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Concerts symphoniques et spectacles lyriques : la nouvelle offre vidéo


Le disque

… quel Âge d'or nous vivons… il n'a jamais paru autant de disques, couvrant autant de répertoire, à des prix aussi bas. Plus la mode des coffrets, très avantageux pour le mélomane débutant qui veut se constituer une collection de qualité sans se ruiner tout de suite, ou pour le mélomane confirmé qui peut ainsi accéder à des legs exhaustifs. Seul domaine sur lequel on a perdu, les notices : très souvent, il n'y en a quasiment plus… et même pas le texte des opéras, même lorsqu'on les achète en séparé. Un problème pour tous ceux qui veulent débuter.

Ces largesses constituent sans doute aussi le symptôme d'une fin de cycle, car la braderie du fonds de répertoire va limiter les ventes à haute marge à quelques nouveautés… et on vend trop peu en classique pour compter gagner de petites marges sur de grands nombres. Mais pour l'heure, profitons-en.

La vidéo

Dans le même temps, alors qu'il y a dix ans un témoignage vidéo (presque une VHS…) était en soi un événement, aujourd'hui l'on croule sous les vidéodiffusions gratuites (qui s'ajoute à l'offre désormais très riche, parfois plus qu'en disque, au DVD) :

  • comme autrefois des chaînes hertziennes, câblées, satellitaires, subaquatiques et infratelluriques ;
  • de plates-formes web, adossées ou non à des chaînes standards (Medici.tv, Arte Concert, CultureBox) ;
  • des salles et institutions (Philharmonie de Berlin – payante pour partie –, Philharmonie de Paris, le Concours Reine Élisabeth, La Monnaie de Bruxelles…) ;
  • c'est plus fragmentaire (ou artisanal) pour les orchestres et artistes isolés, mais ce pourrait aussi se généraliser (et se professionnaliser, comme pour les fantastiques clips d'Anderson & Roe).


Ce sont des vitrines de prestige qui ne coûte pas forcément très cher et donnent une visibilité aux spectacles. La Monnaie, ainsi, donne accès gratuit à tous ses spectacles (il faut simplement s'inscrire) sur une durée courte, plus ou moins au moment de la production elle-même.

La qualité des offres est diverse :

Medici semble moins à la pointe désormais, plutôt assis sur son stock (il faut dire que c'est probablement sans les mêmes subventions que les chaînes publiques…).

Arte Concert documente quantité de choses, sans que la cohérence ou la clairvoyance des choix apparaisse toujours avec évidence (beaucoup de concerts symphonique franco-allemand, dans des programmes un peu dépareillés… mais aussi de belles initiatives, comme la documentation de concours, Armel Opera tous les ans désormais), ni la différence entre sélection télé et sélection web.

La Monnaie n'est pas très facile d'accès (inscription nécessaire, puis il faut naviguer dans plein d'autres contenus en lien avec la production, très intéressants d'ailleurs), mais vu l'intérêt de sa programmation, il s'agit d'une étape indispensable pour le mélomane curieux. C'est aussi l'occasion (unique, je crois) d'assister à la totalité de la programmation d'une maison (sauf à se déplacer pour chaque spectacle, bien sûr).

La Philharmonie de Paris, peut-être est-ce lié à une volonté de communication pour son inauguration, retransmet quasiment tout des orchestres résidents et associés, ce qui est fascinant pour suivre la continuité d'une programmation — et contrairement à Berlin, tout est gratuit.

CultureBox, au départ simple annexette culture de France Télévisions (et dans un codage impossible, accessible seulement d'Internet Explorer !), est devenue la source la plus clairvoyante de spectacles lyriques, avec une adresse claire qui regroupe tout : http://culturebox.francetvinfo.fr/live/musique/opera/. Le principe est manifestement de documenter tout ce qui se fait d'important ou d'original en France, voire dans les pays voisins (partenariat avec Liège, par exemple). On peut aussi bien y voir des événements grand public (L'Enlèvement au Serail à Garnier, Luisa Miller à Liège avec Ciofi et Kunde, Les Brigands à Favart, Tosca à Paris Bastille…), que des choses plus audacieuses (Les Festes Vénitiennes de Campra, récital de mélodies Ropartz-Boulanger-V.Williams-Britten, les opéra des Rachmaninov à Nancy, Doctor Atomic d'Adams à Strasbourg, la création de Colomba de Petit à Marseille)… ou tout simplement des choix avisés sur les choses qu'il aurait fallu aller voir (L'Étoile virtuose de Pelly à Amsterdam, Dido and Aeneas hallucinant à Rouen…).
Avantage décisif sur ses concurrents, désormais les sous-titres sont systématiques pour les opéras en langue étrangère, même pour des œuvres rares et sous droits comme Francesca da Rimini de Rachmaninov ou Doctor Atomic d'Adams.

Et vu que ces captations émanent d'organisations officielles, tant qu'elles font un chiffre raisonnable et permettent un rayonnement publicitaire, il n'y a pas de raison qu'elles cessent dans un futur proche. Une manne, vraiment — on peine à toutes les repérer et ensuite à toutes les visionner…

En ce moment

Justement, puisqu'on en parle : en ce moment, le diptyque Rachmaninov de Nancy (avec sous-titres !) et la Médée de Charpentier à Bâle sont disponibles. Je ne crois pas qu'il existe de version DVD de Francesca da Rimini, et quant à Médée, c'est l'occasion d'entendre La Cetra (l'ensemble baroque de Bâle) et Andrea Mardon jouer du répertoire français. Le Prologue (de toute façon très inférieur, même musicalement, au reste – et sans grand intérêt dramatique, vraiment de l'œuvre de circonstance sans effets littéraires particuliers) est coupé, mais l'on peut entendre cette œuvre dans une nouvelle couleur… et la distribution est splendide : Magdalena Kožená, Médée dans un superbe français, et dont le timbre et la déclamation retrouvent un éclat qu'elle avait un peu perdu ces dernières années ; Meike Hartmann, magnifique Créüse, ronde mais non dépourvue d'incisivité ; et Anders J. Dahlin, habitué du rôle qui sied parfaitement à sa personnalité vocale. Tous sont de plus de très bons acteurs, habilement sollicités par la mise en scène actualisée mais complètement lisible (allant vraiment à l'essentiel des rôles au lieu de s'amuser de gadgets importés) de Nicolas Brieger.

Disponibles encore pour quelques mois. Profitez-en, après l'Âge d'or vient nécessairement la décadence.


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Commentaires

1. Le samedi 21 février 2015 à , par Paulette

Je dois avoir des super-pouvoirs sans m'en rendre compte, car j'ai toujours pu visionner les vidéos de la Monnaie sans m'inscrire m'être jamais inscrite... Il y a certes un petit pop-in à un moment qui propose de s'inscrire à la newletter, mais il suffit de le fermer et on peut lancer la lecture sans problème (bon, pour Tamerlano, pas en ce moment, en raison d'un problème technique - mais pour Alcina ça marche comme sur des roulettes)

2. Le dimanche 22 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Paulette,

En tout cas, en ce qui me concerne, lorsque je me suis inscrit, les contenus de MyMM n'étaient pas accessibles publiquement. Mais c'était il y a quelques années déjà, ils ont peut-être changé leur ergonomie en même temps qu'ils généralisaient leurs diffusions… La dernière fois pour moi, c'était leur Pelléas, et je ne pourrais plus dire si j'ai dû entrer dans mon compte ou pas (d'autant qu'il était peut-être resté ouvert…).

Mais tant mieux, c'est d'autant plus susceptible d'être visionné, dans ce cas.

3. Le lundi 23 février 2015 à , par Diablotin :: site

Pour ce qui concerne les disques, tu as parfaitement raison en un sens... Il me semble cependant que l'âge d'or du disque est un peu derrière nous désormais -je situerai cet âge d'or à la fin des années 90 pour ma part- : depuis cette date, la politique éditoriale de ce qui reste des Majors est limitée à la promotion de quelques artistes-maison à travers des récitals aux noms plus ou moins exotiques, le fond de catalogue étant si énorme en "versions de référence" qu'une x-ième version, sauf qualité exceptionnelle, aurait très peu de probabilité d'être très vendue -vendre des disques, ça reste malgré tout leur boulot-. Quant aux plus petites compagnies, elles sont généralement limitées à des marchés de niche pour amateurs pointus et exigeants, en quête de nouveaux répertoires.
Pour l'acheteur, néanmoins, c'est en effet du pain béni : le disque n'a jamais été aussi peu cher qu'aujourd'hui dans le monde de la musique classique, en effet, et contrairement à une légende urbaine trop largement répandue ! Quand on sait qu'avec un peu d'attente, les très gros coffrets sont bradés après quelques mois, c'est carrément Byzance !!! En Pop-Rock, qui t'intéresse beaucoup moins, voire pas du tout, je crois, c'est différent, les nouveautés sont, évidemment, neuves :-) et donc chères. Mais même les rééditions sont à des prix honteusement élevées, sous prétexte de remastering, de bonus inédits ou de matériel complémentaire d'intérêt musical très limité... Et cela représente plus de 90% du marché, malgré tout... Evidemment, les jeunes téléchargent plutôt que d'acheter à ces tarifs prohibitifs -et c'est leur mode de consommation de la musique qui a totalement évolué, à dire vrai-, d'où le sentiment de "crise du disque".

4. Le lundi 23 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Ah, pour les majors, assurément, l'âge d'or est déjà lointain, sauf pour l'acheteur. Mais justement, dans cet interstice ont fleuri quantité de petits labels, aux choix éditoriaux (CPO, Timpani, Hyperion, Atma…) et aux prises de son (Centaur, Saphir, Orchid…) parfois de tout premier plan.

On n'a jamais eu autant de répertoire couvert et dans autant de versions, c'est ce que je voulais dire par là.


En Pop-Rock, qui t'intéresse beaucoup moins, voire pas du tout, je crois,

Mais non, mais non ! Sensiblement moins, c'est certain, si on compare les quantités écoutées… mais j'en écoute tout de même, et j'aime passionnément certaines choses.

Mais comme il n'y a rien de libre de droits et très souvent qu'une seule interprétation (les reprises sont en général des re-compositions, de toute façon), c'est sûr que l'effet de monopole y est très fort… d'autant que contrairement au classique, les effets de masse permettent de dégager tout de suite des bénéfices. Sans parler de l'effet d'idolâtrie, là aussi sans commune mesure avec les interprètes à la mode…

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