Carnets sur sol

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mercredi 12 novembre 2014

[Vidéo] — König Stephan de Beethoven, Kampf und Sieg de Weber… Requiem de Mozart — Insula Orchestra, Équilbey


En réalité, l'actualité est surtout l'occasion de mentionner deux très belles œuvres de Beethoven et Weber qu'on n'entend jamais (alors que vu le taux de ressassement dans les salles, on pourrait croire que le catalogue est tout entier usé).

Un disque pour un tube

Par l'Insula Orchestra, le disque tout récent du Requiem de Mozart (écoutable ) est très décevant, je ne comptais pas en parler : à quoi bon convoquer un orchestre spécialiste sur instruments d'époque pour produire un résultat plus pâteux et indolent que la plupart des orchestres traditionnels ? Une des versions les moins intéressantes de celles qui m'aient été donné d'entendre, même en allant chercher des ensembles modestes et des époques plus reculées.

C'est le début de l'ensemble, peut-être qu'il évoluera favorablement — mais à ce jour, autant j'admire complètement la référence ultime qu'est devenue Accentus dans beaucoup de répertoires, autant Équilbey comme chef d'orchestre reste tout de même très peu efficace (souvent mou et peu habité, justement, alors même que les programmes sont souvent très intéressants).

Un concert vidéo de raretés précieuses

Néanmoins, et c'était plutôt là mon sujet, je voulais signaler la vidéo disponible d'un concert au très beau programme, par les mêmes :
http://www.citedelamusiquelive.tv/Concert/1022328/4.html.

König Stephan, Ungarns erster Wohltäter (« Le roi Étienne, premier bienfaiteur de la Hongrie) est l'une des plus belles musiques de scène de Beethoven — bien supérieure aux Créatures de Prométhée, par exemple, assez peu passionnantes hors contexte. Étrangement, jusqu'ici, il semble qu'il soit toujours impossible d'en entendre l'intégralité au disque. La version Tilson-Thomas avec le LSO (chez BMG) est la plus complète, me semble-t-il (la plupart des autres se limitant à quelques fragments), mais il manque tout de même les mélodrames (dont un très vaste, avec beaucoup de belle musique derrière !). Or, le mélodrame, c'est quand même la plus-value de la musique de scène (quand on la donne hors contexte, je veux dire), ce qui lui donne vie au lieu d'en rester à des bouts d'atmosphère éparpillés.
Dans ma partition, il existe même une version courte du texte théâtral, on pourrait vraiment enregistrer le tout sur un disque d'une heure... Mais manifestement, pas le moindre pékin sur le créneau, alors qu'il s'agit tout de même de Beethoven de maturité (1811) !

La pièce, comme Die Ruinen von Athen, est due à Kotzebue, et devait de même inaugurer le nouveau Théâtre Allemand de Pest, avec la musique de Beethoven — une œuvre de commande très officielle, approuvée par l'Empereur. Il faut au moins écouter la Geistlischer Marsch (vers 17' ou 18' sur la vidéo), dans la veine du Ringraziamento du Quintième Quatuor, un petit moment de grâce suspendue. Et puis le final assez délirant, dans le genre de la Fantaisie chorale (et donc un peu de la Neuvième et de Fidelio).

En revanche, contrairement à ce que pourrait laisser croire le programme (qui mentionne les extraits sélectionnés chez Weber, mais nomme toutes les entrées de ce Beethoven), seule une fraction de l'œuvre est jouée… et pas les mélodrames ! Partie remise une fois de plus.

Puis venaient des extraits de la cantate Kampf und Sieg de Weber, écrite pour célébrer la victoire de… Waterloo. Très loin du figuralisme très anecdotique de la Bataille de Wellington par Beethoven, c'est une réelle cantate dans la veine sacrée, pour ne pas dire un court oratorio : les récits, les personnages allégoriques, les moments médiatifs ou narratifs s'entrecroisent. Encore plus rare que König Stephan (je ne suis même pas sûr que l'œuvre ait déjà été publiée au disque), l'œuvre est pourtant du meilleur Weber, dans la contemplation (« Brüderlich », le trio de la Foi, l'Espérance et l'Amour — étrangement chanté à quatre dans ce concert, la partie de baryton, la Foi, étant doublée —, suspendu sur son solo de violoncelle, dans la couleur harmonique des airs d'Agathe) comme dans l'épopée (la bataille symphonique ayant beaucoup de traits en commun avec la Gorge du Loup).
Et, bien sûr, les clins d'œil charmants des airs militaires, où « Ah, ça ira » gonflant terriblement dans l'orchestre est commenté par les paroles pieuses et horrifiées des soldats germaniques.

Notez que le texte de la cantate est dû à Johann Gottfried Wohlbrück, le père de Wilhelm August Wohlbrück, librettiste majeur pour Marschner, notamment à l'origine de Der Templer und die Jüdin et bien sûr Der Vampyr d'après Polidori, auquel CSS a déjà consacré une série, s'attachant en particulier au redéploiement astucieux de la matière-première par Wohlbrück Jr.

Suite de la notule.

mercredi 5 novembre 2014

[Carnet d'écoutes] Nouveauté : Les Scènes de Faust de Schumann par Gerhaher & Harding


En quelques années, la discographie sinistrée de cet étrange bijou est devenue très généreuse… L'occasion de dire un mot de la discographie.

Schumann — SZENEN AUS GOETHES FAUST — Gerhaher, Miles, Harding
-


Dire qu'il y a cinq à dix ans, on manquait cruellement de bonnes versions des Scènes de Faust ! Britten et Klee épouvantablement mous, Abbado assez lourdement chanté par Terfel, Herreweghe très allant mais au chant un peu court et fruste… il fallait se rabattre sur les bandes radio (Luisi-Gerhaher avec le COE, toujours pas égalé à ce jour ; Harnoncourt-Goerne avec la Radio de Vienne ; Harnoncourt-Gerhaher avec le COE…). Et puis, coup sur coup, arrivent enfin trois grandes versions peut-être pas tout à fait aussi ardentes, mais vraiment indiscutables :

Wit (Naxos), incroyablement évident et généreux orchestralement, et très bien chanté. Ma version discographique de référence.

Harnoncourt avec le Concertgebouworkest (label de l'orchestre), avec Gerhaher. Moins cinglant que les précédentes versions (et Gerhaher légèrement moins insolent), mais toujours de superbes couleurs et beaucoup plus de vie qu'à l'ordinaire.

¶ Enfin, paru le mois dernier, Harding avec l'Orchestre de la Radio Bavaroise (label de la radio), également les partenaires du fabuleux récital d'opéra romantique allemand, déjà avec Gerhaher. Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, c'est une lecture délicate, très fondue, pas du tout dans la recherche de contrastes ; mais elle tire un très beau parti, sans se hâter, de couleurs poétiques difficiles à tirer en principe de l'orchestre de Schumann, surtout dans cette œuvre (avec ses doublures à la truelle). Les deux basses (Miles et surtout Rydl) accusent leur âge, mais autrement le chant est beau partout, et en particulier du côté du pupitre des sopranos de la Radio Bavaroise, juvéniles et radieux (c'est rarement le cas dans les grands chœurs constitués).
Christian Gerhaher prodigue des merveilles sur ce texte, aussi bien vocales (pas de couverture excessive, mais un son toujours homogène et dense, se riant de toutes les difficultés) que textuelle (personne ne le dit avec plus de précision et de vigueur, et sans afféterie pour autant). Et Christiane Karg, également liedersängerin (son premier album n'était pas un album d'opéra, me sembe-t-il !), est ici à son meilleur, rayonnant avec simplicité — sans les blancheurs que peuvent faire apparaître d'autres langues ou d'autres répertoires.

Écouter en ligne gratuitement :


David Le Marrec


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