Carnets sur sol

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dimanche 8 décembre 2013

Éthique de la corruption


Du fait de l'efficacité de la propagation virale des informations sur la Toile, les organisateurs de concert visent depuis une poignée d'années (deux ou trois, guère plus) les relais d'opinion qui permettent de faire une promotion gratuite.

Cette promotion a une diffusion fortement aléatoire, mais elle est en revanche qualitativement plus forte qu'une affiche ou un flyer, parce qu'elle se pare à la fois de l'autorité de celui qu'on a l'habitude de lire et de l'indépendance de l'amateur qui n'est pas rémunéré par la salle.

Aussi, les carnets musicaux ont été progressivement sollicités lorsqu'il s'agit de finir de remplir une salle.

Mais, m'émerveillant, de la maladresse de certains départements de communication, j'ai fini par prendre la plume lorsqu'un semblable courrier a atterri chez moi.

À la relecture, je crois que je j'ai probablement paru un peu cassant, mais je suis parti du principe que je rendrais plus service à un professionnel en lui exposant sans ambages l'effet produit par ce type de courriel (plutôt indignation qu'attendrissement), qu'en lui dorant la pilule. Ce n'était peut-être pas suffisant, j'ai un peu honte de montrer ce que j'ai dit... quelques arrondissements d'angles n'auraient peut-être pas été superflus, on a beau être professionnel, on n'en est pas moins homme.

Nous organisons le concert du jeune violoniste F*** qui aura lieu Salle V*** le mardi xx décembre prochain, et nous vous serions ravis si vous pouviez communiquer sur cet événement sur votre blog. Vous trouverez ci-dessous les informations utiles, et en pièce-jointe le visuel.

Ce qui produisit :

Suite de la notule.

Suppléments de décembre


Quelques autres suggestions de concert glanées depuis la parution du programme de décembre :

7 - Notre-Dame de Pontoise (18h) - « Une Passion française » : romances, cantates et motets avec Jean-François Lombard. Concert de clôture du Festival Baroque de Pontoise. 10-20€.

9 - Théâtre du Palais-Royal - Duparc, Ropartz, Debussy, Ibert par José van Dam et Maciej Pikulski. Considérant le prix (25 à 95€) et l'état actuel de la voix de van Dam, c'est risqué. Il est au minimum très irrégulier selon les soirs, voire très franchement déclinant, et m'a toujours, a titre personnel, paru inadapté techniquement au récital de mélodie (la voix est ronde et homogène, avec des attaques peu mordantes, une diction bonne mais très fondue « dans la voix »... idéale pour de l'opéra français, par exemple). En revanche, ses programmes demeurent passionnants : il a déjà enregistré la quasi-intégralité des Duparc (je pressens La Vague et la Cloche... et j'aime beaucoup sa Sérénade florentine), chantera vraisemblablement les Quatres Poèmes de l'Intermezzo de Heine, qui correspond très bien à sa voix actuelle, sans aigus (son standard chez le compositeur : il est le premier et l'un des deux seuls à l'avoir enregistré, du moins au milieu des années 2000, il y a probablement quelques parutions depuis, le cycle semble avoir été adopté par les barytons et basses), et les Don Quichotte d'Ibert (là aussi, un cycle devenu à la mode à juste titre, considérant sa « Mort de don Quichotte » bouleversante). C'est devenu finalement relativement courant en concert, mais ce sont là de très beaux choix... et il était parmi les premiers à les mettre à l'honneur. Autre atout majeur : Pikulski est un accompagnateur au phrasé extraordinaire, avec un très beau son de piano et un lyrisme qui n'occulte jamais ses qualités analytiques – j'ai dû écouter à peu près tous les récitals de lied et de mélodie de van Dam... pour lui. Et comme les Ropartz étaient avec Jean-Philippe Collard...
Bref, je n'y serai pas, et ce sera sans doute décevant vocalement... mais ça fait envie quand même.

12 - Centre culture tchèque de Paris - Duos pour flûte et guitare du finnois Heiniö (ce n'est pas majeur, mais assez personnel), de Takemitsu (vraisemblablement Toward the Sea I, probablement son œuvre de musique de chambre la plus célèbre... et l'une des plus belles), Pelikan et Novák (probablement Jan, mais peut-être le respectable Vítezslav). 6-10€. Dommage que le mois soit très chargé, ça faisait envie, ça aussi.

12 - Musée d'art et d'histoire du judaïsme - Concert extraordinaire de piano par Jay Gottlieb : 3 pièces de Copland (son œuvre pour piano est beaucoup plus tranchante et radicale que ses célèbres œuvres symphoniques, quoique j'aime fort les deux !), 3 Songs d'après la Messe de Bernstein et West Side Story, les Études de Jazz de Schulhoff et un extrait de Hot Music, Rag-Caprice de Milhaud, « Oh Bess » de Gershwin, un Potpourri sur les dix Symphonies de Mahler écrit par Gottlieb, Extensions 3 de Feldman (pas sûr que ça fonctionne en concert, déjà qu'au disque ce n'est pas sa meilleure pièce) et Stehende Musik de l'étonnant Wolpe.
Bref, ça va swinguer... et être à la fois décadent et fort bizarre. Je n'ai encore jamais eu l'occasion d'assister à un récital de piano à Paris (il faut dire que la plus-value du concert m'y paraît moindre... et que les programmes originaux ne sont pas si fréquents), mais ce pourrait être une occasion en or !
Tarif : 20€ (ce que je trouve un peu cher pour un concert de piano solo, mais après tout, il y a beaucoup de droits d'auteur à acquitter...). Réservation demandée à reservations CHEZ mahj POINT org .

Suite de la notule.

Danses et Concertos de Márquez, Aragão, Costa... et la Troisième de Copland (Kristjan Järvi, Orchestre de Paris)


Histoire d'un concert parfait.

Vidéo complète (concert de la veille) en dépliant la notule.

Les œuvres 

Je tenais déjà la Troisième Symphonie de Copland pour un jalon remarquable ; chaque mouvement doté d'une personnalité propre, les grands aplats poétiques du mouvement liminaire, les propositions très typées du scherzo, de l'Andantino diaphane, des roboratives variations finales sur la fanfare du Common Man – dans l'esprit des plus beaux témoignages orchestraux en la matière, où tout le matériau varié explose aux différentes parties de l'orchestre, parfois simultanément (les percussions !), comme dans les Variations sur la Follia de Salieri, la Quatrième de Brahms ou la Symphonie en mi de Hans Rott (1,2,3).
Le concert révèle en plus, comme je le pressentais, que la dimension physique de cette musique est remarquable, et qu'elle gagne donc beaucoup à ne pas se limiter au disque.

Bis logique mais toujours irrésistible, qui achevait le concert : « Hoe-Down » (sic), qui clôt la Suite Rodeo de Copland ; ses crincrins et sa danse binaire passablement primitive apportent immanquablement la réjouissance.
J'avoue avoir refait le tour de la discographie de cette pièce le lendemain, pour le plaisir...

Pour le reste, je redoutais de la musique de fiesta symphonique, assez consensuelle et ennuyeuse. Je ne crois pas que j'en raffolerais au disque, mais dans le cadre d'un concert en fin de journée, c'était roboratif.

En particulier le Danzón n°2 d'Arturo Márquez (né en 1950) qui ouvrait le concert : très tradi, mais sonnant agréablement, avec de beaux déhanchés, et quelque chose de très physique en vrai. Les célèbres claves (woodblocks manuels) et surtout le güiro (sorte de didgeridoo horizontal et dentelé, que l'on râpe rapidement dans l'un ou l'autre sens) apportent une couleur locale chaleureuse très réussie. Assez jubilatoire, même si la pièce juxtapose largement les thèmes sans aller très en profondeur dans le langage musical lui-même.

Le Concerto pour guitare et orchestre de Paulo Aragão (Concerto Nazareth – un hommage au guitariste Ernesto Nazareth, et non au Petit Jésus), né en 1976, m'intéresse moins : trouvaille intéressante de doubler les basses de la guitare par des pizz de contrebasses, ce qui leur donne un relief étonnant, mais dans l'ensemble, la pièce semble répéter sur quinze minutes les mêmes tournures et enchaînements des cinq premières minutes. Très jolie au demeurant.

Passeios de Yamandu Costa (né en 1980), autre pièce concertante (Suite pour guitare à sept cordes, accordéon et orchestre) dont c'était également la création française, est aussi plutôt décoratif (avec un joli langage qui verse dans le Mendelstakovitch, mêlé de couleurs de guitare apprises chez Bach), avec tout de même une belle veine lyrique, et d'étonnants alliages entre l'orchestre et les insolites solistes.

Deux longs bis par les deux solistes simultanément (au moins cinq minutes pour chaque pièce, je dirais), qui ressemblent à des improvisations sur des thèmes de danse célèbres, mais qui me paraissent trop agiles et précis (dans toutes ces notes de passage, il y aurait forcément des « frottements » accidentels çà et là) pour ne pas avoir été écrits. En tout cas, fascinant, des diminutions très riches, un sens de la danse et du jeu irrésistible.
Je n'ai pas la référence, mais le public (peu aguerri, applaudissant généreusement entre les mouvements des concertos et de la symphonie) a adoré, et moi aussi.

Des solistes

Yamandu Costa, à la guitare à sept cordes (traditionnelle dans les musiques sudaméricaines) et Alessandro Kramer à l'accordéon incarnent très bien cet esprit de mélange et la générosité qui a marqué tout le concert (deux concertos, trois longs bis, que du rare, et tout le monde manifestement très impliqué !).

Évidemment, pour faire entendre sa caisse dans un grand hall concertant, Yamandu Costa devait pincer de l'ongle comme un fou, pour rendre le son suffisamment métallique pour ne pas être trop dévoré par l'orchestre (le même principe que le « formant du chanteur », sauf qu'il ne faut surtout pas pousser comme un fou pour l'obtenir !), et l'accordéon, branché, était manifestement discrètement amplifié (vu le matériel à l'avant-scène, Costa l'était possiblement aussi) pour plus de confort. Et, de fait, les équilibres étaient bons.

Leur maîtrise simultanée du solfège traditionnel dans des pièces aux strates assez complexes, et de l'abandon rythmique caractéristiques du fonds populaire montrait une maîtrise complète des deux aspects ; on sait qu'elle est rare, mais existe ; on a moins souvent l'occasion de l'entendre se manifester simultanément, dans les mêmes pièces.

Un orchestre

Comme d'habitude, et malgré tout ce qu'on peut lire ou entendre sur eux, je suis émerveillé par la souplesse stylistique et par l'engagement ardent de l'Orchestre de Paris. Par le passé, on m'a dit que c'était parce que je n'avais pas entendu en vrai les grands orchestres (forcément, en tournée, ils ne jouent que des scies...), comme si ce genre de chose était relatif, et qu'il fallait forcer dénigrer les très bons qui ne sont pas les meilleurs.

Aujourd'hui, la situation a changé, et je puis dire, sans satisfaction, que j'ai trouvé assez ennuyeuse la posture du Mariinski (sans doute dans des circonstances peu favorables), du Philharmonique Saint-Pétersbourg, du Concertgebouworkest, et que j'ai été assez diversement intéressé par le London Symphony Orchestra... mais l'Orchestre de Paris, rien à faire, est clairement l'un des plus intéressants qu'il m'ait été donné d'entendre. Contrairement à ceux que j'ai cités, et malgré sa réputation d'indiscipline (que je crois volontiers, vu le caractère exécrable, pour ne pas dire blâmable, de certains de ses membres les plus importants), il est capable d'épouser au plus près la conception d'un chef. L'Orchestre de Paris avec la sècheresse de Billy dans Schumann ne ressemble pas à l'Orchestre de Paris avec les couleurs crépusculaires de Metzmacher dans Britten, ou à la grande machine germanique de Paavo Järvi pour Hans Rott.
Oui, sur le seul critère du timbre et de la virtuosité, il existe encore mieux, c'est sûr (techniquement, c'est même sans comparaison avec le Concertgebouw), mais qu'est-ce que cela peut me faire, si c'est pour entendre-le-Concertgebouw-jouer-telle-œuvre, et non l'œuvre elle-même, au plus près de son esprit. J'ai souvent dit que je n'aimais pas beaucoup le Philharmonique de Vienne parce qu'il « nivelait » les options des chefs, en réduisait la personnalité et la radicalité, au profit d'un son (de moins en moins) caractéristique de l'orchestre. Et j'avoue que ça m'intéresse beaucoup moins.

La façon dont un orchestre classique, habitué aux appuis stables du grand répertoire (et même de la musique contemporaine, où il faut être exact, mais où l'on ne demande pas de maîtrise du groove) puisse à ce point se déhancher pour les exigences d'un soir d'un jeune chef, je suis admiratif. Et puis transparaît un investissement particulier dans la production du son – l'enthousiasme, cela s'entend ; j'en ai déjà parlé à propos de Toulouse, par exemple, où l'intensité mise pour « entrer » dans la corde se perçoit immédiatement.
Comme dit précédemment, j'ai écouté, le lendemain, d'autres grandes versions, de chefs pas réputés pour leur absence d'affinités avec la danse. Doráti s'en tirait très bien (quoique moins exaltant), mais Bernstein, pourtant pas un ennemi du jazz et des musiques à battue décalée, paraissait raide en comparaison. Sans parler des autres. En si peu de temps, cet orchestre s'est fondu dans une vision différente de la musique, indépendamment de tout leur bagage stylistique. Respect.

Suite de la notule.

David Le Marrec

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