Carnets sur sol

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samedi 27 juillet 2013

Les carottes juteuses sont cuites


Il doit y avoir une jolie contrepèterie à faire avec ''L'Erato que tu songes...'', mais j'avoue ne pas avoir la patience de la chercher.


Après avoir annoncé la mort cérébrale d'EMI Classics, on peut constater qu'en effet, la compétence est au pouvoir dans les niches classiques de Warner.

Rappel des épisodes précédents : suite au rachat d'EMI par un fonds d'investissement peu adroit (et potentiellement abusé par son banquier), à sa session à Universal, au démembrement imposé par les autorités de la concurrence, et au rachat d'une partie mineure du catalogue par Warner (dont EMI Classics et Virgin Classics), on s'attendait à voir le fonds pourrir en bonne et due forme dans les tiroirs de la maison, laissant tout au plus surnager quelques gros morceaux réédités en collection économique de façon parfaitement arbitraire et anarchique –€ sans lien avec l'intérêt dans l'histoire de l'interprétation ou même la présence d'un public pour acheter. On le voit depuis longtemps avec le fonds Erato-Teldec : des enregistrements cultes qui seraient achetés massivement et rapidement rentabilisés n'ont jamais été réédités, tandis que des versions d'oeuvres archi-documentées, et par des ensembles peu célèbres sont proposées en réédition économique.

Il semble que, sans surprise, la gestion du catalogue des nouveaux venus ait été confié à la même équipe de spécialistes du curling de bureau, dont la culture musicale ne semble à tout le moins pas complètement spécialisée en accord avec leur domaine d'exercice professionnel.

Suite de la notule.

mardi 23 juillet 2013

Le tuyau du siècle


  • Si vous avez toujours voulu dévoiler les logiques harmoniques des oeuvres que vous écoutez ;
  • si les formations en conservatoire, avec leurs horaires fixes, leurs examens pesants (et pour un certain nombre leurs profs bons pour le cabanon) sont trop contraignantes pour vous ;
  • si vous n'avez jamais rien pu retirer des traités rigides qui énoncent une série de règles, parfaitement arbitraires intellectuellement et artificielles auditivement ;


alors préparez-vous à voir la lumière.


Ce site, L'oeil qui entend, l'oreille qui voit, réalisé conjointement par Luce Beaudet (professeur à l'Université de Montréal) et Sylvie-Anne Ménard (une de ses étudiantes, également auteur de bandes dessinées), est une petite merveille. Pour plusieurs raisons :

  • Il explique la raison profonde des logiques harmoniques, pas simplement en faisant reproduire des schémas (qu'il faut ensuite désapprendre selon chaque style), mais en exposant la construction des énoncés musicaux à partir du cycle des quintes (avec énormément de substitutions et altérations possibles, évidemment) ; tout devient donc logique ;
  • il expose de façon très progressive les différentes notions, si bien qu'elles deviennent tout à fait accessibles ;
  • les exemples sont extrêmement nombreux et, plus important, tous réeexpliqués en détail (pas seulement des illustrations balancées) ;
  • pour les moins à l'aise (il faut tout de même lire la musique pour pouvoir suivre), chaque exemple est doublé de son extrait sonore ;
  • visuellement, la structure en sketches de bande dessinée (à base de lapins) rend l'abord beaucoup plus fluide, et facilite le repérage dans les pages, tout simplement.


Une petite précision pour aider à la lecture, sur un détail qui semble avoir gêné pas mal de monde : l'interpolation, qui est une notion importante, correspond au sens le plus rigoureux (notamment celui utilisé en mathématiques) et non au sens de la langue la plus usuelle (pas forcément documenté dans les dictionnaires, d'ailleurs). Il s'agit d'un ajout, d'une insertion, et non d'un échange.

Autant je tiens pour à peu près impossible l'apprentissage de l'harmonie dans les manuels, autant ce site permet une approche, très méthodique et très concrète, des nécessités à l'oeuvre dans les partitions.

Une des plus belles choses que j'aie rencontrées sur la Toile à ce jour, toutes catégories confondues.

samedi 20 juillet 2013

Le grand jeu de l'été


A imprimer et à emporter sur la plage partout avec vous.

(Afin de ne pas troubler les autres participants, les réponses sont à donner ou demander par courriel à davidlemarrec chez online point fr. Tout autre commentaire bienvenu.)

Suite de la notule.

vendredi 19 juillet 2013

Charmant


Traditionnelle devinette : qu'est-ce ?

Suite de la notule.

jeudi 18 juillet 2013

Les Gorets parlent aux Français


Au faîte de France Culture :

Cet Homo Numericus, faut-il qu'il se déconnectasse ?

Je n'ai rien contre le snobisme, mais il met toujours moins mal à l'aise lorsqu'il est consciencieusement réalisé.

Comme cela peut arriver d'autant plus facilement lorsqu'on parle longuement en direct, tâchant de faire des frais de beau langage, je ne donnerai pas de nom. Je compte bien que cette éclatante manifestation d'une agapè généreuse me vaudra quelques siècles de remise en Purgatoire.


vendredi 12 juillet 2013

Mozart a détruit la société


Très joli troll musical d'une opposante (UMP) au maire de Lyon.

Il y a la partie politique, qui procède d'un raccourci assez amusant :

COLLOMB nous dit donc bien indirectement ce soir, avec le concert de la Flûte Enchantée, sur la Place des Terreaux, aux pieds de la maire centrale : je suis pour le mariage gay et la théorie du genre. DONT ACTE.

Si toutes les communes qui ont un théâtre ayant joué la Flûte Enchantée sont des promoteurs des gender studies, ça remodèle sacrément ma vision de la carte idéologique du monde. La politique à son plus haut degré de rigueur et d'inspiration visionnaire.

Et il y a la partie plus musicale / philosophique :

Passionnée de musique classique, je ne déteste pas la Flûte Enchantée. Mais ce qui me dérange c'est que "La flûte enchantée" de MOZART est la musique de référence des Francs-Maçons du Grand Orient de France, ceux-là mêmes d'où est sorti le mariage gay ainsi que la plaidoirie pour la théorie du genre. Ce soir c'est le veau d'or qui est fêté en la Place des Terreaux. MOZART, ce n'est pas ça. MOZART c'est la rectitude, le génie dans la beauté exaltée, la magnificience.

Très joli aussi : Mozart a fréquenté des gens dont les descendants, deux cents ans plus tard, ont possiblement pour certains (ou quelques-uns de leurs voisins de palier) écrit de la sociologie ou défendu le mariage étendu. Bref, la Flûte Enchantée, c'est méchamment subversif - pourtant, dans le domaine traditionnellement genré, on fait difficilement plus stéréotypé que les opéras de Mozart, et celui-ci en particulier.

Surtout, affleure l'idée que la musique est seule pure, alors que le mot est forcément orienté, biaisé, impur. Etonnant credo pour une femme politique, tout de même.

Cela dit, ce n'est pas tout à fait faux, Mozart est particulièrement violent : depuis qu'il est là, avec mes copains blousons noirs, on ne peut plus rançonner les vieilles dames dans le subway.

Anecdote vérifiée à la source, citée dans Lyon Mag, via Romain Blachier, lui-même via Era / Jules Biron.

jeudi 11 juillet 2013

Zim bam boum


Je viens de découvrir l'existence de cette bizarrerie non répertoriée dans les catalogues : musique de circonstance de Pierre Boulez pour le quatre-vingtième anniversaire de Georg Solti, sous forme de fanfare fantasque et primesautière (néanmoins dodécaphonique, faut pas pousser non plus) pour cuivres et percussions, qui s'achève par un décompte des décennies parcourues !


Après vérification auprès de sources autorisées, il existe bel et bien une Dérive 3, composée à cette occasion, et que les catalogues officiels ne citent pas - alors qu'on y trouvera par exemple l'oeuvre de jeunesse pour douze chanteurs, jamais redonnée depuis la création Oubli signal lapidé.

Ce n'est pas hilarant non plus (ça n'entre d'ailleurs dans à peu près aucune catégorie de cet essai de nomenclature), mais enfin, pour du Boulez, c'est presque rigolo.

En tant que mascotte de la composition contemporaine et boute-en-train officiel du milieu musical français, il méritait bien cette petite mention.

lundi 8 juillet 2013

CultureBox : une autre source pour les vidéos de musique haute qualité - Amadis de LULLY à Versailles (Rousset 2013)


Je n'aurai vraisemblablement pas le loisir de revenir sur l'Amadis donné par les Talens Lyriques (Wanroij, Auvity, Perruche, Crossley-Mercer, Bennani, Arnould) à Versailles vendredi dernier. A quoi bon de toute façon, il a déjà été question de l'oeuvre dans ces pages, et la plupart des chanteurs aussi ont déjà été présentés. Avec un effectif largement renouvelé des Talens Lyriques (plus précis mais moins frémissant), un peu de fadeur (en grande partie à cause de l'acoustique, mais Rousset n'était pas à son meilleur, sans être indolent non plus), le continuo hallucinant lorsque Rousset est au clavecin, le choeur de Namur en petite forme, Ingrid Perruche toujours d'une liberté souveraine dans les mots (triomphant d'une voix déclinante), Cyril Auvity un brin fatigué (à cause des rhumes terribles de ces dernières semaines, ou plus structurellement à cause de son émission laryngée bizarre ?) mais toujours radieux, Hasnaa Bennani (on l'avait remarquée il y a deux ans dans sa fin de cursus comme celle qui tenait le mieux ses promesses sous la pression de la scène, et depuis elle a chanté à plusieurs reprises avec Dumestre des premiers rôles, et elle sera même l'année prochaine en solo dans les Leçons de Ténèbres de Couperin à Versailles) en bonne forme...

Or, CultureBox, qui était naguère un réservoir de reportages courts dans une interface impossible, rediffuse désormais certains concerts et certaines pièces de théâtre, disponibles très longuement (décembre 2013 !). L'adresse peut donc être ajoutée à Arte Live Web ou à Medici.tv.

On y trouvera donc une poignée de choses formidables :

=> cet Amadis versaillais, dans un son de bonne qualité et très réaliste
(il manque en revanche la chaconne bissée en entier, qui était plus assurée que la première fois) ;

=> le Triptyque de Puccini donné à Lyon ;

=> les trois oeuvres couplées, concept évoqué ici.
Pas encore essayé la Tragédie Florentine de Zemlinsky, mais je me réjouis déjà de la voir. Von Heute auf Morgen de Schönberg est une réussite éclatante, bien chantée, bien dirigée sur scène, or en vidéo il n'existait que le film (très convaincant) de Straub & Huillet. Enfin Sancta Susanna, plutôt bien chantée, pas toujours claire visuellement (munissez-vous du livret, sur le site de Chandos par exemple : il manque l'araignée, et le couple n'est pas clairement présenté, on pourrait croire que Susanna crie après un amant supposé de Klementia), mais qui assume courageusement le livret (qui réclame la nudité du rôle-titre...), et son potentiel lourdement dérangeant.
Trois oeuvres qui évoquent des aspects inquiétants et poisseux du désir, sous des formes bénignes ou paroxystiques (pour ne pas dire les deux alternativement) ; les trois sont captivantes ; le Schönberg (un bijou) et le Hindemith ne sont de plus presque jamais donnés, et le Zemlinsky, redevenu à la mode ces dernières années, est un haut chef-d'oeuvre de l'art dramatique (qui reprend mot à mot Wilde en traduction, avec quelques coupures).

On y trouvera aussi

Suite de la notule.

David Le Marrec

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