Carnets sur sol

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jeudi 29 août 2019

Rentrée musicale : le grand agenda des concerts de septembre-octobre


agenda CSS



Voici la rentrée !  Au terme de 214 spectacles la saison passée et cet été, l'occasion de reprendre la tradition de l'agenda des concerts classiques.



a) Une proposition d'agenda des concerts

J'ai désormais adopté la forme efficace, copiable, exportable du tableur, qui est en permanence disponible à cette adresse ou dans les liens en haut du site « agenda des concerts », en rouge.

Les pépites apparaissent plus tard dans la saison, avec les concerts des conservatoires ou des ensembles semi-pros, amateurs, qui travaillent plutôt pendant l'année scolaire (donc grosse concentration en décembre et au printemps). Les grandes institutions ayant été particulièrement timides en matière de programmation – Opéra de Paris et Philharmonie n'ont pas exagéré leurs efforts en direction de la découverte, du dépaysement, du chef-d'œuvre inconnu – ; il faut donc patienter un peu pour les réels immanquables de la saison. Décembre sera très riche : Isis, Il Pirata, Kniaz Igor, Fortunio, la Missa di Gloria de Puccini, Le Martyre de saint Sébastien, Yes !, le deuxième quatuor de Korngold, Rain Coming, The Ghosts of Versailles… il y aura de quoi s'émerveiller.



b) Lire le tableau

Petit rappel des codes couleur (qui sont seulement les miens personnels, pas de symbolique particulière) :
violet pour les immanquables,
bleu pour les remarquables,
vert pour les tentants.
Avec pour paramètres décroissants la rareté, l'intérêt des œuvres, les interprètes, et bien sûr mon goût personnel (j'attends avec gourmandise Canellakis ou Honeck dans des œuvres pourtant rebattues, et je vais courir réentendre, sans me plaindre, Mahler 3 parce que j'aime particulièrement cette œuvre…).

En jaune, les concerts pour lesquels il faut réserver, ou bien vérifier le programme (pas annoncé, ou œuvres que je n'ai jamais entendues). En rouge, les concerts où j'ai des places à vendre (en générales bonnes et pas chères, ou du moins les meilleures des pas chères).

En principe, plus les concerts sont près du bord gauche, plus ils sont intéressants, sans que ce soit un classement non plus – c'est surtout que j'ai mis les concerts plus banals ou à date multiple davantage à droite, pour ne pas encombrer.

Avec mes excuses pour certaines abréviations (Mzt, Mendel, Bruck, Dvo, Rachma, Btk, Stra, Chosta, Proko sont courants) : malgré la place gagnée grâce au tableur, toutes les informations ne peuvent pas être entrées en toute slettres. Ce ne devrait pas être trop périlleux pour des mélomanes qui connaissent leurs noms des principaux compositeurs et des formes musicales (symph, SQ, QuatPia, etc.), mais je sais que ça complique la lecture. J'ai essayé de conjuguer au maximum concision et lisibilité, mais il s'agit d'une base d'abord à visée personnelle, je ne nie pas qu'il y ait un petit effort à faire pour la lire. Mais d'un autre côté, cela représente des heures de dépouillement de dizaines de salles franciliennes, pour certaines absentes de Cadences ou l'Offi (dont les formats sont à mon sens moins lisibles, notamment en ce qui concerne les œuvres jouées, pas toujours précisées), je me dis que ce peut tout à de même être utile.



c) Présélection

Je n'ai pas finalisé moi-même mes choix, mais j'attire déjà votre attention sur quelques événéments :

Frédéric Goncalves dans un bouquet de mélodies avec clarinette et piano, en français, allemand, anglais, polonais… ;
¶ de la musique de chambre contemporaine accessible à la Cité Internationale des Arts (piano de Fedele…) et au Regard du Cygne (trio de Nigel Keay) ;
chœurs patrimoniaux russes à la Cité de la Musique (c'est complet, il faut surveiller le site et la Bourse) par le chœur de la Chapelle d'État Russe ;
¶ visites de Champs-sur-Marne et du Panthéon chantées par Grégoire Ichou, avec leur lot de sourires et de raretés absolues ;
¶ Ossian vu par Gade et Chansons Écossaises de Beethoven par Insula Orchestra ;
¶ reprise à l'Athénée des États de la Lune de Cyrano par Lazar en prononciation restituée (avec accompagnement de gambe et théorbe) ;
¶ programme de trios élancés et exaltants (les 1 de Mendelssohn, Arenski et Chostakovitch !) à Louis-le-Grand ;
Moby-Dick en musique à la Maison de la Radio (pas d'info sur la composition) ;
gala Bru Zane avec plein de raretés et les artistes maison, au TCE ;
Phèdre, un versant ambitieux et sombre de la production d'Auric, à la MR ;
Richard Cœur de Lion de Grétry mis en scène à Versailles. Pas du tout un chef-d'œuvre musical ni dramatique qui tiendrait au corps, mais le témoignage d'une époque, et un tube qui marqua l'imaginaire, notamment pendant la Révolution (« Ô Richard, ô mon roi, l'univers t'abandonne » était devenu chant de ralliement) ;
¶ le retour de Savall, en feu pour les symphonies de Beethoven en fin de saison dernière, et celui de Bloch (Mahler 7) qui a transfiguré l'orchestre lillois ; Dohnányi dans ses répertoires (Haydn, Brahms, Ligeti).



Il suffit de cliquer ici. Je remets régulièrement à jour au fil des nouvelles informations.

En chasse !

mercredi 21 août 2019

Une décennie, un disque – 1800 – Cartellieri : symphonies au tournant d'un siècle


1800


antonio casimir cartellieri symphonies schmalfuss

[[]]
L'entrée en matière tempêtueuse de la Première Symphonie.

    ☼ Je m'aperçois, en complétant mes recherches pour cette notule, que la date de première édition, inscrite sur la publication des Première et Deuxième Symphonies, est de 1793. Les deux autres étant stylistiquement proches, il est probable qu'elle aient aussi été composées dans les années 1790 – les dates de composition exactes des quatres symphonies sont inconnues. Néanmoins, considérant que je souhaitais à la fois éviter de multiplier exagérément les œuvres vocales dans ce parcours (déjà abondantes sur CSS) et m'en tenir à des œuvres considérables, le choix discographique dans la décennie 1800 n'était pas considérable. Cartellieri est de la génération de Beethoven (voire Méhul), et ces symphonies partagent une forme d'ardeur assez étrangère au style classique, même le plus gluckisé. Cartellieri étant mort à 34 ans dans la décennie 1800, je me permets donc cette extrapolation – stylistiquement, il se situe à la confluence, à la fois baigné de ses maîtres et doté de quelques caractéristiques d'avant-garde pour les années 1790. Disque formidable par ailleurs, vous ne me blâmerez pas de ma hardiesse, je crois.

Un peu de contexte : génération 1770
    Antonio Casimir Cartellieri naît à Gdańsk (encore polonaise pour quelques années), d'une mère lettonne au patronyme germain (Mlle Böhm) et d'un père milanais. Il étudie à Berlin et Vienne, fréquente Beethoven d'assez près pour être dans l'orchestre lors de la création de l'Héroïque (au violon) et du Triple Concerto… Ses biographes estiment possible / probable qu'il ait étudié avec Salieri.
    Sa musique est encore de style classique – que ce soit dans ses concertos pour clarinette parents de Mozart et Krommer, mais aussi dans ses finals haydniens de symphonies, ou dans la forme de ses mouvements lents (mélodies accompagnées, variations, part des instruments solistes) comme rapides (développements brefs dans les formes-sonates, assez proche des canons).
    Pourtant il laisse aussi percevoir un sens du contraste et une agitation passionnée qui évoquent, en certains endroits, des propositions de Beethoven (qui n'arriveront, dans le domaine symphonique, que dix à quinze ans plus tard).

Compositeur : Antonio Casimir CARTELLIERI (1772-1807)
Œuvre : 4 Symphonies – à partir des années 1790
Commentaire 1 : La première symphonie, en ut mineur, est à mon sens la plus marquante – la plus enflammée, la moins classique, ou du moins la plus marquée par le classicisme fiévreux du théâtre postgluckiste. Son premier mouvement fait entendre, au sein d'une forme traditionnelle, des fusées descendantes de cordes & bassons comme part thématrique, des sforzando insistants, quelques transitions harmoniques un peu plus romantiques, ou cette incroyable montée & descente en notes répétées, pendant neuf mesures de la fin du premier Allegro.
    Beaucoup de débuts semblent très marqués par Mozart (ou ces unissons des menuets en mineur !), comme celui de la Quatrième, très parent des « Linz  » et « Prague », de finals par Haydn, mais pas d'épigone ici, cette musique possède sa saveur propre – celle de la jeunesse ? –, et une qualité mélodique absolument remarquable. Si vous êtes lassés des meilleurs Haydn, Mozart et… Vranický, si vous aimez les symphonies de Méhul… vous devriez être enchantés.

Interprètes : Evergreen Symphony Orchestra, Gernot Schmalfuss
Label : CPO (2012)
Commentaire 2 : L'énergie, la verdeur, la conscience stylistique sont admirables, dans cet enregistrement une fois de plus remarquablement capté par CPO – a fortiori pour un orchestre aussi jeune (2001 !), recruté dans un aussi petit pays (et on peut se figurer qu'il est compliqué pour un orchestre taïwanais de recruter alentour avec l'influence chinoise à l'œuvre), et qui n'est pas du tout spécialisé dans ce répertoire. Le résultat est tout à fait remarquable, au niveau des orchestres européens les plus rompus aux symphonies de cette période.

antonio casimir cartellieri symphonies schmalfuss
La fin de la partie de violon I de l'Allegro de la Première Symphonie.

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La qualité mélodique et les solos délectables de l'Adagio de la Première Symphonie

Un peu de contexte : orchestres taïwanais
Le cas des orchestres taïwanais pourrait aisément rejoindre ceux de Berlin, Francfort ou des Pays-Bas, déjà traités dans la série consacrée aux noms & lieux (ambigus) des orchestres. En effet, il existe beaucoup de formations, et aux noms très similaires.
National Taiwan Symphony Orchestra, le plus ancien (1945), sis à Wufeng (les autres, sauf mention contraire, résident à Taipei).
National Symphony Orchestra (1986), celui qui est en résidence à l'Opéra et dans la grande salle de concert, connu par quelques enregistrements à l'étranger sous le nom de Taiwan Philharmonic (d'assez beaux disques du grand répertoire avec Herbig).
National Chinese Orchestra Taiwan (1984), dépendant du Ministère de l'Éducation.
Taipei Chinese Orchestra (1979), dépendant du Ministère de la Culture.
Taipei Century Symphony Orchestra (1968).
Taipei Symphony Orchestra (1969), le second orchestre le plus important, à en juger par ses chefs étrangers et plus prestigieux.
Taipei Philharmonic Orchestra (1985).
Chamber Philharmonic Taipei (2008).
Kaoshiung City Symphony Orchestra (1981), privatisé depuis 2009.

Un peu de contexte : orchestres d'entreprises
L'Evergreen Symphony Orchestra, bien qu'il joue pour large part de la musique traditionnelle orchestrée en version symphonique, ne tire pas son nom de son répertoire mais de la société qui l'a créée, un consortium d'entreprises spécialisées dans la livraison (voire l'hôtellerie). Ce n'est pas un cas unique dans l'île, il existe aussi le Chimei Symphony Orchestra, créé en 2003 par le groupe Chimei, installé dans l'industrie du plastique !

Un peu de contexte : les chefs d'orchestre étrangers à Taïwan
Gernot Schmalfuss, ancien hautbois solo du Philharmonique de Munich, membre de l'excellent ensemble chambriste Consortium Classicum, chef de l'orchestre du Conservatoire R. Strauss de Munich, ancien directeur du Conservatoire de Detmold, fait partie des assez nombreux chefs centre-européens à avoir occupé des fonctions de directeur musical dans les orchestres de Taipei. Car, après les fondateurs locaux, on trouve beaucoup de noms qui ont aussi exercé à des postes assez importants à l'Ouest (on peut supposer qu'il s'agit d'une charge attractive, bien rémunérée et avec des musiciens très compétents) : András Ligeti, Eliahu Inbal (et Fischer-Dieskau Jr) pour le Taipei SO, Günther Herbig pour le Taiwan National SO (Taiwan Philharmonic)…

Complément discographique :
    Les concertos pour clarinette (au nombre de trois, et au moins un double concerto) méritent définitivement le détour, parmi les plus beaux de leur génération – leur élan et leur veine mélodique les placent largement, à mon sens, au niveau de Mozart, Krommer ou Weber (ils ont même ma préférence, je dois dire). C'est par là que Cartellieri a été restitué au public, avant la parution de ces symphonies (chez Gold MDG, que vous ne trouverez pas en dématérialisé).
    Il existe aussi de jolis divertimenti gravés, justement, par le Consortium Classicum (chez CPO) où officiait notre chef du jour, plaisants sans être majeurs, et un oratorio (en italien) consacré à la Nativité (chez Capriccio), qui ne m'a pas paru particulièrement singulier ni saillant. À l'heure actuelle, on attend toujours la remise au théâtre de ses opéras…
    À noter également : un ensemble de trio (piano-cordes) a pris le nom du compositeur, mais n'a pour l'heure rien gravé de lui !  (Pas sûr qu'il en ait composé d'ailleurs, ce n'est vraiment pas la formation reine de ces années-là.) Il existe au moins un disque d'eux, consacré à Turina, Takács et Piazzolla.

… oups :
Alors que cette notule est déjà bien avancée, à force de réécoute du corpus, de plongée dans la partition, je m'aperçois que l'on entend tout de même très bien la veine certes post-Mozart, mais vraiment pré-1800 de ces symphonies. Je suis un peu gêné de l'avoir proposée pour cette décennie. Je me ferai peut-être pardonner en publiant une véritable entrée pour 1800. Ce n'est pas un drame, voilà fort longtemps que je souhaitais distinguer Cartellieri – c'est notule faite.

À bientôt donc pour la suite du parcours !

lundi 12 août 2019

Les plus belles ouvertures de symphonies – II : Sibelius n°5


Débuter une œuvre en étant captivé. C'est parfois à cela que tient l'adhésion ou le dégoût : une fois interpellé, on écoute vraiment.

L'objet de cette série est, en plus de donner envie d'écouter, d'essayer d'approcher le pourquoi – pourquoi sommes-nous intrigués ou émus par cet instant-là ?

Précédents épisodes :
I : Jan van Gilse, Symphonie n°2




Sibelius 5

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City of Birmingham Symphony Orchestra
Sakari Oramo (Erato-Warner)
L'une des toutes plus belles intégrales, et particulièrement intéressante pour notre démonstration en raison de ses timbres clairs (on entend parfaitement les entrées de basson, dont le timbre ne se confond pas avec les cors ; les bois translucides et assez acides reproduisent bien une idée de folklore) et de son déhanchement légèrement dansé.


Alors, pourquoi cette symphonie nous saisit d'emblée ?

a) Principaux procédés

L'accord arpégé des quatre cors, très simple, pas tout à fait mélodique mais immédiatement marquant. Il sous-tend tout le passage, et glisse d'un accord à l'autre avec de petits frottements qui induisent de jolies tensions.

¶ L'effet de tuilage avec les bassons (pas phrasés exactement au même endroit que les autres vents), sur un rythme déhanché qui ajoute le mouvement à l'atmosphère enveloppante des cors.

¶ Les interventions des autres bois dans l'aigu, sortes de petits cris folklorisants, qui complètent le tableau.

¶ Le décalage permanent des appuis de la mélodie par rapport au temps métronomique – il serait impossible de battre la mesure à l'instinct, sans avoir lu la partition. À la fois bien pulsé et irrégulier, décalé.

¶ Le roulement de timbales, dont la hauteur conditionne la couleur.



b) Pas à pas

sibelius 5

→  0'00 à 0'11 (mesures 1-2) : Deux cors, puis les deux suivants, aplat de mi bémol majeur. Les deux bassons les rejoignent (dans l'aigu) sur le point d'orgue, apportant une couleur plus sombre, plus chaude. La timbale, qui était sur la dominante (la note de tension, qui appelle la résolution), arrive sur la tonique (la note principale de la gamme et ici de l'accord), mais vers l'aigu, ce qui relâche la tension tout en éclairant la teinte générale. On voit l'effet simultané : le timbre de l'accord se densifie, mais à la fois en s'assombrissant et s'éclairant.

sibelius 5

→ 0'12 à 0'19 (mes. 3-4)  : séparation des bassons ; premier frottement, puis descente ensemble en tierces, mais le temps tombe sur la note courte (flèches bleues), alors que le poids mélodique (cercles rouges) va sur la note longue. Effet dansant un peu dégingandé. Petits cris des flûtes et hautbois, là aussi décalés par rapport au temps – on pourrait avoir une première note qui lance sur la note tenue (une « levée »), mais ici, elle est précédée d'une autre note moitié plus courte. Effet ornemental, là aussi un peu décalé, boiteux, comme une musique qui cherche encore à se caler. Les cors, derrière, se séparent en laissant un peu frotter les notes intermédiaires. Tout est suspendu (tenues de cor) et tendu à la fois (rythmes, frottements).

sibelius 5

→ 0'20 à 0'38 (mes. 5-8) : mêmes phrases aux bassons & cors. Hautbois (et clarinettes qui répondent un ton plus bas) développent un peu le « cri » initial, sur un rythme différent mais qui est lui aussi en décalage avec la mesure (le temps tombe sur une note de passage), ce qui crée un étrange effet de « lancer », de contretemps. Puis développement supplémentaire avec l'ajout de volutes.

sibelius 5

→ 0'38 à 0'48 (mes. 9-10) : à nouveau une extension de la partie jouée par flûtes-hautbois (même procédé) puis flûtes seules (encore plus aigu), avec le même procédé – le temps ne tombe pas sur la note qu'on accentuerait, longue et dans l'aigu (et avec le frottement de seconde), mais sur celle qui précède (qui serait en général juste avant le temps), produisant une sorte de double départ, ou d'appui-surprise. Le temps tombe ensuite pendant la tenue de la note longue (syncope). Petite volute des cors et retour du roulement de timbales.

→ 0'48 à 0'59 (mes. 11) : dérivé du même motif, les hautbois en commencent un autre, à nouveau syncopé, mais plus sinueux, qui persiste en se modifiant pendant toute la page suivante, jusqu'à l'entrée réelle dans le mouvement rapide (quoique le tempo demeure identique).

■ Une sorte de grande émergence autour de contenus très simples, donc, progressivement complexifiés, procédé qui se poursuit durant le reste du mouvement. Typiquement du Sibelius… quelque chose d'une forme sonate (thèmes concurrents) dont il ne resterait plus que le développement (les motifs sont immédiatement altérés et transmutés).

Pour écouter librement l'intégralité de la musique sans enfreindre les droits d'auteur, voyez par exemple la version Lahti-Saraste, sur la chaîne officielle du chef ou celle de la Radio de Francfort avec Hugh Wolff, sur la chaîne officielle de l'orchestre.



c) L'envers du miroir

Il existe en réalité plusieurs états de la Cinquième Symphonie, assez différents. La version de 1919, donnée partout, enregistrée des dizaines de fois, est l'une des symphonies les plus souvent jouées de son auteur (la plus, après la Deuxième, il me semble). Mais il ne s'agit que de la seconde révision – écrite en 1914, créée en 1915, remaniée en 1916 puis en 1919.

Il n'existe, à ma connaissance, qu'une seule version discographique témoignant de ces états antérieurs, la version originale de 1914, telle que gravée par Osmo Vänskä (en plus de la Cinquième habituelle, de 1919) avec l'Orchestre Symphonique de Lahti, au sein de son archi-intégrale Sibelius, dont la valeur documentaire est inestimable (et la qualité d'exécution fort satisfaisante).

J'y avais consacré une notule entière (Aux origines : l'autre Cinquième de Sibelius), car il s'agit en réalité d'une tout autre symphonie, développée différemment à partir du même matériau (et en quatre mouvements au lieu de trois).

[[]]
Orchestre Symphonique de Lahti,
Osmo Vänskä (BIS)


Le début est particulièrement frappant dans son choix opposé de disposition des motifs : on retrouve bien les aplats de cor suspendus, sur les mêmes harmonies, mais en accords, bien simultanés et non perlés, et on débute d'emblée par les motifs pépiés aux bois (0'03 à 0'07). La figure d'ouverture aux cors apparaît, mais plus tard (1'21-1'30), dans une tonalité plus aiguë, pour faire la transition avec les trémolos de cordes qui lancent le mouvement rapide. Il est d'ailleurs ouvertement parent (réponse à 1'31-1'34) du motif qui ouvre cette partie plus agitée (1'37-1'44, aux cordes au lieu des bois).

Je trouve cet état de la partition tout aussi intéressant (voire davantage), à la vérité, que le définitif auquel nous sommes habitués : le premier mouvement est peut-être un peu moins subtil, le dernier un peu moins majestueux, mais on y gagne aussi des couleurs plus inquiétantes (soudaines « sorties de route » dans un mode mineur très tourmenté, au I et au IV), ainsi qu'un mouvement lent dont les variations sont sensiblement plus nourrissante – davantage de diminutions audibles et d'effets d'orchestration. J'aimerais vraiment pouvoir disposer de la possibilité de la réécouter dans diverses autres versions (Vänskä-Lahti étant dans les autres symphonies pas très mordant ni coloré, quoique tout à fait bien conduit et évocateur).




d) Un mot de discographie

Je profite de cette notule pour un petit mot discographique, dans l'immensité du choix de très grandes interprétations disponibles au disque.

Un peu comme pour Mahler, il est difficile de jouer cette musique aussi bien instrumentalement (vents très sollicités en particulier, dans toutes les tessitures) que solfégiquement – rythmiquement très délicate, tout est tout le temps décalé, et souvent davantage que dans ce début… si chacun ne tient pas parfaitement son couloir ou ne se rattrape pas très proprement, tout le mouvement est mort. Aussi, les orchestres qui peuvent le jouer et l'enregistrer sont en général très aguerris. Ce n'est pas du Haydn, que n'importe quel orchestre peut (mal) jouer – et dont peu parviennent à conserver l'intérêt.
Par ailleurs, il s'agit d'une musique très écrite, dont les effets ne dépendent pas de la juste réalisation musicologique. Ainsi on dispose de beaucoup de très grandes versions (davantage au goût de tel ou tel, bien sûr), et la principales différences qu'on puisse établir d'une version à l'autre résident dans la clarté de la structure, les couleurs propres à chaque orchestre (Sibelius les met toujours très en évidence), l'animation générale, et la lisibilité des plans (pour laquelle la prise de son joue un rôle considérable). Beaucoup de subjectivité et peu de contrastes spectaculaires par rapport à d'autres répertoires, sans doute.

Je recommande donc Rattle-Berlin (transparence incroyable, sens de la danse), Ashkenazy-Philharmonia (sens du discours ; la version avec le Royal de Stockholm est très bien aussi), Oramo-Birmingham (couleurs), Maazel-Pittsburgh (netteté d'articulation), Storgårds-BBCPO (couleurs, aération de la prise de son), Segerstam-Helsinki, P.Järvi-Paris… Je n'ai plus de souvenirs précis de Sanderling-Konzerthaus (Berliner Sinfonieorchester), Saraste-Radio Finlandaise, Elder-Hallé (prise de son incroyablement flatteuse), Bernstein-NYP (son un peu gris, tout est dans le grain et le discours, fabuleux), Maazel-Vienne (tranchant)… mais ce sont des intégrales très marquantes, je me figure que leur n°5 devait être très bien !



Beau parcours à vous dans cet univers… en attendant la prochaine livraison de la série – d'un compositeur né la même année, mais pas forcément l'œuvre à laquelle on s'attendrait.

vendredi 2 août 2019

2019-2020 : opéras à découvrir en France et en Europe


Sans reprendre l'ambitieux parcours (que j'avais cependant beaucoup aimé constituer) autour des opéras rares donnés dans le monde, et présentés un par un (saison 2017-2018), car il y a d'autres séries à achever (une décennie un disque, débuts de symphonie…), voici une petite sélection de titres qui donnent envie de se déplacer.



opéras à l'étranger et en province 2019 2020 illustration
Cliquer sur l'image permet d'ouvrir le tableau.



a) Organisation

Quelques remarques méthodologiques :

♦ Contrairement à la précédente instance, je n'ai pas cherché à donner un panorama de tout ce qui était donné hors de l'ordinaire ; j'ai effectué une sélection personnelle de ce qui me paraissait – à moi – tentant. On y retrouve tout de même l'essentiel des titres rarement donnés, mais je n'y ai pas inclus les titres pour lesquels le voyage me semblait moins justifié : œuvres courtes (je suis fan du Maestro di cappella de Cimarosa, mais 20 minutes de musique…), légères (beaucoup de petits Offenbach), contemporains inconnus de moi, Philip Glass. J'admets que ce soit moins intéressant que le vrai panorama, mais il existe une différence significative en temps : voyez-le comme un recueil de conseils pour aller voir quelque chose, plutôt qu'en tant que document encyclopédique sur l'état de la programmation mondiale.

♦ Il a fallu effectuer un classement : j'ai choisi celui qui fait le plus sens pour moi, par langue puis par ordre chronologique approximatif des compositeurs. En accédant au tableau, vous pourrez effectuer votre propre classement par compositeur, ville, pays… selon vos priorités.

♦ Je tiens à préciser qu'étant issu d'un recensement à but personnel, vous trouverez des incohérences : j'ai relevé des dates à Tel-Aviv et Montevideo alors qu'il ne s'agit supposément que d'Europe, ajouté quelques opéras (Clemenza di Tito, Pikovaya Dama) très régulièrement donnés mais que j'ai envie de revoir cette saison… Je ne les ai pas retirés du relevé, ça n'y retranche rien. Mais je suis conscient de ces distorsions, oui.

♦ À cela s'ajoute que beaucoup de saisons n'ont pas encore paru sur mes radars (notamment aux Pays-Bas, en Europe Centrale…), et que je n'ai évidemment pas pu tout surveiller et relever. Beaucoup de petites pièces (théâtres secondaires moscovites !), notamment pour enfants ou à destination locales, ont ainsi dû, hélas, m'échapper.



b) Quelques immanquables

Dans la vastitude de la proposition, quelques pistes (en gras, en rouge).

Nadia Boulanger, La Ville morte, Göteborg.
Très grande compositrice, éclipsée par le destin tragique de sa petite sœur Lili – et arrêtant la composition à sa mort –, elle a laissé un opéra. Non pas d'après Rodenbach mais d'après D'Annunzio (hé oui), elle achève en réalité l'œuvre de Raoul Pugno (qui nous est resté comme compositeur de plaisantes mélodies). On ne dispose pas d'enregistrement, ce sera une grande découverte.

… j'ai finalement fait le choix d'inclure, pour plus de clarté, de brefs commentaires directement en face des titres. En sélectionnant la case, le texte apparaît dans la barre du haut (et en double-cliquant, il apparaît en entier).

Évidemment, je suis très tenté par les opéras contemporains tchèques, lituaniens, lettons, grecs ou hongrois (toute une série en janvier-février à Budapest !) que je ne connais pas !



c) Tableau

L'original, qui comporte davantage de colonnes (dont les pays et commentaires !), qui peut être importé dans votre propre tableur et sera potentiellement complété, figure ici.

Suite de la notule.

David Le Marrec

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