Carnets sur sol

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samedi 29 février 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 4


Nouveautés écoutées et commentées de ces dernières semaines (mises à jour au fur et à mesure dans ce tableau).

Du vert au violet, mes recommandations.



écouté œuvres
Cherubini Discoveries ; Orchestra Filarmonica della Scala, Chailly (Decca)
→ On profite pour une fois du son si singulier de cet orchestre (le tissu mat et chaleureux de ses cordes, inimitable, et de sacrés souffleurs vifs et colorés) à la fois dans du symphonique et du rare…
Mais.
1) Si la symphonie est convaincante, pourquoi cette enfilade de marches de circonstance, très belle démonstration érudite de la place centrale de Cherubini dans la pompe parisienne (notamment funèbre, une prochaine notule l'explorera de plus près) de la Restauration ? Ce n'est musicalement pas très nourrissant. On n'a pas forcément très envie d'y revenir, sauf pour la marche funèbre du maréchal Hoche.
2) Jouer Cherubini comme ça (façon Muti, avec beaucoup de cordes très vibrées, un tempo lent, un spectre le plus rond possible), quand on sait l'efficacité des solutions apportées par la musicologie, même sur instruments modernes, est-ce vraiment pertinent ? Chailly avait très bien réussi cette mue pour sa Saint-Matthieu avec Leipzig, pourtant !
Skalkottas: Orchestral Works ; Athens Philharmonia Orchestra (BIS)
→ Sinfonia très réussie (romantisme enrichi), Concerto pour violon & piano dans une veine néoclassique atonale, étrange image d'un Martinů sous l'influence du Schönberg des années 20 (très convaincant !). À cela s'ajoutent de jolies pièces archaïsantes (en référence à à la Grèce antique, au foklore), par un orchestre aux belles transparences (merci les ingénieurs de BIS, également !).
C.P.E. Bach: Oboe Concertos ; Akademie für Alte Musik Berlin, Xenia Löffler (HM)
→ Pas très séduit par les œuvres pour ma part : on y retrouve les couleurs harmoniques assez déprimantes du père… pour du concerto décoratif, c'est plus sérieux que roboratif. Mais pour ceux qui aiment le style concertant paternel, justement, ce doit être une très bonne opération !
Veracini, Overtures & Concerti, Vol. 2 ; L'Arte dell' Arco (CPO)
→ Musiques pour grand ensemble instrumental typiques du premier XVIIIe – les amateurs de Haendel devraient être ravis, d'autant que la veine mélodique est de très haute volée !
Interprétation pas la plus colorée, mais très allante et intense, très réussie.
Stanford: String Quartets, Vol. 3 (quatuors 1,2,6) ; Dante Quartet (Somm)
→ Beaux quatuors romantiques assez sages, mais pas dépourvus de matière. À approfondir.
Lüdig (Ouvertures, Midsummer Night), Lemba (Concerto pour piano), Kapp (Last Confession, Symphonie n°4
Estonian National Symphony Orchestra, N. Järvi (Chandos)
→ Jolies pièces d'un romantisme bon teint ; la Symphonie de Kapp, où dominent les cordes, sent ses emprunts folkloriques et sa conception russe du son. Les ouvertures de Lüdig sont très aimables, et contre toute attente, c'est le concerto pour piano de Lemba, où les couleurs harmoniques retrouvent des rêveries chopiniennes assez intéressante, qui me séduit le plus vivement.
Tõnu Kõrvits: Hymns to the Nordic Lights & Other Works Estonian National Symphony Orchestra (Ondine)
→ Très tonal avec accords enrichis, musique calmement tournoyante et contemplative, extrêmement agréable (plutôt en fond qu'à écouter statiquement sur un siège, sans doute), pas du tout pauvre, avec des boucles longues et variées et une harmonie riche.
HiKAYE : danses de Konstantinidis, Babadjanian, Erkin, Mokranjac, Galland, Bloch, Takemitsu – Işil Bengi (Fuga Libera)
→ Album extrêmement stimulant, parcourant les références folkloriques de Konstantinidis, le postromantisme de Babadjanian, la poésie d'un Takemitsu encore partiellement tonal… Un grand portrait de danses protéiformes et avenantes, avec un superbe timbre de piano, une netteté d'exécution (pédale économe !) et un entrain tout à fait communicatif !
Un grand récital de piano que j'ai eu du plaisir à trisser immédiatement.
Dohnányi: The Veil of Pierrette, Op. 18 ; ORF, Matiakh
→ Jolie Suite très conservatrice (et non un opéra, comme on aurait pu le croire dans cette série qui nous a valu une splendide Euryanthe la saison passée).
Górecki: Complete String Quartets, Vol. 2 (n°3 + duos violons); Tippett Quartet (Naxos)
→ Les duos aux élans frontaux et aux frottement exposés viennent s'ajouter au splendide fonds déjà constitué par Bartók et Berio.
En revanche, le Troisième Quatuor est écrit dans la langue du Górecki dernière manière, hypertonalité sur des thèmes pauvres qui se répètent – pas vraiment palpitant, et encore plus au format quatuor qui ne s'y prête guère.
Malipiero: Symphonie n°6, Ritrovari, Serenata mattutinata, 5 Studi ; Svizzera Italiana, Damian Iorio (Naxos)
→ Dominent surtout les cordes, pour un néoclassicisme particulièrement peu généreux en thèmes et même, pour ce que j'en ai senti, tout à fait plat. Je me suis ennuyé, je l'avoue – alors qu'il existe tout de même des Malipiero potables et des néos italiens assez stimulants.
Beethoven: Works for Piano 4-Hands (dont Große Fuge arrangée) ; Peter Hill
→ Partie mal connue du legs de Beethoven, qui se clôt par cet arrangement de la Grande Fugue du Quatuor n°13. Joli parcours.
Farrenc: Orchestral Works (s1, ouvertures, variations) ; Solistes Europeens de Luxembourg, Christoph König (Naxos)
→ La Première Symphonie soutient vraiment l'intérêt. J'avoue cependant que jouée sans un peu de la tension et de la couleur apportée par des instruments anciens ou une interprétation un peu exaltée, je reste toujours à convaincre réellement de l'intérêt supérieur de la musique de Farrenc.
The Long 17th Century: A Cornucopia of Early Keyboard Music ; Daniel-Ben Pienaar
→ Contrairement à ce que peut laisser accroire la pochette (une photo d'incunable), il ne s'agit en rien d'un récital « informé » mais d'une exploration sur piano moderne de la musique pour clavier du XVIIe siècle.
Le principe est éminemment sympathique, mais l'exécution de ces harmonies simples sur un Steinway accordé sans tempérament spécial, et sans modes de jeu informés, revient à affadir considérablement ces pièces, je le crains. Je ne suis pas passionné par le résultat en tout cas.
Shebalin: Orchestral Music, Vol. 2 (Suite 3, Suite de ballet) ; Siberian SO, Dmitry Vasiliev (Toccata Classics)
→ Du romantisme sans arrière-pensée, mais avec une qualité d'écrire souterraine qui soutient l'intérêt (l'harmonie est riche sans avoir l'air d'y toucher, comme chez Tchaïkovski). Pas du tout marqué par les harmonies déceptives soviétiques, de la musique extrêmement agréable, à l'atmosphère « positive ».
Les Suites présentées sont en outre moins pittoresques-anecdotiques que celles du volume 1.
José Serebrier: Orchestral Works Alexandre Kantorow, RTÉ, Australian ChbO, Barcelone SO (BIS)
→ B.A.C.H. sombre et combattif, Romances pour cordes assez sirupeuses, des pièces très bien écrites qui ne surprennent pas totalement mais se soutiennent très bien !
Röntgen: Works for Violin & Piano, Vol. 2 ; Christoph Schickedanz, Ernst Breidenbach (CPO)
→ Sorte de Brahms à l'évidence lyrique supérieure, vraiment splendide ; et quel son !
Mayr: Mass in E-Flat Major (Arr. F. Hauk & M. Hößl) ; Dorota Szczepańska, Simon Mayr Chorus, Concerto de Bassus, Franz Hauk (Naxos)
→ Bien plus nourrissant que ses opéras, et interprété dans un style adéquat. Une belle messe belcantiste qui mérite le détour.
Lili et Nadia Boulanger: Mélodies ; Cyrille Dubois, Tristan Raës (Aparté)
→ Hors les Quatre Chants de Lili, un disque Nadia Boulanger, enfin abondamment servie au disque (trois en un an !). La voix grêle de Dubois ne me ravit pas totalement pour mettre en valeur les couleurs harmoniques travaillées sous couvert de mélodie de salon, mais l'intelligibilité et l'implication sont exemplaires.
Knecht : Portrait musical de la Nature
Beethoven: Symphony No. 6 'Pastoral' ; Akademie für akte Musik Berlin, Bernhard Forck (HM)
→ Les parentés des premiers mouvements sont évidentes. Pour le reste, le Knecht demeure assez décoratif / descriptif, là où la symphonie (celle que j'aime le moins de Beethoven, certes) bâtit quelque chose de plus cohérent à mes oreilles, moins « musique de scène » – ce qui n'est pas un défaut, notez bien.
Exécution forcément archaïsante de la part d'un orchestre qui se consacrait largement à Bach ; intéressante dans la couleur (timbres disjoints) à défaut d'être très nouvelle dans le discours, pour une discographie déjà saturée.
Il Sud: Seicento Violin Music in Southern Italy ; œuvres de Falconieri, Montalbano, Trabaci, Pandolfi, Leoni, Mayone ; Ensemble Exit (Passacaille)
→ Œuvres rares à la veine mélodique généreuse et aux diminutions expansives, dans une interprétation pleine de couleurs (assise sur orgue positif et théorbe, remarquablement captés), avec un violon solo à la fois chaleureux et plein d'aisance. Un peu grisant.



écouté versions
Handel: Agrippina ; DiDonato, Fagioli, ,Orlinski, E. Benoit, Pisaroni, Pizzuti ; Il Pomo d'oro, Emelyanychev (Erato)
→ Version assez électrisante, grâce au Pomo d'oro, ensemble réduit en nombre, mais qui claque merveilleusement, ne cherchant pas l'effet, mais toujours animé et cinglant. Tout est tendu et échevelé ici.
Distribution splendide chez les femmes et surtout les basses, incroyables. Certes, il faut supporter deux falstettistes – qui n'ont, ni historiquement, ni physiologiquement, ni musicologiquementleur place dans ce répertoire… et cela s'entend, même au disque (à commencer par la diction). Cela dit, les gars se donnent, et tout le reste est splendide ; la version la plus excitante du marché, à mon sens.
Mascagni: Cavalleria rusticana - Leoncavallo: Pagliacci (Live) ; Kutlu, Di Toro, Grazer Philharmoniker (Oehms)
→ Remarquablement chanté par un véritable soprano dramatique large et élégant, un ténor tonique et sombre sans tricher, un orchestre d'un niveau assez supérieur à ce que réclament ces partitions… Une belle version d'aujourd'hui, en particulier pour Cavalleria (Pagliacci pouvait supporter un peu plus de subtilité, à l'orchestre en particulier).
L'Amour, la Mort, la Mer (Cras, Fauré, Satie, Poulenc, Villa-Lobos…) ; Patricia Petibon, Susan Manoff (Sony)
→ J'aime à peu près tout ce qu'a fait Petibon, et le programme donne envie, mais la captation très musiques amplifiées (tout est gonflé et écrêté, comme en gros plan lissé), la façon assez affectée de tout chanter-souffler, l'accordéon pas du meilleur goût, j'avoue ne pas avoir adhéré.
Vivaldi Violin Concertos ; Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (Naïve)
→ Très beaux son et rebond galant !
Richard Strauss: Cello Sonatas
(et arrangements) Raphaela Gromes, Julian Riem (Sony)
→ Les lieder-tubes de Strauss fonctionnent à merveille ainsi, et la générosité de Gromes rend la naïve Sonate (présentée dans ses deux versions !) très persuasive.
Esmé SQ : Beeth 1, Bridge Noveletten, Chin Parametastring (Alpha)
→ Aplomb enthousiasmant en salle (Schubert 15 sans frémir !), virtuosité extrême, ce disque dévoile aussi la curiosité et la vastitude des ambitions de répertoire de ce tout jeune quatuor (quatre ans, je crois) de Coréennes, formé à Cologne.



écouté rééditions
Stravinsky: The Rite of Spring ; Igor Markevitch (Warner)
→ Je me souviens d'avoir été un peu déçu par la réalisation eu égard à sa réputation (et à ses accomplissements fabuleux dans d'autres répertoires difficiles), mais plus du détail…
Sibelius: Symphony Nos. 1 & 2 :
NYP, Sir John Barbirolli (Columbia / Sony)
→ Très vif, avec une réalisation qui ne correspond évidemment pas aux standards actuels.
The Last Concert At La Scala ; Georges Prêtre
→ Ouvertures italiennes, Boléro… Joli programme festif / inoffensif joué avec la fluidité habituelle de Prêtre.



Quant à la liste des nouveautés (la sélection, n'est-ce pas, pas l'intégralité des parutions !) qui restent à écouter, je vous laisse profiter pour vous-même des plaisirs du vertige :

Suite de la notule.

lundi 10 février 2020

Le défi 2020 des nouveautés – épisode 3


Nouveautés écoutées et commentées de ces dernières semaines (mises à jour au fur et à mesure dans ce tableau).

Du vert au violet, mes recommandations.



écouté œuvres
Moniuszko: Cantates Milda & Nijoła ; Poznan PO, (DUX)
→ Superbe déclamation polonaise très bien mise en valeur, chantée et accompagnée, la qualité mélodique de Moniuszko en sus. À découvrir, peut-être même supérieur aux opéras !
Ninna nanna: Lullabies from Baroque Italy ; Pino de Vittorio
→ Très beau programme original. Étrange captation très proche et très sèche, un peu déstabilisante (voulue par l'artiste pour faire plus 'folk'?)
Clairières: Songs by Lili & Nadia Boulanger ; Nicholas Phan, Myra Huang
→ La documentation du (court) legs de Nadia Boulanger arrive enfin ! Ses mélodies, particulièrement abouties dans leur rapport au texte, et nourrissantes musicalement, commencent à être enregistrées. Jolie voix de ténor ici, mais la diction reste légèrement inexacte et pas toujours assez claire pour ce répertoire, à mon gré.
Bonis, Chaminade, L. Boulanger ; Compositrices : À l'aube du XXe siècle ; Juliette Hurel (Alpha)
→ Œuvres assez légères, délicieuses (en particulier les Bonis, comme toujours), très bien exécutées.
Tishchenko: Complete Works for Harp ; Mikhail Lermontov (Naxos)
→ Le
concerto est très surprenant, vraiment des alliages minimaux (harpe solo, et puis un hautbois et une clarinette, ou bien un piano…) : chambriste à l'extrême, à côté le concerto pour violon de Berg (ou le second de Szymanowski), c'est Also sprach Zarathustra…
Surtout
, les deux mélodies vocales sont in-cro-yables. Très accessibles et gentiment mélodiques en apparence, mais remarquablement subtiles. Avenant pour tous, nourrissant pour les oreilles affûtées.
Arianna (Scarlatti, Haendel, Haydn) ; Kate Lindsey, Arcangelo, jonathan Cohen (Alpha)
→ Trois cantates autour d'Ariane, et sans Monteverdi ! Kate Lindsey, électrique dans Mozart, a une émission plutôt calibrée pour les répertoires plus tardifs (beaucoup de fondu), ce qui lui donne un côté inutilement épais (et affecte la clarté de l'élocution, même du phrasé) dans les pièces du premier XVIIIe siècle.
Decades: A Century of Song, Vol. 4 (1840-1850) : Liederkreis Op.24, Dargomizhsky, Franck ; Florian Boesch, Hovhannisyan, Nick Pritchard
→ Très beau concept : faire dialoguer l'écriture de mélodies en différentes langues, au sein de la même décennie. Belle sélection (toutes les mélodies de Franck ne sont pas immenses, parfois assez peu aventureuses ; celles-ci sont assez remarquables), et chanteurs remarquablement éloquents (les hommes en particulier). Très belle version de l'opus 24, des Franck très savoureux, et des Dargomijski amples.
Anton Rubinstein: Sonates pour piano 1 & 2 ; Han Chen (Naxos)
→ Des traces de la Sonate en si (accords du Grandioso) et de l'Arpeggione (mélodie initiale qu'on retrouve ici dans le II de la 2) !
Haydn, A. Stamitz & C. Stamitz: Concertos ; Ana de la Vega, Ortego Quero (Pentatone)
→ Délicieux doubles concertos pour flûte et hautbois, servis avec aisance et lumière, dans une prise de son très flatteuse. Absolument revigorant.
Greif : Les Chants de l'âme (Live in Deauville) ; Marie-Laure Garnier, Philippe Hattat (Naxos)
→ Greif tel qu'en lui-même : sobre, sombre, très accessible. Pas tout à fait bouleversé par la force poétique du cycle, ni par la voix et la diction vraiment pâteuses de M.-L. Garnier (pour du lied, sinon j'aime beaucoup ce qu'elle fait). En revanche l'épure, le son et l'audible hauteur de vue de Ph. Hattat au piano me ravissent.
Motets Napolitains (Leo, Scarlatti) ; Anthea Pichanick
→ Œuvres typiques du genre, du seria organisé en courtes pièces sacrées, servies par cette voix extraordinaire (un mixé de poitriné et une pointe de nasalité, pour un effet qui évoque parfois Marilyn Horne… Charisme, aplomb et même qualité de déclamation assez hors du commun. Une très grande qui magnifie ce répertoire.
Destouches, Royer, Rameau ; Brillez, astres nouveaux ! ; Chantal Santon Jeffery, Vashegyi (Aparté)
→ Quelle très belle surprise ! Santon a complètement redomestiqué ses moyens, et les pièces retenues disposent d'un réel caractère, récital passionnant et exaltant, servi avec beaucoup de chaleur et de style.
Kalkbrenner: 25 Grandes Etudes de Style et de Perfectionnement, Op. 143 Tyler Hay (Piano Classics)
→ La grande figure jouée par Chopin et Clara Wieck à leurs débuts… Les Études sont-elles le plus intéressant, probablement pas, mais un document !
Verdict : effectivement, des exercices de traits typiques du temps, impressionnants et virtuoses, joués de façon un peu raide (et avec de la pédale), enregistrés dans un placard. Amusant de voir d'où procèdent certaines tournures du jeune Chopin, mais pas essentiel.
Poul Ruders Edition, Vol. 15 (Concerto pour piano n°3 Variations Paganini), Anne-Marie McDermott
→ Je découvre l'existence de cette appétissante série ! Etrangement tonal et conservateur par rapport au langage habituel de Ruders : on croirait une suite de variations du début du XXe siècle. Mais très réussi.
Jean-Baptiste Loeillet of London: Trio Sonatas ; Epoca Barocca (CPO)
→ Musique de chambre baroque vivifiante, œuvre comme interprétation !
Draeseke: String Quartets, Vol. 1 ; Constanze Quartet (CPO)
→ La sobriété de Draeseke n'empêche pas une certaine densité de contenu et une grande qualité de finition musicale, par un quatuor aux contours très fins. Un disque qui peut se goûter en aplat de fond apaisant comme s'écouter avec grand intérêt pour toutes ses nuances successives, sans grands accès tempêtueux. (J'aime décidément beaucoup.)
R. Strauss: Symphony No. 2 Op. 12 & Concert Overture ; Saarbrücken (CPO)
→ Œuvres de jeunesse, assez peu typées comme sa musique de chambre (du bon romantisme du rang), bien faites et très bien servies ici.
Pēteris Vasks: Works for Piano Trio ; Trio Palladio (Ondine)
→ Beau romantisme passé à l'épure du minimalisme, très pudique – à l'exception des ressassements de l'arrangement de Plainscapes, le tube de Vasks, sorte de Fratres de Pärt qui, de même, ne résume pas l'intérêt du compositeur.
Très beaux équilibres du Trio Palladio.
Schubert, Winterreise, (Arr. A. Höricht) ; Voyager Quartet (Solo Musica)
→ Arrangement qui est partiellement composition, pour quatuor seul, sans voix. Les transitions sont écrites pour l'occasion, et même les reprises sont sous forme de variations typées XXe – tous les lieder ne sont pas inclus. Il fait ainsi goûter tous les petits contrechants de l'accompagnement de Schubert – ils font fondre l'âme. Contre toute attention, fonctionne merveilleusement. Jubilatoire, si l'on accepte qu'il s'agit de bidouille et pas du Winterreise de Schubert – 25% de corps étrangers d'esthétique assez différente.



écouté versions
Duparc, R. Strauss (Vier Letzte Lieder), mélodies russes : « Morgen » Elsa Dreisig, Jonathan Ware (Erato)
→ Dreisig dans son meilleur répertoire, où la couverture s'est cependant accentuée (en chantant des rôles plus lourds), et où l'abattage visuel manque pour compenser un petit flou de diction dans le haut de tessiture. Mais elle demeure une grande naturelle de l'exercice ! Piano pas particulièrement charismatique dans ces pages luxuriantes.
Granados, Goyescas ; J.Ph. Collard (La Dolce Volta)
→ Beaucoup de douceur, sans le relief habituel de Collard – sans doute l'effet d'avoir écouté juste avant l'excellent disque de Barbaux-Cohen.
(Je trouve aussi Goyescas moins intéressant que les autres cycles.)
A Schubertiade with Arpeggione ; L'Amoroso : Pelon, Moscardo, Balestracci (Ricercar)
→ Album schubertien de pièces et arrangements pour guitare & arpeggione (outre la Sonate, avec piano d'époque). Délicieux !
Brahms: Fantasien, Op. 116, Intermezzi, Op. 117 & Klavierstücke, Op. 118 ; Hortense Cartier-Bresson (Aparté)
→ Après avoir été ravi par HCB en concert pour le Premier Trio, ces Brahms solos me frustrent un peu – un brin ternes, notamment du fait de la prise de son étrangement en retrait des habitudes d'Aparté. À réécouter pour lever le mystère.
Haydn 2032, Vol. 8: La Roxolana ; Giovanni Antonini
→ Très beau et convaincant, mais impression que les propositions d'Antonini, comme celles de bien autres chefs échappés du baroques, perdent en radicalité au fil des ans !
Händel: 12 Concerti grossi, Op. 6 Nos. 7-12 ; Akademie für Alte Musik Berlin, Bernhard Forck (Pentatone)
→ Belle seconde partie de ces concertos très marqués par le modèle corellien (meilleurs que la première moitié d'opus, m'a-t-il semblé). Difficile en revanche, lorsqu'on est habitué au renouvellement intense des interprétations instrumentales baroques, d'être totalement étourdi par cette belle version engagée qui n'apporte pas vraiment de surpris en textures, coloris ou discours, je l'avoue. (Peut-être est-ce que je n'aime pas assez la musique instrumentale baroque hors des pièces solo…)
Vivaldi: Violin Sonatas & Concerto Isabella Bison, Francesco Corti (Passacaille)
→ Très bien !
Magnard: Symphonies Nos. 1 & 2 ; Philharmonisches Orchester Freiburg, Fabrice Bollon (Naxos)
→ Davantage de clarté et de mobilité, mais pas la révélation foudroyante des 3 & 4 du précédent volume. Peut-être même un peu moins réussi que Thomas Sanderling avec Malmö. À réécouter.
I vespri verdiani: Verdi Arias Olga Mykytenko (Chandos)
→ Beaux airs peu joués (plutôt du Verdi de jeunesse), par une grande voix émise à la slave (résonance dans le pharynx plutôt que dans la face), avec les petites stridences de gorge que cela suppose, mais globalement enthousiaste et de belle tenue ! Étonnamment, sa Violetta ample aux moirures diverses est prodigue en frémissements inattendus !
Gaubert, Fauré, Debussy, Franck ; The Lyrical Clarinet, Vol. 3 ; Michael Collins (Chandos)
→ Hors le Gaubert, point de nouveautés (transcriptions avec piano, on a même la millième version arrangée de la Sonate de Franck pour un autre instrument que le violon). Beau son de clarinette, interprétation élégante de ces pièces, mais rien de particulièrement neuf.
Death and the Maiden ; 12 Ensemble (Sancho Panza Records)
→ Je ne comprends toujours pas l'intérêt de jouer des quatuors en effectif orchestre à cordes. On peut toute la netteté d'articulation, l'émotion des voix individuelles qui forment un tout… Le trait devient plus gros, a fortiori lorsque le vibrato gomme les effets de textures voulus par le compositeur. Exécution de plus assez tradi, vraiment rien à signaler.
Escales (Ibert, Ravel, Duruflé, Chabrier, Saint-Saëns) ; Sinfonia Of London, John Wilson (Chandos)
→ Belle version ronde et colorée de ces fleurons du répertoire français (Escales, Rhapsodie, Danses, Rouet…), qui existent dans d'autres versions plus fouillées mais qui séduisent grandement ainsi réunies et luxueusement exécutées.
Beethoven: Piano Concertos Nos. 2 & 5 "Emperor" ; Kristian Bezuidenhout, Freiburger Barockorchester, Heras-Casado (HM)
→ Mis à part quelques tutti aux distorsions savoureuses, je n'ai pas trop perçu la plus-value : version très tradi, même le pianoforte paraît un piano moderne un peu clair (à croire qu'on entend au mieux un Erard de 1890). Et pour ce qui est de la fougue incoercible de Beethoven, on repassera, tout est bien gentiment à sa place. Belle version que je serais ravi d'entendre en concert, mais je ne comprends pas la nécessité de publier ça dans l'immensité des versions discographiques gigantesques.
R. Schumann, C. Schumann & Brahms: Sonatas & Songs Poltéra, Stott (BIS)
→ L'idée est d'arranger les sonates pour violon de Schumann et Brahms pour violoncelle. Les deux lieder à la fin sont de Brahms et Wieck-Schumann. Très bien joués (mais il manque le texte). Timbre toujours très beau de Poltéra.
Schumann: Symphonies Nos. 1 & 3 ; Gardiner (LSO Live)
→ Spectre aéré, mais pas follement ardent (très très bien, mais eu égard à la concurrence, il existe plus étourdissant dans les veines allégée ou cinglante).
Bruckner: Symphony No. 6 (1881) ; Bergen PO, Dausgaard (BIS)
→ Vif, net, tendu ; très belle lecture claire et intense de Dausgaard, avec les plus belles couleurs orchestrales qui soient (Bergen !).
Sibelius: Symphony No. 2, King Christian II ; Göterborg, Rouvali (Alpha)
→ Le grand point fort de Rouvali est de traiter les longues transitions de Sibelius comme des thèmes à part entière… Sa Première fut une grande claque, une redécouverte, une illumination. Sa Cinquième était étrangement inégale, en particulier sur les points forts habituels de la symphonie, ou même dans la réalisation technique.
En bonne logique, cette Deuxième, très thématique, moins totalement organique que les plus tardives, se prête moins bien à cette lecture, malgré les timbres splendides et les originalités essayées – c'est beau, il tente des choses, mais il y a plus subtil ailleurs.
(Les transitions restent incroyables, en particulier vers et dans le dernier mouvement.)
Sibelius Symphonies No 4 & 6 ; Hallé, Elder (Hallé)
→ Toujours cette prise de son incroyable, proximité et réalisme des timbres, ampleur très détaillée… La conduite en est belle aussi, mais c'est avant tout une aventure sonore, comme le reste de cette formidable intégrale, désormais achevée !



écouté rééditions
Beethoven: The Complete Piano Sonatas Played on Period Instruments ; Paul Badura-Skoda (Naïve)
→ Badura-Skoda avait la réputation de choisir les pires exemplaires de pianos au son moche et inégal… et de ne pas forcer les jouer avec beaucoup de profondeur. (C'est un peu mon avis aussi : ni de beaux instruments, ni une hauteur de vue particulière.) Écoutez Peter Serkin sur Graf pour les 5 dernières !
Bruckner: Symphony No. 1 (1877 Linz Version) ; Staatskapelle Dresden, Jochum (Warner)
→ Il faut ne pas être trop effrayé par les cuivres extrêmement acides, mais lecture extraordinairement organique ; dans le genre tradi, les 4 premières de l'intégrale dresdoise poussent au plus haut degré la clarté et l'éloquence de la construction.
Bruckner: Symphony No. 2 (1877 Version) ; Dresde, Jochum (Warner)


Bonne pêche !

David Le Marrec

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