Carnets sur sol

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dimanche 18 janvier 2015

[Avant-concert] La Belle au Bois de Respighi


En ce moment, l'Opéra Studio de l'Opéra du Rhin fait une tournée avec La Bella addormentata nel bosco de Respighi. Qui passe notamment par Paris avec des représentations en ce moment à l'Athénée.

Pour ceux qui hésitent : l'œuvre est très différente aussi bien de la bigarrure des suites symphoniques romaines que du ton sérieux pas passionnant de La Fiamma. Il s'agit d'une œuvre assez variée, au ton primesautier, plutôt à rapprocher des conversations en musique de Wolf-Ferrari, les virtuosités vocales en plus. Le livret ne raconte rien : acte I, les animaux chantent la naissance de la princesse ; acte II, elle se pique le doigt ; acte III, le Prince arrive. Pas beaucoup plus de matière dramatique que dans le ballet de Tchaïkovski. En revanche la musique est belle, mobile, assez consonante mais pas dépourvue de recherche.

Il s'agit d'une réduction, je n'ai pas vérifié pour quel effectif. Le livret a été traduit et adapté, ce sera donc probablement une première mondiale en français — une initiative que j'appelais de mes vœux, mais considérant que ces chanteurs viennent de tous les pays, je ne puis garantir la réalisation.

La seule réserve pourrait être que les voix de l'Opéra Studio, destinées à former des chanteurs lyriques solistes internationaux, ne sont pas toujours gracieuses (sans être aussi moches que celles recrutées à l'Atelier de l'Opéra de Paris, qu'on se rassure), mais à une exception près, je n'ai pas écouté les chanteurs de cette promotion, je ne puis donc dire.

L'Elisir d'amore sur instruments d'époque — (Donizetti par Opera Fuoco)


Voilà quelques semaines qu'était prévue une notule sur les mignardises et finesses d'orchestration de l'Élixir, assez loin de ce qu'on peut entendre ailleurs chez Rossini, dont les modes d'expression, particulièrement dans ses opéras (car il a écrit de nombreux quatuors d'une très belle facture classique), étaient en général assez sommaires : mis à part Les Martyrs, Il Diluvio universale et à la rigueur La Favorite, il ne brille pas par la diversité et l'audace de ses moyens, en général. Bellini va ménager de temps à autre des petites appoggiatures, quelques (petites) surprises rythmiques… Donizetti, lui, laisse généralement l'orchestre battre la mayonnaise, et les harmonies spartiates tombent bien comme il faut sur les temps.

La notule n'est toujours pas finie, mais en attendant, on s'est fait le plaisir d'aller entendre l'œuvre… sur instruments d'époque, ce qui n'a sauf erreur jamais été documenté au disque — je suppose que ça a déjà été fait en concert, mais je n'en ai jamais passer de version.

La soirée était proposée par l'ensemble spécialiste Opera Fuoco, dirigé par David Stern, dans leur lieu de résidence, le vaste Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, sorte de cathédrale profane édifiée au centre de la ville. Néanmoins, considérant leur legs discographique (au moins quatre parutions : cantates romantiques françaises, Zanaida de J.-Christian Bach, Semele et Jephtah de Haendel) et l'originalité, la qualité de leurs réalisations (les français et le Bach sont splendides, d'un très beau grain et d'une ardeur presque fulgurante), il est hautement probable qu'ils s'envolent bientôt vers des scènes plus exposées. Quand on collabore déjà avec une figure aussi cotée en France que Karine Deshayes, ce n'est une question d'heures.


Le début de l'opéra par Opera Fuoco dirigé par David Stern.


1. Qu'est-ce que ça change ?

Évidemment, pour le répertoire romantique, le contraste (et la liberté) sont forcément moins grands que pour du répertoire antérieur : à part quelques possibilités (assez réduites ici, et pas tentées non plus) de diminutions, et éventuellement d'étoffement des accompagnements pour clavier (très courts et rares de toute façon), tout est écrit.

Les cordes sont plus fines, et surtout Stern les dirige différemment : tempi plus vifs, tentatives de lier ou détacher les accompagnements, et bien sûr les différences structurelles induites par les archets différents et les boyaux – attaques plus nettes, peu d'appétence pour le sostenuto.

Les vents surtout changent totalement de couleur : flûtes plus chaleureuses, hautbois très fruités, clarinettes très douces (et on en entend assez rarement, des clarinettes de « première facture », vu la période concernée), bassons plus rocailleux, cors plus cuivrés et astringents… Toute la famille des vents perd ses joliesses lisses et homogènes au profit d'une personnalité beaucoup plus grande et d'une grande douceur — d'autant plus que les instrumentistes en question sont vraiment excellents. On entend leurs interventions avec netteté en permanence, loin de la mélasse qu'est ensuite devenu l'orchestre symphonique (obligeant les compositeurs à raffiner l'orchestration pour laisser percevoir les « strates » de leur écriture).

¶ Bien sûr, l'équilibre aussi est différent : les chanteurs n'ont jamais à forcer, les timbres naturels ne créent pas ce « mur » d'harmoniques propre à l'orchestre moderne.

En somme, sans être spectaculaire, le contraste était audible… et remarquablement réalisé. Le plaisir pris par les musiciens était souvent visible jusque sur leurs mines. Et voir un altiste s'amuser dans Donizetti, ce n'est pas tous les jours — on fait rarement violoniste pro dans l'espoir de gagner sa vie à faire des ploum-ploums.

2. Partition : versions et coupures

Suite de la notule.

David Le Marrec


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