Carnets sur sol

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lundi 25 avril 2016

Pourquoi l'on aime la musique – Adophe ADAM, recréation du Farfadet


Adolphe ADAM – Le Farfadet – Académie des Frivolités Parisiennes

Découverte du petit Théâtre Trévise, où les Frivolités Parisiennes, admirées pour Bazan, donnaient l'un des meilleurs Adam, Le Farfadet, courte variation comique en un acte (et deux tableaux) sur la mode des demeures hantées et des créatures fantastiques.

Il s'agit bien évidemment, genre oblige, d'un mariage contre le gré des amants, qui se résout heureusement, comme dans La Dame blanche ou Dinorah, par l'intervention de faux événements merveilleux.
La partition culmine dans deux grands ensembles du niveau des grandes œuvres sérieuses : le quatuor de l'orage à la fin du premier tableau, et le quatuor du moulin, où celui-ci s'anime mystérieusement durant la nuit qui précède les noces.

On en trouve une version (avec Lina Dachary, et le formidable Joseph Peyron en bailli) captée par la RTF en 1970 – direction Robert Benedetti. Sans dialogues, mais cela permet de se faire une idée assez précise de l'œuvre, d'autant que les rôles sont bien dits.

Avec des moyens réduits (très peu de décor), les Frivolités parviennent à donner une représentation très complète : alors qu'il s'agit de jeunes chanteurs promus par l'association, leur fine préparation leur permet de tenir sur leurs épaules le spectacle en permanence, jusque dans les dialogues, très habités. Par ailleurs, ils chantent très bien, dans un style tout à fait adéquat.
Et, à nouveau, très impressionné par l'Orchestre des Frivolités Parisiennes : techniquement immaculé (de véritables professionnels très aguerris et convaincus, pas du tout un orchestre de cacheton !), et parcouru d'un enthousiasme très audible, un excellent orchestre, vraiment – ça change des grandes salles où le Concertgebouw ou Saint-Pétersbourg roupillent en jouant le Sacre du Printemps.

Dans le tout petit Théâtre Trévise (un seul balcon, très bas), je me fais, exactement comme pour Don César de Bazan (Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec le même orchestre) la réflexion suivante : c'est ça, l'émotion musicale, percevoir le grain des instruments, le détail des inflexions des chanteurs. Ce n'est pas chercher la vaine perfection dans des hangars où l'on ne perçoit que la moitié des choses, en courant toujours vers la mise en place parfaite des mêmes œuvres les plus difficiles… Bien sûr, le lendemain dans la salle égyptienne de l'ancien Conservatoire, et le surlendemain à l'arrière-scène de la Philharmonie, je me suis également régalé, mais il y a dans cette proximité sèche une forme de vérité, d'immédiateté de la musique, sans cérémonies, sans initiation, qui accède comme à un niveau supérieur.



Accompagner Zemlinsky


CNSM – Lieder de Zemlinsky – Classe d'accompagnement vocal d'Anne Le Bozec

Autre initiative du CNSM, la même semaine, pour un concert encore une fois gratuit, un récital tout Zemlinsky organisé par la grande Anne Le Bozec. Faute d'une présentation claire, j'ai pu retrouver l'identité des quelques chanteurs que je n'avais pas vus, mais pas celle des accompagnateurs, dont peu m'étaient familiers ; je ne pourrai donc pas leur rendre justice, pardon d'avance…

Présenter les lieder en groupes était très judicieux, mais créditer individuellement les chanteurs aurait été mieux. Et, surtout, même si je conçois très bien que la maison ne peut pas offrir les textes bilingues, laisser un minimum de lumière pour ceux qui les ont apportés !  Le lied sans le texte, c'est facilement la moitié du plaisir en moins, ce qui est toujours dommage, même quand c'est réussi comme ce soir-là.

Je ne suis pas fanatique des lieder de Zemlinsky en général, ni vraiment mélodiques, ni vraiment audacieux, et ceux présentés, à une exception près, ne figurent pas parmi mes chouchous. Néanmoins, quel privilège de pouvoir ainsi s'immerger, en salle, dans un univers tellement peu pratiqué (et de qualité) ! 

Chaque chanteur avait deux lieder à interpréter, répartis en groupes plus ou moins par type (celui des bereuses, par exemple) ; cette petite charge de travail leur a sans doute permis d'en préparer les détails au plus près, car l'allemand était (sans être expressif comme les grands liedersänger, bien sûr) très valable, et l'ensemble convaincant – à une exception près dont je ne parlerai pas (d'une part parce que ce sont des manifestations d'étudiants destinées à les aguerrir, pas des concerts payants ; d'autre part parce que je l'ai toujours beaucoup aimée jusqu'ici et qu'il n'y a aucune raison de lui faire cette mauvaise publicité).

La soirée culminait avec Wandl' ich im Wald des Abends, d'après Heine, le plus beau lied de la soirée interprété par le plus joli gosier du monde, Cécile Madelin : elle évoque tout particulièrement la jeune Agnès Mellon, une grande franchise verbale sur une voix claire et mélodieuse… un enchantement. Sa dispute d'Atys, donnée en récital plus tôt dans la saison, était d'ailleurs une merveille (très différente dans l'expression de celle de Mellon, au demeurant : tout sauf une copie !).

Je ne les ai pas tous aimés (quelques voix m'ont paru inutilement épaisses, ou pourvu d'un « jeu » excessif pour des vingtenaires), mais j'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la belle assurance de Guilhem Worms (avec l'accompagnement passionnant d'Adriano Spampanato, si le programme est exact), le fausset rond et ample de Paul-Antoine Benos (vraiment glorieux, ses Stances du Cid étaient formidables aussi, une sorte d'Esswood sous amphéts…).

Apprécié également Aliénor Feix (mezzo) et Kaelig Boché (ténor), probes au meilleur sens du terme : simplicité et efficacité, ce qu'il faut dans du lied (ceux retenus pour Boché étaient en outre meilleurs que les autres).

Très belle initiative, encore une fois !  Pour la prochaine, laissez-nous seulement les lumières si c'est du lied…

Entendre parler la musique


CNSM – Récital de la classe de direction de chant d'Erika Guiomar

Voici sept ans que je parcours les saisons franciliennes… et mon premier récital intégralement consacré au piano !  Il faut dire que les programmes vraiment originaux sont peu ou prou au nombre d'un par an, et qu'ils ne tombent pas toujours au bon moment. Par ailleurs, je trouve la plus-value en concert moindre que pour le chant, l'orchestre, le quatuor…

Il faut dire aussi que les pièces virtuoses habituellement choisies m'ennuient un peu, même lorsqu'elles sont de qualité : mon intérêt est en général déclinant, à densité égale, lorsqu'on habille le tout de gammes, arpèges, et autres ornements aussi ostentatoires que peu substantiels.

Ce concert était donc le choix parfait : la classe de directeur de chant forme les chefs de chant, c'est-à-dire ces pianistes excellents lecteurs qui préparent les chanteurs sans se produire eux-mêmes en concert – sauf si telle star veut son chef de chant pour plus de confort, bien sûr. Au lieu de leur faire accompagner des chanteurs qui leur auraient nécessairement volé la vedette, ils jouent seuls, des transcriptions de pièces symphoniques et surtout lyriques.

Si l'on retrouve quelques classiques comme la paraphrase de Tannhäuser par Lisz et La Valse de Ravel, on y entend aussi des transcriptions moins pratiquées : le Prélude des Gurrelieder (transcrit par l'une des élèves, Lucie Seillet), la réduction pour quatre mains de La Mer de Debussy, de la main du compositeur, es arrangements lisztiens d'Aida, la mort de Thaïs paraphrasée par Saint-Saëns, une paraphrase originale de Faust (Rémi Chaulet), des variations simples sur la Flûte Enchantée, les Danses polovstiennes, une version de l'Ouverture du Barbier de Séville émaillée de faux pains.

Outre l'intérêt de certaines pièces (La Mer ainsi radiographiée, ou la spectaculaire mort de Thaïs), et la beauté de toutes (moins convaincu par le Prélude des Gurrelieder, un peu minimaliste ainsi, presque du Glass bien harmonisé), ce concert était impressionnant par l'audible compréhension des pianistes de ce qu'ils jouaient. Les plans, les équilibres internes, la logique harmonique étaient soudains mis à nus : ces gens plongent au cœur de la musique, et le font entendre. En cela, il existe des gammes sans doute plus égales, des arpèges plus vigoureux (au demeurant, tous d'excellents doigts, vraiment pas le tout-venant des chefs de chant !), mais j'ai rarement entendu des pianistes regarder aussi profondément à l'intérieur de la musique. On ne cherche pas les petites anticipations de basse et autres expédients du virtuose, on appuie simplement les notes qui, dans l'accord, exaltent la tension et la logique de succession. Très impressionnant, passionnant, grisant.

Particulièrement aimé Pierre Thibout (rien qu'en plaquant les accords simples de la marche des pèlerins de Tannhäuser, on entendait la causalité de chaque accord, chacun pourvu d'un relief extraordinaire… on entendait Wagner composer !) et Nicolas Chevereau (judicieusement servi par la superbe paraphrase sur Massenet, d'un véritable niveau de soliste), qui officie régulièrement avec L'Oiseleur des Longchamps – prochain concert le 11 mai, autour des berceuses.

L'un des meilleurs concerts de toute la saison francilienne, sans hésitation.
David Le Marrec


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