Carnets sur sol

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Quelques pistes discographiques avec Christian Gerhaher


La restitution du Carnets sur sol intégral prend du temps, aussi bien du côté de la réactivation chez Free (un dossier est nécessaire, beaucoup d'interventions de ma part sur l'interface, sans parler des délais de traitement) que de la remise en ligne des contenus… Aussi, dans l'attente, manière d'alimenter un peu ce nouvel espace assez vide, et tandis que des notules un peu plus ambitieuses, sont en préparation, un petit parcours du côté de Christian Gerhaher, l'un des très rares liedersänger à pouvoir remplir les salles sur ses mérites non opératiques (qui, à part Goerne, aujourd'hui ?). [Posté à l'origine sur AMC.]

Ce qui est extraordinaire, chez Gerhaher, c'est que l'élocution très articulée ne regarde jamais vers la préciosité : la voix et l'expression demeurent très directes, presque brutes par certains aspects. C'est cette simplicité (pas d'abus de couverture non plus, régulièrement des [a] ouverts) qui en fait l'un des plus grands artistes de notre temps.

Au sommet, on trouve ses Schumann: cycle Eichendorff, Dichterliebe, Scènes de Faust (deux versions au disque : Harnoncourt et Harding, et énormément de témoignages radio)…

Miraculeux Wolfram… je crois que je n'ai jamais entendu mieux, c'est encore un cran au-dessus de DFD, Mattei et quelques autres immenses titulaires. À la fois mordant, poétique et dit à la perfection. Dans la version Janowski récemment parue, l'alliance avec les chœurs transparents, fervents et glorieux de la Radio de Berlin (ex-Est) rend l'acte III à peine soutenable d'intensité.

À cela il faut ajouter le disque d'airs rares allemands, une tuerie : que de très belles choses, et là aussi dans une voix et un frémissement extraordinaire. Son Froila (Alfonso und Estrella) tient du miracle, alors même que la concurrence est sévère : Fischer-Dieskau, Hampson, Werba !

Tout autant hors des sentiers battus, même si les plus grands l'ont pratiqué (Fischer-Dieskau, Bär, Le Roux, Tüller, Eröd…), il a fait le merveilleux Notturno de Schoeck.

Et puis son Posa inattendu (version en quatre actes à Toulouse, en 2013) — ne forçant jamais son naturel, mais j'étais très étonné d'entendre un italien aussi bien sonnant (alors que je ne l'ai jamais entendu chanter autre chose que de l'allemand, à cette exception près).
Preuve supplémentaire, au passage, de la perfection technique absolue de cette voix : toutes les voyelles sont riches et solides, toutes les couleurs disponibles, du grave râpeux (jamais tubé) à la voix mixte, et bien sûr un excellent ilegato/i, une excellente extension aiguë, qu'elle soit couverte ou mixée…

Ses Schubert au disque (Arte Nova à l'origine, puis RCA, puis Sony) témoignent malheureusement de ses débuts, où la voix est légèrement nasale et surtout où l'expression est beaucoup plus lisse… aujourd'hui, non seulement l'expression est considérablement plus fouillée et juste (sans jamais être dans le commentaire comme Fischer-Dieskau ou dans l'esthétisme comme Goerne, vraiment une expression directe), mais même la matière vocale s'est améliorée. Je guette la prochaine diffusion radio de sa Meunière, au printemps, pour m'en graver une version de référence.
Il n'empêche, ses trois cycles restent très beaux.

Pour ne rien gâter, son accompagnateur attitré, Gerold Huber, est un très beau pianiste, élégant et expressif, avec un assez beau son…

Vraiment, le coffret Sony qui regroupe la plupart des albums de lieder et d'airs d'opéra est une aubaine.

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Dans un genre un peu comparable (mais sensiblement moins typé), si on aime Gerhaher dans le lied, on peut aller écouter Stephan Genz, Adrian Eröd (pas très phonogénique malheureusement, et son Winterreise chez Gramola n'est pas fabuleux, mais s'il y a d'autres choses qui paraissent…) ou Niklaus Tüller, dont les qualités de voix bien droite et d'expression sans afféterie sont assez proches.


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Commentaires

1. Le mercredi 19 novembre 2014 à , par Palimpseste

J'ai son ISchwanengesang/I chez Arte Nova. Très beau, en effet.

2. Le mercredi 19 novembre 2014 à , par Kna

Leur "Des Fischers Liebesglück" (D.933) est une des plus belles choses qu'il m’ait été donné d'entendre. D'une pureté...

3. Le mercredi 19 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonjour, tous les deux !

(Oui, désolé, cette fois c'est la syntaxe wiki et pas BBCode…).

Le Schwanengesang est très beau, mais date de la période où les qualités ne sont pas pleinement épanouies : la voix comme l'expression devient bien, bien supérieure dans tous les disques suivants. S'il n'y avait que ses trois premiers cycles, ce serait un excellent chanteur parmi d'autres, alors qu'on peut carrément, à l'aune en particulier de ses Schumann, le considérer comme l'un des quelques Princes du genre, quelle que soit la période de l'histoire du disque.

Effectivement, « Des Fischers Liebesglück » (album Abendlieber) est une merveille qui met très bien en évidence ses qualités de phrasé (ses a droits et ouverts, par exemple !). Tranchant comme un diamant, effectivement — mais un diamant confortable comme un grand fauteuil.

4. Le mercredi 19 novembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Kna me signale cette chaîne DailyMotion qui propose notamment le Don Carlo de Toulouse, l'un de ses Faust les plus aboutis, et surtout les cycles Schubert donnés à Londres !

http://www.dailymotion.com/relevance/user/ahperfido/search/gerhaher/1

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