Carnets sur sol

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mercredi 27 janvier 2016

L'hommage officiel à Pierre Boulez


Il est difficile de réussir un hommage : concert trop banal, trop cérémonieux, trop disparate, trop encombré… il est à peu près impossible de trouver le ton juste.

Je crois que la Philharmonie a réussi le sien à Pierre Boulez (hier), en illustrant par-dessus le marché la vocation modulable de la salle : projections vidéo, effets d'amplification életroniques, et l'on passe en revue toutes les configurations de la musique de chambre solo au très grand orchestre aux bois par 4 (et même 5 pour les clarinettes !) avec un seul précipité, rendu indolore par une vidéo qui fait écrouler la salle de rire.

Tous les grands prêtres (Tasca, Hamard, Madlener, Mantovani, Pintscher, Boutry, Bayle) sont là pour lire ses écrits (pas très bien choisis, surtout des propos vagues et abstraits, pas ce qui faisait sa singularité), et tout le monde y a mis du sien (témoin Paavo Järvi qui, à en juger par son répertoire habituel et les plis de sa partition, a dû découvrir la Septième Notation dans l'avion), mais surtout :

¶ le programme était formidable, et contenait toutes les œuvres que je voulais entendre au concert (Dialogue de l'ombre double, Notations, Dérives 1, Initiale, Pli selon pli – en bonus Messagesquisse, dont je n'ai que faire, mais qui est généralement apprécié du public) ; j'ai fait en une soirée le tour des pièces de Boulez que je voulais entendre dans une vie ;

¶ les premiers sons diffusés étaient certes amusants : tous ces éloges contradictoires, on m'aurait demandé de deviner de qui il s'agissait, j'aurais sans doute osé… Jésus. Quelle ironie de nommer « dernier des romantiques » cet ennemi du sentiment (cela dit, sur le plan de l'idéal du compositeur, Boulez est en effet dans la droite ligne de l'autonomie absolue née du romantisme), et surtout de le comparer à De Gaulle, lui qui a fui la France après avoir signé le Manifeste des 121 !  
Mais la soirée n'était pas du tout dans le ton de l'hagiographie : les vidéos d'archives n'étaient pas du tout représentatives de l'art de Boulez, mais privilégiaient l'anecdote, comme Pousseur l'interrogeant sur l'origine de son patronyme et l'incitant à sortir une vanne sur Leibowitz (« comme une échelle d'avion, utile au décollage, mais certainement pas pour voler »), comme ces extraits de ballet pop-psychédélique sur Le Marteau sans maître, comme ce cours de direction où la dimension goguenarde du personnage, sans doute autoritaire, mais toujours le sourire aux lèvres, prêt à croquer le bon mot, le bon geste. Tout le monde rit de bon cœur dans la salle : s'il y a bien une belle façon d'être célébré !

Au demeurant, la soirée insiste très peu sur son rôle de directeur d'institutions, de compositeur pionnier, et même de chef ou d'initiateur de la Cité-Philharmonie. On fait entendre des pensées (pas forcément originales ou profondes) du pédagogue, on laisse entendre ses œuvres les plus accessibles, et on rend justice à l'auguste homme public (au sens de nez-rouge). Comme je l'ai dit à mon tour, c'est là pour moi l'essentiel de Pierre Boulez, l'animateur, l'agitateur, le rigolo de service – non pas qu'il n'ait pas été le reste, mais c'est l'image qu'il impose à chaque apparition… il était peut-être prétentieux ou tyrannique, je ne peux pas en juger, mais il était à coup sûr très drôle.

Je trouve particulièrement clairvoyant et courageux, au lieu d'en faire un saint, un objet de débat, ou de prétendre qu'il soit plus grand compositeur qu'il a été, de valoriser cette simple réalité vivifiante de quelqu'un qui croquait (à tous les sens) l'instant avec une telle acuité rigolarde.

Un enterrement où tout le monde se tient les côtes, numéro 2 sur ma liste de souhaits post mortem (après la paix dans le monde, hein – je tiens à ne pas me laisser distancer dans la course pour Miss France 2017).

Malgré la gratuité du concert, quasiment tout le monde est venu (pas de trous, restent seulement quelques mauvaises places vacantes), et pas de départs pendant plus de deux heures sans entracte – vœu n°3.

Pour le reste (parcours, impact, œuvres, legs), je renvoie à la notule rétrospective qui pointe elle-même vers toutes les notules boulézisantes de Carnets sur sol.

Guerdon


Il me reste une place pour le concert de ce soir à la Philharmonie (Cinquième de Bruckner par Paavo Järvi, Concerto n°24 de Mozart par Lars Vogt). Offerte à tout lecteur qui se manifeste.

N.B. : On pourra vous demander, le cas échéant, d'attester de votre lecture régulière par serment inviolable – le pinky swear pourra être requis.


David Le Marrec

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