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Carnet d'écoutes — Die Meistersinger de Wagner par Janowski (PentaTone)


Un petit mot écrit aujourd'hui chez les voisins sur cet enregistrement récent. La rédaction en est un peu désinvolte, pardon, mais la recommandation reste là — et on a peut-être d'autres urgences que de parler de Wagner (non mais !).




Eva Pogner : Edith Haller
Magdalene : Michelle Breedt
David : Peter Sonn
Walther von Stolzing : Robert Dean Smith
Sixtus Beckmesser : Dietrisch Henschel
Hans Sachs : Albert Dohmen
Pogner : Georg Zeppenfeld
Veilleur de nuit : Matti Salminen
Orchestre et Chœurs de la Radio de Berlin (ex-Berlin-Est, voir là pour la distinction piégeuse)


J'ai déjà dit ma perplexité sur le legs PentaTone des Wagner de Janowski : prise de son qui tasse tout dans un médium rond mais sans contraste, et souvent une direction peu ardente, et des plateaux qui, certes, documentent les chanteurs d'aujourd'hui, mais pas sous le meilleur jour de leurs grandes soirées.

Eh bien, à ma grande surprise, rien de tout cela pour ces Maîtres.

¶ La prise de son, limpide, est très belle (même si l'orchestre reste un peu en retrait à mon goût).

¶ Tout avance avec beaucoup d'allant, et de fluidité musicale et dramatique, rien de compassé.

¶ Les chœurs sont les plus beaux de tous les temps, ils mettent la piquette même à Bayreuth.

¶ Le plateau est très beau, et pas forcément comme on l'aurait attendu.

Breedt, quoique un peu retenue par la tessiture basse, fait entendre un beau fruité ; Haller est à la fois belle et expressive, et sa robustesse vocale ne transparaît jamais dans son chant. Sonn chante très bien comme à l'habitude (Walther d'anthologie dans le Tannhäuser de Janowski), même s'il n'a pas complètement l'abattage des meilleurs David. Mais pour quelqu'un qui était plutôt limité, dans les grandes productions discographiques, à des rôles de comprimari, c'est une belle exposition méritée !
J'adorerais entendre Rügamer là-dedans.

Smith, capté trop tard et trop près dans les autres volets, vraiment pas à son avantage, sonne parfaitement dans ce rôle de lyrique assez large, avec une générosité dont il n'est pas coutumier. Ça m'évoque assez ses meilleurs Tristan, tout en étant évidemment plus « dans sa voix ». Même lorsqu'il peut paraître un peu poussif (dans la tierce aiguë ou dans les grands ensembles), le personnage reste joué avec générosité, ce qui lui procure un petit côté dépenaillé finalement parfaitement adéquat – tant que Walther paraissent des rossignols dès leur premier air… –, et particulièrement attachant.
La discographie permet d'entendre d'autres Walther au moins aussi bons, mais parmi ceux en activité, ça se place vraiment parmi les tout meilleurs (beaucoup plus expressif que Botha et Vogt, par exemple… et vu que Heppner s'est retiré, que Seiffert s'est un peu fané… qui fait mieux actuellement ?).

Henschel, proverbialement irrégulier pendant quelques années, semble se maintenir à son plus haut niveau maintenant, et c'est en vrai poète qu'il aborde Beckmesser, en qui il exalte l'intellectuel (puisqu'il s'agit d'un greffier municipal). Il faut vraiment remonter à Kunz pour entendre aussi éloquent.
Couplé avec Dohmen, on se retrouve ainsi avec le seul couple de la discographie (même Edelmann / Kunz ne le fait pas sentir aussi nettement) à inverser les sympathies !

Petite déception avec Zeppenfeld, qui fait très bien sonner sa voix grave, un peu au détriment de l'expression (et des nuances, toujours hautes). Mais que Pogner s'écoute parler, est-ce si grave ?
Je passe sur le clin d'œil très sympa de Salminen en Veilleur, et vient la grande surprise : Dohmen. Je n'aime pas sa voix un peu grasse, cassante, fruste – quand on voit qu'il tient aujourd'hui les rôles de Hotter (dont, pour mémoire, je ne suis pas du tout un inconditionnel confit), ça fait un peu mal. Il est l'un de ceux qui incarnent assez bien la « décadence » du chant lyrique, en particulier wagnérien : il est capable de tenir valeureusement les rôles les plus difficiles du répertoire, mais quand on compare avec les Anciens qui le faisaient aussi, mais avec un beau timbre et des mots généreux, on est un peu frustré par cette machine robuste, mais assez rétive au legato et pas vraiment généreuse musicalement.
Eh bien, dans le genre qui est le sien, Dohmen propose ici un très beau Sachs fruste, peu éduqué, mais crédible, et doté d'une qualité de timbre et d'un sens de la ligne très acceptables.

Seul problème dans cet enregistrement que je place au plus haut de la discographie, le Fritz Kothner de Tuomas Pursio, le pire Appel de la discographie : la voix tremble d'être élargie de force, c'est moche, et surtout complètement à l'encontre du caractère néoclassique et badin de ce moment. On peut supposer que la voix n'était pas bien chauffée, cela s'arrange ensuite sensiblement pour les règles de la Tablature.


Un grand enregistrement wagnérien, donc (il en fallait bien un !), dans ce grand cycle Janowski, qui se place, pour moi, parmi ce que la discographie a de mieux à offrir. Kubelik (distribution idéale et grand esprit d'équipe) reste le premier choix, mais ensuite, entre Janowski, Solti (particulièrement le premier studio, avec Bailey), Karajan (le studio avec Dresde), Jochum, Cluytens… ce sera vraiment une affaire de goût (pour moi, ce sera donc Janowski). Il n'est pas aussi capiteux que Solti ni aussi lyrique (orchestralement) que Karajan, clairement, mais ce n'est pas forcément une faiblesse, tant on sent le naturel de la représentation publique (concert du 3 juin 2011 à Berlin). Plus étonnant encore, certains moments paraissent réellement diaphanes (les moments de tendresse amoureuse, ou l'intense poésie du Prélude du III), ce qui n'est pas si fréquent dans cette partition.


Addendum du 30/07 : Après réécoute de Kubelik, si la distribution reste superlative, la direction, quoique captée avec clarté, n'a pas vraiment la transparence, la qualité d'articulation, ni la palpitation de Janowski, Solti, Karajan ou Jochum. En conséquence, on pourrait très bien considérer Janowski comme la meilleure version, selon les goûts de chacun. Ce n'est pas tous les jours qu'on est tenté de dire cela au pays de la discographie wagnérienne !


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Commentaires

1. Le vendredi 3 octobre 2014 à , par Ouf1er

J'ai deja pris ma place pour aller entendre le Psaume 47 de Schmitt couplé avec le Poeme de l'Extase de Scriabine, par la même équipe, a la Philharmonie de Berlin, le 1er mars prochain !!
Je vais essayer de trouver ces Meistersinger pour y jeter une oreille !

2. Le samedi 4 octobre 2014 à , par David Le Marrec

Ce devrait être chouette !

Oui, ne manque pas leurs Meistersinger ; ni leur Parsifal, le Troisième acte est orchestralement somptueux ; ni leur Tannhäuser (avec Gerhaher !), dont les chœurs sont simplement miraculeux (et il est donc difficile de faire plus réussi pour le dénouement).

Vaiseau, Lohengrin et Tristan, moins singuliers, et le Ring, plus terne (et discutablement chanté) me paraît moins indispensable (même si le Crépuscule est magnifique orchestralement, avec Lang pour une fois en forme, qui ressemble étrangement à du néo-Mödl).

3. Le vendredi 15 juillet 2016 à , par Diablotin :: site

Dans cette nouvelle série Janowski, je n'ai pas encore les Meistersinger, mais, vu ce que tu en dis, cela ne saurait tarder !
Je ne suis pas d'accord, en revanche sur ton appréciation des prises de son : elles sont réellement remarquables, du moins sur un lecteur de SACD, avec un étagement des plans sonores très équilibré, une bande passante très étendue et une dynamique considérable. Parmi ce que je connais de mieux -et, malgré mon attachement aux vieilles cires, je suis également très attaché aux prises de son de qualité aussi souvent que possible-.

4. Le dimanche 17 juillet 2016 à , par DavidLeMarrec

Tout n'est pas d'égale valeur dans la série, beaucoup de choses très bien mais dispensables quand on a déjà un peu collectionné de Wagner. En revanche, Tannhäuser explose quasiment toute la discographie, et ces Maîtres se placent, malgré des voix qui ne sont pas les plus avenantes du marché, très haut dans ce qui est disponible, et où les versions pleinement tendues et cohérentes ne sont pas si nombreuses.

Je ne peux pas dire pour la qualité sonore technique, je ne suis pas équipé. Mais il y a chez PentaTone systématiquement une redistribution des plans sonores qui n'est pas réaliste, comme si on cherchait à nous faire entendre l'orchestre par tous les angles à la fois, dans un confort un peu artificiel.
J'adore les bandes de concert avec deux micros frontaux, voire prises sur les genoux ; indépendamment de leur réalisme, il s'y trouve un aspect physique que je ne retrouve pas chez PentaTone, justement.
Elles sont confortables, indéniablement, mais de façon étrangement distordue, en fait.

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David Le Marrec


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