Carnets sur sol

   Nouveautés disco & commentaires | INDEX (partiel) des notules | Agenda des concerts & comptes-rendus


Ennemi du bien


Le discours d'inauguration du Musée de l'Histoire de l'Immigration révèle que, décidément, les notions d'histoire (et d'orthographe), même chez les professionnels de la parole supposément les plus aguerris… se perdent.

Non seulement il n'y a plus de saisons, mais en plus tout fiche le camp.

La présence de personnes étrangères a toujours suscité à toutes les époques de l’inquiétude, de la peur, de l’appréhension, surtout quand aux différences de langue, de culture, s’ajoutent des différences de couleur et de religion. Il y a toujours eu des démagogues, pour les attiser, pour utiliser les manquements aux règles communes - qu’il faut déplorer, pour justifier le rejet et démontrer qu’il y en a qui ne s’assimileront jamais. L’exploitation des questions migratoires jusqu’à la tragédie, n’est donc en rien une nouveauté et c’est ce que montre la recherche historique.

Dès août 1893, à Aigues-Mortes, des Français excités par d’absurdes rumeurs, avaient massacré des travailleurs italiens, parce qu’ils venaient prendre des emplois, occuper des villages et finalement mettre en cause les équilibres de telle ou telle famille. Puis la boue antisémite s’est déversée lors de l’affaire DREYFUS.

Certes, dans le discours lui-même, ça s'articule relativement clairement — à condition d'ignorer le « surtout », qui suppose que les différences de religion se rapportent aux étrangers.
Mais prononcer ça pour introduire le musée de l'Immigration, en sous-entendant (involontairement, bien sûr) qu'être juif, c'est venir d'ailleurs que de chez nous, alors que c'était censé, je suppose, exalter la nostalgie de la gauche juste… comment est-il possible de laisser passer des maladresses aussi énormes, dans un discours aussi officiel, où l'on peut potentiellement embaucher les meilleures plumes de l'Univers ?

Les amateurs d'orthographe apprécieront aussi le « quand à », reproduit fidèlement sur la page officielle de la Présidence.

C'est un peu fort de présenter Dreyfus (né en Alsace en 1859) comme un métèque quand on piétine soi-même la langue de la Patrie.

Non seulement les jeunes n'ont plus de respect, mais en plus personne ne sait plus parler français.


--

Autres notules

Index classé (partiel) de Carnets sur sol.

--

Trackbacks

Aucun rétrolien.

Pour proposer un rétrolien sur ce billet : http://operacritiques.online.fr/css/tb.php?id=2589

Commentaires

1. Le samedi 20 décembre 2014 à , par Faust

Effectivement, ce n'est pas brillant !

2. Le dimanche 21 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

En coulisse, remarque avisée de Georg Friedrich : en réalité, il manque simplement une virgule après quand.

Et, de fait, si on récrit avec quant à, la syntaxe est bancale, il manque un sujet au second verbe. Ce n'était donc qu'une virgule, ce qui est beaucoup plus facile à laisser passer en effet. [Pour le sens des deux paragraphes en revanche, on n'a pas encore trouvé de solution…]

3. Le dimanche 21 décembre 2014 à , par Faust

S'il n'y avait que les erreurs de syntaxe que vous relevez ! Mais, hélas, il y a bien pire. Vous voulez un exemple ?

" Je ferai donc en sorte dans les prochains Conseils européens de clarifier cette notion de travailleur détaché et d'éviter tous les abus. "

La notion en question est définie depuis longtemps. Pour la changer, il faudrait l'accord des autres Etats de l'Union européenne ... Mais, on a oublié que nous n'étions plus seuls à décider depuis fort longtemps ... Sauf erreur de ma part, ces questions nécessitent l'unanimité des Etats membres ...

La question qui se pose est plutôt celle de l'application concrète des règles en question. Il s'agit de salariés d'autres Etats membres détachés par leur employeur pour travailler en France. La question est de savoir si on leur applique le droit social de leur pays d'origine ou celui du pays d'accueil.

Contrairement à ce qui est indiqué, c'est une question plutôt nationale puisqu'il s'agit de contrôler la bonne application de règles communautaires. Limiter les principaux abus serait déjà pas mal ! Mais, on ne recule devant rien : on les évitera tous !

Vous allez me dire que je m'éloigne de l'objet de CSS ? Pas autant que cela ! Lorsqu'un festival ou un organisateur de concerts fait venir des musiciens d'un autre Etat membre, la question du tarif auquel ils sont payés et de leurs couvertures sociales se pose également. Il est probable que vous avez assisté - tout comme moi ! - à des concerts où l'organisateur avait " oublié " d'appliquer à ces musiciens les règles impératives qui s'appliquent en France et qui sont, généralement, plus favorables - et donc plus coûteuses - que celles en vigueur dans leur pays d'origine.

4. Le dimanche 21 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Oui, bien sûr, mais ce type de volontarisme creux est la norme dans les campagnes électorales et les déclarations politiques de tous les pays démocratiques (dans les autres l'enjeu est moindre, mais ce n'est pas pour autant qu'on ne le fait pas, il suffit de lire les déclarations…).

Chaque prétendant à la présidence promet, à chaque fois, qu'il « mettra à genoux nos amis européens » en les alignant sur notre intérêt personnel à court terme. Tout ce qui commence par « je renégocierai » ou « je ferai adopter » est du vent destiné à remplir d'aise les songe-creux.

(Effectivement, lorsqu'on embauche un chœur par exemple, il est très favorable de basculer dans un autre système de couverture sociale…)

5. Le mercredi 24 décembre 2014 à , par Diablotin :: site

C'est surtout que la phrase est mal rythmée telle qu'elle se présente. Je l'aurais pour ma part rédigée ainsi :
"...surtout quand aux différences de langue et de culture s’ajoutent des différences de couleur et de religion." Sans aucune virgule, donc : elles-ci ne manquent pas, il y en a trop ;-)
Quant à Dreyfus, c'est plus compliqué et pas totalement un contre-sens, l'Affaire s'est déroulée dans un contexte à la foi d'antisémitisme et d'hostilité face au voisin allemand : en tant qu'alsacien -l'Alsace était rattachée au Reich à ce moment-là, même si pas à sa naissance-, il apparaissait bien à la fois comme l'incarnation du "juif" et du "boche" dans une certaine littérature de l'époque.
Cela étant, je vais porter derechef ma candidature au poste de rédacteur de discours présidentiel !!!

6. Le mercredi 24 décembre 2014 à , par Diablotin :: site

fois et pas foi : moi aussi, je suis dyslexique du clavier :-D !!!

7. Le mercredi 24 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Et voilà, on se croit meilleur que les professionnels, hein, et on se prend les pieds dans le tapis.


Quant à Dreyfus, c'est plus compliqué et pas totalement un contre-sens, l'Affaire s'est déroulée dans un contexte à la foi d'antisémitisme et d'hostilité face au voisin allemand : en tant qu'alsacien -l'Alsace était rattachée au Reich à ce moment-là, même si pas à sa naissance-, il apparaissait bien à la fois comme l'incarnation du "juif" et du "boche" dans une certaine littérature de l'époque.

… sans compter que le juif était lui-même vu dans cette presse-là comme l'ennemi (héréditaire) de l'intérieur, qui sapait la Nation en prétendant y appartenir.

Mais ce qui est gênant, c'est que la logique de ces paragraphes présente Dreyfus, sans plus d'exégèse, comme s'il était réellement un immigré. L'articulation entre culture fantasmée et immigration n'est pas du tout faite.

Sans parler du fait que limiter les exemples célèbres d'immigration (deux dans cette partie du discours) à des gens qui ne sont pas des immigrés n'est pas exactement le comble de la clarté méthodologique.

Après, ce n'est pas très grave, personne n'écoute vraiment ce qui se dit là-dedans ; et ceux qui le font, par passion ou par profession, sont sûrement assez informés pour rétablir ce qui voulait être dit en lieu et place de ce qui fut dit…
Néanmoins, je reste étonné qu'on puisse, sur un sujet aussi vite urticant chez nous, laisser passer des maladresses de ce genre. [J'aimerais pouvoir me dire que c'est parce qu'ils se consacrent avant tout à agir…]

8. Le jeudi 25 décembre 2014 à , par Faust

Je vois que la discussion se poursuit avec passion !

Disons que là où l'on se serait attendu à disposer d'un " grand " discours présidentiel - au-dessus des débats partisans -, on n'aura eu droit qu'à un discours manifestement rédigé à partir de fiches transmises de plusieurs sources et assez mal articulées entre elles. La manière dont l'affaire Dreyfus est mentionnée est à la fois maladroite et indigne. Je présume que dans l'assistance, il devait y avoir pas mal d'historiens qui ont dû sursauter en entendant cela ! En outre , - si j'ai bien lu - ce n'est pas la seule partie contestable du discours ...

Concernant mon modeste aparté sur le détachement communautaire, il me semble que celui qui a prononcé le discours n'est plus candidat ...

9. Le vendredi 26 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Oui, c'est exactement ça, on dirait une concrétion de figures obligées, articulées de façon assez paresseuse (pour rester gentil)…

Après, très honnêtement, si j'étais discouriste, je me lasserais de fignoler du rien — en plus, on ne peut pas dire que le destinataire ait l'étoffe des grands orateurs pour camoufler ledit vide…

10. Le lundi 29 décembre 2014 à , par Faust

Je n'en crois rien ! Si vous étiez - comme vous dites - " discouriste ", vous passeriez votre temps à fignoler les projets de discours !

11. Le lundi 29 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Par nécessité, sûrement. Mais avec leurs diplômes, leurs compétences et leurs réseaux, ils pourraient trouver plus exaltant comme métier qu'emballer du vide ! En plus ce n'est même pas pour la gloire, on fait tout pour ne pas les créditer…

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte.
Vous pouvez en revanche employer la syntaxe BBcode.

.
David Le Marrec

Bienvenue !

Cet aimable bac
à sable accueille
divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées
en séries.

Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées. N'hésitez pas à réclamer.



Invitations à lire :

1 => L'italianisme dans la France baroque
2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




Recueil de notes :
Diaire sur sol


Musique, domaine public

Les astuces de CSS

Répertoire des contributions (index)


Mentions légales

Tribune libre

Contact

Liens


Chapitres

Archives

Calendrier

« décembre 2014 »
lunmarmerjeuvensamdim
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031