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mercredi 21 août 2019

Une décennie, un disque – 1800 – Cartellieri : symphonies au tournant d'un siècle


1800


antonio casimir cartellieri symphonies schmalfuss

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L'entrée en matière tempêtueuse de la Première Symphonie.

    ☼ Je m'aperçois, en complétant mes recherches pour cette notule, que la date de première édition, inscrite sur la publication des Première et Deuxième Symphonies, est de 1793. Les deux autres étant stylistiquement proches, il est probable qu'elle aient aussi été composées dans les années 1790 – les dates de composition exactes des quatres symphonies sont inconnues. Néanmoins, considérant que je souhaitais à la fois éviter de multiplier exagérément les œuvres vocales dans ce parcours (déjà abondantes sur CSS) et m'en tenir à des œuvres considérables, le choix discographique dans la décennie 1800 n'était pas considérable. Cartellieri est de la génération de Beethoven (voire Méhul), et ces symphonies partagent une forme d'ardeur assez étrangère au style classique, même le plus gluckisé. Cartellieri étant mort à 34 ans dans la décennie 1800, je me permets donc cette extrapolation – stylistiquement, il se situe à la confluence, à la fois baigné de ses maîtres et doté de quelques caractéristiques d'avant-garde pour les années 1790. Disque formidable par ailleurs, vous ne me blâmerez pas de ma hardiesse, je crois.

Un peu de contexte : génération 1770
    Antonio Casimir Cartellieri naît à Gdańsk (encore polonaise pour quelques années), d'une mère lettonne au patronyme germain (Mlle Böhm) et d'un père milanais. Il étudie à Berlin et Vienne, fréquente Beethoven d'assez près pour être dans l'orchestre lors de la création de l'Héroïque (au violon) et du Triple Concerto… Ses biographes estiment possible / probable qu'il ait étudié avec Salieri.
    Sa musique est encore de style classique – que ce soit dans ses concertos pour clarinette parents de Mozart et Krommer, mais aussi dans ses finals haydniens de symphonies, ou dans la forme de ses mouvements lents (mélodies accompagnées, variations, part des instruments solistes) comme rapides (développements brefs dans les formes-sonates, assez proche des canons).
    Pourtant il laisse aussi percevoir un sens du contraste et une agitation passionnée qui évoquent, en certains endroits, des propositions de Beethoven (qui n'arriveront, dans le domaine symphonique, que dix à quinze ans plus tard).

Compositeur : Antonio Casimir CARTELLIERI (1772-1807)
Œuvre : 4 Symphonies – à partir des années 1790
Commentaire 1 : La première symphonie, en ut mineur, est à mon sens la plus marquante – la plus enflammée, la moins classique, ou du moins la plus marquée par le classicisme fiévreux du théâtre postgluckiste. Son premier mouvement fait entendre, au sein d'une forme traditionnelle, des fusées descendantes de cordes & bassons comme part thématrique, des sforzando insistants, quelques transitions harmoniques un peu plus romantiques, ou cette incroyable montée & descente en notes répétées, pendant neuf mesures de la fin du premier Allegro.
    Beaucoup de débuts semblent très marqués par Mozart (ou ces unissons des menuets en mineur !), comme celui de la Quatrième, très parent des « Linz  » et « Prague », de finals par Haydn, mais pas d'épigone ici, cette musique possède sa saveur propre – celle de la jeunesse ? –, et une qualité mélodique absolument remarquable. Si vous êtes lassés des meilleurs Haydn, Mozart et… Vranický, si vous aimez les symphonies de Méhul… vous devriez être enchantés.

Interprètes : Evergreen Symphony Orchestra, Gernot Schmalfuss
Label : CPO (2012)
Commentaire 2 : L'énergie, la verdeur, la conscience stylistique sont admirables, dans cet enregistrement une fois de plus remarquablement capté par CPO – a fortiori pour un orchestre aussi jeune (2001 !), recruté dans un aussi petit pays (et on peut se figurer qu'il est compliqué pour un orchestre taïwanais de recruter alentour avec l'influence chinoise à l'œuvre), et qui n'est pas du tout spécialisé dans ce répertoire. Le résultat est tout à fait remarquable, au niveau des orchestres européens les plus rompus aux symphonies de cette période.

antonio casimir cartellieri symphonies schmalfuss
La fin de la partie de violon I de l'Allegro de la Première Symphonie.

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La qualité mélodique et les solos délectables de l'Adagio de la Première Symphonie

Un peu de contexte : orchestres taïwanais
Le cas des orchestres taïwanais pourrait aisément rejoindre ceux de Berlin, Francfort ou des Pays-Bas, déjà traités dans la série consacrée aux noms & lieux (ambigus) des orchestres. En effet, il existe beaucoup de formations, et aux noms très similaires.
National Taiwan Symphony Orchestra, le plus ancien (1945), sis à Wufeng (les autres, sauf mention contraire, résident à Taipei).
National Symphony Orchestra (1986), celui qui est en résidence à l'Opéra et dans la grande salle de concert, connu par quelques enregistrements à l'étranger sous le nom de Taiwan Philharmonic (d'assez beaux disques du grand répertoire avec Herbig).
National Chinese Orchestra Taiwan (1984), dépendant du Ministère de l'Éducation.
Taipei Chinese Orchestra (1979), dépendant du Ministère de la Culture.
Taipei Century Symphony Orchestra (1968).
Taipei Symphony Orchestra (1969), le second orchestre le plus important, à en juger par ses chefs étrangers et plus prestigieux.
Taipei Philharmonic Orchestra (1985).
Chamber Philharmonic Taipei (2008).
Kaoshiung City Symphony Orchestra (1981), privatisé depuis 2009.

Un peu de contexte : orchestres d'entreprises
L'Evergreen Symphony Orchestra, bien qu'il joue pour large part de la musique traditionnelle orchestrée en version symphonique, ne tire pas son nom de son répertoire mais de la société qui l'a créée, un consortium d'entreprises spécialisées dans la livraison (voire l'hôtellerie). Ce n'est pas un cas unique dans l'île, il existe aussi le Chimei Symphony Orchestra, créé en 2003 par le groupe Chimei, installé dans l'industrie du plastique !

Un peu de contexte : les chefs d'orchestre étrangers à Taïwan
Gernot Schmalfuss, ancien hautbois solo du Philharmonique de Munich, membre de l'excellent ensemble chambriste Consortium Classicum, chef de l'orchestre du Conservatoire R. Strauss de Munich, ancien directeur du Conservatoire de Detmold, fait partie des assez nombreux chefs centre-européens à avoir occupé des fonctions de directeur musical dans les orchestres de Taipei. Car, après les fondateurs locaux, on trouve beaucoup de noms qui ont aussi exercé à des postes assez importants à l'Ouest (on peut supposer qu'il s'agit d'une charge attractive, bien rémunérée et avec des musiciens très compétents) : András Ligeti, Eliahu Inbal (et Fischer-Dieskau Jr) pour le Taipei SO, Günther Herbig pour le Taiwan National SO (Taiwan Philharmonic)…

Complément discographique :
    Les concertos pour clarinette (au nombre de trois, et au moins un double concerto) méritent définitivement le détour, parmi les plus beaux de leur génération – leur élan et leur veine mélodique les placent largement, à mon sens, au niveau de Mozart, Krommer ou Weber (ils ont même ma préférence, je dois dire). C'est par là que Cartellieri a été restitué au public, avant la parution de ces symphonies (chez Gold MDG, que vous ne trouverez pas en dématérialisé).
    Il existe aussi de jolis divertimenti gravés, justement, par le Consortium Classicum (chez CPO) où officiait notre chef du jour, plaisants sans être majeurs, et un oratorio (en italien) consacré à la Nativité (chez Capriccio), qui ne m'a pas paru particulièrement singulier ni saillant. À l'heure actuelle, on attend toujours la remise au théâtre de ses opéras…
    À noter également : un ensemble de trio (piano-cordes) a pris le nom du compositeur, mais n'a pour l'heure rien gravé de lui !  (Pas sûr qu'il en ait composé d'ailleurs, ce n'est vraiment pas la formation reine de ces années-là.) Il existe au moins un disque d'eux, consacré à Turina, Takács et Piazzolla.

… oups :
Alors que cette notule est déjà bien avancée, à force de réécoute du corpus, de plongée dans la partition, je m'aperçois que l'on entend tout de même très bien la veine certes post-Mozart, mais vraiment pré-1800 de ces symphonies. Je suis un peu gêné de l'avoir proposée pour cette décennie. Je me ferai peut-être pardonner en publiant une véritable entrée pour 1800. Ce n'est pas un drame, voilà fort longtemps que je souhaitais distinguer Cartellieri – c'est notule faite.

À bientôt donc pour la suite du parcours !

David Le Marrec

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