Carnets sur sol

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Les paradoxes de l'orgue : le mauvais répertoire pour le mauvais instrument


Récit

Sur les routes du Forez et du Livradois, en direction des fresques XIe et du cloître roman de Lavaudieu. la route la plus brève nous mène, comme tout bon carrefour de France, au pied d'une autre prestigieuse abbaye – mère de nombreuses – aux contours partiellement fortifiés.

Le temps de descendre de monture, nous percevons, dès l'abord du chevet, les vibrations qui transpirent des pierres.

En paisible hâte, nous poussons le portail Ouest… et se produit alors un miracle comme seule l'apparition de la Foi peut en dispenser : ma compagnonne d'aventure, plutôt rétive d'ordinaire aux abstractions bruyantes de l'orgue, tombe à genoux et s'écrie devant l'assistance des pèlerins en bure, massés autour du jubé où plane le Christ glorieux et crucifié,

« JE CROIS ! ».

Ce prodige, que Dieu accomplit par le truchement des jeux d'anches à la française, est révélateur, non seulement de Sa puissance et de Son goût assuré, mais aussi de quelques-unes des tensions internes à l'orgue. Tensions qui expliquent sa place singulière, à la fois le plus accessible des instruments, audible en personne et gratuitement rien qu'en poussant une porte voisine, et le répertoire le plus ésotérique, très éloigné des autres genres, complexe, souvent tourné vers la musique pure…

Cet épisode authentique de ma vie – ne croyez surtout pas que j'aie eu le front d'y apporter quelques enjolivements insincères – m'incite à l'Espérance, et tout en vous transmettant mes réflexions métaphysiques sur la Double Nature (de l'orgue), me fait aspirer à donner quelques pistes à ceux qui n'ont pas encore accepté la (toute divine) Grâce de ce répertoire.



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Extrait de la Chaconne en sol (inédite) de Pachelbel qui nous accueillit en la Casa Dei.

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La chaconne complète par le même Jürgen Essl, le seul organiste à l'avoir enregistré, sur les orgues de Simmern (chez CPO).



mendelssohn motets féminins orgue bernius
L'orgue Dom Bedos – Quoirin de Sainte-Croix de Bordeaux, où je vécus moi-même semblable révélation.



Le plus accessible des instruments ?

    L'orgue devrait pourtant être un instrument qui nous demeure des plus familiers : quoiqu'il ne soit pas le plus ancien des instruments qui ont encore cours en Europe, ce doit être celui dont les exemplaires les plus anciens nous soient parvenus – il reste quelques buffets et tuyaux du Moyen-Âge.
    Il est tellement emblématique de la musique européenne qu'en arabe, le terme pour désigner l'instrument est plus ou moins – si j'ai bien compris ce que les locuteurs m'ont expliqué – le terme « romain », sous-entendu « l'instrument romain / européen / chrétien ».

    Outre sa présence familière au sein de la liturgie pour les pratiquants – créant une exposition mécanique pour toute une population qui n'est pas nécessairement mélomane –, il a aussi la particularité d'être audible gratuitement. La plupart des concerts et auditions d'orgue se déroulent ainsi en entrée libre ou au chapeau. Dans les quelques cas où il sont payants, les tarifs sont rarement élevés… et il reste toujours possible de contourner la chose en allant écouter les pièces de sortie jouées en fin d'office ou les répétitions des organistes en journée…
    Je pourrais vous narrer en hautes couleurs les chocs vécus en entrant par hasard à l'heure où l'organiste de Saint-Gilles d'Étampes répète du Boyvin sous les insolites fresques honorant les artisans-mécènes du XVIe siècle, ou, comme vous le savez désormais, à l'instant où Jürgen Essl s'essaie à une chaconne à la française de Pachelbel sur l'anonyme-Carouge de La Chaise-Dieu.

    Et cette expérience peut advenir pour n'importe quel néophyte qui pénètre par hasard dans une église pour prier, visiter, se reposer… Surtout qu'il s'y ajoute la dimension la plus évidente : l'impact physique de l'instrument. La technique à vent, la largeur des tuyaux, leur spatialisation dans l'instrument, la réverbération des voûtes produisent immédiatement une expérience sensorielle très concrète, très physique : il n'est pas besoin d'être initié pour sentir le son toucher notre peau, l'espace se remplir des échos, pour percevoir le contraste entre les timbres des jeux…
    Quand vous avez des anches ou des chamades qui se mettent à crépiter, il n'est plus question de musicien savant ou d'auditeur innocent, tout le monde perçoit ce qui se passe.

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Chant des Marseillais & Ah ça ira arrangés par Balbastre. (Interprétation de Michel Chapuis à Saint-Roch, chez Natives.)
C'est en jouant ainsi des airs révolutionnaires que Balbastre, organiste des rois, sauva l'orgue de Notre-Dame.


    Prenez deux récitals de pianistes ou d'orchestres différents : il faut être un peu informé pour bien sentir la différence entre les deux. Entre deux orgues, n'importe quel visiteur ingénu percevra immédiatement les différences de timbre, de volume, d'acoustique. De là découle le caractère immédiatement accessible de cet instrument, ludique aussi avec toutes ses tirettes, ses jeux qui portent des noms imitant d'autres instruments…

    De surcroît, les organistes répètent régulièrement, et par la force des choses, souvent en public – bien sûr, ils ont la clef et peuvent aussi le faire aux heures de fermeture –, il est donc très facile de se faire plaisir ou d'être surpris par la musique. Par-dessus le marché, considérant le nombre d'églises au km², en France et dans pas mal de pays d'Europe, il suffit d'être dans une ville pour disposer d'un choix particulièrement vaste de paroisses… et donc d'instruments. À cela s'ajoute qu'il n'y a pas d'horaires universels pour les concerts d'orgue, et qu'on peut aussi bien en trouver le dimanche midi que le jeudi soir, ce qui permet à chacun de trouver un moment compatible…

    Voilà, l'orgue est le plus accessible des instruments, tous les Européens l'adorent, il est tellement facile d'accès et réjouissant. Fin. Notule suivante.



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Le Dialogue sur les grands jeux qui clôt la première hymne du Livre d'orgue de Grigny, Veni Creator, tel que joué à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume par Pierre Bardon (chez Pierre Vérany). Le paradis des anches rugissantes !



Le moins accessible des répertoires

    … Vous aurez cependant sans doute noté que, malgré toutes les observations pourtant assez évidentes ci-dessus… les gens qui aiment la musique classique ajoutent en général plutôt « je fais du piano », « les voix de ténor me donnent des frissons » ou « j'adore le Philharmonique de Berlin », et plutôt rarement « j'ai passé le week-end au Prytanée de La Flèche ».

    Car l'orgue constitue bel et bien une niche au sein de la niche musique classique : énormément de mélomanes n'aiment pas l'orgue, ne le connaissent pas bien ou ne s'y intéressent pas. Et malgré les avantages pratiques effleurés supra, ce n'est pas sans raison. En effet le répertoire d'orgue est possiblement le plus intellectuel de toute la musique classique.

    Bien sûr, il existe aussi le lied ou le quatuor, dont le public est probablement encore plus chic et éduqué. Cependant le tarif d'entrée du lied, pour une bonne part de son répertoire, tient davantage à la maîtrise de l'allemand et à la culture poétique qu'à la difficulté proprement musicale ; et le quatuor utilise malgré des tout des formes qui restent plutôt intuitives (les scherzos, les rondeaux finaux, les variations, même la forme sonate lorsqu'elle n'est pas trop sophistiquée…) par rapport à la quantité de variations et de fugues du répertoire d'orgue.
    Car l'orgue, lui, dispose d'un public probablement un peu moins intellectuel au sens littéraire, mais constitué de véritables passionnés particulièrement érudits sur la musique même, sur les instruments (sans comparaison avec les esthètes plus touche-à-tout passionnés d'architecture, de poésie et de cinéma qu'on trouvera dans les soirées de lied), incluant énormément de praticiens, amateurs de bons niveau. Il faut dire que les compositeurs tutélaires de l'orgue ne correspondent pas du tout aux « grands compositeurs » célèbres dans tous les autres répertoires… Haydn, Beethoven, Brahms, Mahler, Debussy, Ravel, Stravinski… vous pouvez oublier ces noms, ça n'existe pas ici en dehors des transcriptions – enfin, si, ça existe un peu mais ce n'est pas vraiment intéressant ni emblématique. L'orgue français, ce n'est pas Gounod-Bizet-Fauré-Debussy-Ravel, mais plutôt Boëllmann-Widor-Vierne-Alain-Langlais-Messiaen…

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L'« Amen » de l'hymne Verbum supernum de Nicolas de Grigny (orgue Tribuot de Seurre, 1699) par Lecaudey, exemple typique de contrepoint écrasé par la registration (et dans bien d'autres occurrence l'acoustique), même si le résultat en est assez excitant (quels timbres !).

    Se pose alors la question du pourquoi ?  Pourquoi cet instrument que tout prédispose à la plus grande popularité demeure-t-il admiré essentiellement par ceux qui le pratiquent et quelques autres passionnés un peu monomaniaques – vous trouverez peu d'amateurs d'orgue tièdes, on bascule vite de « j'aime bien un ou deux disques que j'écoute une fois dans l'année » à « je connais la composition des principaux instruments d'Europe et la registration précise de toutes les symphonies de Widor ».
    Je vois quelques pistes, structurelles et/ou historiques.

    Structurellement, l'instrument a ses limites. Certes, il jouit de couleurs presque infinies grâce à ses jeux, mais il ne dispose pas de nuances dynamiques individualisées. Sur tous les instruments (à part le clavecin), on peut varier l'attaque, et en particulier l'intensité du son, doux ou fort, ce qui crée des phrasés expressifs, qui imitent la parole. Sur l'orgue, non. La touche actionne un tuyau, le processus est binaire : souffle dans le tuyau ou pas de souffle dans le tuyau. (Imaginez une symphonie de Mahler sans contrastes non seulement entre les phrases, mais entre les notes d'un thème, sans progression possible…)
    Cette remarque fait en général hurler à la mort les organistes – mais je me permets de le souligner, ayant déjà joué sur quelques vénérables de ces instruments –, et pourtant : pour varier l'intensité, on peut ajouter ou retirer des jeux, mais pas timbrer ou attaquer différemment une note, une partie de phrasé. Les Romantiques ont bien ajouté des pédales d'intensité à leurs orgues, mais il s'agit d'une aimable plaisanterie : la pédale va réguler la puissance de tous les jeux à la fois (il existe peut-être des modèles où ce peut être fait clavier par clavier, mais impossible sur une note en particulier), ce qui permet de souligner les équilibres structurels… et n'agit absolument pas sur les phrasés.
    Le seul paramètre dont peut disposer un organiste tient dans le lié ou le détaché, comme au clavecin, qui permet de mettre en valeur telle ou telle note, de créer des appuis. C'est pourquoi il est souvent difficile de faire la différence entre les organistes : on entend très fort le timbre et les caractéristiques de l'orgue qu'ils jouent, mais leurs qualités propres tiennent dans la netteté et la finesse de leurs détachés entre les notes… il faut être déjà un peu savant, voire un peu praticien, pour vraiment faire la différence. (Honnêtement, entre Marie-Claire Alain qui joue sur un orgue baroque et Michel Chapuis sur un orgue moderne, on peut vite prendre l'un pour l'autre si l'on n'est pas un brin érudit. Alors qu'Oïstrakh, Starker ou Karajan, on les repère tout de suite au son, aux manières…)

    [Bien que ce n'ait pas de rapport direct avec notre propos d'aujourd'hui, cette absence de nuances dynamiques individuelles sur les orgues explique aussi pourquoi les organistes qui se tournent occasionnellement vers le piano jouent souvent de façon très brutale, parce qu'ils n'ont pas l'habitude de surveiller la force avec laquelle ils appuisent sur les touches : sur un orgue à traction mécanique il faut appuyer fort, et sur les autres c'est indifférent, mais il n'y a pas d'enjeu à modérer l'attaque pour effectuer des nuances douces ou timbrer le son. Ça s'entend chez énormément d'organistes, professionnels ou amateurs, qui jouent du piano de temps à autre en dilettante. Au disque, on peut s'en apercevoir à la marge chez Guillou, dans sa Sonate pour piano de Reubke. Et, bien sûr, ce n'est pas une remarque universelle, certains grands organistes jouent divinement les pièces les plus virtuoses du répertoire de piano, avec moirures et nuances, comme Georges Delvallée dans les 12 Préludes-Poèmes de Tournemire, monumental cycle d'envergure lisztienne. Mais cela réclame un travail tout à fait spécifique – c'est être virtuose de deux instruments parents mais bien distincts.]
  
    En quoi est-ce un problème ?  Cette caractéristique tend à uniformiser les phrasés, entre les organistes, mais aussi dans une œuvre. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi les arrangements d'extraits de Wagner, de symphonies de Bruckner ou du Sacre du Printemps ne fonctionnaient jamais parfaitement dans les arrangements pour orgue, vous tenez votre réponse : il n'est pas possible de faire monter en intensité un phrasé, de moduler des dynamiques au sein de la phrase. On peut produire un gros crescendo collectif des tuyaux, et c'est tout. Cette impossibilité d'individualiser l'attaque impose immédiatement une sorte de raideur au résultat, et participe fortement à l'impression de distance, de froideur intellectuelle, que peut ressentir le néophyte face à l'orgue : tout est un peu raide, un peu sur le même plan, et c'est à notre esprit d'aller chercher les structures, les progressions en écoutant le détail de l'harmonie ou du contrepoint – ce qui n'est pas toujours facile, pour des raisons aussi bien de formation musicale que de conditions pratiques. J'y viens.

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Dans cette (magnifique) transcription d'Yves Rechsteiner pour le Rigaudon du Castor & Pollux de Rameau, on entend bien la nature des nuances, qui tient aux nombres de jeux accouplés, et ne peut changer au cours du phrasé.
(Pour autant, je n'ai mis que des exemples d'une singularité et d'une beauté suffocantes, vous ne serez donc pas gênés !)

    Ce ne serait pas bien gênant si l'orgue consistait essentiellement en œuvres à base de grands accords, dont la lisibilité serait évidente et l'impact physique tout à fait immédiat. Et pourtant, contre toute logique, le répertoire d'orgue, censé prolonger la célébration de la Foi, et donc accompagner des fidèles qui ne sont pas nécessairement des mélomanes (et encore moins nécessairement des mélomanes érudits), développe plus qu'aucun autre le contrepoint et la recherche harmonique. Contrepoint, c'est-à-dire que plusieurs mélodies simultanées s'entrecroisent ; recherche harmonique, c'est-à-dire que l'enchaînement entre les accords, au lieu d'emprunter des schémas connus, ménage beaucoup de surprises, de bifurcations, qui soutiennent l'intérêt, créent des mondes nouveaux, mais sont aussi beaucoup plus difficiles à suivre et comprendre. Je suppose que c'est là le fruit de la formation des maîtres de chapelle, élevés dans une sorte d'abstraction musicale – où la contrainte de plaire au public comme à l'Opéra, où l'on va insister sur les jolies mélodies, ou comme pour les concertos, où la virtuosité doit être très extérieurement visible par le déplacement des doigts (tandis que l'organiste est caché ou, à tout le moins, de dos), n'a pas cours –, qui les a conduits à fouiller la musique même plutôt que de rechercher l'accessibilité pour le public. On parle aussi d'un temps où la messe était célébrée en latin par l'officiant de dos : une forme d'inaccessibilité mystique, une perception de mondes souterrains qu'on n'appréhende pas totalement, n'étaient pas nécessairement déplacés dans la mentalité collective.
    Dommage que cela tombe sur l'instrument dont les concerts sont le plus aisément à la disposition à tous.

    Mais ce ne serait pas réellement un problème s'il était possible de se former patiemment l'oreille… car, non-sens des non-sens, ce répertoire, le plus raffiné de tous dans ses recherches contrapuntiques et harmoniques… se joue dans des acoustiques la réverbération du son ne permet… que d'entendre la mélodie supérieure !  Et c'est ce qui me fascine dans le répertoire d'orgue : les gars (parce qu'ils en avaient la liberté ou, comme je l'ai supposé ici, parce que cela faisait écho à une perception transcendantale de la religion) ont écrit des pièces d'une parfaite complexité… sur l'instrument où l'on ne peut pas l'entendre !  La plupart du temps, les églises sont trop grandes, les acoustiques pas adaptées, et beaucoup d'instruments – c'est là où j'arrive à mon sujet véritable – ont des timbres tellement fondus et épais qu'il est quasiment impossible, sans la partition dans la main (et même avec, j'ai testé pour vous…), d'entendre les contrechants et parfois même la mélodie principale !

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Je poursuis mon exposé de contre-exemples avec les timbres tellement différenciés, très pincés, acides, colorés, capiteux du Cavaillé-Sals de l'abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert.
Ici, le Troisième Noël de Daquin, par Falcioni (chez Brilliant Classics), variations sur des noëls populaires. Aussi éloigné que possible de la facture XIXe qui veut homogénéiser les jeux.

    De là provient mon scepticisme face aux Cavaillé-Coll : certes, ils font du gros son, mais les timbres des jeux sont très peu individualisés par rapport aux orgues baroques (ou même néoclassiques du XXe, qui n'ont pourtant pas ma faveur non plus), et surtout les mixtures (assemblages standards de jeux formant une grande densité timbrale) saturent l'espace sonore et rendent le contrepoint (voire des parts entière du spectre sonore) complètement inaudible et masqué. À la Madeleine, en registrant bien, on peut s'en tirer ; à Saint-Sulpice, dès qu'on part sur les grands jeux, c'est fini, on n'entend plus qu'une masse.

    Pas étonnant, donc, que les néophytes n'aiment pas toujours l'orgue : la raideur dynamique, on ne peut rien y faire (à part jouer sur les détachés, la registration, alterner entre les claviers…), c'est le cahier des charges de l'instrument ; mais évidemment, si ce sont les œuvres les plus complexes du répertoire, pas vraiment conçues pour être comprises par le public, et qu'on les joue sur les instruments et dans des acoustiques où l'on n'entend rien, il faut beaucoup de patience pour comprendre cet univers.
    Je l'avoue, cet écart me fascine : avoir choisi justement l'instrument et le lieu le moins propice pour produire tout ce répertoire très largement fait de contrepoints abondants et de progressions harmoniques subtiles – qu'avaient-ils dans la tête, les organistes ?  (Peut-être une conception particulière du sacré inacessible ou une ivresse de leur liberté créatrice par rapport aux compositeurs dont le métier était de plaire à la presse et au public, je ne sais.)



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Corrette, Noël « À minuit fut fait » sur l'orgue d'Orgelet (dans le Jura), par Meylan.
Contre-exemple de composition simple où l'on entend.




Conversions

Une fois tout ceci posé, comment aborder l'orgue ?  Comment convertir ou se convertir ? 

Il y aura ceux qui se sentent immédiatement attirés, fascinés par la puissance et l'impact physique, ou qui aiment les pièces très figuratives des Romantiques, façon final de la Symphonie n°5 de Widor ou Carillon de Westminster de Vierne. Ceux-là sont déjà sauvés et pourront grossir le rang des amateurs d'orgue. Ou les adorateurs de Bach, qui sont des gens bizarres, en général assez peu sensibles à des contingences telles que « c'est trop compliqué, je n'y comprends rien » ou « c'est trop réverbéré, je n'entends pas », et resteront enthousiastes « parce que Bach c'est le sang ».

Mais tous les réticents qui trouvent ces grosses machines insupportablement bruyantes et superficielles, qui tiennent l'orgue pour du gros pouêt-pouêt censé impressionner la foi du charbonnier plutôt que la mélomanie de l'honnête homme… il existe des médications – comme vous l'a laissé supposer mon récit liminaire.

Si vous n'aimez pas l'orgue ou voulez convertir à l'orgue, tous les passionnés vous confirmeront que le choix de l'instrument (et de la captation, si vous le faites par le disque) est capital. Il faut vraiment donner accès à une grande variété de factures, et dans les bonnes conditions sonores. J'ai ainsi été témoin de conversions – à commencer par la mienne, indifférent que j'étais à ce répertoire tellement centré sur ses propres compositeurs – liées à des portions précises du répertoire d'orgue.

Peuvent influer :
a → Bien sûr le style du répertoire, du baroque au contemporain.
b → La forme de la pièce : les grands accords sont plus immédiatement physiques et lisibles, mais il existe aussi des pièces avec un jeu de fond + un jeu d'anche qui tient la mélodie, de grandes variations (chaconnes & passacailles notamment), des toccatas conçues pour une virtuosité plus digitale (avec un résultat plus vif et « liquide » en général), et bien sûr mainte fugue pour les amateurs de contrepoint !
c → Le type d'orgue. Capital : les orgues baroques ont des timbres beaucoup plus différenciés, en particulier en France, où les jeux d'anches ont une saveur assez incroyable, très nasals, très verts. Ils font souvent la différence chez ceux qui ne connaissent que les gros Cavaillé-Coll ou les néoclassiques un peu froids.
d → La registration : le plein-jeu est très brillant et saturé (utilisé pour les pièces d'ouverture en général), les jeux d'anches très mordants et puissants (on parle de « grands jeux » lorsqu'on les regroupe, en général avec de la mixture), les jeux de fond très doux et transparents… on peut être sensible plutôt à l'une ou l'autre composante.

Il faut tout essayer avant d'admettre, que, vraiment, il n'y a rien à faire, votre victime n'aime pas l'orgue.

Mais, j'insiste, avec l'orgue baroque français, il y a de quoi changer radicalement les perceptions. Particulièrement en vrai, où leur impact est très physique. Regardez dans votre région, et faites un tour au Dom Bedos de Bordeaux (33), à Sarlat (24), à Poitiers, à Cintegabelle, au Prytanée de La Flèche, à Bolbec, à Houdan, à la Chapelle Royale de Versailles, à Fresnes, à Beaufays (Belgique), à Saint-Michel-en-Thiérache, à Seurre, à Dole, à Champagnole, à Orgelet, au Sentier (Suisse), à La Chaise-Dieu, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, à Saint-Guilhem-le-Désert…



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Les mélodies toujours très verbales, comme un récitatif d'opéra ou une prosodie de Leçon de Ténèbre, de Boyvin. Ici un dialogue de récit de Cromorne sur l'orgue de Champagnole, par Delor.



Mes exemples ont prolongé l'idée de départ : l'orgue à la baroque-française, aux timbres très typés et dépareillés, qui rompt brutalement avec la représentation des choses harmonieuses et monumentales qu'on se représente dans l'imaginaire collectif – et qui peuplent, il est vrai, la plupart des vastes églises.

Pour autant, si l'on veut contourner l'orgue à la Bach ou à la Widor – j'aime beaucoup Widor au demeurant, même comme organiste, je l'ai souvent joué et avec plaisir, qu'on ne se méprenne pas (je pense seulement qu'il ne faut pas se limiter à cette perception de l'orgue) –, on peut tout à fait élire domicile ailleurs. Le XXe siècle a produit, bien évidemment, quantité de propositions originales, que ce soient les impressionnistes Pastels du Lac de Constance de Karg-Elert, les diverses périodes de Messiaen (où les accords augmentés produisent en réalité une consonance nouvelle et enrichie, très accessible dans L'Ascension ou La Nativité), les trois livres de Promenades en Provence de Reuchsel, les pièces intimes (Laudes) ou gigantesquement ambitieuses (Debout sur le soleil, La Croix du Sud) de Florentz… sans parler des expérimentations de Cage (les accords qui durent plusieurs années, plusieurs églises dans le monde l'exécutent en ce moment) ou Ligeti (il faut repousser la tirette le jeu alors qu'il est en train de souffler, pour un effet d'aspiration-effondrement assez singulier !).

Tout cela pour m'émerveiller de ce paradoxe angulaire : la musique la plus complexe écrite pour être donnée là où on l'entendra le moins précisément. Et pour tenter d'expliquer ce désamour d'une large frange du public – non sans fondement, donc. Mais aussi pour suggérer des pistes d'exploration. Il faut essayer. Divers styles. En acceptant les limites de l'instrument et la grande typicité du répertoire.

J'avais en projet de clore par une discographie de choix alternatifs / d'orgues typés / de coups de cœur personnels / de versions marquantes et/ou bien captées pour aider à ce parcours, mais ce sera un véritable travail de notule en soi. Je le garde pour la semaine prochaine ou pour un peu plus tard. (Je passe déjà une partie de ma nuit à vous entretenir de ces choses absolument pas indispensables au Salut de l'Humanité.)



Et pour ceux qui craignent de ne savoir patienter, ce petit texte dissimule 47 noms de jeux d'orgue.

Excellente semaine à vous, à célébrer la grandeur de l'anche française, célèbre à juste titre à travers toute l'Europe !


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Commentaires

1. Le vendredi 17 septembre 2021 à , par Benedictus

Bonjour David, et grand merci pour cette notule qui pointe avec beaucoup de pédagogie de vraies questions. Comme tu le sais, je suis moi-même un converti assez récent (grâce aux conseils avisés de notre ami Mélomaniac), mais je ne sais pas trop pourquoi, depuis la rentrée, les gros tuyaux occupent une place de plus en plus importante dans mes écoutes (avec… du quatuor et du lied.)

Autre preuve aussi que c'est vraiment un instrument pour tordus: c'est à ma connaissance le seul pour lequel on ne sait jamais s'il faut en parler au pluriel ou au singulier, et dont le genre change en passant du singulier au pluriel. (Imaginerait-on avoir à se demander s'il faut écrire «le violoncelle rugueux de Casals» ou bien «les violoncelles rugueuses de Casals»?)

Pour ma part, outre les instruments français que tu cites, j’ai développé une vraie passion pour:
• les petits Dallam de Bretagne, en particulier ceux de Lanvellec et Guimiliau;
• les orgues baroques d’Allemagne du Nord (Basse-Saxe, Schleswig-Holstein et Mecklembourg-Poméranie), du Danemark et des Pays-Bas (Frise et Groningue), avec une passion particulière pour le Schnitger de Norden et le Scherer de Tangermünde.
Il faut aussi ajouter que j’adore leur répertoire «naturel» (les Bull, Byrd, Gibbons et Tomkins pour les premiers, mais Titelouze et Froberger y sonnent aussi magnifiquement; les Praetorius, Scheidemann, Buxtehude, Weckmann, Tunder… pour les seconds.)

J’attends évidemment avec impatience ta discographie de choix alternatifs! (D’ores et déjà: Karg-Elert et Reuchsel, tu penses que ça pourrait me plaire?)

J’en profite d’ailleurs pour signaler un problème structurel qui me semble propre à l’orgue (dont je parlais justement hier soir avec Mélo sur classik), et lié à ce côté «niche dans la niche» que tu signalais: celui de la disponibilité discographique. Sitôt qu'on commence à avoir cerné ses propres préférences en termes de facture et de répertoire, on se heurte vite à une indisponibilité massive: entre les labels disparus depuis des lustres (Solstice, Syrius, Adda, Pierre Vérany), les fonds de catalogue très partiellement réédités (Harmonia Mundi, Astrée, la collection Tempéraments de Radio France), les tout petits labels spécialisés faisant des pressages en très petite quantité et pas de rééditions (BNL Production, Ligia, Harmonic Records), les collections éphémères (Organa Viventia chez Sony) et de l’autre, on se trouve vite contraint à s’approvisionner sur le marché de l’occasion - où l’on peut mettre des années à trouver certains titres, du moins à des prix raisonnables (le public de l’orgue est probablement aussi plus enclin à collectionner et thésauriser.)

2. Le samedi 18 septembre 2021 à , par Benedictus

* ... chez Sony) et de l’autre[s], on se trouve...[/s]

3. Le samedi 18 septembre 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Benedictus !

depuis la rentrée, les gros tuyaux occupent une place de plus en plus importante dans mes écoutes (avec… du quatuor et du lied.)

Mon cher, vous êtes la parfaite caricature du mélomane honnête homme mais un peu trop intello pour être tout à fait honnête. ^^  (Et encore, tu n'as pas avoué qu'en dehors de ça, tu écoutais surtout de la musique ancienne et de la musique contemporaine, pour parfaire le tableau.)


Pour ma part, outre les instruments français que tu cites, j’ai développé une vraie passion pour:
• les petits Dallam de Bretagne, en particulier ceux de Lanvellec et Guimiliau;

Oh oui, Guimiliau !  Je suis resté en admiration devant son buffet… mais je n'avais pas de date compatible pour l'entendre, lorsque j'y suis passé – et surtout, j'ignorais encore que ce fût un bestiau d'une typicité aussi délirante !


• les orgues baroques d’Allemagne du Nord (Basse-Saxe, Schleswig-Holstein et Mecklembourg-Poméranie), du Danemark et des Pays-Bas (Frise et Groningue), avec une passion particulière pour le Schnitger de Norden et le Scherer de Tangermünde.

Alors, pour les Pays-Bas, oui, je suis dingue de certains modèles – les Hinsz, si on les registre avec légèreté, même pour jouer de la musique romantique, ont une chaleur boisée, une netteté que je ne retrouve nulle par ailleurs. Ceux de Bolsward et Kempen sont des merveilles. Les disques ne sont pas forcément au niveau, pas très bien captés ni registrés (et beaucoup de Bach là-dedans, évidemment), en revanche sur YouTube, on trouve quantité de témoignages de répertoires plus variés, et très persuasifs !  (Je me souviens de la Toccata de Dubois à la Martinikerk…).
Il y a aussi, dans un genre comparable, et un peu plus ancien (1763) le Bätz de La Haye (Lutherse Kerk).

Côté Europe du Nord, les fonds du Cahman de Leufsta Bruck (Lövstabruck aujourd'hui, près de Gävle) sont irrésisitbles – c'est là-dessus qu'est gravée ma version chouchoute de L'Art de la Fugue, par Tribukait, je crois que tu avais déjà écouté ça. Il y a aussi plusieurs disques qui documentent la musique produite dans cette paroisse au XVIIIe siècle (aussi bien les motets que les pièces d'orgue), passionnant et très bien réalisé.

Sinon, les orgues allemandes ne sont pas mon fort en général, un peu trop saturées en harmoniques aiguës dans le plein-jeu, et pas très colorées en général. Mais plus au centre, il y a le Stertzing d'Erfurt et le Kreutzbach de Callenberg que j'aime beaucoup, ainsi que, cette fois carrément en Bavière, l'orgue de la basilique de Waldsassen.


J’attends évidemment avec impatience ta discographie de choix alternatifs!

J'ai dû en livrer pas mal au fil des ans sur Classik !  Beaucoup d'anches à la française sur des orgues très savoureuses comme dans les exemples de cette notule, et puis pour le reste, des choses un peu plus pittoresques (Reuchsel, au disque ce n'est pas très marquant, mais à entendre en vrai, ça a beaucoup d'esprit et d'allure) ou du XXe que tu connais déjà (Messiaen, Florentz…). Les improvisations sont en général un excellent moyen de se familiariser avec l'instrument, aussi, dans des formats plus accessibles… mais elles sont rarement enregistrées. (Je crois qu'il y a eu un disque de Pincemaille, qui était excellent dans l'exercice, pas du tout des idées neuves, mais immédiatements saisissantes, calibrées pour le format de l'audition d'orgue.)


(D’ores et déjà: Karg-Elert et Reuchsel, tu penses que ça pourrait me plaire?)

Karg-Elert, le fonds est gigantesque. Son œuvre la plus « populaire » (huhu), les 7 Pastels du Lac de Constance, sont d'un bel impressionnisme teinté d'un romantisme plus conservateur, je trouve ça séduisant (et différent des grosses machines qu'on entend d'ordinaire pour ce type d'œuvre), à défaut de trouver des mélodies ou des atmosphères qui restent indélébiles en moi. Tu pourrais aimer le côté « Max Reger hésite à faire du Debussy, et puis en fait non », mais il reste peut-être encore beaucoup de Vierne là-dedans pour te convaincre tout à fait.

Reuchsel, pas sûr que ça ait beaucoup d'intérêt au disque ; je n'en ai trouvé qu'une monographie : St Louis (Missouri), Simon Nieminski. Les Promenades de Provence trouvent des procédés très évocateurs – le Moulin de Daudet, entendu à la Madeleine, était d'une puissance d'évocation rare, on entendait les flots et les paisibles oscillations de la roue, sur des marches harmoniques délicieuses. Mais au disque, ça paraît un peu du poème symphonique postromantique un peu fade, je n'y ai pas trouvé la même émotion. Peut-être pas écouté assez attentivement, peut-être que le disque n'est pas extraordinaire non plus.

Mais avant de demander, as-tu seulement terminé ton assiette de Tournemire ainsi que l'intégrale Reger (que je ne recommanderai pas à mes lecteurs ^^) ?


Sitôt qu'on commence à avoir cerné ses propres préférences en termes de facture et de répertoire, on se heurte vite à une indisponibilité massive: entre les labels disparus depuis des lustres (Solstice, Syrius, Adda, Pierre Vérany), les fonds de catalogue très partiellement réédités (Harmonia Mundi, Astrée, la collection Tempéraments de Radio France), les tout petits labels spécialisés faisant des pressages en très petite quantité et pas de rééditions (BNL Production, Ligia, Harmonic Records), les collections éphémères (Organa Viventia chez Sony) et de l’autre, on se trouve vite contraint à s’approvisionner sur le marché de l’occasion - où l’on peut mettre des années à trouver certains titres, du moins à des prix raisonnables (le public de l’orgue est probablement aussi plus enclin à collectionner et thésauriser.)

Tout à fait : beaucoup de tout petits labels (peut-être parce que ça coûte peu à produire, même pas de salle à louer, il suffit de prendre langue avec l'organiste titulaire), disparus ou très mal représentés dans les bacs. Il y a tout de même un avantage dans cette obscurité : énormément de bandes circulent, des vidéos facilement accessibles en ligne, qui permettent de connaître assez facilement les instruments, par rapport à d'autres répertoires – les orchestres symphoniques et les maisons d'Opéra contrôlent bien plus ce qui sort publiquement.


Merci pour tes réactions, inspirantes comme toujours !

4. Le samedi 18 septembre 2021 à , par Benedictus

Au fait, à propos du quatuor à cordes, de l'orgue et de leur public, j'imagine que tu connais ce vieux sketch génial de Jean Yanne?

5. Le dimanche 19 septembre 2021 à , par DavidLeMarrec

Oui, bien sûr, on ne peut pas passer à côté de ça ! <3

6. Le dimanche 26 septembre 2021 à , par David Rolland :: site

Bonjour à quelques uns. Je visite votre blog avec la certitude d’y trouver à lire (ou relire !) oh… une page, un paragraphe, une pensée qui me distraye et m’enchante, ou me pique au vif, moi qui ne suis pas musicien, mais bon mélomane, bien que sans crapahuter sur les sentiers des mondes de l’art musical. Eh bien, j’y ai trouvé, cher M. Le Marrec, ce que je venais chercher. J’ai bien-sûr lu le témoignage de vie et de conversion de votre compagne, l’épisode de l’orgue merveilleux. Soyez en remercié, car votre sincérité n’est pas douteuse.

Mais, là où j’attends une explication, c’est en lisant votre jugement sur les adeptes de Bach et sa musique. Ça pique les yeux… Bach, c’est l’esprit, pas le sang. La danse de la création, l’harmonie ciel et terre. Je me raidis à l’idée de bizarrerie que vous nous imputez, pourtant je suis du genre queer, mais quel mal y’ a-t-il à ça ? Enfin, j’admire avant tout chez Bach la musique vocale sacrée et consacrée aux dimanches. Sa musique concertante m’est familière. Quant à ses orgues, il y a bien des pièces que j’ai goûtées, mais je suis noyé dans le territoire en plein statu quo. Mais l’avenir a un sens, si la vie continue. Ne jugez pas si mal constamment les fervents amis de Bach. Allons, il y aurait une équivoque à ne pas admirer sa musique au langage unique, sur lequel je ne m’étale pas ici, sa beauté en un mot, sans voir que l’homme était un voyageur et un grand marcheur (il fit 400km à pied pour rencontrer Buxtehude), rebelle au dogme, récalcitrant à l’autorité, grand travailleur, peut-être était-ce là son génie, et somme toute, un gentilhomme.
Bon dimanche à vous.

7. Le mercredi 29 septembre 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour David,

Je ne suis pas certain de votre panégyrique de Bach contredise, au fond, ce que je cherchais à exposer : les zélateurs de Bach se situent au delà de ce que le sens commun pourrait chercher à embrasser en parlant de facture, d'acoustique, de réverbération, de prise de son, de structures cryptiques. Ils sont tout simplement hors de mon atteinte, garantis de mon pouvoir.

8. Le mercredi 29 septembre 2021 à , par Benedictus

Excuse-moi, cher David, de venir te relancer jusque chez toi - mais, à défaut de la discographie alternative promise, aurais-tu quelques recommandations discographiques précises pour les instruments que tu me citais en réponse (à part l'Art de la Fugue de Tribukait pour Lövstabruk, qui devrait m'arriver d'ici fin octobre)?

Parce que, pour l'instant, je n'ai pas trouvé de base de données qui permette de trouver une discographie à partir d'un nom de facteur. (Au mieux, on peut avoir ça à partir des noms de villes ou d'églises - et seulement pour la France - sur ce site.)

(Par ailleurs, Bach «rebelle au dogme, récalcitrant à l’autorité», c'est joliment trouvé.)

9. Le mercredi 29 septembre 2021 à , par Benedictus

Ah oui, et pardon pour l'esprit de l'escalier, mais juste une expérience assez contraire à ce que tu écris là:

et le quatuor utilise malgré des tout des formes qui restent plutôt intuitives (les scherzos, les rondeaux finaux, les variations, même la forme sonate lorsqu'elle n'est pas trop sophistiquée…) par rapport à la quantité de variations et de fugues du répertoire d'orgue.


En fait, pour moi qui ne maîtrise absolument pas le solfège, ça aura été tout à fait l'inverse: la variation et la fugue sont des formes dont il me semble avoir tout de suite compris le fonctionnement intuitivement, à l'oreille; la forme-sonate m'a pris un peu plus de temps - et je ne suis toujours pas certain d'avoir compris les logiques qui président au fonctionnement d'un scherzo ou d'un rondeau final (je vois à peu près comment ça marche, mais je ne comprends toujours pas tellement pourquoi.)

10. Le dimanche 3 octobre 2021 à , par DavidLeMarrec

Cher Benedictus,

Excuse-moi, cher David, de venir te relancer jusque chez toi - mais, à défaut de la discographie alternative promise, aurais-tu quelques recommandations discographiques précises pour les instruments que tu me citais en réponse (à part l'Art de la Fugue de Tribukait pour Lövstabruk, qui devrait m'arriver d'ici fin octobre)?

La discographie est en cours de préparation… mais c'est l'affaire de quelques semaines. Il y a pas mal d'heures de travail pour la regrouper, la mettre en forme, se rafraîchir les oreilles, écrire une petite présentation… (Or j'ai fait pas loin d'une vingtaine de concerts en septembre, plus le travail et les autres notules, bref.)

Si ça marche en accès libre (je crois que oui), j'ai commis cette petite sélection d'orgues baroques français très typés, dans des prises de son réussies : https://play.qobuz.com/playlist/6729440.

Sinon j'essaierai de te fournir quelques autres pistes, mais pour l'instant je cours un peu trop ! :)


Parce que, pour l'instant, je n'ai pas trouvé de base de données qui permette de trouver une discographie à partir d'un nom de facteur. (Au mieux, on peut avoir ça à partir des noms de villes ou d'églises - et seulement pour la France - sur ce site.)

France-Orgue, c'est quand bien puissant : tu peux chercher à partir des noms de facteurs sur Wikipédia (ou chercher des listes sur les sites spécialisés), et ensuite avec les noms de ville sur cette base de données tu peux trouver plein de disques correspondant à tel ou tel orgue, alors même que ce n'est pas forcément marqué, en magasin, à l'extérieur de la pochette !


En fait, pour moi qui ne maîtrise absolument pas le solfège, ça aura été tout à fait l'inverse: la variation et la fugue sont des formes dont il me semble avoir tout de suite compris le fonctionnement intuitivement, à l'oreille; la forme-sonate m'a pris un peu plus de temps - et je ne suis toujours pas certain d'avoir compris les logiques qui président au fonctionnement d'un scherzo ou d'un rondeau final (je vois à peu près comment ça marche, mais je ne comprends toujours pas tellement pourquoi.)

La variation, peut-être : forme ancienne et très appréciée. Mais à partir du deuxième romantisme, il faut s'accrocher pour reconnaître le thème derrière ses mutations, bien souvent. (La Passacaille de la Quatrième de Brahms, quoique très facile à écouter, ce n'est pas l'évidence même, formellement.)

Je crois par ailleurs que les amateurs de fugue sont non seulement très minoritaires parmi les mélomanes, mais en très grande majorité eux-mêmes musiciens ! :)

Bref, je pressens que tu dois être un cas un peu particulier.

11. Le lundi 4 octobre 2021 à , par Mefistofele

Par l'Enfer, des bondieuseries !

Disons-le tout net, je suis assez réfractaire à l'instrument comme à la musique. Avec d'autres instruments autour, je ne dis pas non (concertos de Poulenc ou Escaich, ou en touche comme chez Saint-Saëns et Holst), mais à part la Toccata et Fugue BWV 565 de Bach et Apparition de l'Église Éternelle de Messiaen, je n'ai pas souvenir d'une pièce pour orgue qui ne m'ait pas donné envie de couper le disque avant la fin. L'écoute de la récente intégrale Duruflé par Trotter, encensée par la critique, me fut d'ailleurs un supplice sans nom...

Poussé par moi-même (le démon de la curiosité) et aiguillonné par cet article fort riche, j'ai décidé de redonner sa chance à ce pan du classique que je méconnais absolument. Alors que les extraits proposés, informatifs et fort bien choisis, m'ont ennuyé au plus haut point, j'ai jeté mon dévolu sur les déviances présentées à la fin, et miracle, c'est cela qui m'a parlé ! Je trouve Ligeti absolument fascinant, et les extraits de Florentz en assurent une exploration systématique prochaine. Aussi, toute liste que tu aurais par devers toi sera attendue avec trépidation. Cela, ainsi que des conseils sachant mes perversions dans d'autres domaines... J'imagine que les langages modernes sont plus à même de plaire ?

Merci encore de contribuer à élargir les horizons de ton lectorat, qu'il soit (in)fidèle ou diabolique !

12. Le lundi 4 octobre 2021 à , par Mefistofele

Instant cuistrerie que j'ai oublié la nuit dernière...

Légère correction à propos de la leçon de choses donnée par Benedictus. Orgue devient féminin au pluriel lorsqu'il désigne de manière emphatico-poétique le bouquet de tuyaux d'une église, et non des instruments en général. On dira donc plutôt : si les orgues de Guimiliau sont savoureuses, j'avouerai un penchant pour les orgues fruités des Pays-Bas.

L'Académie française, pour peu que l'on tienne à suivre ses recommandations, a publié une notice sur le sujet, ainsi que les autres mots igender-fluid que sont amour et délice (tout est question de contexte). Le très gender-queer gens n'y est pas, tant pis ! Pour le plaisir de couper les cheveux en quatre et en raccourci... Masculin et féminin en même temps, l’accord varie selon que l'adjectif est anté- ou post-posé : Les petites gens sont généreux. En réalité, les règles sont ridiculement plus complexes... À quoi bon ?

Comme disent avec raison les anglophones, le diable est dans les détails !

13. Le mardi 5 octobre 2021 à , par DavidLeMarrec

Ma liste n'est hélas pas très étoffée en propositions très originales et déviantes (énormément de compositeurs très personnels ou radicaux par ailleurs ont commis des pièces d'orgue parfaitement conformes), mais je note bien que la demande est pressante (de même que la justice est pressée).

Plus ample réponse plus tard !

14. Le mardi 5 octobre 2021 à , par Benedictus

Oh, tiens, je suis en train d'écouter un disque d'œuvres pour orgue de Rihm (qui semble avoir été lui-même un bon improvisateur) - pas sûr cependant que ce langage vraiment très musique-contemporaine-allemande soit propre à plaire à notre méphistophélique camarade...

En revanche, quelque chose qui concerne directement ce que tu disais dans ta notule: l'instrument utilisé pour le disque d'œuvres pour orgue de Rihm paru chez Wergo, l'orgue Bares de la Kunst-Station Sankt Peter de Cologne (créer un centre pour l'art contemporain dans l'église de baptême de Rubens, ça ne pouvait être qu'une idée de Jésuites!), outre son étonnante apparence de cube avec façade à claire-voie d'où sortent des trompettes montées en chamade, possède d'après la notice un système de pression d'air variable qui, couplé à un système de persiennes multiples, offre des possibilités de régulation des dynamiques quasi inédites jusque là.

15. Le samedi 9 octobre 2021 à , par DavidLeMarrec

@ Mefisto :

Quel dommage !  Il est vrai que tu n'es pas le meilleur client, me semble-t-il, du LULLYsme, et que cela te ferme des pans entiers du meilleur répertoire organistique !

Du côté de Messiaen, il y a tout de même tellement mieux que l'Apparition, même dans un genre assez consonant comme L'Ascension ou La Nativité…

Duruflé, oui, c'est du néo-grégorien très épuré, pas exactement la médication qu'on attend si l'orgue ennuie. (Quitte à faire sobre, Tournemire, c'est autrement nourrissant.)

Effectivement, je suppose que tu aimeras avant tout de l'orgue du XXe siècle, mais je n'ai moi-même pas des tombereaux de recommandations, le meilleur se situant en réalité dans la musique improvisée. (Entendre Pincemaille, Latry ou Escaich, c'est quelque chose. Alors que leurs œuvres écrites ne sont pas du tout du même tonnel.)

Pour l'heure, la reprise des concerts, les dernières randonnées d'automne, le travail abondant et quelques impératifs personnels ne vont pas me laisser tout de suite achever l'entreprise (que j'avais espéré, un temps, inclure dans cette notule, avant que la lucidité ne me rattrape !).

16. Le samedi 9 octobre 2021 à , par DavidLeMarrec

@ Benedictus
Ah oui, cet orgue est assez incroyable visuellement, je l'ai déjà vu sur des pochettes de disque (et entendu aussi… rien de spécial à signaler sur le son…). Je ne sais pas quel type de dynamique ce nouveau système permet, mais fût-il employé sur chaque tuyau par le moyen de pédales (mais valable uniquement pour des pièces avec peu de pédalier…), il ne permettrait pas, mécaniquement, la différenciation fine d'une attaque comme au piano. Je ne crois pas que la technologie, sauf à embaucher un régiment de fantassins qui contrôleraient eux-mêmes le souffle de chaque tuyau pendant l'exécution, pourrait résoudre cette limite structurelle.
Merci en tout cas de l'avoir signalé, j'ignorais cette caractéristique !

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David Le Marrec

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