Carnets sur sol

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[Carnet d'écoutes n°77] – Ibert, d'Indy, Bartók, Haydn : Le Chevalier errant, Chansons et Danses, Duos, Crincrins…


Quelques échos autour d'écoutes récentes… et quelques insolites de diverses natures.

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A. Œuvres

Ibert – Le Chevalier errant, Les Amours de Jupiter

Timpani vient de publier deux ballets de Jacques Ibert… Comme d'habitude, la qualité est au rendez-vous. Avec l'Orchestre National de Lorraine bien sûr (peut-être mon orchestre chouchou en France…), dont Mercier tire des sonorités d'une variété de couleur (et d'une sûreté technique) rares pour un orchestre français. Et aussi, ce qui était moins évident, avec les œuvres, en particulier Le Chevalier errant.

Les Amours de Jupiter sont commandées pour un ballet de Roland Petit en 1945 (création en 1946), au début de l'existence du Ballet des Champs-Élysées ; autour de cinq entrées (Enlèvement d'Europe, Léda, Danaé, Ganymède, Retour à Junon) se déploie la veine légère d'Ibert et du temps, mâtinée d'influences de café-jazz et de velléités néo-classiques. Belle partition bien faite, dans le registre du style le plus léger d'Ibert.

Le Chevalier errant est tout autre et fascine davantage. Issu d'une commande d'Ida Rubinstein (à l'origine également d'Orphée de Roger-Ducasse sur son propre argument, du Boléro de Ravel, d'Amphion de Valéry-Honegger, de Perséphone de Gide-Stravinski, de Jeanne d'Arc au bûcher de Claudel-Honegger et d) après le grands succès de son premier ballet Diane de Poitiers (1934), il demande de grands moyens, un peu à la façon de Jeanne d'Honegger : deux récitants, chœur, grand orchestre.
L'œuvre est achevée en 1936, mais dès la fin de 1935, Ibert en prépare une réduction pour le concert (une suite composée de l'essentiel des quatre tableaux, mais sans chœurs ni récitants, retranchant le tiers de la durée).

Le langage est étonnant pour Ibert, vraiment dense, assez moderne, certes lumineux pas du tout empreint de sa légèreté habituelle : de la véritable musique ambitieuse, ce qui n'a pas si souvent été son cas – en tout cas rarement sans citations folkloriques (L'Aiglon), arguments parodiques (Persée & Andromède), habillages primesautiers… C'est pourquoi ce disque est indispensable.

Quatre tableaux se succèdent :

  • les inévitables Moulins, où Dulcinée apparaît bizarrement (dans la version définitive de 1950, elle y exécute carrément des Variations) ;
  • les Galères, autre moment de bravoure très proche du roman (Quejana libère des prisonniers qui, se révélant étrangement mauvais sujets, massacrent leurs anciens maîtres sans que le héros puisse rien y faire) ;
  • l'Âge d'or, qui prend au pied de la lettre les rêves d'Arcadie du héros, d'une façon qui n'est pas décrite dans le roman, mais qui en prolonge les allusions (enfin, les danses paysanes ne sont pas exactement ce qu'il entendait exalter…) ;
  • enfin les Comédiens, qui n'a plus aucun rapport avec l'original : Don Quichotte part sauver une jeune fille prisonnière d'un géant (en réalité, ce n'est qu'une pièce jouée par des acteurs itinérants) mais, frappé par celui-ci, il tombe mort. Apothéose et transfiguration.


Cette dernière partie n'a non seulement aucun rapport avec le récit de la mort de Don Quichotte (épuisé, pris de fièvre en rentrant chez lui) ni avec son ton (sévère sur les erreurs de jugement du personnage – alors qu'ici, on a une nouvelle version du final du Roi Arthus de Chausson ou de Prométhée triomphant de Hahn, ainsi que de beaucoup d'autres œuvres du temps : Tristan, Parsifal, Die Frau ohne Schattent, Fervaal, Sigurd empruntent aussi cette voie)… mais de surcroît pas le moindre rapport non plus avec l'épisode consacré aux comédiens (chapitre 11 de la seconde partie), où le spectacle fait simplement peur à Rossinante : Don Quichotte tombe et les comédiens se moquent de lui.

La modernité des Moulins et les beaux archaïsmes triomphants de l'Âge d'or méritent vraiment le détour.

À cela, il faut ajouter les qualités déjà mentionnées de l'Orchestre National de Lorraine dirigé par Jacques Mercier avec une exactitude remarquable, se parant de couleurs étonnantes qui évoquent souvent les alliages de Petrouchka, avec une qualité de finition rare chez les orchestres français, et non sans enthousiasme.
À découvrir.

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Béla Bartók – 44 Duos pour violons (BB. 104 ; Sz. 98)

Bien qu'écoutant finalement peu souvent Bartók – ce folklorisme méchant ne doit pas agir très puissamment sur mes impulsions d'écoute –, j'aime passionnément revenir à ses duos pour violons. Étrange dispositif, à la fois marqué par le folklore et d'une écriture très raffinée, assez abstraite finalement ; très différent des couleurs le plus souvent violentes, tourmentées et bigarrées de la plupart de ses œuvres… Dans ces duos au contraire, le contrepoint coule tranquillement, avec une certaine homogénéité entre les (courtes – pas une n'atteint les trois minutes, et la plupart sont comprises entre 45 secondes et 2 minutes) pièces ; cela n'exclut nullement les audaces imprévisibles, impensables dans un véritable folklore, mais l'effet n'est pas du tout celui d'une ostentation dramatique ou musicale. Bien que ce soit une source d'inspiration évidente pour Kurtág, ces Bartók-là peuvent au contraire aussi bien soutenir l'attention en concert qu'être placés en musique de fond.

Comme on les entend très rarement en vrai (pourtant, ça ne coûte pas cher !), même dans des récitals d'élèves de tous niveaux, il faut bien se repaître de disques. Et là, les versions pèchent souvent par une certaine mollesse, comme si la veine dialoguée (plus que dansante) n'était pas vraiment prise au sérieux – les hongrois aiment à dire qu'eux seuls peuvent comprendre les articulations de la musique de Bartók, liées à la langue et à la musique traditionnelle : c'est exagéré, mais il est vrai pourtant que beaucoup passent à côté de sa logique, en y exaltant seulement les aspects les plus académiques (fussent-ils des audaces).

Il en existe tout de même quelques intégrales, et pas mal d'anthologies (pas un nombre si vertigineux que cela, j'en ai repéré, après un rapide survol, une vingtaine), qu'on peut répartir en trois groupes :

¶ Les lyriques internationaux : Angela & Jennifer Chun (Harmonia Mundi), Frank Kim & S.G. Lee (Violin Foundation), Jan Talich & Agnès Pyka (Indé-Sens) et plus étonnant Péter Csaba & Wilmos Szabadi (Hungaroton) interprètent en privilégiant la mélodie et en gommant les appuis de danse.

¶ Les folkloristes : Wanda Wilkomirska & Mihály Szűcs (Hungaroton), Sándor Végh & Alberto Lysy (Astrée-Auvidis, puis Naïve), Barbabás Kelemen & Katalin Kokas (Budapest Music Center [sic]) accentuent la raucité, jouent de façon très détachée, accentuent les thèmes simples, comme des chansons et danses.

¶ Les lyriques fokloristes : Alberto Lysy & Sophia Reuter (Dinemec Classics), Régis Pasquier & Gérard Poulet (Arion), György Pauk & Kazuki Sawa (Naxos), conservent le legato, mais font tout de même sentir les thèmes capiteux et les échos de danse.

La première option n'a pas grand intérêt à mon avis (je troue par exemple tiède le résultat obtenu par Talich-Pyka ou les sœurs Chun, et Kim-Lee, qui bénéficient d'une prise de son proches dans un tout petit espace, sont même fragiles sur la justesse). La deuxième est parfois un peu extrême, surtout chez Wilkomirska-Szűcs, qui exagèrent leur phrasé scolaire (on dirait du Bach de débutant)… mais le grain, le refus du legato, l'exaltation des thèmes les plus pauvres créent vraiment une atmosphère « authentique » saisissante ; dans ce genre, la lecture plus tempérée de Végh-Lysy me paraît un excellent choix, quand même stimulant par sa radicalité, mais ne renonçant pas pour autant à la beauté et au goût. L'équilibre parfait est peut-être atteint par Kelemen-Kokas, avec ses superbes sons droits qui ne refusent en rien le chant – à mon sens le plus bel enregistrement en matière de son.

Sinon, on s'en doute, j'ai beaucoup de tendresse pour la troisième voie qui me convainc le plus – en particulier Pasquier-Poulet, plus lyrique et beaucoup moins typé oriental que les deux autres, mais qui rend très bien la poésie de ces pages. Lysy-Reuter et Pauk-Sawa sont excellents, beaucoup plus équilibrés dans leur rapport folklore/lyrisme, mais l'intensité constante de leur jeu et de leur timbre est un peu lassante sur la durée pour moi.

Les duos pour violons de Luciano Berio ne sont ni plus ni moins que le prolongement de ceux de Bartók, une fréquentation indispensable si vous aimez ce cycle.

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Indy grand format

Le sixième volume de l'anthologie orchestrale de Vincent d'Indy vient de paraître chez Chandos. Il confirme le résultat hétérogène du projet : Vincent d'Indy est un grand compositeur, mais ses sommets se manifestent plutôt dans la musique scénique (Fervaal, L'Étranger, La Légende de saint Christophe…) ou dans la musique de chambre (Sonate avec violon, Trio avec clarinette, Suite dans le style ancien, Suite Op.91, Chansons et Danses, Quintette avec piano…). La plupart des poèmes symphoniques étaient déjà documentés (certes, de façon éparse) par le disque, et ne méritaient pas forcément la multiplication des versions, d'autant ce n'est pas ici la lecture la plus ardente qui soit. Ce sont surtout les Symphonies qui valent le détour (si, j'ai beaucoup aimé le celtisme archaïsant de Saugefleurie, un peu dans la veine de L'An Mil de Pierné), et l'intérêt, outre de tout regrouper, est qu'on peut entendre l'une de leurs rares versions – il n'existe que Bringuier (avec l'Orchestre de Bretagne) pour la Première, Monteux (San Francisco) et Plasson (Toulouse) pour la très-franckiste Deuxième – et, j'ai l'impression, la seule de la Troisième.

J'ai boudé Wallenstein qui m'ennuie assez ferme, mais j'ai écouté le reste du disque, en particulier les Chansons & Danses, un bijou de l'archaïsme roboratif. Mais la version pour grand orchestre leur fait perdre beaucoup de leur saveur, liée aux timbres crus et aux bondissements de l'effectif pour septuor à vent (flûte, hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, cor) – les cordes lissent tout cela.
À ce paramètre (respectable, ce doit être la première captation de la version pour orchestre, alors qu'il en existe au moins trois versions pour septuor : CBC, Klavier, Timpani) s'ajoutent les caractéristiques de l'interprétation elle-même : j'aime beaucoup le Symphonique d'Islande d'ordinaire, mais ses qualités ne sont pas forcément mises en valeur dans cette musique, et la direction assez indolente de Rumon Gamba, ajoutée à la prise de son en-cathédrale de Chandos, ne rend pas exactement justice au caractère de cette page (là où elle ne fait que limiter l'intérêt d'autres pièces plus traditionnelles et moins sensibles à ce traitement).

Pour entendre la version originale, les solistes du Philharmonique de Luxembourg font merveille chez Timpani, au sein d'un programme dans le même goût, notamment les deux Suites rétro. Beaux couplages également (mais ne se limitant pas à d'Indy) chez CBC et Klavier.

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B. Interprétations

Haydn planant

La tendance est, à juste titre, de rendre justice à l'espièglerie de Haydn (chez les Terpsycordes ou les Hanson par exemple) ou à la virtuosité de sa construction (voir les St Lawrence et les Tacs, lectures plus enthousiastes et grandioses, mais très détaillées). Et c'est aussi le Haydn que j'aime – sans quoi on entend de la jolie musique galante un brin répétitive.

Pourtant, le Quatuor Saulesco, sans doute du fait de l'époque (session enregistrée en 1973 pour Phono Suecia et rééditée plus récemment par Swedish Society Discofil), ne se situe pas du tout dans cette perspective. C'est une interprétation qui prend son temps, qui respire, claire mais avec douceur. Assez étonnant pour du Haydn, qu'on entend généralement ou un peu trop lyrique et fondu (hors-style, en somme), ou assez fin et hystérisant. Ici, dans le quatuor Op.76 n°3 (« Empereur », celui de l'hymne), où l'épanchement préromantique et l'élan primesautier peuvent paraître des évidences, les Saulesco proposent au contraire une voie tout à fait inattendue… et très persuasive.
Pourtant, techniquement, on entend bien de petites limites (intonation du premier violon occasionnellement hésitante), mais l'aération du son (surtout à ce tempo modéré) sert à merveille la lisibilité des différentes strates… et cette lecture très tranquille et apaisée, qui ne bouscule pas les affects, se révèle très touchante. Ce n'est pas du Haydn d'aujourd'hui, mais c'est sans comparaison, pour autant, avec le Haydn tradi (épais chez les uns, sèchement littéral chez les autres).

La surprise a été d'autant plus forte que non seulement cette orientation esthétique m'a paru assez unique en son genre, mais de surcroît le Deuxième Quatuor d'Atterberg (très belle œuvre, soit dit en passant) était un peu terne et pas totalement irréprochable techniquement (quelques déséquilibres et des détails de justesse).

À découvrir, donc ! (et d'autant plus si vous n'avez pas essayé les Quatuors d'Atterberg, couplage d'autant plus sympathique – sinon, la référence reste le Quatuor Stenhammar, au nom d'un autre bon chambriste, chez CPO)

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C. En passant

Sauvages !

Je ne peux pas me faire à Wagner en tranches (à ce compte-là, pourquoi ne pas faire du belcanto sans virtuosité ou ne pas jouer Pelléas sans orchestre ?), un non-sens complet dans la mesure où sa musique ne déploie sa logique que dans la durée – écouter par bouts inférieurs à l'acte (ou du moins au tableau) produit un résultat aussi tronqué que d'écouter seulement le thème B d'un mouvement de symphonie… En plus, généralement, les fins sont arrangées de façon sauvage, les chanteurs absents ne sont pas figurés par un instrument solo… vraiment des bouts négligemment jetés comme des chutes de tissu après un ajustement barbare.

Mais quelquefois, la trahison est tellement radicale qu'on ne peut s'empêcher de pouffer. Sérieusement, la fin du duo de Tristan, sur un majeur triomphant, façon Nessun dorma ? (là aussi un arrangement, mais pas incompatible avec le caractère)

Impies.

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Représentations

Récemment entendu en fond d'un reportage consacré aux costumes Renaissance, la Valse tirée d'Onéguine de Tchaïkovski. Hé oui, pour le grand public, cette musique a un pouvoir archaïsant tel que, je dois dire, toute érudition bue, l'effet recherché est atteint – l'évocation de fastes d'un autre temps. La véritable musique Renaissance aurait créé un sentiment d'étrangeté trop grand, et aurait attiré l'attention sur elle au lieu de servir efficacement l'effet atmosphérique recherché.
D'ailleurs, dans l'imaginaire collectif, la musique médiévale ressemble largement à de la musique baroque…

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À bientôt pour de nouvelles aventures (et si vous habitez l'Île-de-France, Cherbourg ou Compiègne, allez voir Tintagiles, spectacle poétique mais très intense).


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Commentaires

1. Le mercredi 20 mai 2015 à , par Faust

Bonjour

Vous êtes sûr pour Tintagiles qui me tente assez, mais qui a fait l'objet d'une critique sévère de Télérama ?

Il est vrai que je suis allé voir les Contes de la lune vague après la pluie à la salle Favart hier soir qui distille au terme d'une heure trente un ennui profond. Je crains qu'il ne faille incriminer ni le chef (Wurtz), ni l'Ensemble Linea, ni les chanteurs, mais plutôt la musique même écrite par Xavier Dayer surtout dans sa partie vocale. La mise en scène est correcte et tire sans doute le meilleur parti possible des faibles moyens dont dispose malheureusement l'opéra comique. Mais, on ne peut pas dire que les sujets évoqués par l'ouvrage - essentiellement la guerre qui est et sera toujours une horreur absolue - nous touchent réellement dans la mise en scène assez descriptive de Vincent Huguet.

Il ne s'agit, bien sûr, que d'un avis personnel. J'ai quand même vu plusieurs personnes partir avant la fin. Mais, j'en ai vu également applaudir vigoureusement à la fin !

Au monde de Boesmans, en début de saison, était beaucoup plus intéressant. Mais, les deux ouvrages ne sont pas directement comparables.

2. Le mercredi 20 mai 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Faust !

D'abord, merci pour le compte-rendu promis… Ça rejoint ce que je craignais un peu. Esthétiquement, ça se situe dans quelles sphères ?

Pour Tintagiles, oui, j'ai lu la critique de Télérama, et elle n'est pas injuste : il y a vraiment abondance de biens, et on peut trouver, sans doute, que la musique et le texte se disputent une émotion de nature un peu différente. Mais l'un et l'autre sont donnés à un tel degré ! Leslie Menu dit Maeterlinck comme personne, le dispositif fonctionne très bien, et la musique sélectionnée et arrangée par Knox et Coin se répand d'une seule coulée, d'une rare beauté en plus du plaisir de voir des instruments exotiques (Nyckelharpa, harpe éolienne, barytons, alto d'amour, et surtout une viole d'amour exceptionnelle d'André Sakellarides).

Dramatiquement, c'est même d'une intensité hors du commun : je n'ai jamais été aussi violemment saisi, au théâtre, que pour cet acte IV où le texte laisse pourtant tout à faire aux comédiens et au metteur en scène.

Un des meilleurs spectacles que j'aie jamais vus, en ce qui me concerne, et qui me fait complètement réviser mon opinion sur Podalydès metteur en scène gentiment poussiéreux. Je n'ai pas le temps d'y retourner (et ça fait un peu proche), mais l'an prochain, ça repasse à Compiègne, j'en serai !

3. Le vendredi 22 mai 2015 à , par Faust

Bonjour,

Ce n’est pas un compte-rendu, juste quelques impressions brèves et subjectives !

Je connais mal Xavier Dayer. En lisant dans le programme, une filiation avec Ferneyhough, j’étais un peu perplexe … A tort, manifestement. Ce qui m’a gêné, c’est surtout le traitement qu’il réserve aux voix. L’utilisation importante et régulière des percussions est, par contre, tout à fait remarquable. Le percussionniste de l’Ensemble Linea - László Hudacsek – n’y est pas étranger.

Dans le programme du spectacle, Xavier Dayer indique effectivement ce qu’il a entendu faire : « J’ai fait appel à plusieurs techniques vocales qui rendent compte du rapport de chacun à la réalité et aux désirs : le parlé, le chanté syllabique et le chant mélismatique. Les typologies vocales épousent le contour des personnages. Les notes répétées dans le chant des hommes traduisent la prégnance de leurs pulsions désirantes tandis que la ligne vocale des femmes, plus mobile avec de fréquents espaces disjoints, exprime le caractère raisonnable et mesuré des deux épouses, ou les pouvoirs de l’énigmatique et enchanteresse princesse Wasaka. ».

A trop vouloir coller à cette logique, qui, je présume, doit également être présente dans le film de Kenji Mizoguchi dont l’opéra est tiré, le résultat final est tout de même assez statique. Mais, il est possible que j’ai une conception beaucoup trop « romantique » de l’opéra !

Un mot du concert du National d’hier soir. Semyon Bychkov a livré, avec les musiciens de l’orchestre, une interprétation quasi anthologique de la 8ème de Chostakovitch. Il insuffle une tension du début jusqu’à la fin à cette œuvre qui s’achève d’une manière « apaisée » après les explosions sonores des mouvements qui précèdent. C’est peut-être la première fois que je trouve quelques qualités à l’acoustique – quand même toujours très sèche – de la salle.

Une fois n’est pas coutume, la salle était quasiment remplie !

Les cordes du National étaient somptueuses et Laurent Decker (cor anglais) nous a gratifiés de solos d’une grande pureté.

Manifestement, le courant passe entre l’orchestre et Bychkov, ce dernier ayant pris la peine de saluer personnellement à la fin chacun des chefs de pupitres, y compris – ce qui est assez rare -, Maria Chirokoliyska, contrebassiste solo.

Bref, je me suis pris à rêver que Semyon Bychkov succède dans quelques temps à Daniele Gatti …

Ultimes remarques concernant l’étrange Maison Ronde … Il n’y a, aujourd’hui, plus personne pour diriger les services musicaux ! Rousseau, le directeur, a été (enfin !) poussé vers la sortie. Il rejoindra ainsi, parmi ceux qui auront fait un passage éclair, Jacques Taddei, qui n’était resté lui aussi qu’une année (ou peut-être un peu plus) … Mais, il aura quand même eu le temps de faire des dégâts en se débarrassant des deux directeurs artistiques des deux orchestres qui n’ont pas encore été remplacés … Je serais curieux de connaître le montant des indemnités transactionnelles qui ont dû lui être versées … Faut-il rappeler que les services musicaux de la Radio ne sont pour rien dans la crise financière grave que traverse Radio France ?

4. Le vendredi 22 mai 2015 à , par Benedictus

Bonsoir, David!

Pour les Duos de Bartók, je n'en ai pas un souvenir particulièrement ébloui (je n'ai dû entendre que la version Végh/Lysy), mais je vais réessayer.

En revanche, tu ne parles pas de LA version qui me tenterait - celle des deux violonistes du Quatuor Keller, András Keller et János Pilz (ECM): si c'est du niveau de leur intégrale des quatuors... En plus en complément, on trouve Baladă şi Joc de Ligeti et la version pour deux violons de Ligatura de Kurtág (ce qui me semble, peut-être à tort, plus appétissant que du Berio). Pas écouté, pas aimé, oublié...?

(Je vois que toi aussi tu es sensible à l'acronyme de Budapest Music Center...)

*

La 3ᵉ d'Indy, il en existe au moins une autre version (celle que j'ai), par Guschlbauer et l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg dans l'ancienne collection de musique française de Valois/Auvidis (mais le disque est sans doute épuisé); il y a aussi Saugefleurie et les Souvenirs.

Sinon, pour le Poème des rivages et le Diptyque méditerranéen, connais-tu le disque Krivine/Luxembourg chez Timpani? Vaut-il la peine si l'on a déjà l'ancienne version Prêtre/Monte-Carlo?

5. Le samedi 23 mai 2015 à , par David Le Marrec

Bonjour !

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@ Faust :


la ligne vocale des femmes, plus mobile avec de fréquents espaces disjoints, exprime le caractère raisonnable et mesuré des deux épouses

Que le disjoint exprime la raison et la mesure, ce n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler un parti pris intuitif !

Ah oui, Bychkov, si Berlin pouvait nous le laisser, ce serait sympa. Il a atteint un niveau incroyable ces dernières années, en adjoignant à la fermeté formelle qu'il a toujours eue une forme de chaleur et même d'abandon dont on ne l'aurait pas cru capable il y a dix ans…


Une fois n’est pas coutume, la salle était quasiment remplie !

Hier en revanche, même avec du Stravinski, la Sinfonia de Berio et un tarif unique à 15€, je me suis laissé dire que c'était très loin d'être le cas. (Je devais y aller, mais j'ai été retenu.)


Les cordes du National étaient somptueuses

Ah, depuis le temps que je le dis ! Il n'y a pas mieux en France de ce côté-là (sauf le Philharmonique dans ses bons soirs, mais dans un genre totalement opposé).


Ultimes remarques concernant l’étrange Maison Ronde … Il n’y a, aujourd’hui, plus personne pour diriger les services musicaux ! Rousseau, le directeur, a été (enfin !) poussé vers la sortie. Il rejoindra ainsi, parmi ceux qui auront fait un passage éclair, Jacques Taddei, qui n’était resté lui aussi qu’une année (ou peut-être un peu plus) … Mais, il aura quand même eu le temps de faire des dégâts en se débarrassant des deux directeurs artistiques des deux orchestres qui n’ont pas encore été remplacés … Je serais curieux de connaître le montant des indemnités transactionnelles qui ont dû lui être versées … Faut-il rappeler que les services musicaux de la Radio ne sont pour rien dans la crise financière grave que traverse Radio France ?

Mais est-il la cause des troubles, vraiment ? Par ailleurs, pour une fois qu'on a un décideur qui a un réel intérêt et une réelle culture sur ce qu'il dirige, j'aurais été enclin à lui laisser un peu de temps pour faire ses preuves, d'autant qu'il a semble-t-il effectué un véritable travail de fond à Liège.

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@ Benedictus

Ça peut changer beaucoup d'une version à l'autre, il ne faut pas hésiter à essayer. A priori, Végh-Lysy aurait dû t'intéresser, mais essaie peut-être l'abstraction de Pasquier-Poulet.

Je ne crois pas l'avoir essayée, cette version Keller-Pilz, sauf si c'est celle vers laquelle je me serais logiquement tourné pour entendre l'intégrale, juste après avoir découvert l'œuvre en concert (à l'occasion d'un festival chambriste Kurtág à Bordeaux, oui, tout peut arriver…), il y a dix ans. Si c'est plus récent que ça, alors non, je n'ai pas dû écouter du tout. Mais oui, c'est sans doute un premier choix.

En plus en complément, on trouve Baladă şi Joc de Ligeti et la version pour deux violons de Ligatura de Kurtág (ce qui me semble, peut-être à tort, plus appétissant que du Berio).

Oui, à tort ! Les œuvres solos pour violon, alto ou violoncelle de Ligeti et Kurtág sont à mon avis beaucoup moins réussies, en tout cas plus sujettes à cette forme d'étrangeté qui caractérise la musique contemporaine… alors que les duos de Berio, ce sont tout simplement des duos de Bartók (peut-être même en mieux, car moins sujets à une relecture univoque de type foklorique).


La 3ᵉ d'Indy, il en existe au moins une autre version (celle que j'ai), par Guschlbauer et l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg dans l'ancienne collection de musique française de Valois/Auvidis (mais le disque est sans doute épuisé); il y a aussi Saugefleurie et les Souvenirs.

Merci !

De toute façon, ça fait pas du tout, mais alors pas du tout envie… C'est tout gris et opaque, je suppose ?


Sinon, pour le Poème des rivages et le Diptyque méditerranéen, connais-tu le disque Krivine/Luxembourg chez Timpani? Vaut-il la peine si l'on a déjà l'ancienne version Prêtre/Monte-Carlo?

C'est très bien, pas forcément au point de racheter une version ; mais je ne suis pas bon juge, je trouve ces pièces très mineures, vraiment dans la veine de ce qui nourrit la légende du d'Indy académique.

Vraiment à l'opposé de la finesse de finition de la Sonate avec violon ou des audaces brutales de la Troisième Symphonie…

6. Le samedi 23 mai 2015 à , par Faust

Bonjour,

Ces dernières années, les cordes du National n'étaient pas nécessairement aussi homogènes qu'en ce moment ! Je les ai parfois trouvée à la peine, même sous Kurt Masur.

Le poste de directeur de la musique à RF est un poste où le titulaire a surtout un rôle de coordinateur ... C'était un vrai poste de directeur sous Pierre Vozlinsky. Cela a changé ensuite, notamment sous la "direction" d'Alain Durel. Je pense que personne, au sein des deux orchestres, ne souhaite revenir à une configuration comme celle qui existait sous Pierre Vozlinsky qui, certes, ne manquait pas de qualités, mais était tout de même très autoritaire ! Dans les circonstances présentes, ils auraient plutôt besoin d'un gestionnaire efficace !

Je doute un peu que Bychkov soit pris à Berlin. Il a 61 ans. Que je sache, il habite aussi à Paris puisqu'il est l'époux de Marielle Labèque. C'est pour cela que l'hypothèse qu'il puisse succéder à Gatti n'est pas farfelue. Mais, je ne suis pas dans le secret des dieux ...

7. Le samedi 23 mai 2015 à , par Benedictus

Je réécoute Végh-Lysy, là, justement. Très chouette, ça crincrine rugueux comme j'aime, mais je crois que c'est l'œuvre qui n'a, pour moi, rien de bouleversant (ça reste très chouette et d'une grande originalité, cela dit). Je vais malgré tout tâcher d'écouter Keller-Pils (qui date de 2002, apparemment), voire Pasquier-Poulet si j'arrive à trouver ça.

(Baladă şi Joc, ce n'est pas du tout «cette forme d'étrangeté qui caractérise la musique contemporaine», c'est du Ligeti des années 50, donc vraiment du Bartók aussi.)

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Pour d'Indy: tout ce que tu dis est bien possible. Je n'ai pas dû réécouter le Guschlbauer ni le Prêtre depuis l'époque où j'avais acheté ces CD, il y a pas loin de vingt ans: rien de tout ça (ni le Dervaux et le Plasson de la collection L'Esprit français) ne m'a franchement passionné; mais comme j'aime vraiment beaucoup le d'Indy chambriste, je les ai gardés au cas où...

8. Le dimanche 24 mai 2015 à , par lu

j’ai Gertler/Suk, moi, dans les Duos (et je ne trouve pas non plus l’œuvre bouleversante).

9. Le dimanche 24 mai 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir !

@ Lu : Pourquoi ne suis-je pas étonné ? (Intelligible, consonant, folklorique, rétro… ça fait beaucoup pour de la musique même pas méchante.)

@ Faust : Effectivement, les cordes du National, déjà en très forte ascension sous Masur, m'ont paru marquer un saut qualitatif assez spectaculaire récemment.

@ Benedictus : Végh-Lysy est très chouette, oui, mais n'exalte pas la modernité de la partition en revanche ; elle reste plus dans l'exploration du folklore fantasmatique que dans la mise en relief de la musique pure.
Si Keller-Pils date de 2002, alors ce doit être ma première version discographique (qui, manifestement, ne m'avait pas dégoûté). Il faut que je retente.

(Baladă şi Joc, ce n'est pas du tout «cette forme d'étrangeté qui caractérise la musique contemporaine», c'est du Ligeti des années 50, donc vraiment du Bartók aussi.)

Oui, pardon, je parlais en général des œuvres pour violon ou alto solo de Ligeti et Kurtág, il doit y avoir des exceptions (je n'en vois pas vraiment chez Kurtág, où j'ai dû écouter plus ou moins tout ce qui se trouve, mais je ne suis pas sûr d'avoir écouté Baladă şi Joc en revanche… merci pour le conseil !).

Pour d'Indy: tout ce que tu dis est bien possible. Je n'ai pas dû réécouter le Guschlbauer ni le Prêtre depuis l'époque où j'avais acheté ces CD, il y a pas loin de vingt ans: rien de tout ça (ni le Dervaux et le Plasson de la collection L'Esprit français) ne m'a franchement passionné; mais comme j'aime vraiment beaucoup le d'Indy chambriste, je les ai gardés au cas où...

C'est-à-dire que la plupart des œuvres ne sont vraiment pas majeures, et leurs nouveautés sont noyées, étrangement, dans une orchestration très traditionnelle et même opaque (alors qu'on entend dans Fervaal, L'Étranger et surtout la Troisième Symphonie une esthétique orchestrale déjà loin en aval de Wagner). Écouter ça avec le fondu (la mollesse, disent les détracteurs) de Plasson et le prosaïsme de Dervaux ne doit pas aider à s'en faire une très haute opinion, pour ne rien arranger.

10. Le dimanche 24 mai 2015 à , par lu

@ Lu : Pourquoi ne suis-je pas étonné ? (Intelligible, consonant, folklorique, rétro… ça fait beaucoup pour de la musique même pas méchante.)



même pas, je préfère BB 53. :þ

11. Le lundi 25 mai 2015 à , par David Le Marrec

Tsk, tsk, vous êtes des enfants. (Quels enfants !)

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David Le Marrec

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