Carnets sur sol

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mardi 26 juin 2018

France – et le désert parisien


Présentation un peu différente de l'ordinaire : n'ayant pas moi-même opéré une sélection très large (comptant bien sur l'été pour voir un peu moins de concerts), je vous indique les lieux où chercher.

Je suis navré pour les amateurs d'opéra, de symphonique, de lied, même de baroque… il n'y a pas énormément de quoi se divertir. En revanche, pour la musique de chambre, juillet reste une très belle période, et on peut toujours trouver quelques choix de sortie en août.



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions de juin, rien vu de décevant, et beaucoup de choses très originales (la dernière œuvre de Debussy, inédite !), voire exaltantes (#113-122-123-125).

►#113 Gounod, La Nonne sanglante, à la fois sujet fantastique et forme de grand opéra, revient en France, et en version scénique, et dans de merveilleuses conditions musicales.
► #114 Haendel, The Messiah. Chœur La Fontenelle, orchestre ad hoc, direction Martin Robidoux. (avec Constantin Goubet et Nicolas Brooymans notamment)
► #115 Sibelius, Symphonie n°1 par le Philharmonique de Radio-France et l'impétueux mais méthodique Rouvali.
► #116 Pièces symphoniques françaises orientalisantes de d'Indy, Debussy, Koechlin, Roussel, Ravel, Schmitt. Orchestre de Paris, Fabien Gabel.
► #117 Double bill : Trouble in Tahiti de Bernstein, Manga-Café de Zavaro.
► #118 Suite de la Femme sans ombre de Strauss ; Second Concerto pour violon de Szymanowski ; Danses Symphoniques de Rachmaninov. Par Nicola Benedetti, l'Orchestre de Paris et Karina Canellakis.
► #119 La version originelle (putative) de Faust de Gounod, avec dialogues parlés, airs alternatifs, et quelques ajouts. Avec Véronique Gens, Benjamin Bernheim, Jean-Sébastien Bou,
► #120 Saint-Saëns, Samson & Dalila avec Lemieux, Alagna et Naouri.
► #121 Le Local Brass, quintette de cuivres dans Lutosławski, transcriptions depuis Granados (valses) et Debussy (La Fille aux cheveux de lin), pièces récentes de Derek Bourgeois et Gengembre.
► #122 Inédits de Caby, Ropartz, Ladmirault, Rohozinski, Cartan, Gaëtti, Durey, Serrette, Wiéner, les hilarants Lise Hirtz d'Auric, et la dernière œuvre de Debussy, l'Ode à la France qui propose le Noël des enfants qui n'ont plus de maison mais dans le style d'Usher. À la BNF avec le Chœur Fiat Cantus et Kaëlig Boché.
► #123 Chœurs a cappella de Lauridsen et Hersant, mais aussi les classiques Debussy-Ravel-Poulenc par le Chœur de l'Orchestre de Paris.
► #124 Rossini, L'Italiana in Algieri par l'Opéra de Bologne (direction Mariotti).
► #125 Cantates françaises inédites de Lefebvre (et Clérambault, Montéclair…) par Eva Zaïcik et Le Consort.

Quelques exemples de déambulations illustrées :
Une nuit dans la forêt de Carnelle : Château de Courcelles, trilithes néolithiques de la Pierre Turquaise, gisements de gypse, lacs de marne, fayards gigantesques, microcrapauds et autres rencontres surnaturelles.
Dessins de paysages d'étude et de commande sous Louis XIV : exposition Israël Silvestre au Louvre.
Du côté de Presles… la ville et les bois alentour.
La forêt d'Écouen et son Fort. (contient une vidéo d'écureuil roux)
Les chèvres de Villiers-le-Bel.



00. Manqué !

Parmi les choses que j'aurais dû voir, Erismena de Cavalli avec Francesca Aspromonte, qui se joue en ce moment même… mais n'étant que fort peu ému par Cavalli (contrairement à peu ou prou 100% de ses contemporains), j'ai craint que cet effort, au milieu de concerts si nombreux (et par ailleurs exaltants) ne nuise au plaisir et à la conviction que j'aurais pu y mettre en d'autres circonstances. Je suis volontiers preneur de retours, ce devait être vraiment très bien – si on tolère Cavalli.



A. Jeunes Talents : musique de chambre à l'Hôtel de Soubise

Le festival est moins varié que les années précédentes (pas de baroque, pas de lied, alors que le remplissage en était très satisfaisant ; les œuvres contemporaines aussi sont sensiblement les mêmes au fil des ans, Hersant / Connesson), mais multiplie les formations de musique de chambre, certaines insolites (formations de vents, duos marimba-piano, etc.), et propose d'assez nombreux concerts gratuits. Au demeurant, les payants, entre 10 et 15€ pour toutes les places, sont loin d'être ruineux. Comme pour la saison régulière, l'association recrute de jeunes musiciens (beaucoup sont issus des CNSM de Paris et Lyon), d'excellent niveau et très habités. On a ainsi pu y entendre les trios Sōra, Zadig, Karénine, les quatuors Akilone, Hanson, Zaïde, et d'autres ensembles formidables comme les Kapsber'girls… Je vous laisse remonter la piste, tous ces interprètes ont été plusieurs fois présentés (et loués !) dans les pages de Carnets sur sol.
Ce n'est pas follement original, mais l'acoustique est parfaite pour les petites formations dans la Cour de Guise où se tiennent les concerts (site historique des Archives Nationales), vraiment idéal pour une fin de journée, ou emmener des amis moins férus de musique mais qui seront sensible à l'atmosphère du lieu, voire aux interférences des mouettes.

Il y aura tout de même, outre les transcriptions pour marimba et piano, le Quintette de Franck & le Conte fantastique de Caplet (le 4), et quelques choses assez sympathiques à côté (comment refuser un sextuor de Tchaïkovski, une intégrale des trios de Brahms par Grimal, le Deuxième Quatuor avec piano de Brahms (le plus beau mais le plus long, donc rarement donné en concert hors intégrales)…

Le festival dure les trois premières semaines de juillet.




B. Concerts dans les cours du Marais par l'OCP

Les membres de l'Orchestre de Chambre de Paris continuent leur très joli concept, sur une période courte et en limitant le nombre de lieux différents, certes, mais ce sont peut-être les deux plus beaux endroits de Paris en cette saison… L'Hôtel de Beauvais, financé par le dépucelage de Louis XIV, dans un style classique plein d'angles harmonieux, tirant le plus de majesté qu'il est possible d'un espace assez réduit ; et l'Hôtel de Sully, où les oiseaux cachés dans la vigne vierge répondent, en fin de journée, aux concertos galants de Mozart. 10€ le concert, c'est vraiment un service public du bonheur qu'on vous offre.

Rien de rare ici (surtout du Mozart et Beethoven légers, même s'il y a un peu de Dohnányi – la Sérénade en trio, évidemment – et de Bartók), simplement le plaisir de musiques fraîches et simples dans des cadres délicieux. Par ailleurs, contrairement aux autres grands orchestres parisiens (Orchestre de Paris, Opéra, variable pour le National), l'OCP excelle dans la contrainte chambriste… ils jouent en petit effectif et sans vibrato toute l'année, ils se fondent donc très bien dans les exigences d'indépendance et de précision de la musique en petit comité.

Dépêchez-vous : les jauges sont petites et ça affiche à chaque fois complet.

Cinq jours début juillet.



C. Classique au vert, à Vincennes

Le Festival qui anime Paris, les week-ends de mi-août à début septembre. Pour le prix d'une entrée au Parc Floral de Vincennes (6€), on peut assister aux concerts donnés sous le kiosque (il y a des chaises en abondance). Les musiciens sont sonorisés, mais simplement en renfort, cela ne gêne pas du tout la perception directe du son – même pour de petites voix ou de la musique de chambre, j'ai testé.

Là aussi, la nouveauté n'est pas le propos, mais on aura tout de même Pelléas de Sibelius (le 1er septembre), Appaliachian Spring de Copland (couplage avec la Nuit transfigurée, le 2), ou encore le Trio Sōra (Mozart, Mendelssohn n°2, Hersant) le 16 août… De quoi patienter gentiment.



D. Fins saison ONP / Favart / CF

Il ne faut pas hésiter, évidemment, à profiter des queues de comète des grandes institutions : jusqu'à la mi-juillet, Bastille joue Il Trovatore dans des distributions assez exceptionnelles (Radvanovsky-Rachelishvili/Semenchuk-Álvarez/Eyvazof-Lučić/Bilyy-Kares !), Don Pasquale et la Fille mal gardée (Ashton-Lanchberry) à Garnier dans de beaux atours également, sans compter le récital Beczała le 8 ; Favart donne sa version réduite et en français (si j'ai bien suivi) de La Bohème de Puccini avec de jeunes chanteurs ; la Comédie-Française termine sa saison à la même période.

Par ailleurs, certains théâtres ne ferment pas : Comédiens ! (d'après I Pagliacci) sera donné à La Huchette jusqu'à début septembre, Edmond de Michalik au Palais-Royal ou les répétitions de Traviata vues par Sivadier à la MC93 de Bobigny (jusqu'à fin juillet) poursuivent aussi leur parcours.



E. Toison d'art

Comme toute l'année, l'association La Toison d'art continue de faire revenir les mêmes ensembles à Saint-Louis-en-l'Île… chants corses, orthodoxes russes, traditionnels russes, géorgiens… souvent de très bons chœurs au demeurant (testé certains de leurs Russes, excellents en effet). Lorsque Paris est désert, une petite injection d'obikhod ne fait jamais de mal. (Tarifs qu'on peut juger haut pour des ensembles de petite notoriété – comparé à ce qu'on trouve partout en haute saison –, mais l'acoustique est correcte même au fond et il n'y a pas de prix hauts – de 19€ au fond, 26€ devant, pour la plupart des spectacles.)




F. Isolés

Pour trouver d'autres idées, considérant que le magazine Cadences n'a pas sorti de sélection d'été, il vous reste à fouiner dans les sites de reventes de billets, Billetreduc.com, Concertclassic.com, Ticketac.com, Theatreonline.com, Ticketmaster.com, Classictic.com… rien que les quatre premiers sont très fournis (beaucoup de petits concerts difficiles à trouver qu'on peut relever par Billetreduc ou Concertclassic, et interface très agréable sur Theatreonline, plutôt pour le théâtre).

Vous y retrouverez pas mal de concerts d'église qui sont autrement difficiles à dénicher, sauf à aller vérifier sur place le programme de l'été. La Sainte-Chapelle joue traditionnellement en boucle une (bonne) version des Quatre Saisons de Vivaldi (alternant avec un peu de violoncelle de Bach et de choses du genre), je n'ai pas vérifié ce qu'il en était cette année.




G. … ou bien à l'étranger

Pour les voyageurs musicaux, plutôt que les festivals bien connus (chers et peu aventureux, sauf les baroques, mais Ambronay et Utrecht arrivent fort tard dans l'été), j'ai repété quelques titres très alléchants.

♦ jusqu'au 8 juillet, à Bonn – Waltershausen, Oberst Chabert. (Présentation et extraits ici. La distribution et la production ont changé, mais c'est encore Lacombe qui dirige. Un grand événément qui mérite d'aller faire un bisou à Ludwigchou !)

♦ 18,21 à Londres – Donizetti, L'Ange de Nisida. Plus qu'une création, je crois que ce sera une première mondiale, le Théâtre de la Renaissance ayant fait faillite durant les répétitions de l'ouvrage, dont je n'ai pas trouvé trace depuis. Une partie en est recyclée dans La Favorite (par la même équipe librettistes-compositeur). Présentation ici.

♦ 18,22,30 à Bregenz – Goldschmidt, Beatrice Cenci. Histoire atroce mise en musique par un compositeur davantage associé à un côté korngoldien/sucré à cause de son (très relativement) célèbre Concerto pour violon, mais tout de même furieusement décadent (et classé dégénéré par les nazis).

♦ 19,24,27 à Savonnlina – Tchaïkovski, La Dame de Pique. Avec Misha Didyk en Herman.

♦ 20,21 à Bampton – Isouard, Cinderella (en traduction anglais ?). Du classicisme finissant ; pas son plus grand représentant, mais un agréable compositeur d'œuvres françaises légères au tournant du XIXe siècle.

♦ 20,21,27,28,29 juillet,3,4 août au Château de Langenlois – Zeller, Der Vogelhändler. Une opérette des années 1890, par un excellent compositeur de lieder. Elle est précédée d'une jolie réputation, mais j'avoue ne jamais l'avoir entendue.

♦ 21 à Montpellier – Delibes, Kassya. Un opéra inédit de Delibes, nouvelle exhumation du Festival de Radio-France. Il s'agit d'une œuvre inachevée, orchestrée après sa mort par Massenet. Présentation par une conférencière ici.

♦ 21,22,27,28,29 à Neuburg – Marschner, Der Bäbu. Un opéra comique, mais sur un livret de Wohlbrück, le librettiste du Vampyr (présentations multiples là).

♦ jusqu'au 4 août au Château de Läckö (près d'un lac au Nord-Est de Stockholm) – Marschner, Vampyren. (En allemand ou dans une adaptation suédoise ?)  Tout sur Le Vampire de Byron-Polidori-Wohlbrück-Marschner.



Au cœur d'août, il devient sincèrement plus compliqué de trouver quelque chose qui ne tiennent pas du festival très grand public. L'occasion de se reposer d'une année de concerts, suggèrerai-je.

J'espère que vous trouverez ce compte dans cette liste qui, contrairement aux apparences, n'a pas pris si peu de temps à établir !

mardi 5 juin 2018

Tu l'as promis, tu l'as juin


Comme naguère, vous trouverez ici le planning PDF où apparaissent l'ensemble des dates et lieux sélectionnés, quantité de petits concerts (ou au contraire de concerts très en vue) dont je ne parle pas ci-dessous.

N'hésitez pas à réclamer plus ample information si les abréviations (tirées de mon planning personnel, destiné au maximum de compacité) ou les détails vous manquent.
(Les horaires indiqués le sont parfois par défaut par le logiciel, vérifiez toujours !)



0. Rétroviseur

Auparavant, les impressions d'avril, quantité de propositions originales que nous avons pu honorer de notre vénérable présence. Cliquez pour lire les impressions succinctes sur les œuvres et les interprètes.

►#99 LULLY, contemporains français & italiens. Récital des chouchous Madelin & Benos (Hôtel de Soubise).
►#100 Récital de fin d'année de la classe de lied & mélodie de Jeff Cohen : Fauré, Debussy, Mahler, Ginastera, par Cécile Madelin, Benoît Rameau, etc. (Espace Maurice Fleuret).
► #101 Tchaïkovski, Symphonies n°3 & 6 par l'Orchestre de l'Opéra et Philippe Jordan (Philharmonie).
► #102 Schubert, Symphonie n°5 ; Suites 1 & 2 de Stravinski ; Orchestre des Lauréats du Conservatoire & classe de direction d'Alain Altinoglu (espace Maurice Fleuret).
► #103 Alfvén / Stenhammar / Sandström… chœurs a cappella en suédois, anglais et bokmål (Grieg), par le Jeune Chœur de Paris, direction Marc Korovitch et Richard Wilberforce (salle Landowski).
► #104 Wagner, Parsifal. Richard Jones, Philippe Jordan, et une glorieuse brochette : Kampe, Schager, Mattei, Nikitin, Groissböck (Bastille).
► #105 L'Heure espagnole & Gianni Schicchi. Laurent Pelly, Maxime Pascal (Bastille).
► #106 Verdi, Requiem. Chœur de l'Orchestre de Paris, ONDIF, Mazzola (Saint-Quentin-en-Yvelines).
► #107 Hymnes napoléoniens, de Méhul & Catel jusqu'à Fauré & Vierne !  (Saint-Louis des Invalides).
► #108 Beethoven, Symphonie n°2 ; Schubert, Symphonie n°6 ; Tchaïkovski, Nocturne pour violoncelle et orchestre. Orchestre des Lauréats du Conservatoire, classes des premières années de direction (Espace Maurice Fleuret).
► #109 Schumann, Symphonie n°4 ; Brahms, Concerto n°2 ; R. Strauss, Don Juan. Grimaud, Philadelphia Orchestra, Nézet-Séguin (Philharmonie). Plus bel orchestre du monde.
► #110 Calypso & Telemachus de John Galliard, du seria en anglais, contemporain de Rinaldo de œuvre, étonnamment riche musicalement (avec détails montrés sur partition).
► #111 Symphonie n°1 d'Elgar et Concerto pour violoncelle de Dvořák, sans vibrato (Norrington, Queyras).
► #112 Phaëton de LULLY par Lazar & Dumestre (M. Vidal, Zaïcik, Auvity, Trommenschlager, etc.)
► #113 Gounod, La Nonne sanglante (par Insula Orchestra). Avec J. Devos, Santoni, M. Lebègue, Spyres, Boutillier, Teitgen… (compte-rendu en cours)

Et quelques déambulations illustrées :
De Belloy-en-France à Seugy : champs de la Pièce Lucifer, Bois du Tremblay…
De Luzarches Ouest à Saint-Martin-du-Tertre : halle, Porte Grièche, ancienne collégiale, panorama, bois du Tremblay (entre les tirs à balles réelles), bois de Mareil, Ferme de Trianon, bois de Champlâtreux, Champs de la Sente de Jagny…
De Belloy-en-France à Villaines-sous-Bois : friches champêtres intra-urbaines, ancienne distillerie, bois de Belloy (à Villaines et loin de Belloy), églises classées, chasse à l'abbé…
Viarmes Ouest : Bois Carbonnier, Les Groux, Le Buisson Chantant, Les Longues Rayes, Bois de Touteville, Bois de Chaville… entre champs et bosquets, sous une pluie battante, entre les blés et ceinturé de coteaux.
De Luzarches Est jusqu'à Lassy : château de La Motte, église Saint-Côme-et-Saint-Damien, caveau des Sainte-Beuve, Thimécourt, église de Lassy, Gascourt, lavoirs, champs, écuries…
Saint-Quentin-en-Yvelines, l'impression de déambuler dans une ville faite par des concepteurs de jeux de plate-forme. (j'aime beaucoup, en réalité).
L'Église de Belloy et ses incroyables voûtes XVIe, en détail.

Et puis, plus urbain, moins spectaculaire :
Presles, son église, son coiffeur.
Forêt d'Écouen Sud-Est, aux confins de Sarcelles et Villiers-le-Bel, avec chèvres (sur la route du Fort).
Lac Daumesnil au couchant.
Saint-Augustin.



00. Manqué !

En raison de l'expiration de mon Pass UbiQui'T, je n'ai pu tout voir, tout entendre. Par exemple le Pelléas de Guillaume Andrieux (la bande révèle qu'il est le Pelléas ultime, du niveau de Pierre Mollet ou Gérard Théruel !), ou les Métamorphoses de Strauss en version sextuor à cordes données au Salon Vinteuil du CNSM.

Pour le reste, il suffit de jeter un œil sur le programme du mois de mai publié fin avril et d'opérer les comparaisons.



À présent, la prospective.

J'attire en particulier votre attention sur quelques perles. Classées par ordre de composition approximatif à l'intérieur de chaque catégorie.

(En rouge, les œuvres rarement données – et intéressantes !)
(En bleu, les interprètes à qui je ferais confiance, indépendamment du seul programme.)
('§' indique mon intérêt malgré mon indisponibilité, les astériques une place en supplément – à revendre, souvent.)



A. Opéras & cantates

Cavalli, Erismena. Le Théâtre Gérard Philippe invite Leonardo García-Alarcón, excellent spécialiste de ces musiques, et il ne sera pas encombré cette fois des gros tromblons qu'il avait dû se faire imposer à l'Opéra de Paris, pour Eliogabalo. Avec la miraculeuse Francesca Aspromonte, meilleure déclamatrice italienne en activité.
Pour le reste, je ne suis pas convaincu par Cavalli en général, que je trouve tellement moins intéressant que ses prédécesseurs (Peri, G. Caccini, Monteverdi), contemporains (Rossi, même Landi) ou successeurs (Legrenzi) immédiats, donc je ne suis pas bon juge de l'intérêt ou non de se déplacer (pour situer, j'aime beaucoup la partie troyenne de Didone et supporte bien Artemisia ; tout le reste me laisse froid).
Un peu cher par rapport à ce qu'on peut payer dans les petites catégories d'ordinaire (tarif unique 35€), mais très raisonnable pour un long spectacle d'opéra avec interprètes de premier plan e't mise en scène.

LULLY, Phaëton. Il est assez rare qu'on donne des opéras de LULLY en version scénique, sorti d'Armide. Et ici dans la plus belle distribution qu'on puisse souhaiter : Mathias Vidal, Eva Zaïcik, Cyril Auvity, Léa Trommenschlager !  La fine fleur du chant baroque français (je n'aurais pas mieux choisi moi-même, si vous mesurez le compliment). Version sans doute chatoyante de Vincent Dumestre avec le Poème Harmonique… et le Chœur de l'Opéra de Perm ! (musicAeterna, le terrain de jeu du méga-mégalo Currentzis)
Donné sur trois ou quatre dates, de surcroît. Seule réserve : comme c'est Lazar, il faudra sans doute souffrir le français restitué selon Green (rien d'idéologique : je le goûte au théâtre, mais il voile inutilement l'élocution à l'Opéra).
→ J'y suis allé avant la publication de la notule, quelques réactions par ici.

Benda, Pygmalion. Il s'agit d'un mélologue (ce qu'on appelle depuis plus volontiers un mélodrame, de la parole parlée soutenue par de la musique) de 1779 sur un texte de Rousseau. Sans être de la grande musique, c'est vraiment intéressant. Couplé avec un mélodrame moderne commandé à Philippe Hersant et avec des lieder orchestrés de Schubert (sur Goethe). Avec Natalie Dessay, le Paris Mozart Orchestra et Claire Gibault. (Orsay, donc tarif unique un peu cher.) Le 15.

Mozart, Thamos, roi d'Égypte, musique de scène de Mozart très rarement donnée (et même assez peu enregistrée). Pas le plus grand Mozart, mais un côté cérémoniel et tempêtueux qui regarde à la fois du côté de Haendel, Beethoven et Mendelssohn, assez étonnant. À la Seine Musicale à partir du 25.

Rossini, L'Italiana in Algieri. Concert donné par les membres de l'Opéra de Bologne, avec une belle distribution (Pirozzi notamment…). Le 22.

Gounod, Faust. Version originale avec dialogues parlés (et, je suppose, des variantes musicales), parrainée par Bru Zane, avec une distribution particulièrement réjouissante (Gens, Bernheim, Bou !) et sur instruments anciens (Les Talens Lyriques).

Gounod, La Nonne sanglante. Livret de Scribe et Germain Delavigne d'après le segment correspondant du Moine de Lewis. Déjà publié il y a quelques années, c'est un très bel opéra, qui va bénéficier de la valeur d'Insula Orchestra et d'une distribution de la plus haute francophonie :  Santoni, Lebègue, Spyres, Heyboer, Teitgen, Devos, de Hys… À partir du 2, à Favart.

Deux opéras comiques inédits (Hervé et Offenbach). Bouffes-du-Nord, là encore un peu cher en prix plancher (25€ pour deux ténors et piano). Le 5.

Bizet, Carmen les 7, 9 et 10 par l'Orchestre Ut Cinquième (amateur, mais ça ne s'entend pas !) et notamment Daniel Galvez-Vallejo (qui a très bien vieilli et fera un superbe José). Libre participation.

Messager, le délicieux Les petites Michu, célèbre chez les amateurs du genre léger, mais à peu près jamais donné, à l'Athénée qui fait cela très bien. À partir du 19.

Bernstein & Zavaro : Trouble in Tahiti + Manga-Café. Le Zavaro doit être assez récent, je ne l'ai pas écouté (mais langage accessible chez lui). Trouble in Tahiti est du musical ; Bernstein, sans être le représentant le plus talentueux du genre, en maîtrise la grammaire et tous les équilibres, c'est une très jolie pièce. À partir du 8.

Récital de seria par Desandre, Th. Dunford, J. Rondeau et l'Ensemble Jupiter. Très bel attelage. Le 17.

Récital d'airs et ensembles de Gounod, sous l'égide de Bru Zane, à la Maison de la Radio, incluant des pièces très rares (Mors et Vita, Philémon & Baucis, La Reine de Saba…). Et très belle distribution. Le 16.




B. Musique chorale

Lassus, Madrigaux, Herreweghe. Pas le meilleur de sa production, mais Lassus demeure toujours nourrissant, et Herreweghe, contre toute attente, est vraiment à son aise en concert dans les pièces de la Renaissance (ses petites tchèques ont des voix bien fines et tranchantes taillées pour cela).

Benevolo, Messe de Saint-Louis-des-Français par Niquet (le disque vient de sortir), à Versailles. Couplé avec le Miserere d'Allegri. Le 17.

Messe (vocale) de Titelouze (première exécution, du contrepoint assez scolaire, rien à voir avec les homorythmies majestueuses et radieuses de ses pièces pour orgue) avec des doublures instrumentales (sacqueboutes notamment), motets de Bournonville (on n'a que des bouts minuscules de quelques minutes au disque, et c'est magnifique, pas forcément contrapuntique, déjà une conception harmonique moderne, plus familière) et du Caurroy (mieux documenté, et grand représentant de l'ère finissante du contrepoint-roi) à Notre-Dame-de-Paris. Le 5.

♦ Le merveilleux Requiem de Gilles avec quatre jeunes solistes très talentueux. (Couplé avec le Requiem de Mozart, donc complet.) La Grande Écurie & la Chambre du Roy – du fait du décès de Malgoire, ce sera dirigé par le chef de chœur.

Te Deum de Blanchard et Blamont. Deux très belles œuvres à la charnière de styles nouveaux. Le 30.

Messe a cappella de Gounod (Niquet, Chœur de la Radio Flamande), le 3.

Messe des Pêcheurs de Villerville de Fauré et Messager, Septuor pour cordes vocales et instrumentales, Chant Funèbre (et Chanson perpétuelle) de Chausson, et L. Boulanger, Debussy, Ravel, Séverac… Par le Quatuor Zaïde (ancien lauréat du Concours d'Évian-Bordeaux) et un chœur féminin, à la Légion d'Honneur (Saint-Denis). Le 9.

♦ Concert du Chœur de l'Orchestre de Paris : Debussy, Ravel, Poulenc a cappella, des sommets qui requièrent des qualités spécifiques de transparence et d'articulation, pour lesquelles ils sont idéalement taillés. Ce sera une très grande expérience d'émotion chorale. Le 21, donc gratuit. (Mais il faudra arriver tôt, je suppose. Et supporter un public potentiellement plus touriste que mélomane – pendant un de leurs concerts Bruckner à Notre-Dame, mon voisin était juste venir pour faire des photos et mitraillait avec les bruits d'obturateur pendant toutes les pièces.)

Concert franco-finnois a cappella du chœur amateur Ave Maris Stella, jumelé avec des invités de Finlande. Le 15.



C. Musique symphonique

Ça sent la fin de saison.

Sibelius, Symphonie n°1, la moins donnée (il est vrai que c'est aussi la moins originale, quoique tout sauf banale !), par le Phiharmonique de Radio-France (vraiment taillé pour cette musique), dans un couplage étrange avec du piano seul de Debussy par Andsnes (Estampes).

Szymanowski, Concerto pour violon n°2 ; R. Strauss, Suite tirée de La Femme sans ombre. Deux bijoux de rutilances orchestrales (les deux concertos de Szymanowski sont plus nourrissants que n'importe quelle symphonie du répertoire). Le 13.

Schmitt (Cléopâtre, Suite n°2), Debussy-Koechlin (Khamma), Roussel (Suite de Padmâvatî), Shéhérazade de Ravel… programme français très original et dense à la Philharmonie, les 9 et 10.



D. Musique solo et chambriste

Le folklore de LULLY et Purcell à Brahms, concert-démonstration dans le grand Studio de la Philharmonie. Le 1er.

♦ Concert par Julien Chauvin à l'Hôtel de Lauzun à 12h30, mais impossible de trouver les conditions d'accès. Le 6.

Nuit du Quatuor du Festival Bru Zane aux Bouffes-du-Nord : quatre concerts d'excellents ensembles (Cambini, Ardeo, Modigliani…) dans des quatuors français très rares – Rejcha, Onslow, Gouvy, Gounod, Saint-Saëns… !  Seule réserve, c'est un peu cher, comme toute la musique de chambre dans cette salle (25€ le concert d'une heure, 40€ les deux heures…). Le 1er.

Marguerite Canal, Sonate pour violon et piano (avec Capuçon) ; Chausson, Concert ; Ravel, Quatuor. (Canal, ça ressemble à du gentil Fauré-Ravel. Pas vertigineux, mais joli.) Le 10.

Quintettes à vent de Roussel, Cras, Tournier, Pillois. Pas les sommets de leurs auteurs, mais de très jolies pièces rafraîchissantes. Le 9.

♦ C'est aussi le moment des récitals de fin d'année : l'occasion, au CRR et au CNSM, d'entendre (le PDF synoptique des récitals, pour la plupart en journée néanmoins, se trouve sur leur site) des instruments rarement proposés en solo, comme le contrebasson ou les ondes Martenot !




E. Lieder, mélodies & airs de cour

Cantates baroques françaises par Eva Zaïcik et le (Taylor) Consort. Elle vient de remporter le Deuxième Prix du Concours Reine Élisabeth et chante en ce moment même à Versailles Lybie, le plus beau rôle de Phaëton de LULLY. Chair sonore et diction superlative, excellent continuo… Couplé avec Purcell et Haendel, je crois que c'est sensiblement le même programme que leur (fabuleux) récital à l'Hôtel de Soubise il y a quelques mois.

Récital de mélodie en forme de panorama des explorations de Christoyannis & CohenGounod, Lalo, Godard, Saint-Saëns, La Tombelle seront de la partie !  Le 4.

Mélodies françaises rares par Isabelle Druet : Bonis, Fauré, Duparc, Debussy, Hahn, Godard, N. Boulanger, Chaminade, Offenbach, Dubois, accompagnée par un ensemble. Le 6.

Mélodies françaises par Marianne Crebassa accompagnée par Fazıl Say. Je la trouve moins saisissante, à cause même de la nature de la voix (très charpentée et couverte) à l'opéra qu'en mélodie, mais elle passe toujours très bien dans les salles, et est l'une des grandes interprètes actuelles des Shéhérazade de Ravel (pas si souvent données avec piano, il faut dire que la réduction est difficile, pas forcément confortable pour tous les accompagnateurs).

Mélodies roumaines (Stephănescu, Brediceanu), russes (Rachmaninov), anglaises (Balfe) françaises (Martini, Debussy), italiennes (Bellini, Flotow, Tosti, Respighi) et airs d'opéras italiens (Pergolesi et Paisiello) par Angela Gheorghiu, une sacrée surprise de la voir sortir ce degré d'audace – même si je suppose que ce seront des pièces, pour les rares roumaines, tout aussi gentilles que les autres du programme… Je tâcherai néanmoins d'y être, le 17, si le flot de raretés ne m'a pas déjà fait rendre gorge.



F. Spectacles transversaux

♦ Airs d'opéras italiens traditionnels par Inva Mula (Porgi amor, La Fille du Régiment et La Vestale traduits en version italienne…) et pièces pour tuba solo de l'époque de l'Empire. Inclut notamment la Marche Consulaire de Marengo… Le 7.

Impact de Kierkegaard en France. Table ronde à la très avenante Maison du Danemark, avec un peu de musique pour vents (Mozart, Schubert).



G. Pour le plaisir de retrouver quelques chouchous

Le mois étant très chargé, j'avoue bien humblement ne pas avoir suivi de près mes ensembles favoris – priorité aux propositions originales de répertoire. Il faut dire aussi, qu'avec les beaux jours, beaucoup s'échappent de ma proximité immédiate pour aller dans les festivals qui animent, l'été, les campagnes lointaines.



H. Théâtre


♦ Pour information, le cycle intégral Ibsen du Théâtre du Nord-Ouest (dont on m'a dit qu'il était très inégal, mais pas forcément mauvais) se prolonge pendant l'été, quelques dates éparses en plus, au milieu d'autres choses. (Je réitère mon avertissement aux personnes allergiques sur la quantité de poussière présente dans les lieux.)

♦ De même, Comédiens !, adaptation du livret d'I Pagliacci de Leoncavallo par la troupe (de comédie musicale) qui fit la jubilatoire Poupée sanglante d'après Leroux et L'Écume des jours d'après Vian, à nouveau très bien accueilli par le public et la critique, est prolongé pendant l'été.
Il m'a aussi semblé lire que la Poupée sanglante était de retour pour une reprise (Théâtre de la Huchette, toujours).



Voilà, vous avez de quoi trouver tout ce que vous ne vouliez pas chercher. Bon juin !

David Le Marrec


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5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
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