Carnets sur sol

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mercredi 30 juillet 2008

Une saison en France : Ernest REYER - Salammbô

(Mise à jour du 23 septembre 2008 : en fin d'article, nous avons enregistré des extraits de l'oeuvre pour Carnets sur sol.)

L'Opéra de Marseille, dont on susurrait qu'il remettrait en scène Sigurd, dix-sept ans après sa précédente exécution (avec notamment Cécile Perrin et Jean-Philippe Lafont), propose finalement Salammbô !

Rien que pour nous faire mentir, naturellement, puisque nous avions pris le pari que cet opéra, pour diverses raisons que nous allons vous livrer, ne serait jamais remonté...


Gravures représentant plusieurs scènes de l'opéra.

Etat de la discographie

L'oeuvre est nettement moins fondamentale que Sigurd [1] - mais Sigurd a déjà été joué il n'y a pas si longtemps à Marseille (il y a dix-sept ans), et à Montpellier en 1993 et 1995. Tandis que de Salammbô, il n'existe à notre connaissance dans les trois quarts de siècle passés qu'un extrait du second air du rôle titre, par Germaine Martinelli, pas fabuleusement interprété, et peut-être même pas reporté sur CD.

Il n'en existe donc aucune intégrale enregistrée, ni officielle, ni officieuse.

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Etat de la partition

Néanmoins, la réduction piano-chant se trouve aisément (et c'est une bonne nouvelle que le matériel d'orchestre existe toujours pour pouvoir remonter l'ouvrage [2]) chez les bouquinistes, et c'est par ce biais que CSS peut vous présenter l'ouvrage, suite à des lectures régulières de l'ensemble de l'oeuvre.

Il faut toutefois s'attendre, vu la durée réelle de l'oeuvre (trois heures minimum), à des coupures conséquentes à Marseille.

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L'oeuvre

Salammbô, le dernier opéra de Reyer, est une fort belle oeuvre, moins raffinée cependant que Sigurd. On rencontrera quelques facilités orientalisantes dans la mélodie (des descentes sinueuses de gammes en octaves, qui lorgnent parfois vers des debussysmes qui devaient être dans l'air du temps), et harmoniquement, bien que moins efficace de Sigurd, la recherche en est comparable : très soigné et assez inventif pour de l'opéra français. On ne pâlit pas face au modèle modulant meyerbeerien ; en particulier, on hérite d'un souci de sans cesse renouveler la poussée dramatique au moment où les phrases musicales pourraient retomber. On trouve même (ce qui n'est pas le cas de Meyerbeer, époque oblige) un certain nombre d'accords enrichis (certes avec mesure) ou d'anticipations qui créent de petites tensions pas très audacieuses, mais sensibles. A l'inverse, certaines pages sont remplies par un seul accord parfait arpégé, ce qui ressemble parfois à du remplissage, tout en suivant d'un peu loin les recettes de Sigurd.

Le livret d'après le roman de Flaubert est dû à Camille du Locle, également colibrettiste de Sigurd (d'apèrs le Nibelungenlied) et du Don Carlos de Verdi (d'après Schiller).

Reyer s'est toujours plongé dans des atmosphères lointaines, témoin :

  • Le Sélam, ode symphonique sur un texte de Théophile Gautier (1850) ;
  • Sacountala, ballet ;
  • La Statue, également dans un environnement oriental (malgré le frontispice très 'chevalier chrétien' de l'édition destinée aux familles), qui semble à la lecture assez schématique et faible, essentiellement centré autour de son vaste ballet (1861) ;
  • Erostrate, dont la partition est introuvable, car pas diffusée au grand public en raison de son échec immédiat, ce qui pique notre curiosité vu la réalisation très intéressante de ses deux opéras suivants, Sigurd et Salammbô...
  • Sigurd, dans l'atmosphère épique du Nord sauvage ;
  • Salammbô, dans une antiquité qui sonne assez arabisée à l'oreille contemporaine.


Malgré quelques tournures orientales attendues, Salammbô séduit par son sens incontestable du climat et par ses péripéties très esthétisées. Un opéra qui, sans être majeur, dispose de toutes les qualités pour toucher. On dépasse largement la qualité et l'intérêt de certains Massenet souvent joués comme Manon ou Don Quichotte.

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L'impossible résurrection

Nous prédisions cependant, malgré les séductions d'une pièce d'après Flaubert sur l'imaginaire d'un programmateur et des spectateurs ; malgré l'orientalisme plaisant, malgré la qualité de la partition, malgré le souffle de certaines scènes ; nous prédisions en effet que Salammbô ne serait jamais remontée.

Pourquoi ?

C'est très simple :

Lire la suite.

Notes

[1] Voir notre série autour du Sigurd de Reyer.

[2] Le matériel d'orchestre, pour les pièces qui ne sont pas des standards, est loué aux orchestres. Seul l'éditeur dispose d'une copie, et par voie de conséquence, pour les oeuvres rares qui n'ont pas besoin d'être présentes en plusieurs exemplaires, si le grenier brûle, est inondé ou si les rongeurs connaissent un petit surcroît d'activité musicophage, l'orchestration peut être perdue sans retour (si jamais les manuscrits ne sont pas bien rangés dans une bibliothèque...).

Suite de la notule.

Menus projets

Outre les propres 'concerts commentés' de CSS, qui devraient reprendre dès le début de l'année si nos partenaires sont toujours intéressés, une activité de spectateur itinérant est à prévoir, peut-être plus nette que pour les saisons passées. (Rien du tout pendant des années, Ulysse de Rebel à la Cité de la Musique en juin 2007, et Bruckner / Herreweghe à Saintes en juillet 2008.)

Quelques spectacles ont retenu notre attention. Nos suggestions peuvent peut-être donner quelques idées aux lecteurs de CSS, qui sait.

En avant pour le prosélytisme. Tour d'horizon de quelques représentations françaises engageantes.

Suite de la notule.

mardi 29 juillet 2008

Langue de vipère

Pour lire CSS médire méchamment du Don Giovanni d'Östman, c'est par ici.

Une exception dont il faut profiter, parce qu'ensuite vous mangerez encore recommandations et enthousiasmes pendant longtemps.

mardi 22 juillet 2008

Les lutins au concert (2007-2008)

Suite à une question (idiote, bien sûr) posée chez des voisins de Carnets sur sol, ce sera l'occasion, pour une fois, de hiérarchiser un peu, ce que nous répugnons à faire d'ordinaire.

Pour une fois, c'est assez aisément possible, selon le plaisir pris, tout bêtement.

On considèrera logiquement que le Concours de Quatuor en juillet 2007 appartenait à la saison 2006-20007 (on l'a déjà dit, c'était là une orgie esthétique permanente).

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Trois concerts cette saison se classent parmi les quelques grands moments vécus en salle :

1) Arriaga / Ligeti / Mendelssohn : Quatuor n°3, Quatuor n°1, Octuor
Quatuors Quiroga et Ardeo.
Les Ardeo montrent une maîtrise technique hallucinante dans Ligeti, sans jamais sacrifier l'humour de ces pages. Les Quiroga, eux, inventent phrasés inédits sur phrasés inédits, avec un fruité exceptionnel. Je me demande si j'ai déjà entendu meilleur quatuor. L'Octuor, mené par le premier violon des Quiroga, sa grâce, ses respirations, son son légèrement acidulé mais charnu, est une merveille comme je n'en avais pas souvent entendue pour un ensemble à cordes, quatuor compris...
http://operacritiques.free.fr/dss/index.php/2008/05/10/95

2) Bruckner, Motets, Aequales, Messe pour vents ; Herreweghe, Collegium Vocale, Solisti del Vento
Spiritus en a parlé ici, j'en ai parlé chez moi, je n'y reviens pas. Avec un programme rare, des oeuvres majeures et une exécution hors du commun, totalement mémorable.
http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2008/07/16/991

3) Récital Jérôme Varnier / Jean-Marc Fontana
Poulenc, Ravel, Françaix, Mozart, Massenet, Glinka, Rossini.
Profondeur de la voix, clarté de la diction, programme très original. Les meilleurs Don Quichotte à Dulcinée que j'aie jamais entendus, et Dieu sait que c'est souvent donné ! Bouleversant - et le Glinka (Ivan Soussanine ou Une vie pour le tsar) aussi...

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Trois concerts exceptionnels peuvent y être accolés :

Suite de la notule.

mercredi 16 juillet 2008

Anton BRUCKNER - Motets, Aequales, Messe pour vents (Saintes 2008) - Herreweghe, Collegium Vocale

Contexte

La place réservée aux concerts dans l'Abbaye-aux-Dames se révèle relativement réduite, puisque la scène se trouve avant même le transept. Seul le reste de la nef (et la tribune d'orgue désaffectée, pour les invités) permet de recevoir les spectateurs, qui emplissaient intégralement, ce soir-là, l'espace disponible.

L'acoustique s'en révèle très satisfaisante, puisque les coupoles sur pendentif étêtées (coupées à leur base par un plafond plat en bois) évitent une réverbération trop complète par la pierre. Bien sûr, les cuivres créent, dans le forte, une légère saturation, mais le son dans l'ensemble demeure extrêmement clair, pas du tout abîmé ou mêlé. Et bien sûr mis en valeur par la légère résonance.

Un programme bref, aussi rare que remarquable, était proposé par Philippe Herreweghe : un ensemble Bruckner, trois motets (Ave Maria, Os justi, Locus iste) en alternance avec les deux Aequales pour trois trombones, et la messe pour vents (en mi mineur).


L'environnement spatial et acoustique de la soirée.
A gauche, la profondeur de la nef depuis l'arrière-scène (avec la tribune d'orgue désaffectée, sous la fenêtre ouest - nécessairement en contre-jour à cette heure).
A droite, les coupoles coupées à la base par le plafond plat en bois.
Oeuvres

Les Aequales sont deux chorals, assez mahleriens (voyez celui qui ouvre Urlicht), judicieusement couplés avec les motets a capella qui utilisent les mêmes recettes musicales, à savoir un « tuilage », avec des tensions harmoniques qui se succèdent à partir d'accords enrichis consécutifs, sans relâcher la tension - comme chez Clara Wieck-Schumann (cf. Sie liebten sich beide, par exemple), comme chez Gustav Mahler (final de la Deuxième, de la Troisième, de la Huitième symphonies). Cette progression constante est extrêmement enthousiasmante à entendre - ces Motets constituent, en tout état de cause, l'un des corpus fondamentaux du répertoire a capella romantique, avec les Schubert, Mendelssohn et Brahms notamment.
La confrontation des deux types d'oeuvre permettait de mettre en valeur le timbre propre à chaque formation, en le ravivant, par contraste, à chaque alternance.

La Messe pour vents synthétise en réalité ces qualités avec, par moment, la majesté et les unissons propre au langage des symphonies. Deux hautbois, deux clarinettes (avec une alternance de modèles si bémol et la), quatre cors, deux trompettes et trois trombones forment désormais l'orchestre, qui entre, après un Kyrie a capella, pour le Gloria. La fusion entre le style des motets et celui des symphonies se réalise pleinement dans l'Agnus Dei (bissé), avec de nombreuses tensions délicieuses et continues qui témoignent d'une parfaite compréhension de la force de l'écriture chorale, un héritier de Mendelssohn qui lui aurait adjoint un savoir-faire de premier plan de l'élan.
Le plus beau moment de la partition réside vraisemblablement dans le Sanctus (quoique, la fin ineffable du Credo...), bâti sur des vagues vocales splendides, et dont l'harmonie rappelle, sinon les contemporains nordiques, du moins le vingtième siècle scandinave et finnois (de Lidholm à Rautavaara...).

Interprétation

Suite de la notule.

David Le Marrec


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