Carnets sur sol

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La brassée de vidéos lyriques qu'il faut voir (en ligne)


La saison des frimas peut-elle nous offrir
Les fleurs que nous voyons paraître ?
Quel dieu les fait renaître
Lorsque l'hiver les fait mourir ?

La période semble être propice à la publication très concentrée des grandes soirées lyriques du moment. Petit tour d'horizon pour que vous en manquiez le moins possible.

Musique baroque

Spectacle d'airs de cour par William Christie, donné à la Cité de la Musique ce vendredi, disponible en direct puis en différé.
http://www.citedelamusiquelive.tv/Concert/1012123/william-christie-les-arts-florissants.html

Niobé de Steffani, un opéra seria complet du dernier compositeur mis à l'honneur par le traditionnel album de fin d'année de Bartoli. Par les forces du Festival de Boston : O'Dette et Stubbs dirigent, tandis que Karina Gauvin, Philippe Jaroussky et Terry Wey chantent !
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Niobe/

Musique de l'ère classique

Les Danaïdes à l'Opéra Royal de Versailles, un des plus hauts chefs-d'œuvre de Salieri et de la tragédie lyrique réformée. Une belle version qui tient assez bien ses promesses, sans les défauts qu'on pouvait redouter (mollesse de Rousset dans un opéra où la trépidance fait tout). Tassis Christoyannis n'a jamais été aussi électrique, vocalement et dramatiquement.
http://fr.medici.tv/#!/les-danaides-salieri-les-talens-lyriques-opera-royal-de-versailles

¶ Musique de chambre et vocale de Haydn, Mozart, Boccherini, Mendelssohn par des solistes du Cercle de l'Harmonie dirigés du violon par Julien Chauvin, avec Julie Fuchs en soprane.
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Les_Salons_de_Musique___Julie_Fuchs__Julien_Chauvin_et_les_Solistes_du_Cercle_de_l_Harmonie/

Musique romantique

L'Africaine de Meyerbeer à la Fenice. L'exécution n'en est pas merveilleuse (français très moyen, voix très couvertes qui manquent de clarté et de fraîcheur pour ce répertoire), mais tout de même solide, plutôt meilleure que la moyenne des autres captations de l'œuvre. Ensuite, comme il s'agit du seul opéra français de Meyerbeer et d'une des très rares œuvres de Scribe sans une once d'humour, un côté choucroutisant affleure dangereusement, même s'il demeure plutôt à la pointe de son époque.
En l'absence d'édition critique et d'exécution non-post-brucknérienne, on peut avoir l'impression d'écouter le Klagendelied de Mahler ou les Gurrelieder de Schönberg : un truc assez moderne, contenant quelques bijoux, mais quand même à peu près inécoutable dans sa continuité. Par ailleurs, Kunde, qui promettait beaucoup, s'est manifestement abîmé sur d'autres œuvres lourdes et centrales : les harmoniques hautes ont disparu, donc il doit forcer pour monter et se faire entendre, ce qui engendre un gros vibrato très disgracieux et assez instable.
Néanmoins, l'objet est suffisamment rare pour mériter l'attention, en attendant la parution chez CPO d'une version (sans doute pas idéalement linguistiquement et stylistiquement) originale de l'œuvre, sous le titre Vasco de Gama.
http://www.medici.tv/#!/l-africaine-meyerbeer-opera-la-fenice

¶ Tous les milieux glottophiles bruissent des débats autour de La Traviata de Verdi, mise en scène par Dmitri Tcherniakov à La Scala – et, devant un public qui a ses habitudes, forcément conspuée. À vue de nez, considérant quelques brefs extraits, ça semble assez écoutable et regardable, mais je laisse les lecteurs de CSS m'informer sur le sujet... dans cette ample liste, ce n'est certainement pas la vidéo prioritaire.
http://liveweb.arte.tv/de/video/La_Traviata_in_der_Mailander_Scala/

¶ Par ailleurs, Arte Live Web a proposé, pendant toute l'année 2013, une intégrale vidéo des opéras de Verdi, à partir des productions les plus récentes (pour la plupart italiennes). Par nature, forcément inégale, mais c'est l'occasion inespérée de voir Un Giorno di Regno, Il Corsaro ou Alzira en vidéo, et plusieurs de ces titres sont remarquablement chantés : le Falstaff de Modène est complètement idéal, les Vespri Siciliani et le Stiffelio de Parme très bons, le Don Carlo de Modène et l'Aida de Parme tout à fait valables, et puis l'Otello de Salzbourg et le Trovatore de Parme très prestigieux. Il faut se presser un peu en revanche : les premières vidéos sont déjà hors ligne. Commencez donc par les plus anciennes...
http://www.arte.tv/sites/fr/verdi/

Hamlet de Thomas (liste des notules de la série de CSS) à la Monnaie, par Marc Minkowski et Olivier Py.
La distribution d'origine était tout simplement idéale : Stéphane Degout en alternane avec Franco Pomponi (Hamlet), Sonya Yoncheva en alternance avec Rachele Gilmore (Ophélie), Jennifer Larmore en alternance avec Sylvie Brunet (Gertrude), Bernard Richter en Laërte, et même Henk Neven en Horatio et premier fossoyeur ! Le pauvre Jérôme Varnier, grand phraseur et voix édifiante, qui pourrait tenir Claudius avec bonheur, se trouve encore cantonné dans les spectres aphoristiques... il faut dire que dans ces rôles-pivots, il est tellement bon, qu'il est un peu facile de l'appeler à la rescousse, tandis qu'on trouve plus facilement des basses nobles ou chantantes pour Claudius (en l'occurrence, un baryton-basse, Vincent Le Texier, a fait l'affaire). Il est vrai qu'en l'occurrence le déclin de la voix devient un peu audible, et que l'aigu s'est largement glacé, mais c'est un constat de sous-distribution qu'on peut faire pour toute sa carrière.
Mais Yoncheva a été remplacée par Lenneke Ruiten (la voix sonne sans doute un peu âgée pour Ophélie, mais le timbre évoque avec force le meilleur de la tradition française, d'Andrea Guiot à Ghyslaine Raphanel), et Bernard Richter par Rémy Mathieu – choix astucieux : une bonne diction, une voix mixée et pourvue des mêmes accents étranges, même si l'instrument n'est pas aussi glorieux.
La distribution proposée dans la vidéo, avec Degout et Brunet, est l'inverse de ce que j'aurais choisi (il est vrai cela dit que le statut médiatique et la différence de projection de Degout, ainsi que l'absence de documentation de Brunet, le justifient assez bien) ; mais faute d'avoir Yoncheva, je suis content d'entendre Ruiten plutôt que Gilmore – étant entendu que toutes les combinaisons faisaient envie, en fait.
http://culturebox.francetvinfo.fr/hamlet-au-theatre-royal-de-la-monnaie-146449
La mise en scène de Py est plutôt réussie (avec plein de réserves personnelles sur sa lecture, mais dans un ensemble cohérent et soigné), et la direction de Minkowski est remarquable, parmi ce qu'il a fait de mieux dans le répertoire du XIXe : animée, colorée, mais sans sècheresse comme ses Wagner ou ses premiers Meyerbeer, n'exaltant pas les coutures comme dans ses Huguenots, et ne refusant pas le lyrisme (« Doute de la lumière » s'épand sans retenue ni raideur, l'expansion d' « Ombre chère »). Les soli sont magnifiques (hautbois en particulier, un instrument qu'il met toujours en valeur comme personne), le sens de la texture dans les moments de mystère forcent l'admiration.
Plutôt agréablement surpris par Degout, Hamlet peu sympathique qui se défend assez bien, et qui semble sensiblement moins mûr ou métallique que j'aurais pu le craindre ; Ruiten, Brunet, Mathieu sont admirables, pour diverses raisons, mais tous bien dits, engagés, pourvus de timbres agréables... et d'une manière générale très congruents avec le style et leurs personnages. Grande version, à mettre aux côtés des réussites de Plasson (nombreuses distributions), Billy ou Langrée, notamment.

Après le romantisme

Pelléas et Mélisande de Debussy dans sa version avec piano (premier état de la partition). Il est difficile d'en trouver de bonnes versions : pianistes un peu ternes (il faut dire que l'écriture est vraiment celle d'une réduction d'orchestre), et souvent des productions incluant des artistes moins aguerris.
Ici, c'est tout le contraire : au Festival Messiaen (au Pays de la Meije), en 2009, Anne Le Bozec a montré une nouvelle fois qu'elle parvenait à faire prendre vie à n'importe quelle réduction d'orchestre, avec un piano timbré, lyrique, atmosphérique. Un vrai tour de force, bien plus difficile (et révélateur de la sensibilité et du goût) que de jouer des œuvres difficiles écrites pour le piano.
Et quelle distribution ! Karen Vourc'h, toujours au sommet de ce qui s'est fait dans le rôle (elles sont une poignée à pouvoir le revendiquer) ; Didier Henry, sombre Pelléas loin d'avoir perdu sa voix, et qui se coule avec évidence dans Golaud (et quelle énergie !), Emmanuelle de Negri en Yniold, et même Philippe Huttenlocher, ancien Golaud devenu Arkel sans perdre de sa superbe. La principale nouveauté est donc le Pelléas de Marc Mauillon... mais la diction me paraît trop nette, et surtout le phrasé trop exact solfégiquement (il faut voir cette prosodie étrange comme une proposition de base pour placer les mots, certainement pas comme une valeur dans l'absolu) : un peu comme chez les chanteurs de Desormière, cela manque de liberté et pour tout dire de vérité. Mais la voix est étrange et belle, vraiment à découvrir.
http://www.youtube.com/watch?v=wlGHb9dG6Hk
Malheureusement, je n'en ai trouvé que des extraits, pourtant d'une qualité professionnelle... cela se trouve peut-être en cherchant bien.

¶ Ce soir, diffusion en direct (puis disponible à la réécoute) des Dialogues des Carmélites du Théâtre des Champs-Élysées qui ont mis en délire le tout-Paris, lutins inclus.
http://www.theatrechampselysees.fr/ http://liveweb.arte.tv/ http://culturebox.francetvinfo.fr/

¶ Les magnifiques Vigilia (a cappella) d'Einojuhani Rautavaara, par le Chœur de Chambre d'Helsinki (Helsingin Kamarikuoro).
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Choeurs_orthodoxes_Helsinki_Matines_Vigilia/
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Choeurs_orthodoxes_Helsinki_Vepres_Vigilia/

¶ Danses et Concertos de Márquez, Aragão, Costa... et la Troisième Symphonie de Copland (Kristjan Järvi, Orchestre de Paris). Concert jubilatoire commenté ici. En rediffusion sur :
http://www.citedelamusiquelive.tv/concert/1011998/orchestre-de-paris-kristjan-jarvi-yamandu-costa-alessandro.html
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Kristian_Jarvi_dirige_Yamandu_Costa__Alessandro_Kramer_et_l_Orchestre_de_Paris/

Et puis

¶ Le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin est peu mentionné en France, mais c'est l'un des orchestres au monde dont le répertoire est le plus exaltant, du moins si l'on est intéressé par les raretés plus ou moins décadentes. Un programme capté par Arte Live Web en témoigne encore : Valse-Fantaisie de Glinka, cantate Saint Jean Damascène de Taneïev, et Symphonie Fantastique de Berlioz. Dirigé par Tugan Sokhiev, dont l'engagement communicatif est toujours patent ; au demeurant, son calme et sa mesure lorsqu'il dirige les passages les plus mouvementés laissent admiratif.
Ce n'est pas l'orchestre le plus coloré et chaleureux du monde, aussi son Berlioz, très bien articulé, ne sonne pas très français : peu d'outrance et de bizarreries, et l'on est habitué à une (légitime) surenchère dans l'œuvre. En revanche, les chœurs très brahmsiens (harmonie pure et tendue, écriture en accords ou en fugatos...) du Taneïev, servis par ce qui est peut-être la formation la plus apte à le chanter (RIAS Kammerchor !), sont une petite merveille.
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Tugan_Sokhiev_Berlioz_DSO_Berlin/

¶ Programme bizarre du virtuose Quatuor Ardeo : Toccataaaa... etFugueenrémineuur, premier mouvement du Quatuor de Ravel, premier mouvement du Quintette avec clarinette (avec David Kadouch) de Brahms, et encore un bout du Quintette avec piano de Franck. Captés d'un peu près dans une acoustique un peu sèche, ce qui ne favorise pas les fondus et les timbres. http://liveweb.arte.tv/fr/video/Les_Salons_de_Musique_Quatuor_Ardeo_Cirque_Romanes_Reto_Bieri_David_Kadouch_Rosemary_Standley_Moriarty/

¶ Comme chaque année, les belles distributions du concours Armel Opéra (qui place ses chanteurs dans de véritables productions), dans des œuvres-piliers ou des raretés, sont à entendre.
http://liveweb.arte.tv

¶ Et puis, pour les admirateurs de l'immense Florence Foster-Jenkins, une version filmée de la comédie musicale qui lui a été consacrée, il y a quelques années.
http://www.youtube.com/watch?v=toE30-WM1HA

Dès les premiers frimas, c'est Noël sur CSS.


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Commentaires

1. Le lundi 23 décembre 2013 à , par Olivier

Bonjour,

et merci pour ces liens. Je ne connais pas trop le site vidéo/web de la cité de la Musique

Le froid cruel ne règne pas encore ;
tout n'est pas glacé dans les champs,

Du moins en Basse Normandie

2. Le lundi 23 décembre 2013 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Olivier !

L'avantage du site de vidéos de la Cité est qu'elle regroupe des concerts sympas à la Cité ou à Pleyel, qui ne sont pas forcément diffusés (ou des semaines plus tard, en journée, sur France Musique).

Si j'en crois le caencan, nous n'aurons pas un hiver si rigoureux ; le printemps quelquefois est moins doux qu'il ne semble.

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