Carnets sur sol

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[Enquête] 'Carnets sur sol' contre le noir attentat de l'AFP


Où CSS traduit la presse flamande pour vous, afin de remporter la victoire finale sur l'odieux lobby de la Passion.





Réaction du traducteur de l'AFP :


Nous préparions innocemment un petit point sur des usages de la langue bien connus des lecteurs de CSS, et nous annoncions imperturbable la fin du mal, lorsque, soudain.

Jean Quatremer nous entretient de la bruyante affaire Bart De Wever. [On vous laisse à vos journaux habituels pour lire le contenu de la polémique, d'un type assez banal (en tout cas récurrent).] Un détail nous trouble... serait-il possible que là-bas aussi ? Une expression si précise, dans le contexte de querelles nationalistes, si connotée ? C'est improbable, très improbable.




CSS mène l'enquête. Le propos rapporté en toute candeur par Jean Quatremer provient d'une dépêche AFP du 30 octobre, encore visible sur l'agrégateur de contenus Romandie News. On y lit cette phrase surprenante, qu'on devine traduite du flamand :

Ceux qui dirigeaient [Anvers] à l'époque [sous l'occupation nazie] ont dû prendre des décisions délicates dans des circonstances difficiles. Je ne trouve pas très courageux de les stigmatiser maintenant, ajoutait M. De Wever, historien de formation.

Cependant que beaucoup de pages sont archivées et difficiles à retrouver, nous découvrons une autre version chez la RTBF, qui nous paraît plus probable :

Anvers n'a pas organisé la déportation des juifs, elle fut victime de l'occupation nazie. Les responsables anversois devaient prendre des décisions. Les attaquer ne me parait pas très courageux.




Au terme de notre enquête, Carnets sur sol met enfin la main sur les propos originaux, via un site de centralisation alternative d'informations en diverses langues. Contrairement au Nederlands Tagblad, les propos y sont exacts, a priori.

De bestuurders moesten onder moeilijke omstandigheden beslissingen nemen. Ik vind het niet zo moedig om nu naar die mensen na te trappen.

Ce qu'on peut traduire ainsi :

Les dirigeants ont dû prendre des décisions dans des circonstances difficiles.

Oui, l'adjectif "délicat" a disparu - oubli de saisie ou fantaisie des traducteurs, on ne sait.

Je ne trouve pas cela si courageux de donner à présent un coup de pied par derrière à ces gens. [Pardon pour notre littéralité, mais c'est le but.]

Oui, on sait, ce n'est pas exactement la même chose ! Et plus conforme à ce que l'on pouvait imaginer dans cette province et dans ce contexte. Cela ôte un certain panache à la dénonciation, voire la banalise franchement.




Impossible évidemment de deviner sur l'AFP a choisi d'épaissir la déclaration pour rehausser le propos ou par souci esthétique. On penche plutôt - et c'était précisément le sujet de la note que nous préparions - pour un réflexe conditionné. "Donner un coup de pied par derrière", en français, c'est (très globalement !) une expression de l'hostilité, de la critique, de la malveillance. Or, quel est l'équivalent en français journalistique de "critiquer" ? Vous le connaissez aussi bien que nous - c'est même notre croix commune ; nous à dresser ces notes, vous à en subir le parcours.

Il est tout de même invraisemblable qu'on puisse prendre une telle liberté avec le propos dans une traduction pour une dépêche d'agence, en donnant une couleur tout à la fois religieuse et solennelle à ce qui désignait au contraire un coup bas un peu trivial. [\De surcroît, l'expression employée par De Wever sous-entendait une intentionnalité dans la malveillance que ne suggère plus le choix du traducteur de l'AFP - on stigmatise, de façon active ou passive, par ses préjugés, mais pas dans le but essentiel de nuire.]

Contrairement à ce que nous espérions, le mot stigmatiser n'a pas repris sa vigueur, et bien qu'employé bien plus épisodiquement, demeure anesthésié sémantiquement. En réalité, on peut traduire ainsi parce qu'en français, stigmatiser n'a plus aucune singularité par rapport aux autres termes signifiant la défiance.

Requiescat in pace.

Amen.




Pour l'Amen, une fugue - une fugue, un choral !
Improvisons un morceau magistral.


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Commentaires

1. Le jeudi 8 novembre 2007 à , par Morloch

Besoin de création littéraire du traducteur, volonté de donner un plus grand impact à une dépêche qui avait tout pour passer inaperçue en dehors des frontières des Pays-Bas.

C'est toujours de la faute des traducteurs, as tu lu le grand hiver d'Ismaïl Kadare ?

2. Le jeudi 8 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Besoin de création littéraire du traducteur, volonté de donner un plus grand impact à une dépêche qui avait tout pour passer inaperçue en dehors des frontières des Pays-Bas.

Et surtout de la Belgique.

J'attends dans la grande solitude que tu m'éclaires sur cet hiver albanais.


(A propos, échange de bons procédés, Rihm c'est par ici.)

3. Le jeudi 8 novembre 2007 à , par Morloch

Belgique, Pays-Bas, c'est la même chose. Ils vont sécessionner et se regrouper, à quoi bon les distinguer ?

Je me souviens avoir travaillé avec un belge flamand qui traduisait en français ses dictons nationaux. Très énigmatique, il pouvait lire un texte technique et les commenter avec des phrases du type " C'est quand le rutabaga remonte à la surface de la soupe que l'on sait que le chou est cuit ", ou bien " mélanger les carottes et les navets, ça ne fera jamais une bonne potée, la patate a besoin de solitude ", avec des variations sur le même thème. Je l'imagine mal parlant de stigmatiser les concurrents.

Le grand hiver - je l'ai lu sous ce titre je viens de voir qu'il existe comme Hiver de la grande solitude. Un des personnages est un interprète professionnel chargé d'assurer une rencontre entre Nikita Khrouchtchev et Enver Hodja qui dégénère. La responsabilité de la rupture politique est d'abord attribuée au traducteur - les politiques impliqués étant infaillibles et ne pouvant perdre la face - il en paiera le prix fort.

Ok, ça n'a rien à voir. Mais j'avais envie d'en parler...

4. Le jeudi 8 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Belgique, Pays-Bas, c'est la même chose. Ils vont sécessionner et se regrouper, à quoi bon les distinguer ?

Oui, ce serait marrant, des catholiques avec des protestants, les deux camps étant fortement individualisés. Et nous, on pourrait étendre le concordat avec la Wallonie, alors ?


Je me souviens avoir travaillé avec un belge flamand qui traduisait en français ses dictons nationaux. Très énigmatique, il pouvait lire un texte technique et les commenter avec des phrases du type " C'est quand le rutabaga remonte à la surface de la soupe que l'on sait que le chou est cuit ", ou bien " mélanger les carottes et les navets, ça ne fera jamais une bonne potée, la patate a besoin de solitude ", avec des variations sur le même thème.

C'est excellent en effet ! :) Tu n'en rajoutes pas un peu pour le plaisir des spectateurs ?


Le grand hiver - je l'ai lu sous ce titre je viens de voir qu'il existe comme Hiver de la grande solitude. Un des personnages est un interprète professionnel chargé d'assurer une rencontre entre Nikita Khrouchtchev et Enver Hodja qui dégénère. La responsabilité de la rupture politique est d'abord attribuée au traducteur - les politiques impliqués étant infaillibles et ne pouvant perdre la face - il en paiera le prix fort.

Tiens, ça me rappelle un épisode célèbre récent dont on a jamais su le dernier mot. Le voyage initiatique de la candidate fameuse au Liban, lu d'abord comme un cafouillage immonde, puis repris de façon vertigineuse par les mêmes médias, pour en faire au contraire une réussite aussi immaculée que le tailleur lavé avec Achille Ultra (ou Ménélas Tablettes, j'ai oublié).

L'absence de réaction face aux propos fortement engagés, dirons-nous, du député du Hezbollah, initialement présentée comme une faute politique, avait ensuite été expliquée comme à rebours par un silence du traducteur, voire une traduction de tout autre chose. Celui-ci n'a jamais pu s'exprimer, donc nous n'avons jamais su si la presse s'était emballée pour un rien en prenant ses attentes pour des réalités ou si, gênée de l'image qu'elle donnait de son pays, s'était empressée le lendemain de réaménager la vérité. Chaque camp y a donc eu alternativement et à bon droit l'occasion d'affûter ses thèses de complot médiatique.
En tout cas, que ce soit la veille ou le lendemain, l'unanimité était assez semblable à celle qui unissait la Pravda et la Pravda - avec la possibilité d'une inflexion pour les rééditions de photographies.


Mais je me garderai bien de jeter la pierre aux traducteurs, vu ce que j'ai en attente depuis bientôt un an dans ma besace pour CSS...

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