Carnets sur sol

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samedi 29 novembre 2014

[Nouveauté] R. Strauss — Vier letzte Lieder — Netrebko, Staatskapelle Berlin, Barenboim


Publié à l'origine sur Diaire sur sol.

Suite de la notule.

[Nouveauté] — Les Quatuors à cordes d'Antonín Rejcha — (Quatuor Ardeo)


Germanisé, comme tous les tchèques d'alors, en Anton Reicha (son nom le plus célèbre), notre héros a aussi été naturalisé français en 1829 — et appelé Antoine Reicha (« Rêcha », « Reycha » ?). Bien qu'il ait écrit plus d'une dizaine d'opéras et des symphonies, il est essentiellement resté célèbre pour sa très abondante musique pour ensembles à vent (duos, trios et quatuors de flûtes, 36 trios de cors, et surtout ses fameux quintettes à vent), dans un goût formel et classique, mais pleinement marqué, dans ses couleurs harmoniques, par l'ambiance de l'Europe romantique — un romantisme peu spectaculaire et peu sujet aux affects, une sorte de classicisme du XIXe siècle.

Sans être un chambriste majeur et négligé comme Czerny ou Gouvy, voire Onslow et Alkan, Reicha ne manque pas de charmes, et sa place dans le répertoire de chambre, son influence comme professeur, en font un représentant très intéressant de la norme musicale d'alors. D'autant que sa musique est bonne.


Le disque du Quatuor Ardeo chez L'empreinte digitale attire l'attention pour deux raisons. D'abord, la surprise de voir Rejcha s'illustrer dans le quatuor à cordes ; il en a pourtant écrit 20 sous divers numéros d'opus (huit publiés à Leipzig en 1804 et 1805, les autres à Paris et Bonn au cours des années 1820), et le Quatuor Kreutzer les a déjà gravés pour Toccata Classics.


L'autre raison est précisément la nature des interprètes : les Ardeo, hautement remarqués (par moi, hein, je suppose que leurs professeurs et amis l'ont senti plus tôt) dès 2007 au Concours de Quatuor à cordes d'Évian-Bordeaux, sont extraordinairement dotées, et leur virtuosité impétueuse (mais d'une sûreté à peine imaginable) les a fait briller dans les répertoires les plus divers. Cette chaleur presque froide les a en particulier servi pour les répertoires les plus difficiles du XXe siècle. J'ai un peu moins aimé leur disque Koechlin (sans doute parce que les œuvres, en elle-même, ronronnent un peu dans le langage-Koechlin et n'ont pas la dimension du Quintette ou des Sonates)… et ce disque Rejcha est un peu une surprise pour eux en matière de répertoire — on les voyait plutôt s'orienter de l'autre côté.
Mais je suppose qu'une subvention du Palazzetto Bru Zane, avec un disque à la clef et ce qu'elle suppose d'exposition, est une aubaine formidable, d'autant qu'un quatuor de cette qualité ne pouvait que remporter l' « appel d'offres ».

En outre, ce n'est pas précisé dans la notice, mais j'ai le sentiment que les instruments sont montés en boyau dans cet enregistrement (ce qui serait cohérent avec la démarche du Palazzetto). Je peux simplement dire que les deux violons jouent sur des instruments historiques, respectivement un Tononi et un Vuillaume, mais est-ce habituel ou simplement pour l'enregistrement, je n'ai pas trouvé la réponse (peut-être dans d'autres notices ? en tout cas pas sur leur joli site, peu loquace sur tous les sujets). En tout cas, la couleur chaleureuse et plus mate qu'à l'ordinaire (chez eux et même dans l'absolu) laisse entendre quelque chose de différent.

Suite de la notule.

samedi 15 novembre 2014

[Nouveauté] — Mozart, Così fan tutte, Currentzis : l'opéra pour les musiciens


En l'absence de Diaire sur sol, je glisse seulement un mot ici : autant, dans les Noces (et plus encore dans le Requiem), l'entrain et les fantaisies de Currentzis fonctionnaient parfaitement, autant ce Così un peu malingre, et purement musical au milieu de ses jolis murmures, manque vraiment de mordant dramatique (un peu sur le modèle de sa Didon de Purcell, cherchant la fantaisie plus que la crédibilité). On a peine à sentir l'enjeu narratif qui fait pourtant toute la plus-value de cette œuvre particulière.

Pour autant, la virtuosité des musiciens (cordes en particulier : quelles fusées, quelle unité, quel grain !) reste très impressionnante, et assez jubilatoire, même si l'enjeu semble davantage l'ivresse du palpitement musical que l'opéra en lui-même — témoin par exemple le début du final du II, extraordinairement virevoltant (une cavalcade à peine crédible digitalement !), mais laissant plutôt de côté la dimension verbale de la bouffonnerie qui se joue. De même pour la séquence soudainement concertante du notaire, où s'invite le pianoforte… très belle chose, mais qui détourne l'attention d'un moment important de l'action.

C'est assez la direction générale de cette version : on sent que les musiciens se délectent de ce qu'ils peuvent tirer (parfois de neuf) de la matière musicale, sans trop se préoccuper de ce qui se dit. Dans la plupart des Mozart, la musique est suffisante pour le permettre, mais dans Così, on passe tout de même un peu à côté de l'essentiel.



La plus grande satisfaction vient de Kenneth Tarver, vraiment très beau — même si, en salle, la voix est vraiment petite, c'est parfait pour un studio tout en murmure où à l'échelle des autres il fait figure de grand lyrique radieux. Et, tout de même, le morbido « Donne mie » de Maltman et le « Per pietà » de Kermes, assez original dans son genre susurré (même si, à force, cela tient un peu du système et fonctionne sensiblement moins bien que dans le Trouvère ou « Tristes apprêts »).

Les diminutions ajoutées sur les cadences possibles sont assez réussies ; en revanche, quelquefois, les fins de phrases sont inutilement sèches et confinent un brin à l'effet.

Dans la veine un peu « distanciée », Kuijken me paraît infiniment plus touchant — réédité pour rien chez Brilliant Classics.
Je suis néanmoins persuadé que sur un tel parti pris, l'avis peut grandement changer selon l'inclination de l'auditeur, voire l'humeur de la circonstance. Dans les singspiele, j'aurais probablement adoré, mais pour Così, il restera forcément un peu de frustration en ce qui me concerne.

(Et ne croyez pas que ce soit un mouvement d'humeur, les contraintes techniques m'ont aussi donné l'occasion de me délecter des Tristan de Böhm 66 et Bernstein, que je fréquentais peu — et que je n'aimais même pas vraiment pour le second. Sans parler de quelques disques d'air de cour, mais une notule récapitulative est prévue dès qu'il y aura un peu de temps pour cela.)

mercredi 5 novembre 2014

[Carnet d'écoutes] Nouveauté (ou presque) : encore les hits de Rameau


Avec les sites en ligne, il devient aisé de se tenir informé des nouvelles parutions, et même de les écouter. Deezer, MusicMe, Qobuz le permettent dans des conditions sonores de surcroît très valables. Coïncidence (ou conséquence de la surabondance discographique), quantité d'albums intriguants ou de première qualité viennent de paraître. Cette micro-notule est la première d'une petite série.

Rameau — THE SOUND OF LIGHT — Kermes, MusicÆterna, Currentzis
-


Un beau Rameau : le son est mince, nerveux, vraiment à la suite des versions informées. Kermes réitère sa surprenante appropriation du répertoire français — surprenante, car pas vraiment exotique.

Après ça, ça reste une nième version des plus grands hits (surtout orchestraux) de Rameau : entrée de Polymnie, contredanse en rondeau, la Poule, les Sauvages…

Le saviez-vous ?
Lorsque la harpe double le basson obligé, dans Tristes apprêts (assez réussi d'ailleurs, dans le genre murmuré-suspendu), on entend le son d'un… vibraphone.

Écouter gratuitement en ligne :


David Le Marrec

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