion expressive des parties vocales (ce qui est assez rarement le cas), et surtout des passages un peu moins courus sur ces deux CDs — le meilleur disque d'extraits entendu à ce jour, celui exploitant le cycle arrangé par Henk de Vlieger dans son interprétation par Lawrence Renes avec l'Orchestre Royal de Suède, paru il y a un an chez BIS, quoique très réussi, se limite un peu à l'enchaînement des moments orchestraux de bravoure, des grands préludes et interludes… cela ne rend pas vraiment compte de la force de la musique de Wagner, qui se construit dans la continuité et les récurrences discrètes (les arrangements de Gergely Matuz, malgré leur limite en ampleur, ont une tout autre allure !).

Le résultat est un peu décevant : là aussi, malgré les deux disques, essentiellement une enfilade de moments de bravoure, des moments extraordinaires en contexte, mais dont on ne présente le plus souvent que la partie finale — qui aurait idée de faire un disque Mahler à partir des cinq dernières minutes des mouvements vifs de chaque symphonie ?

La réduction en elle-même ne consiste qu'en un allègement de l'orchestration, il n'y a rien de neuf à entendre de ce côté-là.

En revanche, une partie des extraits de Rheingold sont rarement donnés en instrumental, et très bien réalisés (la danse des Filles du Rhin, en particulier, fonctionne remarquablement), c'est ce qu'il faut écouter, et fait que le CD mérite tout de même d'être entendu.

Extraits disponibles là.

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Au passage, l'orchestre dirigé par Daniel Klajner, la Nordwestdeutsche Philharmonie, est située à Herford, en Westphalie. Une fois de plus, on ne peut qu'être abasourdi : dans à peu près n'importe quelle nation non germanique (France incluse), cet orchestre serait l'un des meilleurs du pays. Or, Herford est une ville de 65000 habitants, légèrement plus peuplée que la Frankfurt de l'Oder dont on parlait il n'y a pas si longtemps ; c'est-à-dire une ville de la taille de Mérignac, Antony, Drancy, Bourges, Colmar ou Quimper ! Elle ne fait même pas partie des 30 ou 40 villes les plus peuplées de son Land (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
Contrairement à celui de Frankfurt (Oder) ou à la Philharmonie Robert Schumann de Chemnitz, aux Duisburger Philharmoniker (villes beaucoup plus grandes, mais peu connues à l'international pour leurs orchestres), la Nordwestdeutsche Philharmonie n'a pas forcément de signature sonore singulière, mais le niveau général et la beauté du rendu forcent le respect, incontestablement. Autre raison de s'émerveiller en écoutant ce disque.


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David Le Marrec


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