Carnets sur sol

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dimanche 27 septembre 2020

Une décennie, un disque – 1820 (b) : la Symphonie du prodige Arriaga, sur crincrins et pouêt-pouêts


1820 (b)


cherubini requiem en ut mineur

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II. Andante.


Un peu de contexte : le prodige Arriaga
        Cette symphonie est l'œuvre d'un compositeur de 18 ans. Remarqué à Bilbao pour ses dons (de son seul opéra, donné sur place, Los esclavos felices, admiré pour sa grâce et son originalité par Fétis, seule nous est parvenue l'Ouverture, très belle), il est envoyé à Paris où il se lie, au cœur de la querelle qui les oppose sur l'enseignement du contrepoint, à la fois avec Fétis et Reicha.
        Sa maîtrise du contrepoint dans la musique sacrée impressionne tant Cherubini que celui-ci l'appointe professeur assistant au Conservatoire de Paris, à l'âge de dix-sept ans. Ses trois quatuors, encore enregistrés et donnés en concert (en particulier le troisième), sont regardés comme d'excellents témoins de l'influence du style beethovenien (de l'opus 18) à Paris.
        À l'exception des motets qui l'ont fait remarquer de Cherubini et de son recueil d'Ensayos líricos-dramáticos, fragments de livrets d'opéras préexistants (notamment la Médée de Cherubini-F.B.Hoffmann) qu'il met en musique sous forme de scènes autonomes (Ma tante Aurore, Œdipe, Médée, Herminie, Agar dans le désert), très peu de chose nous est parvenu, puisqu'il meurt, vraisemblablement de tuberculose, à 19 ans.
        Sa Symphonie à grand orchestre, son chef-d'œuvre avec Herminie (sa dernière œuvre achevée, Agar laissant percevoir les compléments d'une main étrangère), n'est exécutée pour la première fois qu'en 1888, sous l'impulsion de ses héritiers, très actifs jusqu'au XXe siècle – où le nationalisme basque va aussi nourrir l'intérêt pour les artistes locaux.


Compositeur : Juan Crisóstomo de ARRIAGA (1806-1826)
Œuvre : Symphonie à grand orchestre, en ré  (1824)
Commentaire 1 :
        ♣  Bien que couramment désignée comme « Symphonie en ré » et achevée en majeur sur ses dernières mesures, elle se trouve clairement écrite en ré mineur dans ses mouvements extrêmes (et non ré majeur comme son nom pourrait le laisser supposer) ; dans ce cadre, Arriaga tire des possibilités du mode mineur beaucoup d'effets dramatiques et d'événements harmoniques.
       Première particularité : cette seule symphonie qu'il ait eu le temps de composer manifeste une grande ambition formelle. À part le Menuet, tous les mouvements consistent en des formes sonates (l'organisation musicale la plus sophistiquée en dehors de la fugue, qui n'est jamais rigoureusement employée dans les symphonies). Pas de juxtapositions, de variations, de rondeaux… Arriaga vise d'emblée le plus difficile. Plus encore, les thèmes sont très parents d'un mouvement à l'autre (ceux du premier et du dernier mouvement en particulier) comme dans les meilleurs Haydn ; et, chose plus étonnante, peuvent circuler d'un mouvement à l'autre – ainsi, dans le développement de l'Andante se trouve cité incidemment le premier thème du premier Allegro !
     Côté influences, l'armature générale reste assez haydnienne (il demeure même un Menuet), avec un sens post-gluckiste du drame (battues de cordes, ponctuations de cuivres), mais aussi une veine mélodique immédiate et un sens de la modulation colorante qui évoquent beaucoup Schubert (dont il n'a pu, d'après Stig Jacobsson, connaître la musique). Bien sûr, l'ambition générale et les ruptures soudaines attestent son étude admirative de Beethoven. Ainsi, une véritable symphonie du début du romantisme, mais qui combine à un assez haut degré les qualités des grands représentants d'alors de l'art symphonique.
     Pourquoi l'avoir choisie ?  Outre la beauté de son geste général et sa qualité de finition (vraiment remarquable, la partition fourmille de trouvailles, de petites attentions…), plus intimement, je suis séduit par son sens du geste dramatique, son goût pour les tuilages favorisant un contrepoint expressif, et surtout pour sa veine mélodique extraordinaire – le thème B de l'Andante s'impose à vous d'une façon incroyable, vous l'entendez pour la première fois et vous croyez entendre une mélodie qui vous accompagne depuis l'enfance, le tout sur une carrure pas du tout évidente rythmiquement, qui ménage une sorte d'instabilité, évite la lassiture de la rengaine.

Interprètes : Le Concert des Nations, Jordi SAVALL
Label : Astrée / Auvidis (1994), réédition numérique sous Alia Vox (2009)
Commentaire 2 :
       
Cette version Savall, sur instruments anciens, combine le meilleur de tous les mondes : les couleurs sont très chaleureuses, l'individualité des pupitres très audible (assurant un relief impressionnant du spectre sonore), sans pour autant rien céder (malgré l'impression d'aération) sur la qualité de legato ni de fondu. Tout à fait idéal. Les fulgurances d'Arriaga y apparaissent avec plus de netteté encore que dans les versions plus conservatrices.


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I. Premier mouvement.

Un peu de détail : guide d'écoute
À quoi faut-il prêter attention dans la symphonie ?  Quelques beautés.
    I. Après l'ouverture en accords qui évoque Beethoven 2, notez les frottements de seconde dans les accompagnements (dès le début, les accords sont tendus), la doublure des violons I par les bois, les reprises variées des thèmes avec flûte, hautbois ou clarinette, les longs ponts entre thèmes ; et si le développement reste court à cette époque, il convoque tout de même un beau fugato où le thème B en mineur domine, traversé de quelques traits simultanés assimilables au A. La coda presto, façon Egmont ou Beethoven 5, s'emballe interrompue par des violons dans le suraigu qui annoncent déjà les effets d'orchestration de Berlioz.
    II. Andante d'emblée tendu et dramatique lui aussi, mais son second thème, ineffable, paraît apaisé et lumineux. Si vous essayez de le chanter, vous aurez peut-être quelques difficultés de rythme : sa carrure n'est pas régulière et le jeu sur les valeurs est assez sophistiqué, évitant la régularité de la rengaine.
    III. Jeux de syncopes, d'échos avec les bois, méchants sauts d'octave entre sections (alla Beethoven), traits aux altos. Le trio avec flûte solo est au contraire très chantant, sur des pizz dansants, et met en valeur l'aisance de l'inspiration mélodique d'Arriaga.
    IV. À nouveau un mouvement dramatique, où le martèlement des vents à contremps, les violoncelles  et contrebasses divisés, l'absence de répétition immédiate des cellules, la codetta assez développée (petite conclusion à la fin de l'exposition) qui mêle déjà des éléments des deux thèmes principaux, le développement court conçu à nouveau en fugato laissent tout de la place à des solutions créatives qui magnifient la forme sonate et, malgré le lumineux thème B (miroir majeur du A), maintiennent une tension permanente – qui se résout dans une dernière page entièrement sur l'accord de ré majeur.


Discographie :
        Arriaga, malgré sa notoriété limitée chez le grand public et sa très rare exécution en concert (hors quatuors, çà et là donnés par des ensembles en général espagnols et/ou basques), se révèle très bien servi au disque, depuis la musique de chambre jusqu'aux cantates profanes, airs isolés et motets. Sa Symphonie est particulièrement fêtée. Tout particulièrement convaincu, pour ma part, outre Savall, par Zollmann, qui traite avec beaucoup de soin les articulations des phrasés et d'équilibre l'étagement du son. Vous remarquez que Savall est, d'assez loin, le premier à avoir mis cette symphonie à l'honneur.
Chez les tradis moelleux :
→ Orquestra de Cadaqués, Neville MARRINER (Tritó 2013) *
→ Hispanian SO, Enrique García ASENSIO (IBS Classical 2014) **
→ BBC PO, Juanjo MENA (Chandos 2019) **
Chez les tradis légers :
→ Orchestre National Basque, Cristian MANDEAL (Claves 2006) ***
Chez les « informés » :
→ Chambre de Suède, Ronald ZOLLMANN (Bluebell 1997) ***
Sur instruments d'époque :
→ Le Concert des Nations, Jordi SAVALL (Astrée 1994) *****
→ Il Fondamento, Paul DOMBRECHT (Fuga Libera 2006) ***
        (Le reste d'Arriaga mérite complètement le détour aussi, même si la Symphonie reste à mon sens son œuvre la plus frappante. Essayez par exemple la cantate Herminie chez Mena et les autres pièces vocales chez Dombrecht.)

samedi 26 septembre 2020

Les jauges menacées


Camarades concertivores,

Je vois la panique qui s'empare de vous. Je vois vos âmes flétries sous les coups de ce destin qui efface implacablement les vies que vous rêviez.

C'est pourquoi je vous ai pris en pitié.

En attendant la prochaine limitation, quelles sont les salles potentiellement affectées par la limite globale de jauge à 1000 personnes ?  (personnel inclus normalement, mais il semble que Roland-Garros soit en passe d'obtenir dérogation pour ne compter que les spectateurs, ou du moins ne pas compter tous les accrédités du site, qui explosent largement cette limite… je ne sais ce qu'il en sera pour les théâtres)

philharmonie_maestra.jpg

Opéra Bastille : 2745 places. Donc largement en-dessous des 65% de remplissage qu'on peut espérer (vu qu'on ne distancie que sur le même rang, et que la plupart des gens viennent à 2 ou 3). Ce n'est pas que la saison-testament de Lissner, ni à son annonce, ni à présent que les travaux sont lancés, ni avec ce qu'il en reste (un Ring donné une seule fois et en version de concert, une Carmen…), fasse terriblement envie, mais c'est encore plus mal parti, disons.

Philharmonie de Paris : 2400 places. Il y aura donc des pertes significatives sur les spectacles les plus remplis. Lorsque ce fut le cas en février-mars, la maison n'avait pas essayé de rembourser les spectateurs excédentaires et avait purement et simplement annulé – avec un véritable débat qui s'en est suivi sur la rémunération des artistes qui avaient été embauchés sans avoir pu jouer. Je ne sais pas si c'était un découragement face à la complexité de la tâche (la jauge allant toujours plus bas de jour en jour) et la colère potentielle du public, ou une projection rationnelle du poids économique démesuré de faire jouer de grands orchestres étrangers devant une salle largement vide.
La grande salle de la Cité de la Musique / Philharmonie 2 n'est pas concernée : 1600 places maximum (en mettant le public debout au parterre), mais c'est plutôt 900 dans le format concert qu'on voit ordinairement.

Châtelet : 2010 places. Avec la distanciation, il ne doit pas y avoir trop de perte, mais les spectacles les mieux vendus risquent d'être remboursés à la marge, ou fermés à la réservation.

Opéra Garnier : 1979 places. Garnier étant toujours plein – et les spectateurs de ballet classique tradi ne pouvant pas très souvent se satisfaire ailleurs –, on risque d'avoir quelques remboursements. Mais pas énormément (les stalles et les places aveugles ne sont jamais très remplies, on est plutôt sur une jauge de 1700 places lorsque tout est bien vendu, soit très peu d'excédent avec la distanciation).

Théâtre des Champs-Élysées : 1905 places. Avec la distanciation et les places aveugles qui ne sont jamais vendues, il ne devrait y avoir, de même, pas trop de tension hors des marges, et seulement pour quelques spectacles totalement vendus en jauge distanciés.

Les autres salles (Maison de la Radio, 1461 places, Opéra-Comique, 1100 places ; Marigny, 1024…) sont nettement en-dessous de la limite en incluant les mesures de distanciation, même à guichet fermé (ce qui à Radio-France, huhu…).

Ainsi, hors Bastille et Philharmonie, le préjudice en classique et théâtre devrait être minime (ce ne sont ni le Zénith ni les Arenas !). Le TCE a tout de même déjà prévenu ses spectateurs.

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La justice serait de rembourser les détenteurs de billets selon leur moment de réservation, comme prime à la planification, la fidélité (et la trésorerie)… Mais je trouverai pour ma part tout à fait recevable que le théâtre fasse le choix de rembourser en priorité les billets les moins onéreux. C'est injuste socialement, mais quand on sait la tension mise sur les maisons – la plupart des subventions nouvelles ont été absorbées par l'Opéra de Paris, et se limitent de toute façon essentiellement aux établissement publics ! –, on pourrait comprendre qu'elles tâchent de limiter la catastrophe en préservant au maximum leurs recettes (et ce n'est pas comme au restaurant ou dans l'avion, le coût de production d'un siège loué à 10€ est exactement le même que pour un siège loué à 200€…).

Toutes les maisons ne communiquent pas bien : la Philharmonie ne modifie ses informations, si l'on n'a pas déjà un billet, que sur la page des spectacles, il faut donc régulièrement tout relire pour découvrir que le programme et le chef ont changé ; de même pour la Maison de la Radio, pas de page dédiée aux modifications ; l'Opéra parle depuis des mois d'un Ring donné une seconde fois à Radio-France sans avancer de dates précises, de grille tarifaire, de conditions de réservation, et n'a toujours pas, je crois, révisé la distribution de la série ; même à l'Athénée, le meilleur accueil de la capitale, on semblait lassé alors qu'on réserve un abonnement, leur principale source de devises…
Je leur souhaite donc à tous beaucoup de courage : sans même parler de la panique absolue de créer des spectacles qui s'avèrent impossibles, au fil des nouvelles normes, les uns après les autres, il doit être particulièrement difficile d'équilibrer la parcimonie de communication (il ne s'agit pas d'effrayer le public au moindre doute) et le respect du spectateur – l'annulation tardive de certains concerts dont le caractère irréalisable était un secret de polichinelle parfois depuis des mois –, la ligne de crête est fine.

Bon courage à eux et à nous !

mercredi 2 septembre 2020

Les notules de l'été 2020


L'été est propice à la déconnexion des lecteurs… mais aussi à la productivité du rédacteur. C'est pourquoi je mentionne ici les quelques notules de l'été que je voulais publier depuis longtemps qui vous auront peut-être échappé.

¶ 7 juillet : Traduire Berg en français – l'épopée de l'insatisfaction

¶ 20 juillet : Max von Schillings – Mona Lisa : la Joconde violée, le coffre qui assassine

¶ 1er août : Pourquoi joue-t-on trop peu / trop les compositrices ?  Une tentative de réponse (multiple et pondérée), ainsi qu'une liste commentée de compositrices documentées, à découvrir à divers degrés d'urgence.

¶ 13 août : Le bannissement des femmes des cérémonies religieuses officielles parisiennes dans les années 1830-1840 (et l'histoire du premier Requiem de Cherubini).

vendredi 29 novembre 2019

maintenance – rémanence


Un mot d'excuse auprès des (quelques) lecteurs réguliers de CSS : d'une à deux notules par semaine (à deux exceptions près sur 15 ans), voici des mois d'automne exceptionnellement chiches. La quantité de concerts vus (75 depuis septembre), un emploi du temps professionnel peu propice, des commandes extérieures 'officielles' qui se sont accumulées et quelques autres éléments ont amputé le temps disponible pour produire quelque chose qui me convienne. Quelques nouvelles entrées arrivent.

vendredi 13 septembre 2019

Dernières nouveautés discographiques – et commentaires


En haut à gauche de chaque page du site, en bleu, figure « Nouveautés discographiques & commentaires  ». En cliquant dessus, vous accédez à l'intégralité des disques publiés & commentés depuis janvier (une centaine actuellement, sur les plus de 500 à mentionner).

Récemment mis à jour : la plus incroyable prise de son de Bruckner du monde, le dernier Winterreise de Bostridge, Mendelssohn par Johannes Moser, grands motets de LULLY avec Mathias Vidal en vedette, Fauré et Berlioz par Fouchécourt avec accompagnement de quatuor à cordes, Wesendonck-Lieder par Ch. Prégardien…

Belles découvertes à vous !

jeudi 20 juin 2019

Elverskud, « transpercé-d'une-flèche-d'elfe » : discographie


gade erlkönigs tochter concerto copenhagengade erlkönigs tochter concerto copenhagengade erlkönigs tochter concerto copenhagen


La notule de lundi sur l'œuvre a été complétée avec le repère discographique promis.

dimanche 2 juin 2019

Teneste la promessa


Voilà un moment que je devais opérer un petit changement, mes modes de recension ces derniers mois ayant changé. Le logiciel Dotclear, à la pointe lors de l'inauguration en 2005, a cessé d'évoluer (et la migration vers la seule v2, qui a déjà bien 10 ans, réclamerait un gros travail de réagencement, nécessairement pris sur le temps de rédaction des notules), ce qui rend la réorganisation du contenu complexe.

clavecins atelier von Nagel
Un autre atelier… qui est aussi une salle de concert.
(clavecins von Nagel)


Enjeu : ne pas noyer les entrées un peu plus ambitieuses au milieu des nombreuses impressions laissées sur les disques ou les concerts.

J'ai donc un peu modifié la structure du bandeau supérieur (merci aux développeurs, la hiérarchie des fichiers Dotclear reste limpide même pour le profane !) pour faire apparaître quelques raccourcis utiles.

♦ Le fichier qui recente les nouveautés discographiques intéressantes. (Google Sheet public)
♦ La notule qui concentre mes commentaires desdites nouveautés (éventuellement transformées en notules pleines pour les œuvres rares enthousiasmantes).
♦ L'index (très partiel) des notules les plus anciennes. (Là aussi, le réorganiser sérieusement prendrait sur le temps de recherche et d'écriture…)
♦ Le très prisé agenda des concerts, sous forme de tableau, mis régulièrement à jour, pour ne pas rater les petits concerts franciliens rares et exaltants. Ou pour occuper vos soirées au débotté lorsque vous n'avez pas réservé, mais envie tout de même d'aller voir de la musique.
♦ Le lien vers le fil Twitter des commentaires de concert – pour économiser du temps pour les notules aux sujets moins éphémères, je tâche de réaliser mes commentaires de concerts dans les transports et d'échanger avec la communauté des mélomanes qui fréquente cette interface… Il faut cliquer sur le message, et le fil des commentaires sur le concert s'affiche.

J'espère ainsi répondre aux demandes sur l'accessibilité de ces informations d'actualité, difficiles à maintenir en haut de page sans écraser tout le reste (que je juge plus intéressant, au moins sur le long terme).

En état de cause, pour rmoi, ce sera plus pratique d'avoir ainsi tout sous la main !

samedi 1 juin 2019

Douceurs de juin


Demandez le programme ! Le programme avec le livret !

L'agenda de CSS vient d'être mis à jour jusqu'aux premières semaines de juillet (il faudra compléter avec les festivals de Jeunes Talents et de l'OCP, ce sera fait).

Je réponds évidemment avec plaisir à toute question sur les contenus exacts / intérêt des œuvres & interprètes / astuces de réservation et de placement.

Je vais tâcher d'améliorer l'interface du site afin que vous puissiez accéder directement à l'agenda, aux parutions discographiques, aux commentaires de concerts…

lundi 13 mai 2019

En mai ouïs ce que veux


Après relevé des nombreuses auditions de classes, concerts de fin d'années d'ensembles amateurs et pros, voici le planning des choses à voir pour les deux prochaines semaines (bientôt complété de façon plus ample par les propositions du CRR et d'autres conservatoires). Un début de relevé pour les semaines suivante, qui sera mis à jour.

Tout figure à cette adresse, sous la forme d'un tableau que vous pouvez copier-coller pour en faire votre propre usage.

Le code couleur est le même qu'à l'ordinaire : violet exceptionnel / immanquable, bleu très intéressant (œuvres + interprétation), vert appétissant (sur au moins l'un des critères). J'ai tâché de mettre dans les cinq premières cases immédiatement visibles, à gauche, ce qui me paraissait le plus intéressant pour chaque jour, et de laisser les événements récurrents plutôt sur la droite, pour ne pas encombrer.

Excellent mai musical à vous !

mercredi 1 mai 2019

[Carnet d'écoutes] – Missa Solemnis de Léopold Mozart


Toujours issu du fil des nouveautés, une œuvre qui se distingue.




75)
Leopold Mozart, Missa Solemnis
Bayerische Kammerphilharmonie, Alessandro De Marchi (Aparté, coproduction Radio Bavaroise)

(parution 19 avril 2019)

Nouvelle parution très stimulante : une messe dans le style classique qui, contrairement à l'image qu'on a de Léopold, se distingue par une certaine originalité. Orchestration riche (d'autant que De Marchi ajoute un continuo qui devenait progressivement optionnel en cette période), belles mélodies qui ne se limitent pas aux formules classiques, et un certain nombre d'effets peu ordinaires. Le Credo regorge de merveilles, notamment ce Crucifixus aux trompettes farouchement martelées dans des nuances douces, ou la vocalisation (littéralement) fulgurante du ténor au Et resurrexit. Un petit bijou.

Le tout est très bien chanté par le chœur (Das Vokalproject) et les solistes (en particulier le moelleux Patrick Grahl dans le ténor très exposé, qui vocalise remarquablement), joué, ainsi que dirigé – De Marchi, formé à l'école du seria, a depuis commis une superbe Clémence de Titus version révisée début XIXe dont j'ai dû faire état quelque part (il sait diriger des orchestres modernes et s'est réellement adapté à l'évolution du style et ne fait pas du « Mozart baroquisé »). Et comme d'habitude, capté avec beaucoup d'espace, de précision et de couleurs par Aparté (dont j'aime décidément beaucoup les pochettes…).

Vraiment à découvrir, pour l'œuvre aussi bien que pour l'aboutissement du projet lui-même.

Petit mot sur la Bayerische Kammerphilharmonie, qui n'est pas un orchestre munichois, ni une émanation baroque de la Radio Bavaroise (qui produit des disques baroques, comme leur formidable Saint-Jean par Dijkstra qui vient justement d'être rééditée, mais avec des musiciens du Symphonique de la Radio sous leur nom habituel). Il s'agit d'un jeune orchestre (sur instruments modernes, il fait même beaucoup de contemporain) d'Augsbourg, distinct du Philharmonique de la ville, et fondé seulement en 1990. On peut juger par ce disque de son accomplissement technique et de sa remarquable plasticité stylistique. Ce n'est pas leur premier disque, loin de là, mais qu'il les met joliment en lumière !

samedi 20 avril 2019

Le disque du jour – n°100 : Sonates pour violoncelle et piano de Martinů


Comme précédemment, je tire ce disque de la page où je survole les nouveautés discographiques, du fait de la rareté et de l'intérêt de ces œuvres, quoique fort bien servies, en réalité, par le disque !



62)
Bohuslav MARTINŮ, Sonates violoncelle-piano
Petr Nouzovský (violoncelle), Gérard Wyss (piano), chez ArcoDiva.


La musique de chambre de Martinů ne m'enthousiasme pas toujours – entre les poussées néoclassiques et le contrepoint parfois en mode automatique façon Milhaud, on trouve beaucoup de belles choses, mais pas toujours les chefs-d'œuvre qui correspondent à son potentiel véritable.

Hé bien, ses sonates pour violoncelle et piano sont exactement cela : son potentiel véritable. Trois sonates : H.277, H.286, H.340, qui partagent le même mérite, combiner un élan irrépressible (comme cette énergie vitale lorsque apparaissent les modes lumineux des finals de Koechlin, les chants de marin de Cras ou Le Flem…) avec une expression musicale d'une grande densité – on se situe dans un univers assez voisin des folles Sonates violon-piano de Roussel. À la fois lyrique mais toujours surprenant, complexe mais avenant, ce corpus puise à toutes les sources du bonheur.

Le label ArcoDiva, spécialiste des merveilles tchèques (qui a déjà commis de fort beaux Martinů, comme Jour de Bonté) parachève notre griserie en proposant, dans une prise de son très franche quoique confortable, une interprétation de toute première classe : le violoncelle de Nouzovský est à la fois charnu, rugueux, profond, et d'une éloquence remarquable, dans une discographie pourtant déjà assez fournie (Starker, Isserlis, Benda, Zappa, etc.)…

Le violoncelle, instrument valorisant aux personnalités multiples, qui laissait parfois les compositeurs un peu trop en confiance et en confort, inspirait décidément Martinů au plus haut degré – ses concertos, et en particulier le premier, sont aussi des merveilles à placer au sommet du vaste répertoire de l'instrument.

mardi 5 mars 2019

Choses vues


Un mot pour indiquer que les commentaires de concerts vus en février ont été mis à jour en commentaires de l'annonce du planning : invendus de Sondheim, Quatuors de Gassmann & Pleyel, le crépuscule énigmatique de Maurizio Pollini, Victor Hugo, Star Wars…

Pour les concerts à partir de mars, ils figureront également sous la notule d'annonce.

Je poursuis aussi l'alimentation régulière du survol des nouvelles parutions (dernièrement Perbost, Chédeville, Camboulas…).

Mais il m'en reste beaucoup d'écoutés à commenter :

Le Dernier Sorcier de Viardot & Tourgueniev, les variations berlioziennes de Braunfels, le récital original de Harpe de Gaudemard, les derniers Haydn d'Antonini, la première discographique de Das Schloß Dürande de Schoeck (même bidouillé, ce reste le disque de la décennie), Herminie d'Arriaga, lieder par Hasselhorn, récital original de piano par Ghraichy, Penelope de Liebermann (réédition), L'École des Femmes de Liebermann, les Schubert de Gardner, Roll Over Beethoven d'Adams, nouveaux liederspiele de Schumann chez Naxos, l'intégrale pianistique Tansman du multi-spécialite Koukl, Fauré & Poulenc par Aedes, Symphonie du brésilien Alberto Nepomuceno, l'intégrale pianistique Bernstein de Tozzetti, la Troisième Symphonie de Liatochynsky par Bournemouth & Karabits…
(Quasiment que des disques complètement enthousiasmants, d'ailleurs !)

… et de pas encore écoutés à découvrir (puis commenter éventuellement)
:
la délirante Herbstsymphonie de Marx dans une captation CPO, l'album Sirènes de Stéphanie d'Oustrac, Chausson par Gens, Cendrillon de Prokofiev pour piano par Latchoumia, transcriptions d'opéras de Rameau par Mélisande McNabney, une nouvelle version de Prometeo de Nono, Suite pour orchestre de Lundquist, intégrale du piano de Röntgen en cours par Mark Anderson, Passion selon Jean par le mirifique Dijkstra et la Radio Bavaroise (en mode HIP), Au Long de la Loire par l'ensemble Jacques Moderne, le bouleversant Via Crucis de Liszt par le Collegium Vocale Gent, Mahler 7 par le Festival de Budapest, Erlkönigs Tochter de Gade, Imaginées d'Ibert (réédition), Les Heures dolentes de Dupont pour la première fois en version orchestrale, ballets français d'Ibert et Sauguet par N. Järvi, Caccini vocal par Le Nuove Musiche, récital Kermes, Dussek par Sofronitzky (une demoiselle, pas le fou qui met des pains partout), Concerto pour violon n°1 de Szymanowski par Vahala, Concertos pour orgue et cordes de Bach par les Muffati, récital Peretyatko, I Cherusci de Mayr (courage…), récital Heimweh d'Anna Lucia Richter, une vérification de pépites éventuellement manquées dans le coffret Berlioz intégral de Warner (très dubitatif sur le caractère intégral de la chose, en regardant rapidement…), Missa 1660 de Cavalli, 1001 Nuits de Say, Minnesang de Nunes…

Oui, avec la quinzaine qui s'ajoute chaque vendredi, même en allant très vite, ça va être difficile de tenir le défi… Je n'avais pas l'impression d'autant de nouveautés grisantes l'année dernière.

dimanche 3 mars 2019

Printemps 2019 – Les concerts franciliens que le Guoanbu ne veut pas que vous voyiez


Afin de dégager du temps pour d'autres sujets plus exaltants, le planning est publié dans ce PDF . Les commentaires des spectacles seront placés en commentaires, sauf entrée spécifique, et ceux de janvier-février se trouvent sous cette notule (ou bien sur le compte Twitter de CSS).

♦ En violet, les événéments qui me paraissent considérables, immanquables (en général œuvre rare et très intéressante, avec exécution prometteuse).
♦ En bleu, ceux qui me paraissent importants, à tenter vraiment de voir.
♦ En vert, diverses propositions séduisantes (tubes par des interprètes stimulants, œuvres rares qui ont potentiellement moins ma faveur…).

Mais à peu près tout ce qui est relevé ici est attirant.



J'insiste sur quelques événements.

Hervé, Le Retour d'Ulysse (version comique). À partir du 13 mars, relecture offenbachien du mythe.

La Finta Pazza de Sacrati (16-17 mars), par Alarcón, qui revient chargée de critiques enthousiastes, une œuvre fondatrice dans l'histoire de la diffusion de l'opéra en France.

¶ Le Quatuor vocal à un par partie Bonelli (15 & 17 mars), constitué de chanteurs époustouflants individuellement et collectivement, dans des programmes originaux et jubilatoires.

Symphonie n°10 Chostakovitch par l'ONDIF et Kaszpczyk… un très grand chef (meilleurs Szymanowski de tous les temps) et l'orchestre le plus engagé qu'on puisse trouver… dans la meilleure symphonie de Chostakovitch, ce devrait être très impressionnant. (Mais on a aussi le droit d'aimer roupiller sur les tapis moelleux des R. Strauss du Concertgebouworkest.). 22 mars.

Symphonie n°2 de Howard Hanson, et à l'orgue encore, par Cameron Carpenter (23 mars).

Programme Donna par l'ensemble Il Festino. Excellent programme, mais prévoyez d'investir dans les tout premiers rangs de la première catégorie, si vous voulez entendre quelque chose dans la Cathédrale des Invalides. (28 mars).

L'Orestie d'Eschyle à la BNF. (30 mars) Je n'ai pas vérifié sous quel format la chose était donnée.

Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók, joué et chanté par des Hongrois – ce qui advient fort rarement.

Refonte XVIIIe d'Armide de LULLY (1er avril).

Tchaïkovski, Symphonie n°6 par l'Orchestre Ut Cinquième. Amateurs de très (très) haut niveau… Sibelius 2 comme je ne l'avais jamais entendue, même au disque… et excellents dans Cavalleria Rusticana, La Bohème, etc. Ce devrait être une grande lecture. (4,6,7 avril)

Ravel, L'Enfant et les Sortilèges dans une version de chambre (de Nemoto, qui avait joliment instrumenté le Voyage d'hiver il y a quelques années), avec une distribution épatante : Masset, Poupard, Boisvert, Sargsyan. À Herblay le 9 avril.

Legrenzi, La Divisione del mondo, Rousset (13-14 avril). Le meilleur compositeur italien du XVIIe siècle, l'une de ses figures les plus inventives également, dans cet opéra inédit.

¶ Récital d'Andrea Pichanik avec guitare baroque / théorbe. Premier XVIIe italien (15 avril). Voix extraordinairement généreuse et véritable diseuse, avec le luthiste spécialiste Egüez (partenaire de Bárbara Kusa au sein de La Chimera, explorations semi-populaires hispanohablantes, notamment).

¶ Le Quatuor Quiroga (ce fruité un brin acide, inimitable, très grands musiciens d'une saveur rare) dans Ginastera 1, Turina, Chosta 8. Le 15 avril.

Leçons de Ténèbres de Gesualdo par les spécialistes de Graindelavoix. Pas aussi aventureux que ses madrigaux, mais plutôt rare (18 avril).

Leçons de Ténèbres de Lambert par Marc Mauillon (20 avril), mais hors de prix en ce qui me concerne, 90€ minimum pour moins d'une heure de musique, si j'ai bien lu les tarifs en début de saison.

Ibsen, Un ennemi du peuple. Pièce très peu donnée d'Ibsen, mise en scène Sivadier à l'Odéon, pendant le mois de mai.

Un opéra (contemporain) de Barry d'après The Importance to Be Earnest, pas si fréquent d'oser des textes un peu légers désormais. À partir du 16 mai.

Perrault par d'Estalenx et Aboulker, pour chœur d'enfants. (28 mai et 11 juin)

Roussel, Le Testament de tante Caroline (à partir du 6 juin), un Roussel léger !

Hervé, Mam'zelle Nitouche (à partir du 7 juin). Servi par les Frivolités Parisiennes, même si la musique en est vraisemblablement peu dense, ce sera un régal (quel entrain scénique !  quels chanteurs !  et surtout quel orchestre !).

Berlioz, cantates (dont l'immortelle aux Chemins de fer) et Symphonie Funèbre & Triomphale, par un très gros effectif (24 juin).

Stockhausen, Samstag aus Licht (28 et 29 juin). Moins marquant que Donnerstag donné par l'Opéra-Comique à l'automne, mais toujours assez étonnant, pas exactement un opéra (beaucoup de parties purement instrumentales qui tournent sur elles-mêmes sans que leur dimension dramatique soit tout à fait évidente), mais une très belle expérience, de la musique bien faite et étonnamment polarisée et accessible.



Bien sûr, en s'approchant des échéances, quantité de petits concerts très originaux surgissent… Je les posterai en commentaires, ainsi que mes éventuelles impressions sur les spectacles que j'aurai moi-même tentés.

Bon printemps à vous !

Suite de la notule.

vendredi 15 février 2019

Nouveautés discographiques, suite


Faute de temps pour achever une des notules plus ambitieuses en préparation, quelques présentations supplémentaires des nouveautés 2019 sous l'article concerné.

(Il m'en reste une demi-douzaine à commenter et une bonne dizaine à écouter… sans parler de ceux qui ont dû paraître ce vendredi. Le fil devrait continuer à être alimenté, donc.)

lundi 21 janvier 2019

Nouveautés discographiques 2019


Du fait de ma (grosse) consommation discographique, et des commentaires que je peux en faire çà ou là, autant centraliser… (Et puis on pourra jouer à la remise des prix à la fin… je ne sais jamais ce qui est sorti dans l'année.)

Je sèmerai donc ici, en commentaires, des impressions (souvent d'abord jetées sur le mirifique forum Classik) sur ce qui vient de sortir. À chaud et sans apprêt, pardon, mais cela laisse toujours une trace en attendant que vos magazines préférés en disent d'autres sottises que les miennes !

Cliquez ici pour accéder aux commentaires de l'ensemble des disques.



jeudi 1 novembre 2018

Tout doit disparaître


Je dispose de deux invitations pour la masterclass de Christian Immler et Helmut Deutsch à Royaumont (18h) où je devais me rendre ce samedi, avec des duos chant-piano assez extraordinaires (Boché & Vallée, Garnier & Oneto-Bensaid…).

Si intéressé, dites-le moi par commentaire ou courriel.

samedi 6 octobre 2018

Point d'étape : Callirhoé & Amélite, Inyi & Kalunga, Cras & le Quintette, Bérénice & la création


Je signale ici, avant le bilan du mois d'octobre qui va nécessairement patienter quelques semaines, quelques impressions de concert un peu plus développées qu'à l'ordinaire :


♦ #12 Extraits de tragédies en musique (LULLY, Charpentier, Destouches, Rameau) pour soprano (Eugénie Lefebvre) et deux clavecins, dans la merveilleuse église (juxtapositions XIe-XVIe) d'Ennery. Un délice d'éloquence et de contrepoints : grand, grand concert.

♦ #13 Révélation de Léonora Miano (pièce mythologique évoquant les traites négrières) mis en scène par Satoshi Miyagi en japonais à la Colline, avec un orchestre de 11 percussionnistes. Un univers très étonnant. (avec des morceaux de mythologie et d'onomastique dans mon commentaire)

♦ #14 Rarissime exécution en concert du Quintette piano-cordes de Jean Cras, les chants de marin les plus modulants que l'on puisse rêver !  (avec quelques extraits de partition)

♦ #15 Bérénice de Michael Jarrell à Garnier. Grande déception – je n'y retrouve ni le sens dramatique de Cassandre (qui n'était certes pas un opéra), ni le contrepoint lyrique de Galileo (qui n'était certes pas sis sur des alexandrins français).

Et ce soir, le Concerto pour clarinette et la Septième Symphonie de Charles Villiers Stanford !

dimanche 19 août 2018

Une décennie, un disque – 1590


1590


marenzio compagnia del madrigale 1591


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Nel dolce seno della bella Clori.

Compositeur :
Luca MARENZIO
Œuvre : Madrigaux à 6 voix, Livre V (1591)
Commentaire 1 : Au sommet du répertoire du madrigal, les derniers livres de Marenzio (IX livres à 5 voix, VI livres à 5 voix), écrits dans une veine assez verticale (pas les plus contrapuntiques du marché), combinent contre-intuitivement la double caractéristique d'une harmonie complexe et d'une expression volontiers lumineuse, en particulier dans ce livre V.

Interprètes : La Compagnia del Madrigale
Label : Glossa
Commentaire 2 : Le fin du fin de l'exécution madrigalesque, voix pures et inflexions colorées, tranchant des attaques et moelleux des tenues, détail du mot et sens de l'arche…

jeudi 9 août 2018

Les noms de code des orchestres – III : les Pays-Bas – b) Orchestre Symphonique des Pays-Bas


Cette notule s'insère à la suite de celle consacrée au tournoiement des orchestres à Amsterdam (hors orchestres de ballet et de radio, dont je reparlerai plus tard). Vous voulez savoir qui vous écoutez précisément lorsque vous avez Pays-Bas inscrit sur le disque ?

Car aucun de ces orchestres ne recouvre les mêmes musiciens (et tous n'officient pas à Amsterdam, ni même à proximité du centre névralgique du pays) : 
Orchestre Philharmonique d'Amsterdam
Orchestre Philharmonique des Pays-Bas
Orchestre Symphonique des Pays-Bas
Orchestre Symphonique de la Radio
Orchestre Symphonique de la Radio des Pays-Bas
Orchestre Philharmonique de la Radio des Pays-Bas
Orchestre de Chambre de la Radio des Pays-Bas
Orchestre de Chambre Philharmonique des Pays-Bas
Orchestre de l'Omroep (Radio des Pays-Bas)

Oui. Quand même.



Soyez attentif, le jeu de massacre continue : depuis plus de trente ans, ce pays que nous percevons peut-être comme paisible et civilisé, épris de culture, supprime et fusionne en réalité méthodiquement ses orchestres. Certes, l'extrême concentration des métropoles néerlandaises rend très facile le déplacement dans la nouvelle résidence des orchestres fusionnés, mais cela a plusieurs conséquences :

1) pour le mélomane local, la réduction de la variété de l'offre, inévitablement ;

2) par ailleurs, lorsqu'un orchestre fusionne entre des villes d'importance inégale (comme entre Amsterdam et Utrecht), on s'aperçoit que dans les faits la ville la moins influente est assez peu servie en concerts par la nouvelle entité musicale ;

3) pour le mélomane international, cela rend assez impossible à débrouiller l'identité des orchestres au fil des ans… d'autant que les noms sont souvent assez peu transparents, et très proches entre eux.

Faute d'avoir aucune influence sur les deux premiers points, je vais tâcher de contribuer à mettre un peu de clarté dans le troisième, quelques listes de chefs, de labels, d'enregistrements (et quelques sons) à l'appui.

C'est (re)parti !




5. Nederlands Symfonieorkest (Enschede)


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Premier mouvement de l'ineffable Symphonie n°2 de Jan van Gilse, direction David Porcelijn.


Mon chouchou – de tout le pays. Non seulement pour des raisons de répertoire (le legs gravé avec Porcelijn est inestimable) que pour un certain sens du galbe, de qualité de l'intégration du détail dans la grande arche. Et techniquement, un orchestre professionnel de tout premier plan.

Le Symphonique des Pays-Bas a la particularité d'être une formation particulièrement ouverte d'esprit : les musiciens jouent sur instruments anciens pour le répertoire du XVIIIe, se produisent régulièrement ailleurs dans le pays (Amsterdam, Utrecht, Rotterdam…), voire dans le monde (Carnegie Hall, Birmingham, en Espagne, etc.), mènent des actions pédagogiques manifestement assez nombreuses…

Résidence : Enschede (158.000 habitants, 400.000 en agglomération). Concerts également donnés à Zwolle (capitale de la province), Hengelo, Deventer.
Création : 1930 (origine) / 1954 (professionnel) / 1983 (fusion) / 1994 (réduction)
Directeurs musicaux :
→ Jaap van Zweden (1996)
→ Jan Willem de Vriend (2006)
→ Ed Spanjaard (2017)
Dénominations successives :
1930 : Twents Kamerorkest
1947 : Twents Philharmonisch Orkest (expansion)
1954 : Overijssels Philharmonisch Orkest (professionnalisation)
1983 : Forum Philharmonic (fusion)
1994 : Orkest van het Oosten (réduction)
2011 : Nederlands Symfonieorkest (rebranding)
2014 : HET Symfonieorkest (litige)
Labels principaux : surtout des enregistrements récents chez CPO (avec Porcelijn) et Challenge Classics (avec de Vriend essentiellement).
Quelques suggestions discographiques : van Gilse n°2 (Porcelijn), Andriessen volume 4 (Porcelijn), van Gilse n°3 (Porcelijn), Andriessen volume 3 (Porcelijn), van Gilse Concerto pour piano (Porcelijn), Andriessen volume 2 (Porcelijn).

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Libertas venit de Hendrik Andriessen, direction David Porcelijn.
enschede orchestre
enschede orchestre
La salle de concert à Enschede (champ / contrechamp).

Le Symphonique des Pays-Bas est, comme bien d'autres du pays, issu à la fois de fusions et de changements de noms multiples et réguliers :

La naissance de l'orchestre est à l'origine purement le fait d'amateurs locaux de la région de Twente, dans la province d'Overijssel, à l'Est du pays, frontalière avec l'Allemagne – nous sommes dans les années 30. L'orchestre s'étend en nombre et en compétence, incluant des professionnels ; il devient Philharmonique en 1947, avant de se professionnaliser pour de bon en 1954, où il prend la dénomination de la province. Les amateurs sont alors relégués dans une structure de chambre, qui existe toujours.

À partir des années 80, les mesures d'austérité l'affectent à plusieurs reprises : il fusionne en 1983 avec l'orchestre (Opera Forum) de l'Opéra d'Enschede (Nationale Reisopera, aujourd'hui Nederlandse Reisopera) et devient le Forum Philharmonic, qui accompagne aussi bien les représentations qu'il poursuit sa carrière symphonique. En 1994, ses effectifs sont réduits (tout en poursuivant sa double mission) et il prend sa forme définitive, sous le nom d'Orkest van het Oosten (« Orchestre de l'Est »), sous lequel il reste assez bien connu (OvhO).

Il prend manifestement une certaine importance nationale sous le patronage de Jaap van Zweden (concertmeister au Concergebouworkest, il faut dire…), mais change à nouveau de nom, pour des raisons d'image : d'abord Nederlands Symbonieorkest en 2011, pour se conformer au nom anglais (assez peu spécifique…) qui figure sur les disques (« Netherlands Symphony Orchestra »), puis, suite aux protestations du Philharmonique des Pays-Bas (sis à Amsterdam et théoriquement Utrecht), il prend en 2014 celui qu'il conserve actuellement : HET Symfonieorkest (« LE Orchestre Symphonique » – oui, on sent confusément qu'ils étaient un peu énervés)..

C'est que ce changement ne s'est pas fait de plein gré mais à la suite d'une procédure judiciaire, gagnée en 2012, puis perdue en appel en 2013 ; il conserve, étrangement, son nom anglais ambigu, celui qui se trouve sur les disques, adressé à des gens qui ne connaissent pas la géographie culturelle des Pays-Bas. Les majuscules du déterminant signifient supposément, d'après ce que je peux en traduire confusément, quelque chose comme « Connu pour être tourné vers le futur » – oui, des gens ont gagné de l'argent pour ça, sans doute comme pour les minuscules de la hr (Hessische Rundfunk, jadis beaucoup plus identifiable comme Radio de Francfort…).

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Dernier mouvement de la Symphonie n°3 de Beethoven, direction Jan Willem de Vriend.
enschede orchestre
De Nederlandse Reisopera (ancien Nationale Reisopera), nom de l'Opéra d'Enschede.



Sa présence au disque est très récente en réalité, puisque, à l'exception d'un Second Concerto de Brahms par Egorov (chez Etcetera, où Egorov est d'un aplomb sidérant), toutes ses parutions datent de la période de Vriend, et réparties chez deux labels seulement : CPO (pour la partie exploratoire, tous avec Porcelijn) et Challenge Classics (pour le grand répertoire, presque toujours avec de Vriend).

Challenge Classics :
Vivaldi – Concerto pour hautbois – Oostenrijk, de Vriend
    ♪♪ (oui, hautboïste bien nommée – « royaume de l'Est »)
Beethoven – Egmont (musique de scène, chantée en néerlandais) – de Vriend
Beethoven – Concerto pour violon et Romances – Ferchtman, de Vriend
Beethoven – Triple concerto – Trio Storioni, de Vriend
Beethoven – Concertos pour piano n°1 & 2 – Minnaar, de Vriend
Beethoven – Concertos pour piano n°4 & 5 – Minnaar, de Vriend
Beethoven – Symphonies n°1 & 5 – de Vriend
Beethoven – Symphonies n°2 & 3 – de Vriend
Beethoven – Symphonies n°4 & 6 – de Vriend
Beethoven – Symphonies n°7 & 8 – de Vriend
Beethoven – Symphonies n°9 – de Vriend
    ♪♪ Une belle intégrale qui tient compte des apports de la musicologie (et incluant cuivres d'époque), très vive,  tout en restant d'une sobriété sans excentricité. Pas ici que les couleurs de l'orchestre sont les plus typées, sans doute, donc pas une nouveauté révolutionnaire, mais une intégrale à l'élan et l'équilibre assez parfaits, pour qui aime son Beethoven mordant.
Paganini – Concertos n°1 & 2 – Koelman, de Vriend   
Mendelssohn – Symphonies n°1 & 3 – de Vriend   
Mendelssohn – Symphonie n°2 – de Vriend   
Mendelssohn – Symphonies n°4 & 5 – de Vriend   
Mahler – Symphonie n°1 – de Vriend   
(Bob) Zimmerman Krossover (album de cross-over) – Kross, Hempel

Attention, Challenge Classics publie aussi les enregistrements du Radio Filharmonisch Orkest (à Hilversum), qui a notamment été dirigé par… Jaap van Zweden, dès la fin de son contrat avec Enschede ! (Il n'a à ma connaissance rien légué avec le Symphonique pendant son temps à Enschede.)

En termes de chronologie des compositeurs, l'ensemble Challenge Classics s'accolle presque parfaitement à celui de CPO.

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Cinquième et dernier mouvement de la mahlérienne Symphonie n°3 de Jan van Gilse, avec la soprano Aile Asszonyi, direction David Porcelijn.

CPO :
Röntgen – Aus Goethes Faust – Chœur du Reisopera (Opéra d'Enschede), Porcelijn
Röntgen – les trois Concertos pour violoncelle – Horsch, Porcelijn
Röntgen – Symphonies n°5, 6 & 19 – Porcelijn
   
Tout Röngten mérite d'être connu,  mais l'ensemble des trois concertos dvořákiens justifie le détour
van Gilse – Concerto pour piano – Triendl, Porcelijn
van Gilse – Symphonies n°1 & 2 – Porcelijn
van Gilse – Symphonie n°3 – Porcelijn
van Gilse – Symphonie n°4 – Porcelijn
   
Corpus merveilleux de premier intérêt, et servi avec une évidence rare. La Deuxième en particulier. Et l'étonnant concerto « Esquisses de danses », très au delà de l'ambition du concerto-épate. Plus d'informations dans la notule à son sujet.
Andriessen – Symphonie n°1 – Porcelijn
Andriessen – Symphonie n°2 – Porcelijn
Andriessen – Symphonie n°3 & Symphonie concertante – Porcelijn
Andriessen – Symphonie n°4 – Porcelijn
   
Autre témoignage très précieux – et l'un des très rares cas de Symphonie concertante réellement intéressante. Les pièces courtes des couplages (Libertas venit, Mascherata, Rhapsodie Wilhelmus…) méritent véritablement le détour. La notule autour des écoutes de l'été en dit un peu plus.



Prochaine étape, le Phiharmonique de la Radio des Pays-Bas, lui aussi éloigné d'Amsterdam, malgré des liens historiques plus étroits.

À mi-chemin du parcours, vous aurez droit à un petit schéma récapitulatif des noms d'orchestres disparus / fusionnés / renommés. Le suspense est à son comble !

dimanche 6 mai 2018

La Ballade de Tomski en français – nouveau son


Je devais prendre le temps de mettre cette notule à jour depuis longtemps avec un nouvel enregistrement… fait en 2015. L'occasion de mentionner à nouveau l'entrée autour de cette traduction maison de la Dame de Pique.

Il existe également une version traduite (et chantée) du grand récit du Vampire de Marschner — où le héros de Byron/Polidori raconte comment l'on devient vampire et comment l'on dépèce sa propre famille, juste après une scène de séduction qui était pourtant un pastiche plutôt rigolard de Don Giovanni.

Je suis actuellement affairé à proposer une traduction de l'air de Boris Godounov (celle de Delines comme celle utilisée par Inghelbrecht ne me satisfaisant pas complètement), une notule verra le jour.

Par ailleurs, on peut retrouver les étapes du projet lied français dans le chapitre approprié – il ne reste plus que deux lieder pour publier l'ensemble du Winterreise, et la moitié de la Meunière est faite. Mais il faut bien partager avec le reste des sujets de CSS et la pratique musicale elle-même…

dimanche 11 février 2018

La finale de Voix Nouvelles


Livré quelques impressions sur chaque air de la finale (et quelques portions des finales régionales) dans les commentaires sous la notule initiale.

dimanche 14 janvier 2018

[fuites] Opéra de Paris 2018-2019, la saison officielle


Sur le (mirifique) forum Classik, on trouve la saison 2018-2019 de l'Opéra de Paris apparemment officielle et tirée des brochures (présentation au public à la fin du mois). Avec les distributions assez complètes, manifestement (que je ne recopie pas ici, je vous laisse aller regarder).

C'est apparemment tiré d'un autre site (d'un forum où je ne vais plus, je soupçonne), ces informations circulent vite, donc je ne vais pas recopier ce qui a déjà été formalisé ailleurs, juste les titres et quelques remarques.

► 17 titres.
► 1 opéra baroque (début XVIIIe), 2 opéras classiques (Mozart), 13 opéras romantiques, 2 opéras du XXe (dont Rusalka, créée en… 1901), 1 opéra du XXIe.
► 9 en italien (plus de la moitié !), 2 en allemand (grosse chute), 3 en français, 2 en russe, 1 en tchèque.
► 0 LULLY, 2 Mozart, 1 Rossini, 2 Donizetti, 4 Verdi, 1 Wagner, 0 Puccini, 0 R. Strauss

Considérant que les opéras relativement rares sont des reprises (Iolanta, Rusalka), que Lady Macbeth de Mtsensk a été donnée il y a une dizaine d'années (et finalement régulièrement à Paris, où Chung, Gergiev et Haenchen, au moins, l'ont dirigée depuis les années 90), sont surtout rares l'oratorio de Scarlatti, et Les Huguenots (et, par essence, la création de Jarrell).

L'Opéra de Paris n'a clairement pas décidé de jouer au pionnier, mais la plupart des titres sont à mon gré, et c'est tout de même un peu plus varié et aventureux que la saison en cours (certes, pour trouver moins aventureux, après, il fallait aller à Des Moines).

Les distributions sont globalement très belles, et les nouvelles productions données à des metteurs en scène en vue (même si Bieito, Guth, Warlikowski, Tcherniakov ont eu leurs mauvais soirs, notamment à l'Opéra de Paris). D'ailleurs toujours les mêmes metteurs en scène à la mode (Castellucci revient aussi, et on aura van Hove), aucune nouvelle production dans le genre tradi, le but est clairement de changer l'image de la maison.
[À mon humble avis, outre qu'il est dommage de ne pas laisser le choix au public, ces metteurs en scène font trop de productions par an pour avoir le temps de produire, après des débuts très prometteurs, un travail qui soit de la même qualité partout. Les premières production de Guth et Bieito étaient d'une autre force que celles d'aujourd'hui… Tcherniakov, c'est différent, c'est pile ou face.]

    → Pour ma part, la plupart de tout cela me tente. Et malgré la distribution en volapük héroïsant, les Huguenots sont dirigés par Michele Mariotti, capable d'exalter les contenus fins des accompagnements et de maintenir la tension, presque le plus important.
    → L'autre grande nouvelle, c'est la Bérénice de Jarrell (annoncée depuis longtemps, mais confirmée), l'un des rares compositeurs vivants capables d'écrire un véritable opéra cohérent dans un langage du XXIe siècle (son Galileo genevois avait été une splendeur, farci d'ensembles richardstraussiens dans un langage atonal-polarisé).

La liste :

A. Scarlatti – Il primo omicidio (« Le premier meurtre »)
Mozart – Don Giovanni
Mozart – Die Zauberflöte
Rossini – La Cenerentola
Donizetti – L'Elisir d'amore
Donizetti – Don Pasquale
Meyerbeer – Les Huguenots
Berlioz – Les Troyens
Verdi – La Traviata
Verdi – La Forza del destino
Verdi – Simone Boccanegra
Verdi – Otello
Wagner – Tristan und Isolde
Tchaïkovski – Iolanta
Dvořák – Rusalka
Chostakovitch – Lady Macbeth de Mtsensk (dans sa version révisée Katerina Ismaïlova, je crois)
Jarrell – Bérénice

La folie des réservations pour juillet 2019 dans les salles parisiennes va donc bientôt débuter…

mardi 12 décembre 2017

Alceste de LULLY – nouveau disque Aparté & concert versaillais (Rousset)


En attendant qu'une des notules prévues soit finie (opéras contemporains dans le monde ?  opéras français ?  la morbidezza ?  les ténors verdiens à découvrir ?  les orchestres néerlandais ?), un petit mot sur la remise au théâtre d'Alceste de LULLY, ce dimanche, simultanément avec la sortie du disque chez Aparté – si vous ne l'avez déjà lu ailleurs (d'où le style sensiblement différent de l'usage dans ces murs).

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Dimanche donc, le tout-LULLY était à Versailles pour Alceſte.

Quand il s'agit de profiter des merveilles du lieu, j'aurai beau me presser, je partirai trop tard.


Ce début d'Alceste, ce récitatif d'Alcide, est une des choses que j'aime le plus dans toute la musique. 

Suite de la notule.

mercredi 22 novembre 2017

[Opéra] Amours uranistes chez McCarthy : Fellow Travelers de Gregory Spears



En train de préparer le prochain volet des opéras rares donnés cette saison dans le monde, cette fois-ci consacré aux opéras de compositeurs vivants. L'occasion de faire un tour des tendances dans les œuvres créées, qui échappent de plus en plus aux sinueux dispositifs pour happy few (fondés sur des collages de textes illustrant la vie d'un poète d'avant-garde – je n'exagère pas vraiment) qu'on pouvait voir fleurir jusqu'au début des années 2000.

À force de traiter l'opéra de musée mourant, il semble s'être ouvert à d'autres univers – ou bien est-ce simplement qu'avec les bases de données actuelles, à la fois beaucoup plus accessibles et beaucoup plus complètes, on peut mieux se rendre compte de la diversité qui existe par le monde ?

En tout cas, quantité de thèmes beaucoup plus accessibles que d'ordinaire :
histoire récente (JFK),
littérature grand public (le Chat botté en tchèque, Moby Dick, Anne Frank, Lord of the Flies),
littérature fantastique (la Maison Usher, le fantôme de Canterville, deux Dracula, Hercules vs. Vampires [??] et même un Addams Family !),
cinéma (Marnie, L'Ange exterminateur, Solaris, Dead Man Walking, La Reine des Neiges, Max et les Maximonstres !),
bio-ops (Pompadour, Wagner, M. Monroe),
suites d'opéras (Radames, Buoso's Ghost, Figaro Gets a Divorce),
actualité (Fukushima),
faits de société (Alzheimer, prostitution de luxe, cas psychiatriques remarquables…).

Et bien d'autres – beaucoup en tchèque et en langues baltes, étonnamment.

Ça jette un sacré coup de jeune, en tout cas une ouverture vers un public plus vaste que le fer de lance de la culture la plus valorisée, pour peu que la musique suive le même chemin (diversement le cas, comme vous le constaterez le moment venu).
Beaucoup d'œuvres assez réussies là-dedans, en plus.

Certes, j'attends toujours mon opéra de zombies et ses super dialogues, ou mon heptalogie Star Wars.

Je viens donc pour l'occasion d'écouter ce disque qui vient de sortir (le 29 septembre, c'est tout comme). Gros coup de cœur – qu'il est peu probable que la majorité de mes lecteurs partage, j'en conviens d'avance.


gregory_spears_fellow_travelers.jpg


Comme la présentation est un peu longue pour le format prévu (survol de nombreux titres donnés un peu partout), et que je ne vous ai pas nourris depuis une semaine, voici quelques premières impressions.


(Gregory) Spears, Fellow Travelers (Chicago)

→ Amours uranistes entre un jeune diplômé et un officiel sexagénaire du Département d'État, dans l'entourage de McCarthy et l'action anticommuniste américaine. Créé à Cincinnati fin 2016, un beau succès ; il en existe même un disque, chez le label de l'orchestre, Fanfare Cincinnati.

→ Musique purement tonale, à l'accompagnement très étale, au matériau très simple (petites volutes de vent sur aplats de cordes…), avec des accords de quatre sons, la plupart du temps en tonalité majeure, qui permet de se dédier à la conversation en musique (très peu d'ambitus, on comprend tout sans livret !) sans être concurrencé par l'orchestre. Très belles atmosphères, le livret (plaisant sur l'univers administratif et militant) se situe quelque part entre Le Consul de Menotti et un épisode de The West Wing, la romance en prime ; la musique entre la simplicité du musical, Hahn (début de l'acte II de L'Île du Rêve, tout est écrit sur ce patron), Martinů (Juliette, Ariane, Jour de bonté), Barber (plutôt l'Adagio et les moments limpides de Vanessa), Damase (L'Héritière plutôt que Colombe), Adams (les parties les plus simplement mélodiques d'El Niño ou Doctor Atomic)… Beaucoup de formules régulièrement motoriques (façon petit train), de petits rebonds comme les accompagnements de Damase (doublure de piano permanente), et même une petite imitation du début de Rheingold dans le tableau à St. Peter.

→ À l'échelle de l'histoire de la musique, vraiment simplet – surtout en ce que les accompagnements sont repris lorsque revient une situation comparable ! (très beaufinal qui s'enrichit et s'irise légèrement, cela dit)

→ À l'échelle d'un opéra où l'on peut suivre le texte (pas mauvais d'ailleurs), un petit bijou, si l'on aime les couleurs claires, les climats apaisés. Vraiment rien de tourmenté là-dedans, tout est toujours joli. [Ça me parle énormément, mais je conçois très bien qu'on trouve que ça manque de corps.]

→ Quelques extraits, avec un aperçu de la multiplicité des lieux, sur un des interludes instrumentaux (on entend bien la nudité de cette musique apaisés, à défaut de pouvoir vérifier la qualité très réelle de la déclamation-conversationnelle).

(Aaron Blake et Joseph Lattanzi chantent remarquablement.)


mardi 14 novembre 2017

Doux don (déçu) des divins Delage de Dame Devieilhe


Retenu par d'autres contraintes, je ne puis me rendre au concert de Sabine Devieilhe et Les Siècles de soir à la Philharmonie de Paris (20h30) : Mélisande, Poèmes Hindous de Delage, Rossignol de Stravinski, et quelques scènes coloratures françaises.

J'offre mes deux places. Pour être lu à temps, écrivez-moi directement par courriel. davidlemarrec chez online point fr

jeudi 26 octobre 2017

Les opéras rares cette saison dans le monde – #2 : italiens (ou en latin)


L'opéra italien, en plus de constituer à la fois l'origine et l'étendard du genre, est bien sûr majoritaire à l'échelle mondiale ; surtout grâce à Mozart-Verdi-Puccini, mais cela n'exclut pas la présence de raretés parfois assez stimulantes.

En rouge, les recommandations personnelles – non pas qu'il soit conseillé de prendre l'avion pour un seria (possiblement interchangeable), mais disons que si on les apprécie, dans le genre rare et abouti, on peut au moins trouver son compte en allant en écouter un disque ou une bande !

Avant de commencer, pour une vue plus globale de l'histoire de l'opéra italien, et de ses enjeux à travers ses différentes périodes et esthétiques, vous pouvez vous reporter à cette notule.



salle opéra
Opernhaus de Wuppertal (Est de Düsseldorf, sur la route de Dortmund), où l'on jouera Francesca Caccini. Moche, mais un théâtre à l'italienne où l'on est partout de face (et capitonné bois) est une si belle utopie !



1. Opéras baroques de première génération

De' Cavalieri : La Rappresentazione di Anima, e di Corpo (Théâtre Musical des Enfants à Moscou)
→ Oratorio en réalité ; ces dialogues allégoriques (et même prosopopéisants) sont restés en vogue jusqu'au début du XVIIIe siècle dans les compositions (semi-)religieuses – pas exécutées pour un office, mais ce ne sont pas fictions conçuespour le divertissement.
→ L'œuvre a connu ces dernières années une certaine fortune (Savall, Pluhar, Jacobs en ont proposé des versions très élaborées)

F. Caccini : La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina (Wuppertal)
→ Donnée en tournée par l'ensemble Huelgas (qui doit le publier), et récemment documenté pour la première fois au disque par Sartori (chez Glossa). D'assez loin un des opéras les plus réussis de la période, avec un des livrets les plus littéraires de tout l'opéra italien, des psychologies détaillées dans une belle langue, un très beau sens musical des flux de parole, des harmonies simples mais plus colorées que chez la plupart des contemporains.



salle opéra
Teatro Rossini de Lugo (Est de Bologne, Ouest de Ravenne), où l'on donnera Orlandini.



2. Opéras baroques d'esthétique seria


♦ On peut commencer par lire ces anciennes notules autour des principes de l'opéra seria et des néo-chapons, qui expliquent certaines des réticences que je ne vais pas manquer d'exprimer çà et là. Que cela ne vous décourage nullement, tout dépend évidemment des composantes auxquelles vous êtes le plus sensible à l'opéra !  [Par ailleurs, c'est l'opéra baroque – et d'abord le seria – qui m'a fait aimer l'opéra, aussi ne voyez rien de rédhibitoire dans ces réserves…]


Albinoni
, Zenobia, regina de' Palmireni (Venise)
→ Considérant que l'Adagio en si mineur n'a jamais été réellement cru de lui, seuls les mélomanes baroqueux un peu chevronnés ont vraiment entendu Albinoni. Il y a de jolies choses, plus typiquement baroques que les compositions de Remo Giazotto, forcément – pas toujours sans parenté au demeurant (et pour cause: l' Adagio part d'emprunts de mélodies et de basses à Albinoni, même si son orientation est néo-baroque un peu romantisante, à la façon des pastiches des Casadesus).
Zenobia est un témoignage très intéressant de la période intermédiaire qui emmène l'opéra purement déclamatoire de Monteverdi puis Cavalli à l'opéra seria. On sent qu'on est déjà après la période Legrenzi (1694), et les lignes vocales sont déjà très ornementées, mais on y trouvera aussi quelques beaux récitatifs assez mélodiques, des accompagnements qui dialoguent avec les chanteurs (plutôt que la compétition simultanée de virtuosité comme c'est ensuite l'usage). Par ailleurs, une jolie inspiration mélodique : ce n'est pas toutà fait le seria du XVIIIe, et c'est plutôt plus sobre et plus libre.

Haendel, Almira (Boston)
Haendel, Scipione (an der Wien)
Haendel, Riccardo Primo (Madgebourg)
Haendel, Berenice (Halle)
Quatre opéras peu donnés, pas nécessairement des chefs-d'œuvre néanmoins – j'ai ainsi été fort peu impressionné par Richard Ier (Cœur de Lion), malgré le sujet original (histoire médiévale, et même pas par le biais littéraire du Tasse ou de l'Arioste). La réalisation musicale m'en paraît assez peu exaltante, peu d'airs saillants, pas vraiment de tension dramatique non plus – il est vrai que la version discographique longtemps unique, de Rousset, expose ses manques habituels dans ce répertoire (vraiment mou et translucide).
→  Almira, Königin von Castilien est tout de même son premier opéra, mêlant allemand et italien, où figure déjà la fameuse sarabande (d'abord instrumentale) qui sert de base à « Lascia la spina » du Trionfo del Tempo et « Lascia ch'io pianga » de Rinaldo.
(→ Les oratorios-opéras anglais seront traités dans la partie anglophone du parcours.)

Orlandini, Serpilla e Bacocco (Lugo)
→ Refonte de 1730 d'un intermezzo comique de 1715, par un contemporain exact de Haendel (1676-1760). Pourtant, la musique n'en est pas du tout comparable aux opéras bouffes connus du temps : la langue paraît déjà tout à fait classique, avec ses récitatifs secs truculents à la façon de Mozart et Rossini, ses airs de caractère avec notes répétées (là aussi, on songe plutôt à Paisiello et Rossini). Ce n'est pas du tout un chef-d'œuvre ultime, mais sa langue musicale est en avance d'une façon troublante que je ne me suis jamais bien expliqué – sans doute est-ce une affaire de région (il est florentin, on en a peu de célèbres à cette époque), ou d'illusion d'optique en considérant les œuvres comiques célèbres contemporaines, pas nécessairement représentatives.

Vivaldi
, Motezuma (Ulm)
→ L'un des tout meilleurs opéras seria et le haut de la production de Vivaldi. Pas tant pour les airs, au demeurant, que pour l'élan général en lien avec le livret, une façon de tout articuler de façon inhabituellement fluide pour ce répertoire.[Attention, au disque, Malgoire a enregistré un pasticcio avant la redécouverte de la partition ; c'est Curtis qu'il faut écouter pour entendre la musique d'origine.]

Zelenka, Il serpente di bronzo (Frankfurt-am-Main)
→ Un oratorio en réalité. Dieu envoie une plaie – aux Hébreux qui se plaignent dans le désert – sous la forme de hordes de serpents, puis son remède (la recette pour un serpent de bronze qui sert d'antidote). Le langage en est typique de la période (1730), et plutôt sombre et dense comme souvent dans le baroque allemand de ces années. Ça ne me bouleverse pas, mais si on aime Bach ou les airs les plus mélancoliques de Haendel, c'est assez réussi – et en tout cas fort bien écrit.
→ Particularité : Dieu intervient en personne, sous la forme d'une voix de basse. Assez déstabilisant d'entendre Jéhovah répéter en boucle les mêmes mots tout en exécutant des vocalises en escalier. Mais indubitablement divertissant.


Vinci, Siroe (Naples)
Leo, L'Olimpiade (Naples)
→ Les deux Léonard napolitains écrivaient des opéras d'un postvivaldisme particulièrement virtuoses ; je n'ai rien entendu chez eux qui égale les meilleurs Haendel et Vivaldi (en revanche, qui surpasse les mauvais, oui, sans difficulté), mais je n'ai pas trop insisté : ce sont vraiment des archétypes du seria. Si l'on aime ce type de virtuosité brillante un brin extérieure au drame, ce sont des compositeurs au talent très sûr.


Ristori, Fidalba e Artabano (Lugo)
Pergolesi, La serva padrona (Helikon de Moscou)
→ Deux intermezzi comiques. La Serva padrona, peut-être plus célèbre pour la controverse involontaire dont elle fut le point de départ (la « Querelle des Bouffons » de 1752…) que pour sa musique, au demeurant délicieuse. Le sujet est comparable à Serpilla d'Orlandini, trois ans plus tôt, avec un peu plus de comique d'intrigue en sus des caractères (une servante opiniâtre prend le dessus sur un maître faible, au sein d'un enjeu amoureux).
→ Ici aussi, la musique est déjà d'une grammaire pour partie assez classique pour 1733 (sans parler des onomatopées qui feront le sel de Rossini !), on sent très bien tout ce que lui doivent Cimarosa et Paisiello. Au demeurant, une œuvre réjouissante où se manifestent un très beau sens mélodique, une véritable originalité dans la structuration des thèmes, l'aspect général de la musique, et une jovialité particulièrement délectable.


Hasse, Siroe (Amsterdam, Mainz)
Hasse, Artaserse (Pinchgut de Sydney)
→ Le grand successeur de Haendel, sensiblement sur les mêmes bases ; un peu plus virtuose que frisonnant, sans doute, même il existe bien des pépites dans le legs – je voudrais réentendre Cleofide dans une belle interprétation, par exemple (le disque de Christie est assez sec et terne).
→ N.B. : C'est l'excellent ensemble spécialiste Orchestra of the Antipodes (à l'origine de superbes Rameau, notamment) qui officie au Pinchgut.



salle opéra
Le Théâtre Académique d'Opéra et de Ballet de Saratov, à quelques mètres de la Volga – équidistant d'Oulianovsk (au Sud de Kazan) et de Volgograd. On y jouera le Mariage secret de Cimarosa – dans des conditions probablement pas très musicologiques.Mais quelle allure de temple grec – un petit côté Lincoln Memorial !



3. Opéras classiques

On a beau passer dans l'ère classique (progressivement à partir des années 1750, et façon claire dans les années 1770), dont les contours ne sont pas si faciles à définir (les improvisations de basse continue persistent jusqu'à assez tard, et les genres canoniques inchangés…), les opéras sérieux sont toujours écrits sous le format de l'opéra seria, avec ses numéros clos longs et très virtuoses. Seule la langue musicale évolue.

Gluck, Le Cinesi (Valencia).
→ Œuvre quasiment mythique dans la communauté lyrique numérique francophone, à l'origine de la scission et de l'effondrement de plusieurs vieilles maisons.
→ Pour le reste, l'étonnant témoignage d'un Gluck aux accents plus guillerets, dans lequel demeurent encore des traits de la période précédente (on est en 1754, et les traits de basson ramistes de l'Ouverture !). Les récitatifs secs en sont très longs (et peu passionnants), les accompagnements « affectifs » plus tournés vers le style classique, les tapis de trémolos et les pointés de cor déjà fréquents, mais ce reste une œuvre d'ambition limitée.

Traetta
, Antigona (Osnabrück, Oldenburg)
Antigona (1772) est déjà marquée par les innovations gluckistes qui se manifestent dans des opéras italiens dès les années soixante, avec Orfeo ed Euridice (1762) et Alceste (1767), bien avant la réforme musicale française qui advient avec Sabinus de Gossec (1773) et Iphigénie en Aulide de Gluck  (1772). [Pour les détails sur ces questions, voir la notule L'Imposture Gluck.]
→ Malgré son hiératisme, Antigona tire aussi assez, dans les mélodies des récitatifs et dans l'harmonie, vers le Mozart des Da Ponte (en particulier Nozze et Don Giovanni). On y rencontre également de grands récitatifs accompagnés par des accords d'orchestre. L'œuvre est vraiment intéressante, et la musique en vraiment inspirée [davantage que les Gluck, à mon gré]. Assez proche du style de la Chimène de Sacchini, sensiblement plus tardive (1783, après dix ans de bouleversements musicaux).

Gassmann, Gli uccellatori (Kassel)
→ Gassmann est d'abord célèbre pour sa très amusante parodie, L'Opera seria, écrite dans le style exact d'un genre qui était encore plein de vitalité, mais dans l'envers du décor d'une troupe aux personnalités dysfonctionnelles. D'une modernité librettistique étonnante, tout en sonnant réellement comme ses modèles.
Les Oiseleurs sont une autre œuvre comique (sur un livret de Goldoni!), elle aussi encore très nettement baroque malgré sa date de naissance tardive (1729) ; mais après tout, on n'est qu'en 1759 et à Venise !


Haydn, Orlando paladino (Munich, Hagen)
Haydn, Armida (an der Wien)
→ Le Haydn seria n'est pas très mystérieux (ses opéras légers non plus), mais Armida contient de beaux airs héroïques qui exploitent très bien le sujet médiévalisant. On peut difficilement le considérer comme un progrès après LULLY (déjà que celle de Gluck…), mais en tant que seria classique, il a sa réelle personnalité, et est agréable à écouter, à défaut de constituer un drame intéressant.


Piccinni, Il regno della luna (Venise)
Piccinni, La Cecchina (Trévise)
→ Respectivement opera buffa (c'est-à-dire une comédie) et dramma giocoso (c'est-à-dire pas seria, que ce soit comique ou d'un genre plus mêlé comme Don Giovanni), deux œuvres où se manifeste une tout autre veine que celle du Piccinni français, où domine vraiment la fluidité mélodique (non sans truculence au besoin) – ce qui explique les divergences de composition pour le répertoire français d'avec le modèle gluckiste. Pas fanatique de ce confort sans angle très saillants, personnellement, mais c'est au minimum tout un pan d'histoire !

Cimarosa, Il matrimonio segreto (Théâtre Musical des Enfants à Moscou, Saratov)
→ Là aussi, je diverge assez de l'appréciation des contemporains. Pas d'imagination musicale très hardie, cette jolie musique demeure tout le temps assez polie (quoique d'une tournure personnelle), et tout cela dure fort longtemps pour une intrigue aussi prévisible, même pour l'époque (secrètement mariée à Paolo, la bourgeoise Carolina devrait épouser le Comte désigné par son père, s'attirant la jalousie de sa sœur). Pourtant, succès gigantesque à l'époque. J'aime beaucoup, mais l'époque a fourni sensiblement mieux (à commencer par Cimarosa, témoin son irrésistible Maestro di cappella où la basse bouffe appelle un à un les instrumentistes, les félicitant ou les gourmandant).

Mozart, La finta giardiniera (Milan, Saint-Pétersbourg)
→ Un Mozart de prime jeunesse que je trouve assez gentillet (et assez long pour son sujet), mais qui dispose de quelques jolis airs. Bien en cour en ce moment, redonné sur un assez grand nombre de scènes de premier plan.

Zingarelli
, Giulietta e Romeo (an der Wien)
→ 1796, en pleine transition. L'orchestration, le langage demeurent classique, mais les récitatifs secs sont très rossiniens, les duos s'alanguissent en s'infléchissant progressivement de Mozart vers le belcanto romantique. Très intéressant, sans être non plus trop profondément prégnant.



salle opéra
Le Teatro Donizetti de Bergame (au pied des Alpes, Nord-Est de Milan, entre Côme et Salò), où l'on donnera un opéra bouffe de Mayr, et un autre de Donizetti (évidemment), tous deux rarissimes.



4. Opéras romantiques belcantistes

Cherubini, Ali-Baba ou les Quarante Voleurs – en français ou en italien ? (Milan)
→ Cherubini se situe à cheval sur toute la série d'esthétiques franco-italiennes du temps : opéra sérieux sur les livrets à la mode (Armida abbadonata, Adriano in Siria, L'Allessandro nell'India…), opéras bouffes (Lo sporo di tre et marito di nessuna, La finta principessa), l'opéra-comique ambitieux  (Les deux journées), la tragédie en musique (Démophoon), l'opéra-ballet (Anacréon), les commandes révolutionnaires (collaboration au Congrès des Rois), et tout un tas de choses intermédiaires, comédies héroïques (Lodoïska), drames lyriques (Pygmalion), l'étrange Médée (tragédie en musique dans un moule formel d'opéra-comique), avant de verser dans l'esthétique romantique (Les Abencérages en 1813), comme en témoigne tout à fait ce dernier opéras, créé à l'Opéra de Paris, entièrement mis en musique (sans dialogues), dans une veine très continue italienne un peu lisse. La seule version discographique à ce jour, me semble-t-il, en est d'ailleurs une traduction italienne, fort peu soucieuse du style musicale (très lent et épais).

Mayr, Che originali ! (Bergame)
→ Opéra-bouffe d'un des compositeurs importants du temps, assez bien documenté au disque, rarement bien servi (versions très lentes et molles, pas mal de choses mal captées aussi). Ce qu'on peut en percevoir n'est vraiment pas exaltant, une sorte de Donizetti archaïque, aucune invention musicale ni même mélodique, du sous-sous-Piccinni romantisé. J'avoue être passé tout à fait à côté – sont succès doit bien avoir quelque cause. Mais je ne connais que ses œuvres sérieuses, pas celle-ci.

Spontini, Le Metamorfosi di Pasquale (Venise)
→ Je ne connais pas spécifiquement ses opéras bouffes. Ses opéras-comiques contiennent très peu de musique (en quantité), pas très marquants non plus, mais l'esthétique n'est pas la même qu'en italien, il faut donc tenter.


Rossini, La Donna del Lago (Lausanne)
Rossini, Mosè in Egitto (Hanovre)
Rossini, La Scala di Seta (Lausanne)
Rossini, La Gazza ladra (Saint-Pétersbourg)
Rossini, Il Viaggio a Reims (Hanovre)
Rossini, Il Turco in Italia (Sydney)
→ Du Rossini sérieux (la fresque animée sur Walter Scott de la Donna del Lago est à mon sens le meilleur seria de Rossini – et cette fois donnée par un « baroqueux » très animé, Petrou), du Rossini léger, parfois anecdotique (la Pie voleuse est charmante, sans atouts majeurs sorti de l'ouverture), parfois grisant (les typologies endiablées du Voyage à Reims, assez en vogue ces dernières années).
→ Quant au Turc, je le distingue non pas en raison de sa suprême rareté – il est relativement peu donné, et bien moins que son pendant L'Italienne, mais donné tout de même –, mais parce qu'il constitue, à mon sens, un sommet assez absolu du genre comique à l'opéra. Le livret autoréférentiel de Felice Romani (le Poète est un membre majeur de l'action), les ensembles endiablés, le sens mélodique, les récitatifs éloquents, les personnages à la serpe mais touchants, la couleur locale, et une douce nostalgie qui baigne parfois tout cela (le trio final) quand ce n'est pas la franche rigolade (le trio de la bastonnade du poète interventionniste)… tout concourt au succès final. Inexplicable pour moi que ce soit le Barbier qu'on joue autant, en comparaison. En somme, écoutez-le au disque, au minimum (Conti chez Naxos ou Chailly chez Decca).


Donizetti, Poliuto (Barcelone)
Donizetti, Pia de' Tolomei (Pise, Lucques, Livourne)
Donizetti, Maria di Rohan (Washington)
Donizetti, Pigmalione (Chicago)
Donizetti, Adelia (Hildesheim, Nienburg, Fulda)
Donizetti, Rita (Chicago)
Donizetti, Le convenienze ed inconvenienze teatrali (Prague, Krasnoïarsk)
Donizetti, Il borgomastro di Saardam (Bergame)
→ Beaucoup de Donizetti bouffes peu célèbres cette saison, et pas seulement en Italie. Je serais mal placé pour faire la fine bouche sur cette part de son legs, même s'il est très inégal (pour en rester aux deux plus fameux, autant L'Elisir me paraît vertigineux, autant Don Pasquale me semble très commun). De même, bien que j'aime assez prendre Donizetti en mètre-étalon de la chicherie musicale du premier romantisme italien, il existe de quoi se repaître dans son répertoire sérieux, et Poliuto, source des Martyrs, mérite un peu d'attention. Moins convaincu par les Gemma, Pia, Maria ou Anna (voire tout de bon ennuyé), mais pour ceux sensibles au genre, il y a de quoi varier de Lucia en voyageant un peu.


Bellini, Il Pirata (Saint-Pétersbourg)
Bellini, La Straniera (Washington)
→ Enfant prodige du belcanto romantique, tôt emporté, Bellini rend la tâche assez facile pour faire le tour de sa production, pour la plupart régulièrement donnée. Ces deux-là (et bien sûr l'Ernani inachevé mais très réussi) illustrent assez bien ses deux facettes : le belcanto aimable un peu fade (Sonnambula, Beatrice di Tenda, voire les Capuletti, déjà plus ambitieux) pour Il Pirata (très formel de surcroît) ; les raffinements discrets de l'harmonie et de l'orchestration derrière le lyrisme, le sens dramatique aussi (comme pour I Puritani) dans La Straniera, son meilleur opéra à mon sens après Norma et Puritani.

salle opéra
L'Opéra National de Szeged (Sud de la Hongrie, aux confins de la Serbie et de la Roumanie). Son amphithéâtre… amphithéâtral est sur le même modèle que celui de l'Opéra de Budapest. On y jouera Ernani de Verdi.



5. Révolution verdienne


Verdi, Oberto (Wrocław)
→ Son premier opéra, déjà caractérisé par sa liberté structurelle, ses récitatifs remarquablement mélodiques (et au cordeau prosodique), ses airs très dramatiques,ses ensembles riches où chaque personne est individualisé. Une de ses grandes œuvres, en réalité. Une fois Oberto et Nabucco (son troisième) composés, il faut attendre Stiffelio (13 titres plus loin !) pour
Verdi, I Lombardi alla prima crociata (Turin)
→ Encore belcantiste, mais très abouti, et la source (le sujet et une partie de la musique) de Jérusalem, sa première commande française.
Verdi, Ernani (Monaco, Barcelone, Szeged, Istanbul)
→ La censure autrichienne a un peu défiguré (les Autrichiens n'appréciaient pas le roi dans l'armoire, en particulier) le livret, devenu assez inoffensif. La musique aussi, malgré ses énormes qualités (les récitatifs sont des moments assez glorieux du catalogue de Verdi), demeure encore pensée en « numéros », et sensiblement marquée par le moule belcantiste (tout en étant déjà autre chose).
Verdi, I due Foscari (Bonn)
→ Réputé l'un de ses coups de génie de jeunesse. Il y a là certes de belles choses, mais je n'y trouve pas la prégnance mélodique ni la liberté de ses meilleures œuvres des « années de galère ». Une très bonne œuvre néanmoins, qu'on n'entend guère en France.
Verdi, Giovanna d'Arco (Konzerthaus de Berlin, Rostov)
→ Du Verdi très belcantiste, pas son meilleur ouvrage.
Verdi, Alzira à Buxton (Derbyshire)
→ Sa mauvaise réputation comme un des Verdi les plus faibles me paraît exagérée (il vaut très largement Jeanne d'Arc et Legnano), sans constituer un sommet non plus.
Verdi, I Masnadieri (Monaco, Bilbao, Rome, en allemand Volksoper de Vienne)
→ De très beaux ensembles, des airs moins passionnants.
Verdi, Il Corsaro (Valencia)
→ Un des meilleurs Verdi (de la première période, en tout cas). Le sujet, emprunté à Byron (mais sans humour, ici), propose un panache scénique remarquable, et bien que le plan en demeure assez formel (avec des airs très identifiables), le tout se suite comme une fresque aux jolies mélodies et à la tension dramatique tout à fait réussie. Un charme très particulier, pour une des œuvres les moins données de son auteur.
Verdi, La Battaglia di Legnano (Florence)
→ Probablement le Verdi que j'aime le moins. Vraiment peu d'airs saillants, une forme très scolaire… un dirait du (pas très grand) Donizetti écrit un peu plus tard.
Verdi, Stiffelio (Budapest)
→ L'œuvre est totalement du niveau de la Trilogie Populaire, encore plus aboutie que Luisa Miller, elle mérite clairement une entrée au répertoire. Les imprécations désespérées du pasteur trahi par sa femme (oui, une femme adultère dans un premier rôle féminin de grand soprano !), les ensembles étourdissants, le brouillage récurrent entre récitatifs, « scènes », ariosos, airs et ensembles, tout concourt à l'admiration du traitement d'un sujet déjà plutôt ébouriffant.
        ► Verdi change tout. Vu à l'échelle de l'histoire musicale, il ne se passe rien ici (ou. presque.), les Germains (et quelques français) ont vraiment poussé les moyens de composition beaucoup plus loin. À l'échelle de l'Italie, ou même de l'histoire de l'opéra, il en va tout autrement. Verdi fait passer l'opéra, qui baignait depuis 150 ans dans une fascination complaisante envers les voix agiles au détriment des livrets et de la variété musicale, dans l'ère d'une recherche d'impact dramatique, de couleur unique pour chaque ouvrage.
        ► Oh, certes, Verdi exalte toujours les voix, et c'est ce qui fait son succès, il n'est pas italien pour rien. Dans le même temps cependant, il impose à ses librettistes un chemin qui fait de lui, aujourd'hui encore, l'un des compositeurs d'opéra les plus efficaces de tous les temps. Il peut, en une quarantaine de mesures, vous renverser une situation, vous peindre cinq sentiments contradictoires, tout en restant parfaitement clair. Il écrit des airs, oui, mais n'alanguit jamais l'action, qui frappe comme la foudre.
        ► Par ailleurs, il est aussi (de très loin), aussi étrange que cela puisse paraître, le compositeur italien le plus avancé dans le langage proprement musical, avant que n'arrive la nouvelle génération menée Leoncavallo et Puccini : personne pour oser ces modulations, ou même ses effets orchestraux (mesurés) ; pas non plus de meilleur serviteur de la prosodie, et pourtant il est celui qui ose les choses les plus hardies. Quand on explore le fonds de ses contemporains, on est frappé par le fait qu'ils écrivent encore du Donizetti enrichi, là où Verdi est vraiment, totalement, incontestablement ailleurs (et au-dessus). S'il y a vraiment un domaine où le tri établi par l'Histoire paraît inattaquable, c'est bien l'opéra italien du milieu du XIXe siècle. Je veux bien discuter la suprématie absolue de Mozart (je n'ai pas dit que c'était évident : 1,2,3), pas celle de Verdi dans son domaine.
        ► À l'exception de Stiffelio qu'on peut considérer comme œuvre de maturité (juste avant Rigoletto qui ouvre les années de gloire incontestée, et juste après Luisa Miller qui en est peu ou prou), du fait de sa grande liberté, ces œuvres rares susmentionnées sont toutes de jeunesse (tout simplement parce qu'on joue abondamment toutes celles qui suivent Stiffelio, sa refonte en Aroldo exceptée).

De Giosa, Don Checco (Naples)
→ Contemporain de Verdi, Nicola De Giosa propose dans Don Checcho un opéra bouffe qui évoque Rossini, voire Martín y Soler. Rare, mais pas indispensable.

Foroni, Margherita (Wexford)
→ Cadet d'une douzaine d'années de Verdi, Jacopo Foroni avait dû fuir l'Italie après avoir participé à la révolte anti-autrichienne de 1848. Il dirige alors des opéras de Bellini et Donizetti en Europe, et s'établit en Suède. Il y écrit ainsi notamment Christina, regina di Svezia (« Christine de Suède »).
→ On sent chez Foroni l'impact de la révolution verdienne, avec un goût pour les situations dramatiques et les ensembles, un soin de la finition vraiment délectable. Le langage est certes un peu plus policé et rétro que celui de Verdi, mais considérant son jeune âge (mort à 33 ans, il écrit Margherita à 23 ans), il constitue l'une des figures les plus prometteuses de l'opéra italien d'alors. Voyez par exemple ces extraits de Christina. Encore une belle résurrection (avait-on rejoué Margherita ? guère en tout cas) au crédit de Wexford.



salle opéra
Comme vous n'irez probablement pas cette année après le mal que vous lirez sur La Wally et Iris, contemplez ici la façade typiquement italienne du Teatro del Giglio (Théâtre du Lys) de Lucques, un jour de marché.



6. L'après Verdi, l'après Wagner


Catalani, La Wally (Lucques, Wexford)
→ Emblématique à cause de son bel air de Diva aussi bien que par sa place emblématique dans le vérisme : on parle souvent d'opéras véristes pour qualifier un style musical commun qui s'adapte à des sujets tout à fait traditionnels en réalité (I Medici de Leoncavallo, Edipo de Mascagni, Andrea Chénier de Giordano… où est le naturalisme là-dedans ?). Dans La Wally, tout est vériste : l'intrigue présente les déviances de pauvres gens (probablement consanguins) perdus dans la montage, leur vie mesquine et déroire, leur mort ridicule.
→ Au demeurant, il n'est pas très étonnant que ce ne soit que peu donné : ni le livret ni la musique (qui culmine en effet dans l'air) ne sont vertigineux.

Puccini
, Edgar (Saint-Gall)
→ Ce Puccini-là fait encore du Verdi, et le fait diablement bien. Un Verdi plus souple et élégant, sans avoir la même force dramatique ou mélodique, certes. Une très belleœuvre qui, comme le bijou Le Villi, mériterait abondante présence sur les scènes. Pour cette saison, il faudrait voyager jusqu'au cœur de l'Helvétie pour pouvoœir en profiter. Il y aura d'autres occasions.

Puccini, La rondine (Gênes)
→ (C'est-à-dire « L'hirondelle », rien à voir avec Schnitzler.) Supposément du Puccini plus conversationnel, mais en réalité, c'est aussi l'une de ses œuvres les plus sirupeuses, et sans la contrepartie d'un livret un peu méchant comme pour Tosca ou Turandot.
→ Intrigue de salon, un peu comme Fedora de Giordano (dont la musique est moins complexe, mais aussi moins dégoulinante). À noter, le rôle p'incipal (Ruggero Lastouc) fut créé par Tito Schipa !

Giordano, Fedora (Stockholm, Saint-Pétersbourg)
→ Giordano, plus connu pour son Chénier, n'est pas réputé, et non sans fondement, pour sa finesse ; néanmoins dans Fedora, même si la langue demeure celle du lyrisme vériste, le dispositif du salon, à l'acte II (requérant un pianiste virtuose qui doit jouer sur scène pendant que les chanteurs conversent), est d'une originalité et d'une réussite remarquables. C'est le dénouement qui est beaucoup plus banal, et paraît assez éloigné de l'atmosphère d'intrigue des deux premiers actes, plus nourrissants musicalement au demeurant.

Mascagni, Iris (Lucques)
→ Réputé comme l'un des meilleurs Mascagni, ce reste… du Mascagni. Certes, l'intrigue sort de l'ordinaire : au Japon, une fille naïve enlevée par un séducteur, puis jetée dans les lieux de perdition de la ville. Mais la musique demeure très sommaire, purement italienne, l'orchestre bardé d'unissons inutiles, comme toujours avec Mascagni – son Edipo aussi, roi grec tout de même, s'exprime comme le Compare Alfio. On attendrait des couleurs orientalisantes ou au minimum un climat plus voilé et tourmenté, rien de tout cela – il nous refait même le coup de l'intermezzo de Cavalleria. À l'intérieur de l'œuvre, les situations ne sont pas contrastées non plus, impossible de distinguer la vie paisible de la jeune fille de l'enlèvement, le village du lupanar… tout est écrit dans le même lyrisme un peu droit.
Je n'aime pas beaucoup Madama Butterfly, autre sujet japonais au soprano expiatoire, mais c'est indéniablement de la grande musique ; ici, tout est beaucoup moins clivant (moins de sirop, clairement), mais aussi beaucoup moins intéressant.

Cilea, L'Arlesiana (Deutsche Oper de Berlin)
→ Par rapport à Adrienne Lecouvreur, L'Arlésienne représente un moyen terme : ni les trépidations jubilatoires des archaïsmes du début des actes I et III, ni les langueurs sirupeuses des grands airs des héros… Une musique assez continue, fluidement italienne, pas d'un grand relief, mais dont l'intrigue et le charme tiennent très bien en haleine, surtout avec le renfort de la scène (et de bons chanteur).

Alfano, Risurrezione (Wexford)
→ D'après Tolstoï, un titre très post-puccinien, mais d'un Puccini un peu crépusculaire, vraiment menaçant. Bel opéra, très différent des aspects plus modernes d'Alfano (mais supérieur à son achèvement servile de Turandot). Compositeur décidément protéiforme, entre les influences françaises de la musique de chambre, le décadentisme germanique des symphonies, la bizarre conversation en musique chargée de Cyrano


salle opéra
Le Staatsoper Stuttgart (1912), où se tiendra Le Prisonnier de Dallapiccola.



7. Opéras des écoles du XXe siècle

Casella, La Favola d'Orfeo (Stanislavski de Moscou)
→ Il ne faut pas en espérer le grand Casella décadent : il s'agit d'une œuvre très néoclassique, et pas dans le sens d'un langage épuré mais nouveau. Cet Orfeo est plutôt comparable aux œuvres mineures de Milhaud, la simplicité harmonique italienne et le sirop un peu visqueux en sus. Aussi éloigné que possible de ses grandes œuvres symphoniques (même celles avec voix). [La Donna serpente, remontée l'an passé à Turin, ne vaut pas mieux : étranges imitations de Boris et proximité avec Prokofiev, mais sans du tout, là encore, la même matière musicale, particulièrement plate.]

Wolf-Ferrari, Il segreto di Susanna (Turin)
→ Une délicieuse conversation en musique aux accompagnements délicieusement boisés. Totalement tonal et rafraîchissant, un très courte pièce (moins d'une demi-heure) au charme archaïsant irrésistible.

Dallapiccola, Il Prigioniero (Bruxelles, Stuttgart, Florence, Dresde)
→ J'ai hésité à le mentionner, dans le Prisonnier est devenu un grand standard des scènes ouest-européennes. Son sujet militant (tiré du Dernier jour d'un condamné de V. Hugo) sur un domaine pas trop conflictuel (la torture psychologique, c'est mal), son côté « humaniste », sa référence littéraire, sa musique très sombre mais accessible (une tonalité élargie mais tout à fait polarisée, complètement intelligible), son climat oppressant, sa petite durée, tout en fait une excellente passerelle pour les publics vers la musique du XXe siècle. [À titre personnel, c'est plutôt Volo di notte que je voudrais voir s'imposer, cette œuvre est d'une poésie remarquable tout en clair-obscurs, et absolument de son temps tout en empruntant un langage parfaitement familier.]

Maderna, Satyricon (Salzbourg)
→ Grande masse de textes en patchwork innombrables, pas forcément très musicale, mais assurément foisonnante – j'avoue préférer les œuvres plus domestiquées de Maderna (le Concerto pour hautbois, au hasard), mais l'expérience ne doit prendre son sel qu'en vrai. (Plus encore que pour Prometeo de Nono, par exemple).

Rota
, Il cappello di paglia di Firenze (Naples)
→ Autre bijou de conversation en musique, peut-être pas très marquant musicalement, mais qui, joint au texte, laisse planer le sourire sur les lèvres. De la belle comédie qui suit de près la pièce de Labiche.

Au sein de l'immense répertoire du Mariinsky (Théâtre Marial, ancien Kirov), on jouera cette bizarrerie d'opéra en latin d'un gamin de onze ans.



8. Opéras en latin

Mozart, Apollo et Hyacinthus K.38 (Saint-Pétersbourg, Helikon de Moscou)
→ Le premier opéra de Mozart (si on compte Die Schuldigkeit comme oratorio), composé à onze ans. Étrangement, seule la Russie semble le donner cette saison.

salle opéra
Étages vertigineux de la salle très scaligère du Teatro Comunale Mario Del Monaco de Trévigny (au Nord de Venise).



Pas si mal pour un répertoire encore plus défini que les autres par ses têtes de gondole.

Restent encore beaucoup d'ères linguistiques à parcourir, à ce train-là j'aurai fini de présenter la saison en décembre. Mais peu importe, c'est aussi l'occasion de prendre conscience de ce qu'est le répertoire des maisons du monde, concrètement, et il est assez différent de ce que peuvent suggérer les disques.

Et puis si vous n'êtes pas content de la sélection ou du rythme de publication, vous pouvez toujours jouer pour passer le temps – l'exercice est vraiment difficile (13/15 en ce qui me concerne, et ce score inclut des compositeurs que je n'ai, en toute honnêteté, pas encore écoutés).

lundi 23 octobre 2017

Novembre en peu de mots


Comme le veut désormais la tradition, quelques propositions. Trop de choses personnelles à épurer sur mon agenda, donc je ne propose que ce qui m'a paru le plus original (tout en étant intéressant).

Trop occupé aux autres notules plus nourrissantes (et chronophages) pour établir un bilan des concerts vus, mais à 17 concerts dans 14 salles différentes, dont 7 jamais testées, nous sommes dans une moyenne honorable pour moins de deux mois de saison.


2 & suivants. La Ronde de Boesmans d'après Schnitzler. Un peu de l'atonal gris, mais intéressant.
3. Trois sonates violon-piano de Vainberg/Weinberg à Noisiel.
5. Après-midi de piano futuriste à Radio-France : Feinberg-Popov-Lourié à 14h30 (Favorin), Roslavets-Mossolov-Lourié-Miaskovski à 18h (Ghindin). Ne manque plus que Protopopov.
6. Roberta Mameli et Luca Pianca (théorbe) dans de l'air de cour italien madrigalisant : D'India, Caccini, Monteverdi, Strozzi
7 & suivants. Les Bacchantes d'Euripide à Malakoff.
9. Viardot, Canal et Pépin pour violon et piano (avec Célia Oneto-Bensaïd, putto d'incarnat de piano la saison passée !), au Musée Henner.
9. Reprise de l'Opéraoké.
10. Orchestre de Chambre de Lithuanie (Bach / Mendelssohn / Krylov).
11. Cipriano De Rore avec l'Arioste, salle Cortot.
16. L'Europe Galante de Campra à Versailles. Pas le plus grand opéra du temps, mais historiquement une invention capitale.
18. Le Cantor Johann Walter joué à Écouen.
23 & suivants. Le Winterreise redéployé par Hans Zender, à l'Opéra-Comique.
24 & suivants. Le Ballet Royal de la Nuit par daucé, à Versailles (mais c'est très cher).
27. Sonate n°2 Szymanowski (et Schubert…) par Lucas Debargue à la Philharmonie.
29. Les Quatre Saisons de Vivaldi, par Lazarevitch et les Musiciens de Saint-Julien, qui devraient tirer ça du côté de Claude Le Jeune… curieux de voir cela.

Le reste (Leonore de Beethoven, Nuit de Walpurgis de Mendelssohn, airs français rares par Devieilhe, Sinfonia de Berio, création de Sally Beamish…) se trouve dans les grandes salles dont vous avez vraisemblablement déjà épuré les programmes.

mardi 17 octobre 2017

Les opéras rares cette saison dans le monde – certains vont vous surprendre


Je viens donc de survoler à peu près tout ce qui existera, cette saison, en opéra à travers le monde. Les versions de concert ne sont pas toujours bien référencées (il manque donc beaucoup de baroque, par exemple), je n'ai pas vérifié toutes les programmations de l'ensemble des salles non plus, mais tout de même parcouru les grandes maisons d'Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Espagne, Monaco, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie, Lithuanie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Autriche, Suisse, Italie, Slovénie, Croatie, Bosnie, Serbie, Monténégro, Albanie, Macédoine, Grèce, Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Ukraine, Biélorussie, Russie, Mongolie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan, Iran, Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie, Turquie, Irak, Jordanie, Israel, Liban, Chypre, Malte, Tunisie, Algérie, Maroc, Afrique du Sud, Égypte, Arabie Saoudite, Émirats, Qatar, Koweït, Pakistan, Inde, Chine (et Hong-Kong), Corée, Japon, Taïwan, Malaisie, Singapour, Australie, Chili, Argentine, Uruguay, Brésil, Paraguay, Pérou, Colombie, Puerto Rico, Cuba, Mexique, États-Unis, États-Unis, Canada.

Il faut être honnête : hors de l'Europe, et même d'une portion très centrale de l'Europe, peu d'offre et peu de raretés (avec les îlots que constituent Montréal et quelques maisons US). Moins la tradition lyrique est forte, plus les titres se limitent aux trente mêmes scies. Mais on rencontre encore de fortes imprégnations locales, et des créations très étonnantes en langue vernaculaire. Des traces de géopolitique aussi (frappant en Ukraine, vous verrez).

Je n'ai finalement laissé de côté que les œuvres régulièrement données, et, pour les œuvres de compositeurs vivants, écarté celles qui me tentaient le moins (Satyagraha de Glass est bien programmé une demi-douzaine de fois dans le monde, pour votre gouverne). Pour le reste, quasiment tout ce que j'ai trouvé y est recopié. Il en manque tout de même, mais il y en a beaucoup.

kirghizistan_opera.jpg
Opéra d'État du Kirghizistan, à Bishkek.

C'est l'occasion d'un voyage assez exaltant, vers des villes dont on ne soupçonnait pas les traditions vivaces.

Je vous propose d'explorer tout cela en procédant par langue des opéras. Les compositeurs sont présentés par époque (approximative) d'exercice. Les villes entre parenthèses le sont par ordre d'accessibilité (et, quand c'est incertain, de kilométrage).

Ce parcours exclut la France, déjà traitée dans une précédente notule – cela explique en partie la faible proportion de raretés françaises dans le total.

Pour des raisons évidentes de place, puisque je vais déjà m'efforcer de présenter les différents titres, je ne tiens pas compte des distributions, je vous laisse y regarder de plus près (ou demander !) si vous êtes tenté par le voyage.

Et je proposerai quelques recommandations pour orbe-trotteurs.

lundi 2 octobre 2017

[Carnet d'écoutes n°110] – Arnold Bax, les intégrales des symphonies


Là aussi, tiré d'une contribution (non retouchée) pour Classik.

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Ces symphonies sont l'un des corpus les plus célèbres… dans le milieu des pas célèbres.

Un quasi-classique des amateurs de symphonique, mais à peu près inconnu des mélomanes généralistes – ne me dites pas non, vous ne pourrez pas le réfuter, il n'y a par essence pas vraiment de mélomanes généralistes sur un forum spécialisé…

À titre personnel, j'aime beaucoup son caractère syncrétique (les 1 et 2 sont vraiment des récapitulations impressionnantes de l'état de l'art symphonique…), et aussi son aspect vaporeux, dont les arêtes structurelles échappent facilement (les 5-6-7 sont des sortes de Sibelius encore plus invertébrés et noyés dans des vapeurs très britanniques…).

Je ne trouve pas ça meilleur que d'autres symphonies britanniques du temps (le plus divers Vaughan Williams, les plus articulés et tempêtueux Bowen, Bliss, Moeran, Walton m'intéressent sensiblement plus), mais ça reste très intéressant – en plus ça se réécoute très bien, on peut passer très longtemps à côté de la forme…

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À ma connaissance (mais le grand-prêtre Mélomaniac viendra me corriger si je fais fausse route), trois intégrales en CD.

¶ Bryden Thomson et le London Philharmonic (Chandos).
¶ Vernon Handley et le BBC Philharmonic (Chandos)
(À ne pas confondre avec le Symphonic, sis à Londres : le Philharmonic se trouve à Manchester, et a un répertoire discographique un peu plus aventureux, même si les deux sont des orchestres « de radio », donc destinés par statut à l'exploration.)

→ Ces deux intégrales sont assez proches de mon point de vue : la prise de son Chandos, avant les années 2000, était vraiment lointaine et très réverbérée. On entend assez mal les détails, dans une musique où ils sont pourtant essentiels. Petit faible pour Handley néanmoins, un peu plus de netteté et de fermeté, mais tout est – vraiment – relatif.

¶ David Lloyd-Jones et le Royal Scottish National Orchestra (Naxos).
Là aussi, pas dans les meilleures années de Naxos, mais un spectre beaucoup plus lisible, des angles qui paraissent un peu plus fermes aussi. En revanche, les cuivres brament avec assez peu d'élégance (de ces gros cuivres gras britanniques, ce n'est même pas acide ou électrisant), ce qui est un peu pénible dans les symphonies les plus chargées (les premières surtout).
Néanmoins l'intégrale qui, sur la durée, m'a le plus convaincu (les 4-7 sont vraiment très bien).

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Tout récemment découvert la série chez Lyrita, avec le London Philharmonic dirigé par Myer Fredman dans la 2 et, contre toute attente, Raymond Leppard dans la 5.

Prise de son très crue, avec des cordes rugueuses, des bois très verts et en avant, on entend remarquablement les détails, dans une veine combattive (explicite pour la 2, moins impérative pour la 5) qui rend tout beaucoup, beaucoup plus saillant !

Sur les conseils de Mélomaniac, j'ai cherché à poursuivre la série, mais je n'ai pu mettre la main que sur la 6 avec le Philharmonia dirigé par Norman Del Mar. Évidemment, ce n'est pas la même chose que le LPO : la prise de son reste aussi lisible, mais on retrouve l'orchestre visqueux de ces années, avec ses cordes opaques, ses vents sombrés, cette impression de grosse pâte qui ne laisse passer la lumière qu'à regret… Il a vraiment fallu attendre la fin des années 90 pour que cet orchestre tienne le rang de sa notoriété (époque où, justement, sa visibilité et son nombre d'enregistrements ont fortement décliné), et encore, cela tient vraiment des enregistrements et des chefs – les témoignages Simax ne le montrent pas comme le meilleur orchestre du moment, clairement (et ne parlons pas des Brahms avec Thomas Sanderling !).

J'espère donc trouver le volume manquant.


David Le Marrec

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