Carnets sur sol

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Quelle génération ?


En feuilletant quelques archives sonores de vieux déchiffrages, je suis frappé à nouveau d'entendre le mouvement lent de la Troisième Symphonie de Bruckner. Ce moment semble provenir d'un baroque épuré par le temps, et tombé dans le langage romantique sans être réellement passé par un filtre néo- dans le goût de ce qu'ont pu faire Grieg (Suite Holberg), d'Indy (Suite dans le style ancien, Chansons & Danses, Suite en parties), Pierné (Ballet de cour), Ireland (Suite Dowland), Elgar (Variations Enigma)...

Non pas que cela ressemble tout à fait à du Haendel, mais l'expression de sentiments complexes avec des moyens aussi nus échappe complètement à l'image du pastiche discordant dans le goût du vingtième siècle (typiquement la Première Symphonie de Prokofiev, qui joue à ajouter des détails qui ne peuvent pas être).

Ici, les deux premières mesures sont simplement un premier degré renversé, un cinquième degré avec appoggiature de la tierce majeure (typiquement baroque), pour revenir au premier degré. Le plus simple mouvement de va-et-vient possible dans la musique occidentale, et pourtant d'une telle grâce ici...

J'ai conservé mon déchiffrage (je crois que c'était la première lecture, d'où certaines articulations floues), pour bien montrer que même nue au piano (et gauchement jouée), cette musique fonctionne totalement, une sorte de petit miracle minimaliste.

Le plus étonnant est que l'on n'est pas si loin du climat des autres adagios de Bruckner... qui sont pourtant bien plus sophistiqués - si on s'en tient aux premières mesures bien sûr, parce que l'adagio de la Troisième se révèle sensiblement plus complexe que celui de la Neuvième sur la durée...


Début de l'adagio de la Septième par le même membre du Lutin Chamber Orchestra.


Dans tous les cas, si dans ces mouvements lents on peut aimer ou ne pas aimer (je suis partagé, personnellement) la façon de ressasser ses alternances thématiques et les longues transitions en marches harmoniques [1], en revanche la façon de procurer d'emblée un climat prégnant m'apparaît chaque fois admirable, de la 0 à la 9e symphonies...

Au passage, on rappellera que Bruckner a poussé plus loin l'hommage au passé dans ses Motets : par la référence abondante au plain-chant, au langage choral de Mendelssohn-Brahms, et même par du contrepoint cité de Palestrina (Deuxième Messe).

Notes

[1] La marche harmonique fait progresser la musique en changeant seulement la hauteur de la même formule musicale, plusieurs fois de suite, comme un escalier.


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David Le Marrec

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