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samedi 5 mars 2016

[Carnet d'écoutes n°94] – Victoires de la Musique 2016 : Elsa Dreisig, Balkis et Boulez


Poignée de précisions (peut-être) utiles autour de la manifestation.



¶ Contrairement aux habitudes, où les Révélations sont en général de jeunes chanteurs très confirmés, s'étant déjà produits sur toutes les plus grandes scènes, cette année, nous avions de véritables « débutants », au sens où les chanteurs nommés venaient bel et bien de terminer leurs études.

Pour tous ceux intéressés par Elsa Dreisig (suivie depuis 2014 par nos soins), quelques étapes dans son parcours, comme liedersängerin ou dans les concours (Neue Stimmen, Clermont-Ferrand, Victoires de la Musique…), suivez le guide sur CSS.
Les franciliens pourront l'entendre sur scène dans un rôle majeur avec Pamina de la Flûte enchantée, la saison prochaine.

Totalement fulgurante dans le lied et la mélodie (qualités linguistiques, naturel d'émission, brillant, variété des postures vocales, abattage exceptionnel), je me demande ce que peut faire d'elle une carrière lyrique, où elle n'aura accès, considérant sa voix, qu'à des rôles très légers, pas forcément intéressants dramatiquement – surtout considérant que le vaste répertoire français pour lyrique léger n'est que très peu exploré, hors très petites scènes (mais elle aspire évidemment à davantage). Les extraits d'opéras entendus jusqu'ici me font craindre le risque d'essayer d'élargir le son en poussant, et donc d'aigrir l'instrument, de lui faire perdre son superbe squillo (éclat, résonances aiguës trompettantes). Ne nous l'abîmez pas, de grâce.

J'avais entendu quelques échos sur son caractère un peu extraverti / fantasque, mais je puis tout de suite vous rassurer : moi non plus, je n'ai rien compris à son discours. J'ai lu çà et là qu'elle faisait courir un risque à sa carrière, mais pour cela, encore faudrait-il que le message soit passé. On peut supposer qu'elle répondait par là à des remarques faites par des professeurs ou des jurys, qui ne concernaient qu'elle et n'avaient donc pas grand sens dans un discours public, toutefois, comme on n'est pas embauché sur sa capacité discursive… Par ailleurs, les carrières de Kathleen Battle, Angela Gheorghiu ou Sonya Yoncheva, sur lesquelles courent nombre d'anecdotes révélant un comportement pas toujours gracieux, sont là pour prouver que, passé un certain degré de compétence, le caractère n'est pas décisif pour une belle carrière – je n'ai pas l'impression que ce soit le même type de profil, de toute façon (elle me paraît plus extravertie que capricieuse).



¶ On se plaint toujours du programme convenu, mais cette fois, le long air de Balkis dans La Reine de Saba de Gounod constituait un petit événement. Je ne suis pas sûr qu'il ait servi la cause, cela dit, avec Karine Deshayes plus opaque qu'à son habitude, un air un peu solennel hors contexte, et chanté de façon assez peu intelligible… plutôt de quoi faire tordre le nez à ceux qui sont gênés par les Carméén jeu t'émeuh. L'œuvre mérite vraiment l'écoute, ne vous arrêtez pas là.

Je me dis qu'un extrait des cantates romantiques qu'elle a superbement enregistrées, beaucoup plus vifs et accessibles, auraient mieux flatté tout le monde, la musique française, la chanteuse et le public.
Néanmoins, effort apprécié.



¶ Pour le reste, toujours assez amusé par l'acharnement à mettre la musique contemporaine à l'honneur tout en l'occultant le plus possible. Hommage à Boulez sans en faire entendre une note. Faire jouer le vainqueur l'année suite, quel non-sens !  On pourrait tout à fait, pour ne pas les faire travailler inutilement, révéler le vainqueur à l'orchestre en amont, de façon à pouvoir jouer le vainqueur l'année de sa Victoire. Vous me direz, comme ce sont toujours les quatre mêmes (Tanguy, Escaich, Hersant, Connesson… et puis ?) qui sont nommés, ce n'est pas comme si on allait de révélation en révélation.

Comment nommer le « compositeur de l'année » de toute façon, quel sens cela peut-il avoir, quel critière à part « c'est mon copain » ou « il enregistre chez Naïve » ? 



Au demeurant, contrairement à beaucoup de camarades mélomanes, cette émission me met toujours de bonne humeur : c'est bancal, et justement, il y a un côté touchant, qui évoque l'époque où avoir de la musique filmée relevait de l'événement, si bien que ces Victoires représentaient une respiration incroyable pendant l'année musicale. Imparfait, mais cela reste de la bonne musique par de bons interprètes, mélangés dans une pochette surprise, difficile de ne pas prendre un peu de plaisir à survoler la soirée.

David Le Marrec

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