Fuite de la saison à venir de l'Opéra de Paris (côté opéra uniquement),
via Mickt, la terreur des services
communication des grandes salles parisiennes.
Pas beaucoup de nouveautés — et assez peu de nouvelles productions,
j'ai l'impression, choix à double tranchant considérant que les
reprises, hors tubes, sont en général très vides même à tarif réduit.
Mais deux créations et de belles distributions, ce n'est déjà pas si
mal vu la ligne générale de la maison depuis le sabordage par Lissner (
cf. §5 pour ceux qui ont oublié) et les objectifs
d'équilibre économique d'Alexander Neef… quitte à sacrifier
l'exaltation artistique. [Tout cela pose de grandes questions sur
l'objectif et la vocation d'une maison d'opéra, d'ailleurs. J'en ai
déjà
souvent parlé, je n'y reviens pas.]
Je souligne dans les distributions ce qui me paraît attirant.
Baroque et classique
En l'état des fuites (qui semblent assez complètes), aucun opéra
baroque n'est annoncé – alors qu'on avait toujours un Haendel, et même
souvent une tragédie en musique ces dernières années, le Seicento
s'invitant même à Bastille ce printemps !
En revanche,
quatre séries Mozart (pourquoi se fatiguer à jouer
autre chose du XVIIIe siècle, hein).
¶
Idomeneo
: direction
Antonello
Manacorda,
nouvelle
mise en scène Wajdi Mouawad
Allan Clayton,
Lea Desandre, Johanna
Wallroth,
Elsa Dreisig,
Laurence Kilsby,
Bergsvein Toverud,
Morgan-Andrew King.
¶
Don Giovanni
:
nouvelle mise en scène
Louisa Proske.
Deux séries, l'une en janvier, l'autre en mai.
direction
Pablo-Heras Casado ; Peter Mattei, Slávka
Zámečníková, Amitai Pati, Kwangchul Youn, Jacquelyn Stucker, Joshua
Bloom, Vartan Gabrielian, Elena Villalón / Ilanah Lobel-Torres
direction Stéphanie Childress ;
Davide Luciano, Jeanine De Bique, Manase Latu,
Alexander Tsymbalyuk, Tara
Erraught, Joshua Bloom, Morgan-Andrew King,
Patricia Nolz
¶
La Clémence de Titus ;
direction
Harry Bicket,
mise en scène
Willy Decker
Pavol Breslik /
Matthew Polenzani,
Hanna-Elisabeth
Müller, Johanna Wallroth, Emily D’Angelo, Maria Warenberg,
Alex Rosen
Romantiques italiens
Comme il faut bien remplir, l'essentiel de la saison est occupée par
des titres (très) célèbres de compositeurs romantiques italiens. (
La Riva delle Sirti
de Luciano Chailly, c'est pas pour tout de suite.) Et toutes des
reprises de mises en scène existantes, au moins on a économisé sur ça.
¶
Rossini, Il Barbiere di Siviglia.
direction Jader Bignamini /
François López-Ferrer
mise en scène Damiano Michieletto
Jack Swanson / Josh
Lovell, Lea Desandre / Marina Viotti,
Nicola Alaimo,
Huw Montague
Rendall /
Andrzej
Filończyk, Adolfo Corrado
¶
Donizetti, L'Elisir d'amore
direction
Evelino Pidò
mise en scène Laurent Pelly
Pretty Yende, René Barbera, Davide Luciano,
Ambrogio
Maestri, Isobel Anthony
¶
Donizetti, Don Pasquale
direction Speranza Scappucci
mise en scène Damiano Michieletto
Pietro Spagnoli,
Vito Priante,
Lawrence Brownlee,
Olga Kulchynska,
Jianhong Zhao
→ Distribution de feu ! (Mais je
ne sais pas trop où en sont vocalement Priante et surtout Spagnoli, mes
dernières écoutes remontent.) J'attends toujours d'être favorable
impressionné par Scappucci.
¶
Verdi, Il Trovatore
direction Timur Zangiev
mise en scène Alex Ollé
Tamara Wilson / Saioa Hernández, Yulia
Matochkina, Yusif Eyvazov /
Gwyn
Hughes Jones,
Quinn
Kelsey /
Artur
Ruciński
→ Attention, GHJ, c'est pour les
amateurs de voix mixte et pas de gros tromblons. Il devrait être moins
concurrencé par l'orchestre que dans
Turandot.
J'aurais spontanément plutôt proposé ça avec des voix claires
comparables et instruments d'époque, façon
Trouvère de
Hofstetter.
¶
Puccini, Turandot
direction Eun Sun Kim
mise en scène Robert Wilson
Elza van den Heever /
Anna Pirozzi, Yusif
Eyvazov, Adriana Gonzalez / Gabriella Reyes, Carlo Bosi, Alexander
Tsymbalyuk
Standards français
En français non plus, pas beaucoup de prise de risque : des titres
fréquemment joués aujourd'hui – en trois ans, chaque grande salle
d'opéra parisienne aura fait son
Werther…
L'exploration du répertoire historique de la maison repassera.
¶
Gounod, Roméo & Juliette
direction
Fabien Gabel
mise en scène
Thomas Jolly
Amina Edris / Nadine Sierra,
Pene
Pati /
Juan Diego
Flórez,
Julien Henric, Seray
Pinar / Maria
Warenberg, Sylvie Brunet-Grupposo
¶
Thomas, Hamlet (version
ténor)
direction Michael Schønwandt
mise en scène
Krzysztof Warlikowski
John Osborn, Adela
Zaharia, Clémentine
Margaine,
Jean Teitgen,
Julien Henric,
Laurent Naouri, Manase
Latu,
Vartan Gabrielian
¶
Massenet, Werther
direction Nathalie Stutzmann
nouvelle mise en scène
Robert Carsen (coproduction
Baden-Baden,
voyez ici)
Benjamin Bernheim /
Michael
Spyres, Aigul Akhmetshina, Gordon Bintner,
Laurent Naouri,
Christophe Mortagne,
Franck
Leguérinel, Sandra Hamaoui
Allemands
Le
Ring de Wagner occupe évidemment toute
la place : quelques représentations du
Crépuscule des Dieux
en octobre, puis deux cycles complets vendus à prix d'or en novembre.
Les distributions ont été annoncées officiellement depuis plusieurs
mois par l'Opéra lors de la vente des cycles.
Richard Strauss a totalement disparu des rayons, et je ne parle même
pas d'espérer Weber, Marschner, Schreker (jamais à l'Opéra de Paris !)
ou quoi que ce soit d'autre que l'
Enlèvement
au Sérail, la
Flûte enchantée
ou la
Veuve joyeuse…
XXe siècle / opéra slave
Très peu d'offre, dans ce qui est représente la période la plus variée
en esthétiques – et où l'on trouve, aussi, des livrets plus affinés, si
l'on sait chercher.
Il se limite en réalisé à deux titres slaves assez prisés du public
plus « musiqueux » / « intello », qui ira sans doute plutôt voir ça et
Wagner.
Pas beaucoup de surprise non plus.
Kabanová
n'a pas été donné à Paris depuis 2021 en format réduit (aux Bouffes du
Nord) et depuis 2011 à l'ONP (Palais Garnier, dans la mise en scène qui
est ici reprise) : ce n'est pas une rareté, mais ce n'est pas non plus
un titre extrêmement fréquent.
¶
Janáček, Kátia Kabanová
direction
Simone Young
mise en scène Christoph Marthaler
Corinne Winters,
John Daszak,
Doris Soffel, Sean
Pannikar, Peixin Chen, Thomas Atkins, Seray Pinar, Marianne Chandelier
→ Quelques très gros clients dans cette
distribution !
¶
Chostakovitch, Lady Macbeth de Mtsensk
direction
Ingo Metzmacher
mise en scène Krzysztof Warlikowski
Aušrinė
Stundytė,
Pavel Černoch,
Dmitry Ulyanov,
Oleksiy Palchykov, Ekaterina Sannikova,
Marcel Beekman,
Victoria
Karkacheva, Michael Colvin
Créations
Le Nom de la Rose, l'opéra de
Filidei créé à la Scala et traduit en français pour Paris, a été
repoussé pour pouvoir en fignoler la réalisation. Mais nous avons deux
créations.
¶
Hèctor Parra, Miroir de nos peines
direction Ingo Metzmacher
nouvelle mise en scène de
Mariame Clément
Vannina Santoni, Léo
Vermot-Desroches, Leigh Melrose,
Laurent Naouri, Jérôme
Boutillier,
Marie-Andrée Bouchard-Lesieur,
Bastien Rimondi,
Eugénie Joneau
→ Une fois de plus dubitatif sur les
choix de création de la maison : un compositeur atonal assez peu
accessible (dont j'imagine mal le potentiel lyrique), sur un livret
inspiré d'un auteur de Prix Goncourt d'il y a dix ans, je ne vois pas
trop l'engouement submerger la billetterie. Et j'ai peur qu'à nouveau
l'objet se regarde lui-même et peine à séduire de l'autre côté du
quatrième mur. Nous verrons bien (j'irai certainement, une des rares
occasions de voir du neuf dans cette maison).
¶
Tyshawn Sorey, Perle noire –
Méditations pour Joséphine
nouvelle mise en scène de
Peter Sellars
Avec Julia Bullock.
→ Agencement d'extraits de chansons de
Josephine Baker et de compositions originales pour une voix seule et
sextuor (incluant guitare électrique et saxophone), par un compositeur
plutôt classé jazz. Les
extraits disponibles en ligne laissent entendre
une musique assez finement articulée entre l'hommage et son discours
propre, ça fait assez envie, même si ce n'est pas du tout un opéra.
Possiblement un moyen assez malin de faire pousser les portes de
l'Opéra à un autre public, sans sortir pour autant du champ de la «
musique savante ». Probablement le titre qui me tente le plus pour
cette saison à venir.
Merci encore à
Mickt pour son
incroyable veille — et son avance désormais proverbiale.