Carnets sur sol

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mardi 26 février 2013

Programmation Opéra de Paris 2013-2014 : deux philosophies de la Maison d'Opéra


La saison vient d'être annoncée aujourd'hui.

Tendance générale et orientations de la maison.

1. Peu de titres très rares - 2. Peu de langues représentées - 3. Peu de périodes parcourues - 4. Des distributions récurrentes, célèbres et pertinentes - 5. Le retour de grands chefs - 6. Le soin de la mise en scène - 7. Deux visions du monde - 8. En concert

Suite de la notule.

Retour de l'ONBA (et Victoires de la Musique Classique)


Voilà quelques années que je n'ai plus trop l'occasion d'entendre l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine. J'ai toujours eu le sentiment d'un orchestre irrégulier, et un peu paresseux (quand dans une symphonie de Beethoven certains violons poussent alors que d'autres tirent, et que certains vibrent beaucoup, d'autres peu, d'autres pas du tout...). Effectivement, en l'entendant en retransmission dans le cadre familier des Victoires de la Musique Classique (visible sur Pluzz.fr pour quelque temps), je retrouve de façon "objective", après un temps d'éloignement, toutes les caractériques qui m'avaient frappé lorsqu'il était le seul orchestre que j'entendais régulièrement : sorte de mollesse (presque une indifférence), vents ternes (et ce soir-là, en plus pas très justes, ce que je n'avais jamais remarqué), disjonction entre pupitres (dans Rhapsody in Blue, on entend des bouts du spectre sonore de façon aléatoire, par exemple des figures d'accompagnement aux cuivres qui prennent la partie mélodique), accentuations maladroites (comme s'ils jouaient solfégiquement, sans se préoccuper de l'appui réel des phrasés)... Une sorte de caricature de l'orchestre de province français (il y en pourtant a de tout à fait bons, même si on reste très loin des standards germaniques et scandinaves : le National de Lorraine, le Régional de Tours, le National de Lille, l'Opéra de Lyon...).

Manifestement, les musiciens n'étaient pas très enthousiasmés par cette soirée, parce qu'ils sont capables de produire des choses remarquables lorsqu'un chef les motive (pas forcément de grands noms d'ailleurs, plutôt les excellents kapellmeister : plus inspirés avec George Cleve, Günter Neuhold, Max Pommer ou Klaus Weise qu'avec Kazushi Ono, Yutaka Sado ou Hans Graf) ; alors qu'ils sont généralement très convaincants dans le répertoire français des XIXe et XXe, le Boléro de Ravel et même Thaïs de Massenet (un de leurs meilleurs compositeurs) sonnaient avec une rare platitude, comme une réserve volontaire (ou une indifférence affichée).

Kwamé Ryan est manifestement trop gentil, j'ai toujours eu le sentiment que, comme Graf, il demandait finalement peu à ses musiciens, même lorsqu'il s'agit simplement de faire quelques remarques sur le fondu. Pour l'avoir entendu faire des éloges hors de proportion en jouant le Young Persons's Guide de Britten lors d'une conférence-concert, je crois qu'il se satisfait d'un résultat qui pourrait être très vite amélioré avec un tout petit peu de soin de détail - car individuellement, ce sont des musiciens avec un vrai niveau, et capables de très belles choses. Pas de faux musiciens planqués dans un orchestre où ils auraient été secrètement cooptés.

D'autant plus déçu que j'avais trouvé leur Neuvième de Schubert au disque (peu après l'arrivée du chef) excellente, quasiment une référence. Et que j'écoute toujours avec beaucoup de satisfaction leur Daphnis avec Petitgirard.

Pour le reste, je suis toujours amusé par cette émission qui invite systématiquement les dix mêmes artistes, même chez les compositeurs (Karol Beffa nommé pour la cinquième fois, alors qu'il n'est tout de même pas le plus présent ni le plus réputé dans les salles françaises). Certes, cela donne l'impression de se retrouver en famille, on peut comme lorsqu'on regarde à l'approche des fêtes Autant en emporte le vent ou Le Père Noël est une ordure, retrouvant les mêmes acteurs et les mêmes situations alors que nous, nous vieillissons.

C'est chouette qu'elle existe, mais quel prisme remarquablement déformant !

dimanche 10 février 2013

EMI est mort


Ceci n'est pas une simulation. Ceci est réellement arrivé.

L'occasion de remettre en perspective ce qui reste du marché du disque classique.

1. Le point de départ

Ce qu'on appelle les majors du disque, dans le domaine du classique, sont en réalité des labels adossés à un fonds de catalogue de musique "populaire", qui atteignent ainsi une force de frappe financière que n'ont pas les gros labels de musique classique qu'on appelle tout de même, comparativement, "indépendants", comme Naïve ou Harmonia Mundi.

Il y a encore une quinzaine d'années, on comptait comme majors Universal, EMI, Sony, BMG (maison-mère de RCA), Warner (très peu de classique en dehors de rééditions de Fonit Cetra). Universal regroupait déjà d'énormes maisons comme Decca, Deutsche Grammophon et Philips (l'entreprise s'était retirée depuis longtemps de la production de disques et avait cédé à Universal le droit d'utiliser son nom pour une dizaine d'années).

2. Un peu d'histoire

Suite de la notule.

mercredi 6 février 2013

Improvisation, analyse et public

Il faut appliquer le schéma et le déplacer dans les tons sans chercher à savoir ou à comprendre ce que l'on fait. Si l'on veut analyser ce que l'on joue, on est bloqué, car l'analyse est pus lente que la musique. Cela ne signifie pas qu'il est inutile d'analyser de la musique, mais au moment où on joue, on ne peut plus analyser. La sphère de l'improvisation est non-analytique.

Texte de Harald Vogel à propos de l'improvisation à l'orgue et au clavecin - version écrite d'un cours donné pendant l'été 1997 à Lausanne.

Il se trouve que je connais au moins un improvisateur qui, au contraire, lit plus vite et improvise mieux grâce à cette pleine conscience de ce qu'il fait. Ces automatismes peuvent à mon sens fonctionner dans un écosystème harmonique très simple, où en jouant des mélismes tirés de la gamme de départ, les risques d'erreur sont très faibles. Lorsqu'on improvise avec un peu plus d'audace, ce type de recette devient au contraire une limitation. L'improvisateur doit être capable de concevoir son chemin assez loin en aval, s'il ne veut pas se limiter à des enchaînements de formules creuses et toutes faites.

Lorsqu'un professeur enseigne l'improvisation à un élève, il doit produire en lui un état de conscience non-analytique. Il suffit pour cela d'enseigner par imitation, le principe d'apprentissage le plus primitif qui soit.

Clairement, l'ambition est alors de reproduire. Pourquoi pas pour du continuo, où l'on peut chercher à réinventer les parties non écrites, à s'approcher du style original. Mais pour une véritable improvisation, ce type d'apprentissage ne permet pas de s'échapper des poncifs. Des improvisations dans le goût de Latry ou Busatto, dans des styles plus tardifs et complexes, imposent à l'improvisateur une vision claire de son parcours.

(Ceci explique un phénomène curieux que l'on peut parfois observer au concert : lorsqu'un organiste improvise à la fin d'un récital, la pièce improvisée, même si elle est très simple et imparfaite, a en général beaucoup plus de succès que les pièces de répertoire jouées juste avant, et qui sont pourtant d'une qualité bien supérieure. Or, comme nous l'avons vu, l'analyse est plus lente que la musique, ou du moins la capacité d'analyse de l'auditeur est fortement réduite quand elle doit suivre le tempo de la musique. Pour cette raison, l'auditeur ne perçoit pas la différence qualitative entre une pièce du répertoire et une improvisation.)

Tout à la confortation de sa théorie, Harald Vogel commet à mon sens plusieurs erreurs d'appréciation.

=> D'abord la cause des applaudissements. Ces pièces arrivent en général en fin de récital (et on remercie alors l'organiste pour l'ensemble de son travail) ; de surcroît, l'improvisation, par son caractère instantané, impressionne toujours beaucoup ; enfin, l'organiste devient alors non plus seulement interprète, mais aussi compositeur. Bref, un enthousiasme qui se justifie.

=> Mais dans le cas (qui reste relativement fréquent) où le publie apprécie réellement davantage les improvisations, ce n'est pas une question de rapidité d'analyse à mon humble avis. Le grand public est séduit plus aisément par les structures simples, le temps ne ferait pas grand'chose à l'affaire.

=> Par ailleurs, et c'est plus grave, dire qu'on peut trouver une oeuvre meilleure parce qu'on ne l'a pas analysée voudrait dire que les chefs-d'oeuvre ne valent que pour les musiciens. Ce n'est pas forcément tout à fait faux pour certains d'entre eux - les opéras de Wagner ou les symphonies de Bruckner ou Sibelius s'adressent effectivement avant tout à des mélomanes assez confirmés, ils ne sont pas immédiatement parlants lorsqu'on n'a pas un peu d'habitude des formes musicales -, mais la généralisation de cette idée serait préoccupante : on aimerait la musique parce qu'elle est bien construite, pas parce qu'elle est belle ou touchante.
Et des professionnels pourraient même s'y tromper, et aimer en première écoute des oeuvres pétries de maladresse.

Je n'en crois rien.

Mais cela a le mérite de soulever quelques questions intéressantes.

David Le Marrec

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