Carnets sur sol

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[indiscrétions] – Philharmonie de Paris : programmation 2015-2016


Eu égard à ses nombreux agents dormants disséminés dans toutes les allées du Pouvoir, Carnets sur sol dispose du contenu de la saison prochaine de la Philharmonie, qui ne sera annoncée officiellement que dans un mois. Comme il ne nuit à personne d'en dire un peu plus et que les milieux informés vont bientôt bruisser d'informations, ouvrons le ban.

1. Confirmation des principes

Conformément à ce que laissait percevoir cette première saison, la Philharmonie ne sera pas l'exacte addition de Pleyel et de la Cité de la Musique.



Les sièges en petits marteaux du second balcon de la Philharmonie.


On y verra de grands événements monumentaux qui n'étaient envisageables dans aucune des deux salles précédentes (en particulier les événements hybrides, comme cette saison la Jeanne d'Arc semi-mise en scène ou les Feux d'artifice façon « son & lumière ») ; mais dans le même temps, disparaîtront les programmes plus pointus de Pleyel (moins d'œuvres rares insérées dans les concerts) et surtout (complètement !) les programmes thématiques de la Cité de la Musique — je n'allais pas forcément voir ces derniers, justement parce qu'ils étaient très mêlés, dans des thématiques parfois lâches (la dernière, « guerre et paix », franchement !), ce qui imposait de changer de posture d'auditeur plusieurs fois dans la même soirée, sans pouvoir vraiment s'installer, ou de mélanger des pièces exaltantes avec d'autres qui font moins envie.

D'une manière générale, l'évolution va dans le sens du projet annoncé, de la musique classique qui s'ouvre davantage au grand public : plus de programmes spectaculaires (au sens le plus littéral du terme), et un peu moins de niches disséminées (les soirées sont en général plus homogènes dans leur programme, ce qui n'est pas forcément un mal de mon point de vue).

2. Bruyante hilarité

À la découverte du programme, je dois le confesser, j'ai ri ; tellement l'ensemble caricature l'image branchouille parfois (souvent) reprochée à la Cité de la Musique et au Centquatre, naviguant entre l' « ouverture aux des musiques populaires » et le concert-prétexte-à-faire-du-concept, permanent va-et-vient entre une forme de facilité (donner au public ce qu'il veut, les artistes à la mode et le Boléro de Ravel) et à l'opposé l'imposition massive de niches qui n'intéressent personne (musique contemporaine d'il y a longtemps, spectacles-concepts…) ; on aurait dit que les programmateurs se parodiaient eux-mêmes.

Lignes de force.

3. Présence hors classique

Ouverture aux autres genres.

Chanson française chic : Jacques Higelin, Mathieu Boogaerts, « Piaf-Cocteau », « Hommage à Barbara », Émilie Loizeau (reprises de Lou Reed, sous quelle forme ?)…

« Musiques du monde » vaguement starisées : Toumani Diabaté, Ibrahim Maalouf, Les Ambassadeurs (du Mali) — essentiellement des représentants « internationaux » (diversement authentiques), en général mentionnés par leur nom et non par leur style.

¶ Et même un peu de musiques amplifiées : le DJ Todd Terje.

4. Concerts très grand public

Beaucoup de concerts soit vendus avec une étiquette accrocheuse, soit réellement constitués autour d'une thématique propre à motiver les profanes.

¶ Des concerts spécifiquement conçus pour les enfants (incluant même un opéra d'Aboulker et un opéra de Dupin !).

¶ Des thématiques grand public : « les balades littéraires de Robert Doisneau », « Orient-Occident » (avec du Bach…), deux programmes « Chagall », « Paris-Bamako », « Piaf-Cocteau »,  « Boléro » (incluant le Concerto pour violon de Tchaïkovski et le Mandarin merveilleux – heu), « Le choc des titans » (Beethoven-Mahler… vraiment un titre a posteriori, le premier étant représenté par le très mineur et rétro Deuxième concerto !), « American Dream » (des Gershwin aux Miz), « Shakespeare », « Nouvel an chinois »…

Concerts cinéma : ciné-concerts proprement dits, mais aussi des concerts autour des musiques composées par John Williams (par l'Orchestre Colonne, comme chaque saison) ou Alexandre Desplats (LSO !), des musiques utilisées par David Lynch, soirées « Standards du cinéma », « Mickey Mouse », « Pixar »…

5. Scies Classiques éternels

L'essentiel de la programmation (une bonne moitié des concerts) reste extrêmement traditionnelle : on y retrouve les mêmes compositeurs sans cesse au programme au fil des saisons, dans la même organisation (que la nouvelle programmation n'a pas servi, hélas, à briser) de type ouverture-concerto-symphonie — ce qui constitue vraiment un non-sens pour moi, le public qui a envie d'entendre un virtuose prendrait volontiers deux ou trois concertos, tandis que celui venu pour la musique plus symphonique n'est pas toujours très intéressé par ce pan du répertoire. Sans parler des contraintes supplémentaires en matière d'adéquation entre le soliste, le chef, l'orchestre et le programme, et du temps beaucoup plus contraint pour les œuvres à représenter (il reste de la place pour une œuvre courte en première partie et une œuvre moyennement longue en seconde partie).

Les germaniques romantiques cardinaux : énormément de Beethoven (concertos pour piano partout, intégrale des symphonies par les Berliner Philharmoniker…), Mendelssohn (intégrale par le Chamber Orchestra of Europe), Brahms (concertos, symphonies, musique de chambre), Mahler (une fois la Cinquième, deux fois la Quatrième et la Septième, trois fois la Première et la Troisième)…

¶ Spécificité parisienne qui peut sembler luxueuse aux provinciaux, mais qui est très commune à Paris, les figures emblématiques du début du XXe siècle (très large public parisien pour remplir ces programmes). Il est vrai qu'on en a profité pour jouer des œuvres ambitieuses à vaste effectif comme le Boléro. On trouvera donc en grande quantité Schönberg (Gurrelieder), Ravel, Bartók (le Prince de bois, le Mandarin merveilleux deux fois, plus un concert monographique), Rachmaninov (culminant avec les rares et spectaculaires Cloches), Stravinski (plein de fois l'Oiseau et le Sacre, comme d'habitude, mais aussi des choses plus rares, comme Le Rossignol – suite d'orchestre ou opéra, je ne suis pas sûr de ce qui a été choisi), Chostakovitch (symphonies, mais surtout l'intégrale des Quatuors à la Biennale de quatuor).

6. Musique contemporaine

Dans le même temps, on trouvera beaucoup de concerts de musique contemporaine… avec toujours les mêmes noms qui reviennent.

Vieilles avant-gardes : Varèse, Romitelli, Schnittke, Berio, Nono (Prometeo !), Stockhausen (un cycle, comme tous les ans), Boulez (comme toujours), (Pierre) Henry (une soirée), B.A. Zimmermann, Murail, Grisey, Aperghis (une soirée thématique), Henze, Manoury (multiples commandes), Ferneyhough…

¶ Quelques noms peu connus pour des pièces ponctuelles, sinon on retrouve surtout les noms de gens à la mode (hors Neuwirth et Pintscher, plutôt des gens de qualité… enfin, Ferneyhough rarement, mais il peut… et Lindberg même s'il fait tout le temps la même chose) : Rihm, un opéra de Jolas, Lindberg, Trojahn en assez grande quantité, Jarrell, une soirée Neuwirth, Pintscher, deux concerts avec Unsuk Chin. Et puis, beaucoup moins dans la ligne du Parti, Escaich (à l'occasion de l'inauguration officielle de l'orgue) et P.M. Davies.

¶ Et, pour un public bien différent, les amis planants : deux concerts avec Philip Glass (création française du Concerto pour deux pianos avec les sœurs Labèque, et un spectacle métissé avec Angélique Kidjo) ; et pas moins de huit soirées pour Arvo Pärt superstar (dont trois films, une double soirée monographique de l'Orchestre de Paris et trois autres soirs où il représente le tiers à la moitié du programme) !

Au passage, il doit y avoir un amant fana d'Esteban Benzecry dans l'équipe, parce que voilà deux saisons qu'on en a tout le temps dans plein de compléments de programme (quasiment le seul contemporain à être ainsi mis hors sol) – alors que son jeune âge (né en 1970) et sa musique mignonnette aux échos folklorisants sont assez en décalage à la fois avec les logiques de notoriété et les esthétiques dominantes dans l'écurie Bayle.
Cela dit, c'est une musique agréable et bien faite qui a tout pour séduire le public traditionnel, c'est donc à mon avis plutôt un bon service à rendre à l'image publique de la musique contemporaine (même si ce n'est, fondamentalement, pas majeur – mais Berio et Ferneyhough pas forcément non plus, il est vrai). La promotion de Benzecry vis-à-vis d'autres compositeurs tonals (dont certains nettement plus personnels et inspirés, à mon sens) paraît un peu arbitraire, cependant mettre à l'honneur un nouveau nom de façon un peu persistante, à la manière d'une résidence, pour créer une familiarité avec le public ne me paraît, là encore, pas illégitime du tout.

Voilà pour le profil majoritaire des programmations.

7. Invitations et résidences
  • Compositeurs :
    • intégrale des quatuors de Chostakovitch.
    • série et week-end Stockhausen.
    • série Pärt.
  • Orchestres & chefs :
    • fin de l'intégrale des Symphonies de Sibelius (3,4,5) par Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris en 3 concerts différents.
    • Simon Rattle et les Berliner Philharmoniker pour 5 concerts d'une intégrale des symphonies de Beethoven (novembre).
    • Yannick Nézet-Séguin et le Chamber Orchestra of Europe pour une intégrale des symphonies de Mendelssohn en 2 concerts (février)
    • Riccardo Chailly et le Gewandhaus de Leipzig pour 3 concerts de couplages Mozart-R.Strauss (octobre).
    • Valery Gergiev et le London Symphony Orchestra pour 2 concerts Stravinski (Symphonie en ut, Rossignol, Sacre du Printemps) et Stravsinski-Bartók (Oiseau de feu, Suites de danses, Mandarin merveilleux), en octobre.
  • Ensembles récurrents :
    • 7 concerts (plus 7 ateliers !) des Arts Florissants : sélection de madrigaux de Monteverdi, Messe en si de Bach, airs de cour français, motets des Bouteiller, deux concerts Louis XIV, une collaboration de solistes du chœur avec l'Intercontemporain. D'ailleurs, leurs spectacles (Cité de la Musique essentiellement) sont très chers (32€ en tarif minimum), pour des œuvres qu'on a l'occasion d'entendre
    • Jordi Savall pour les Vêpres de Monteverdi, La Resurrezione de Haendel et un concert thématique Ibn Batouta.
  • Thématiques :
    • série Louis XIV, à l'occasion de la très audacieuse programmation du CMBV autour de la figure la plus méconnue de cette période.
    • week-end musiques (baroques) religieuses de Pâques.
    • week-end bidouillages : concert à vingt pianos et électronique, ballet de Pierre Henry, Quatre Saisons de Max Richter…
    • week-end vents.
    • week-end féminin (où l'on invite des femmes pour jouer Beethoven et Liszt, c'est sûr qu'on ne fait jamais ça d'habitude).
    • week-end Chagall.
    • série Aix-en-Provence.
    • week-end Avishaï Cohen
    • week-end Piaf.
    • week-end Higelin.
    • week-end Ibrahim Maalouf.
    • week-end arabe.


En termes d'invitations massives, rien de très hardi pour les programmes (mais c'est la norme, hélas) ; quant aux thématiques artificielles ou de « bonne conscience » des week-ends, chacun jugera à sa propre aune si c'est sympathique, pénible ou indifférent. [Je n'ai toujours pas compris l'intérêt de grouper les spectacles d'une même esthétique au même moment : des gens qui auraient pu, en une saison, aller deux ou trois fois entendre du Stockhausen ou des griots ne le feront probablement pas en un seul week-end… Est-ce pour créer artificiellement un événément et générer ainsi de la publicité qui, elle, fait encore mieux remplir ?]

8. Disparitions

En creux, on note aussi certaines programmations qui s'amenuisent sévèrement.

Beaucoup moins de baroque, en tout cas de baroque italien — l'opéra seria, très représenté à la Cité de la Musique, semble avoir largement disparu (à part Don Chisciotte de Conti, qui est d'ailleurs à part, une œuvre bouffonne, moins fondée sur la virtuosité vocale). Du côté instrumental, les Italiens n'ont plus rien, je crois.
Le baroque français est mieux représenté (grâce surtout aux Arts Florissants et à une invitation des Talens Lyriques et d'Amarillis), mais on n'a plus de grosse production de rareté opératique ou balletistique comme autrefois (seulement Armide de Lully – 7 fois en Île-de-France en 7 ans ! –, que Rousset a déjà étrennée en province).
Les habituelles productions pionnières de Reyne et Rousset (ce dernier ayant en plus été quasiment rayé de la carte à Versailles, où il avait élu domicile ces dernières années) n'ont pas lieu. Où se retranchent-ils, alors ? Je commence à m'alarmer, je ne les vois nulle part dans les lieux susceptibles de les accueillir.

¶ Toujours très peu de la période classique : Mozart est abondamment représenté, mais essentiellement pour les mêmes concertos pour piano (deux fois 9, puis 19-20-21-24) et surtout beaucoup de musique vocale (opéra – Lucio Silla avec Fagioli et Equilbey –, musique sacrée en abondance, airs de concert, récitals vocaux à plusieurs…). En revanche, pour Haydn, deux symphonies (6 et 49) et un quatuor (Op.50 n°3), en tout et pour tout. Quant aux autres…

Pas de lied. Seulement le Winterreise de Goerne & Hinterhäuser (quelle originalité…) mis en scène par Kentridge pour le Festival d'Aix. Autre gros pan des traditions de la Cité de la Musique qui s'envole — il y avait traditionnellement, en plus, des schubertiades à plusieurs chanteurs, permettant d'entendre les liederspiele de Schumann ou les petits ensembles de Schubert (voire la saynète du Lapin du repas de noces !). Avec la disparition de la série des Convergences à l'Opéra de Paris, il ne va plus guère rester que l'auditorium du Musée d'Orsay (où le lied n'est pas majoritaire par rapport aux mélodies, songs et miniatures vocales d'autres langues) du côté de la saison officielle. Il faudra donc fouiner du côté du Conservatoire Supérieur (avec les aléas de programmations annoncées au dernier moment et d'étudiants qui peuvent être fulgurants ou peu adaptés à l'exercice), des Invalides, de l'Institut Goethe et de petites salles ou divers à-côtés chez des institutions peu spécialisées… Frustrant.

Peu de mise en avant de stars. Oh, bien sûr, les programmes ne contiennent que des célébrités (artistes les plus en vue internationalement ou interprètes à la mode en France – les seconds étant souvent plus intéressants que les premiers, d'ailleurs ; preuve supplémentaire de la vacuité des hiérarchies en la matière), mais les concerts sont présentés selon leur programme (changement agréable par rapport aux habitudes de Pleyel) et non avec seul argument la venue de leur interprète.
Seulement deux exceptions pour toute la saison (glottophiles comme il se doit) : Dessay dans de la mélodie française, et le couple Bartoli-Villazón dans Mozart-Rossini-Donizetti-Bellini.
Plutôt un changement agréable : ça évite l'ésotérisme inutile pour les profanes, et ça renseigne davantage les mélomanes sérieux.

D'une manière générale, à part les répertoires forts cités de §3 à §7, on trouve assez peu des autres styles et genres. J'ai l'impression, d'ailleurs, qu'il y a beaucoup moins de concerts à la Cité de la Musique.

9. Les événements de la saison

Quelques moments forts à signaler.

D'abord, le sommet absolu de la saison, vraiment le concert rare où il faut être, Berlin : Die Sinfonie der Großstadt, le film de Walter Ruttmann, accompagné par la partition d'Edmund Meisel, l'un des plus beaux exemples de musique postromantique, décadente et mécaniste (à la fois !), une œuvre d'une beauté proprement sidérante (et rarissime en concert). Interprétée par Frank Strobel (spécialiste des musiques de film germaniques décadentes, justement… version de référence pour Huppertz) et le « Symphonique de Strasbourg » (Philharmonique de Strasbourg ? Symphonique des Jeunes de Strasbourg ?).

Et puis pas mal d'autres choses :

¶ Oratorios Saint François de Gounod et Sainte Cécile de Liszt, le même soir ! Deshayes, Barbeyrac, Gautreau, Orchestre de Chambre de Paris, Équilbey.

Intégrale des concertos de Carl Nielsen au fil de la saison ; ils sont très personnels et assez beaux… si ça pouvait donner envie de poursuivre avec une intégrale des symphonies la saison suivante — j'aurai peu de probabilité de pouvoir jamais entendre les deux premières, autrement.

¶ La fin de l'intégrale des symphonies de Sibelius par Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris. La lisibilité et la tension de leurs lectures placent leur cycle au sommet de tout ce qui a jamais été produit dans ce répertoire… Il reste les 3, 4 et 5, chacune programmée dans un concert.

Les Cloches de Rachmaninov (Orchestre de Paris, Rozhdestvensky), au sein d'une soirée tout Rachmaninov (Caprice bohémien, Quatrième concerto avec Postnikova). Leur caractère spectaculaire (dans la veine du Prologue de Francesca da Rimini) sied particulièrement au concert.

Intégrale des quatuors de Chostakovitch par les quatuors les plus en vue (Arditti, Jérusalem, Danel, Hagen, Artemis, Casals, Modigliani, Béla, Zaïde, Tetzlaff, Pacifica)

Concert-conférence autour des quatuors de Weinberg/Vainberg, avec les Danel, spécialistes (fulgurants) des quatuors soviétiques.

¶ Le monumental Gruppen de Stockhausen, ses trois orchestres et ses trois chefs obligés (Pintscher, Vis, Fitzsimon), par l'Ensemble Intercontemporain et l'Orchestre du Conservatoire de Paris. Son œuvre la plus immense et paradoxalement l'une de ses plus intelligibles et immédiatement séduisantes (elles ne sont pas si nombreuses dans ce cas !), rarement donnée en raison des effectifs requis.

¶ Autre monument de l'avant-garde d'il y a longtemps, le Prometeo de Nono contient, à la façon de Licht du camarade Sto, des œuvres détachables – dont certaines parmi les meilleures de son catalogue (¿ Dónde estás hermano ? provient de là, par exemple). L'argument d'un Prométhée déconstruit et pas vraiment narratif (mosaïque d'auteurs) n'est pas forcément attirant, mais la musique, dans le détail, en est tellement suggestive que l'aventure est très tentante. Vaste fresque et grande rareté, de surcroît.

De mon côté, je ne pourrai par être à Gruppen (La Liberazione di Ruggiero de Francesca Caccini que je veux voir depuis dix ans, encore plus rare – et un peu plus séduisante tout de même – a lieu simultanément à Versailles, dommage). En revanche, je tâcherai d'aller voir tout ça (sauf les concertos de Nielsen, très épars dans les programmes). Curieux aussi de l'opéra de Betsy Jolas, malgré son titre façon resucée conceptualisée des mythes grecs : « Iliade l'Amour ».

À cela, j'ajoute quelques non-raretés qui me font personnellement envie :

=> Armide de Lully par Rousset, dans une distribution à se rouler par terre : Marie-Adeline Henry, Julian Prégardien, Marc Mauillon, Andrew Schroeder, Judith van Waroij, Marie-Claude Chappuis (et Julien Véronèse, Fernando Guimarães et Hasnaa Bennani dans de plus petits rôles). Ça me fera trois Armide de Lully en six ans, bon rendement.

=> Récital baroque français de Patricia Petibon, avec l'Ensemble Amarillis : magiciennes de Charpentier, Marais, Leclair et Rameau. Donc Médée et Circé en perspective ! Vu sa qualité dans ce registre dans son disque avec les Folies Françoises, et l'évolution plus adéquatement dramatique de sa voix, ce devrait être très persuasif.

=> Motet (Singet dem Herrn !) et cantates de Bach par l'Ensemble Pygmalion. Vu la qualité hallucinante du chœur, le motet le plus virtuose de Bach promet d'être ébouriffant, le reste bouleversant. Me déplaçant pour du Bach, les habitués mesureront toute la certitude de l'excellence de la chose.

=> Symphonie fantastique de Berlioz par l'Orchestre du Capitole de Toulouse et Tugan Sokhiev. Je crois que c'est l'orchestre le plus engagé que j'aie vu sur une scène, et dans du Berlioz en plus… Le déplacement s'impose.

=> Motets de Mendelssohn par l'Orchestre de Paris et Thomas Hengelbrock : Psaume 95, Von Himmel noch et le rare Christus (en entier ?)… que des musiques merveilleuses, par un chef qui claque… (Couplé avec le Magnificat de Bach, bien sûr – ouvertement pastiché par Mendelssohn dans son propre Magnificat.)

=> Requiem de Verdi par Noseda : avec l'Orchestre de Paris et surtout son Chœur, dans l'acoustique généreuse et confortablement réverbérée de la Philharmonie, voilà qui tente assez fort (Borodina, Meli et Pertusi, qui à défaut d'être mes modèles ne sont pas des manchots de petites glottes, devraient être de la partie).

=> Lieder contemporains avec ensemble de P.M. Davies, Rihm, Jarrell et David Hudry, par le liedersänger Georg Nigl avec l'Intercontemporain (direction Heras-Casado).

Peut-être aussi le concert Louis XIV des Arts Florissants mêlant opéra (Atys, Armide, Médée), petit (Lully) et grands (Charpentier, Lalande, Desmarest) motets, divertissements (Lully, Charpentier, Lalande)… rien que du célèbre, mais un sympathique raccourci de ce qui s'est fait de mieux dans la période. (En tout cas, pour ce qui est du pionnier, l'ensemble est vraiment dans une période gaste.)

10. Bilan

D'abord, bien sûr, il ne s'agit que d'informations indirectes, de recoupements de bruits de couloir et d'indiscrétions… je ne puis pas garantir qu'elles soient toutes exactes, ni qu'il n'y ait pas de changement avant l'annonce officielle de la saison. Mais, dans l'ensemble, ça devrait assez ressembler à ça (Prometeo est déjà annoncé par le Festival d'Automne, par exemple).

Ensuite, entendons-nous bien sur les râleries quant à l'orientation des programmes : il est très normal qu'un projet aussi vaste, avec une ambition affichée aussi vigoureuse, mène à des changements. Et, on peut le voir, vu la quantité de l'offre, j'ai en ce qui me concerne largement de quoi remplir mon calendrier, et même de quoi renoncer à pas mal d'entre ces concerts. Je suppose que pour ceux qui s'y rendent moins souvent, ou qui sont un peu moins grincheux, la mission est d'autant plus facile.
Mon amusement porte surtout sur la structuration très caractéristique de l'offre musicale, selon un schéma très familier du discours des élites politiques actuelles sur la musique classique : on lit littéralement la note d'intention dans le grand écart qui enjambe des styles entiers, mais bichonne simultanément la chanson à la mode et les compositeurs du sérail.

Car mes doutes portent davantage sur la justification des choix idéologiques des programmateurs : je ne suis pas persuadé que mettre Higelin à deux jours d'intervalle de Neuwirth crée la moindre porosité entre les genres… on y parviendrait plus facilement avec des concerts de format moins traditionnel (toutes les thématiques cinéma proposées sont à mon avis infiniment plus efficaces de ce point de vue) ou avec la présentation de compositeurs contemporains moins solipsistes, accessibles avec un bagage auditif standard. Mais c'est une très vaste question, où il faut forcément prendre un parti et faire de l'idéologie à un moment donné… en ce sens, d'accord ou pas, la position choisie n'est pas illégitime. Et personne n'a jamais cru que la construction d'une nouvelle salle règlerait d'emblée tous les enjeux de l'accès à la musique classique et de la pénétration de la création contemporaine.


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Commentaires

1. Le samedi 21 mars 2015 à , par Pierre

Petite précision, il existe au disque 2 intégrales du Prometeo de Nono. La première a été réalisée par Ingo Metzmacher chez EMI, la seconde par la SWR pour Col legno.

2. Le samedi 21 mars 2015 à , par Ugolino le profond

"Vieilles avant-gardes : Varèse, Romitelli, Schnittke, Berio, Nono (Prometeo !), Stockhausen (un cycle, comme tous les ans), Boulez (comme toujours), (Pierre) Henry (une soirée), B.A. Zimmermann, Murail, Grisey, Aperghis (une soirée thématique), Henze, Manoury (multiples commandes), Ferneyhough…"

Enfin, Schnittke est joué très peu souvent ces temps-ci... Son revival dans les années 90 est loin et il n'est pas du tout dans les bons papiers de l'arrière-avant-garde. Et si c'est pour jouer régulièrement les grands chefs d'oeuvre des 80's, je suis pour (enfin, je parie qu'ils vont plutôt pour jouer la suite dans un style ancien ou Moz-Art à la Haydn). Le reste, à part s'ils sortent le concerto pour violon de Zimmerman, c'est effectivement business as usual.

"Quelques noms peu connus pour des pièces ponctuelles, sinon on retrouve surtout les noms de gens à la mode (hors Neuwirth et Pintscher, plutôt des gens de qualité… enfin, Ferneyhough rarement, mais il peut… et Lindberg même s'il fait tout le temps la même chose)"

Ah non, je m'insurge : aujourd'hui, Lindberg fait tout le temps la même chose, mais la fait à chaque fois un peu moins bien.

"Et puis, beaucoup moins dans la ligne du Parti, Escaich (à l'occasion de l'inauguration officielle de l'orgue) et P.M. Davies."

Tu sais ce qui sera joué de PMD ?

"Et, pour un public bien différent, les amis planants : deux concerts avec Philip Glass (création française du Concerto pour deux pianos avec les sœurs Labèque, et un spectacle métissé avec Angélique Kidjo) ; et pas moins de huit soirées pour Arvo Pärt superstar (dont trois films, une double soirée monographique de l'Orchestre de Paris et trois autres soirs où il représente le tiers à la moitié du programme) !"

Ce serait triste si ce n'était pas aussi drôle.

"Au passage, il doit y avoir un amant fana d'Esteban Benzecry dans l'équipe, parce que voilà deux saisons qu'on en a tout le temps dans plein de compléments de programme (quasiment le seul contemporain à être ainsi mis hors sol) – alors que son jeune âge (né en 1970) et sa musique mignonnette aux échos folklorisants sont assez en décalage à la fois avec les logiques de notoriété et les esthétiques dominantes dans l'écurie Bayle.
Cela dit, c'est une musique agréable et bien faite qui a tout pour séduire le public traditionnel, c'est donc à mon avis plutôt un bon service à rendre à l'image publique de la musique contemporaine (même si ce n'est, fondamentalement, pas majeur – mais Berio et Ferneyhough pas forcément non plus, il est vrai). La promotion de Benzecry vis-à-vis d'autres compositeurs tonals (dont certains nettement plus personnels et inspirés, à mon sens) paraît un peu arbitraire, cependant mettre à l'honneur un nouveau nom de façon un peu persistante, à la manière d'une résidence, pour créer une familiarité avec le public ne me paraît, là encore, pas illégitime du tout."

Oui, enfin, dans le genre, on peut citer au moins une cinquantaine de compositeurs qui font de la meilleure musique. Le risque, c'est qu'au lieu de trouver que la musique contemporaine est inaudible, le public pense qu'elle est sans intérêt.


Pour le reste, c'est consternant. Mais merci pour l'effort de communication.

3. Le samedi 21 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Pierre !

Merci beaucoup, je ne les avais pas vues dans mes réseaux habituels (et n'en avais pas entendu parler !). Je vais me charger de trouver ça (je n'en ai entendu que des fragments éclatés sur plusieurs autres programmes, jusqu'ici), d'autant que la version Col Legno est toujours disponible.

4. Le samedi 21 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

@ Ugolino :

Schnittke
Ce sera Hymne (pour violoncelle, harpe et timbales), que je n'ai pas encore écouté. J'ai essayé d'ordonner comme j'ai pu, et certains sont plus ou moins dans la ligne du Parti, mais Schnittke reste quand même parmi les « anciens modernes » qui sont toujours valorisés, quel que soit son degré de programmation.

B.A. Zimmermann
Ce sera Stille und Umkehr, et puis Antiphonen (celui-ci le même soir que Gruppen, couplés avec le gros … towards a pure land de Harvey).
(Mais moi j'aime davantage le gentil Zimmermann, Udo. Die weiße Rose a quand même tout ce qu'il faut pour séduire idéologiquement les décideurs et ne pas effaroucher musicalement le public. Donc tu dois détester, je suppose.)

Lindberg
Honnêtement, ça fait assez longtemps que je n'écoute plus qu'une nouvelle pièce de Lindberg tous les deux ans… Je trouve l'attaque concernant la répétition assez facile un peu basse, mais dans son cas, j'ai vraiment l'impression d'entendre à chaque fois la suite de la dernière (chacune des pièces pouvant aussi être divisée en deux vu l'homogénéité du langage). Je mettais la baisse d'intérêt plutôt sur le compte de la répétition elle-même, parce que l'effet est un peu le même quand je reviens à ses bonnes compositions d'antan.
Ça reste quand même de la musique de qualité, bien orchestrée, et comme on ne l'entend pas tous les jours en concert non plus, ça peut permettre de passer une bonne soirée (je défendrais moins la démarche d'acheter tous ses disques, tu vois).

Peter Maxwell Davies
On jouera Eight Songs for a Mad King (Georg Nigl, Intercontemporain, Heras-Casado), couplé avec D. Hudry, Rihm et Jarrell. Ça fait assez envie. Réserve ton 27 mai.


"Et, pour un public bien différent, les amis planants : deux concerts avec Philip Glass (création française du Concerto pour deux pianos avec les sœurs Labèque, et un spectacle métissé avec Angélique Kidjo) ; et pas moins de huit soirées pour Arvo Pärt superstar (dont trois films, une double soirée monographique de l'Orchestre de Paris et trois autres soirs où il représente le tiers à la moitié du programme) !"

Ce serait triste si ce n'était pas aussi drôle.

Ah, tu prends enfin les choses dans le bon sens. :)

Pärt, ça pourrait se défendre, mais comme tu t'en doutes, ce sont ses joujoux planants qui sont sélectionnés, Tabula rasa par exemple (plutôt que les œuvres chorales ou liturgiques, quand même plus intéressantes).


Benzecry

Oui, enfin, dans le genre, on peut citer au moins une cinquantaine de compositeurs qui font de la meilleure musique. Le risque, c'est qu'au lieu de trouver que la musique contemporaine est inaudible, le public pense qu'elle est sans intérêt.

Je ne suis pas en désaccord avec ça. Mais comme ce n'est pas moi qui programme, je me dis que c'est un parti pris dont on peut s'accommoder. Ça pourrait être du Neuwirth de la mauvaise musique mal faite et impossible à écouter…


Pour le reste, c'est consternant.

Ah, tu n'aimes même pas les bons trucs de Nono ?

5. Le samedi 21 mars 2015 à , par Ugolino le profond

"Schnittke
Ce sera Hymne (pour violoncelle, harpe et timbales), que je n'ai pas encore écouté."

Le premier donc (il y en a quatre). C'est beau, mais c'est un choix facile : c'est le Schnittke le plus proche de l'avant-garde occidentale. Et il faut être bien pingre pour ne jouer que le premier qui dure 10 minutes.

"B.A. Zimmermann
Ce sera Stille und Umkehr, et puis Antiphonen"

Une oeuvre inachevée, et le Zimmermann sériel le moins intéressant...

"(Mais moi j'aime davantage le gentil Zimmermann, Udo. Die weiße Rose a quand même tout ce qu'il faut pour séduire idéologiquement les décideurs et ne pas effaroucher musicalement le public. Donc tu dois détester, je suppose.)"

Je connais très peu. Je n'ai pas détesté ce que j'ai entendu.

"Je mettais la baisse d'intérêt plutôt sur le compte de la répétition elle-même, parce que l'effet est un peu le même quand je reviens à ses bonnes compositions d'antan."

Certes, mais il semble s'être dit depuis quelques années que, puisqu'il écrivait pour le public américain, il se devait de faire de la musique de mauvais goût. J'ai là dans les oreilles le deuxième concerto pour piano, et c'est à peine plus moderne que du Prokofiev, et franchement plus grossier. Après, si on oublie que c'est Lindberg et qu'on a envie de se vautrer dans le mauvais goût, ca s'écoute et on trouvera des moments sympas, mais il y a des passages d'une vulgarité dont je n'aurais pas imaginé Lindberg capable il y a 15 ans. Mais c'est peut-être symptomatique : une fois qu'ils retirent leurs vêtements conceptualo-avant gardistes, tous ces IRCAMiens virtuoses de la technique et de l'orchestre révèlent leur vraie nature, à savoir des compositeurs grossiers et ringards, dont la musique a plus à voir avec la musique de peplum qu'avec une quelconque modernité.
L'autre problème, c'est que depuis qu'il a mis de l'eau dans son vin, il écrit la même musique que des dizaines de compositeurs du nord. J'ai écouté pas mal de compositeurs nordiques qui ont débuté leur carrière plus ou moins en même temps que Lindberg mais qui sont aujourd'hui moins célèbres : leurs oeuvres sont indiscernables les unes des autres, la technique et les effets sont les mêmes, et on se demande pourquoi Lindberg a été l'heureux élu (le passage par l'IRCAM et Kraft, sans doute).

Et puis je n'en peux plus des "je n'ai pas le droit d'écrire des mélodies (ou quand j'en écris, elles sont nulles), donc j'écris des tuilages de cuivres ou de cordes en escalier qui montent ou qui descendent".

"Peter Maxwell Davies
On jouera Eight Songs for a Mad King (Georg Nigl, Intercontemporain, Heras-Casado), couplé avec D. Hudry, Rihm et Jarrell. Ça fait assez envie. Réserve ton 27 mai."

Encore une fois, l'oeuvre la moins dérangeante pour l'establishment... Parvenir à faire systématiquement le choix le plus prévisible et le plus lâche imaginable, il faut quand même être sacrément fort.
Et puis Hudry, Rihm, Jarrell : non merci. Je boycotterai.

"Pärt, ça pourrait se défendre, mais comme tu t'en doutes, ce sont ses joujoux planants qui sont sélectionnés, Tabula rasa par exemple (plutôt que les œuvres chorales ou liturgiques, quand même plus intéressantes)."

Mais c'est surtout complètement ringard, aujourd'hui, non ? C'est juste sujet à moquerie quand c'est utilisé, surtout chez les cinéastes français, dans un film (Gerry, c'était en 2002 !).

"Ah, tu n'aimes même pas les bons trucs de Nono ?"

Je parlais de l'ensemble de la programmation.

6. Le samedi 21 mars 2015 à , par Ugolino le profond

"Schnittke
Ce sera Hymne (pour violoncelle, harpe et timbales), que je n'ai pas encore écouté."

Le premier donc (il y en a quatre). C'est beau, mais c'est un choix facile : c'est le Schnittke le plus proche de l'avant-garde occidentale. Et il faut être bien pingre pour ne jouer que le premier qui dure 10 minutes.

"B.A. Zimmermann
Ce sera Stille und Umkehr, et puis Antiphonen"

Une oeuvre inachevée, et le Zimmermann sériel le moins intéressant...

"(Mais moi j'aime davantage le gentil Zimmermann, Udo. Die weiße Rose a quand même tout ce qu'il faut pour séduire idéologiquement les décideurs et ne pas effaroucher musicalement le public. Donc tu dois détester, je suppose.)"

Je connais très peu. Je n'ai pas détesté ce que j'ai entendu.

"Je mettais la baisse d'intérêt plutôt sur le compte de la répétition elle-même, parce que l'effet est un peu le même quand je reviens à ses bonnes compositions d'antan."

Certes, mais il semble s'être dit depuis quelques années que, puisqu'il écrivait pour le public américain, il se devait de faire de la musique de mauvais goût. J'ai là dans les oreilles le deuxième concerto pour piano, et c'est à peine plus moderne que du Prokofiev, et franchement plus grossier. Après, si on oublie que c'est Lindberg et qu'on a envie de se vautrer dans le mauvais goût, ca s'écoute et on trouvera des moments sympas, mais il y a des passages d'une vulgarité dont je n'aurais pas imaginé Lindberg capable il y a 15 ans. Mais c'est peut-être symptomatique : une fois qu'ils retirent leurs vêtements conceptualo-avant gardistes, tous ces IRCAMiens virtuoses de la technique et de l'orchestre révèlent leur vraie nature, à savoir des compositeurs grossiers et ringards, dont la musique a plus à voir avec la musique de peplum qu'avec une quelconque modernité.
L'autre problème, c'est que depuis qu'il a mis de l'eau dans son vin, il écrit la même musique que des dizaines de compositeurs du nord. J'ai écouté pas mal de compositeurs nordiques qui ont débuté leur carrière plus ou moins en même temps que Lindberg mais qui sont aujourd'hui moins célèbres : leurs oeuvres sont indiscernables les unes des autres, la technique et les effets sont les mêmes, et on se demande pourquoi Lindberg a été l'heureux élu (le passage par l'IRCAM et Kraft, sans doute).

Et puis je n'en peux plus des "je n'ai pas le droit d'écrire des mélodies (ou quand j'en écris, elles sont nulles), donc j'écris des tuilages de cuivres ou de cordes en escalier qui montent ou qui descendent".

"Peter Maxwell Davies
On jouera Eight Songs for a Mad King (Georg Nigl, Intercontemporain, Heras-Casado), couplé avec D. Hudry, Rihm et Jarrell. Ça fait assez envie. Réserve ton 27 mai."

Encore une fois, l'oeuvre la moins dérangeante pour l'establishment... Parvenir à faire systématiquement le choix le plus prévisible et le plus lâche imaginable, il faut quand même être sacrément fort.
Et puis Hudry, Rihm, Jarrell : non merci. Je boycotterai.

"Pärt, ça pourrait se défendre, mais comme tu t'en doutes, ce sont ses joujoux planants qui sont sélectionnés, Tabula rasa par exemple (plutôt que les œuvres chorales ou liturgiques, quand même plus intéressantes)."

Mais c'est surtout complètement ringard, aujourd'hui, non ? C'est juste sujet à moquerie quand c'est utilisé, surtout chez les cinéastes français, dans un film (Gerry, c'était en 2002 !).

"Ah, tu n'aimes même pas les bons trucs de Nono ?"

Je parlais de l'ensemble de la programmation.

7. Le samedi 21 mars 2015 à , par Ugolino le profond

Je crois que le concerto de Lindberg était tellement bourrin (avec Bronfman, en plus) qu'il a tout cassé. Merci d'effacer le message en trop !

8. Le dimanche 22 mars 2015 à , par Diablotin :: site

Higelin : de la chanson française "chic" ? J'ai raté un coche, je crois ;-) !!!
Le Sibelius, voire le Berlioz, me tenteraient bien, le cas échéant !

9. Le dimanche 22 mars 2015 à , par Faust

Bonjour

Merci pour ce programme en avant-première ! Vous n'auriez pas celui du TCE par hasard ... :)

Il me semble que cela fait quelques années que l'opéra et le baroque régressent d'abord à la Cité et désormais à la Philharmonie ?

Mais, l'offre est tellement gigantesque que l'on peut choisir !

Pour moi, l'une des bonnes nouvelles, c'est que la biennale des quatuors à corde soit maintenue. Je m'étais demandé si elle n'allait pas disparaître. Ils pourraient aussi la faire tous les ans ! Je présume qu'elle continuera de se passer à la Philharmonie 2 ou à l'amphithéâtre ? J'irai écouter les quatuors de Chosta !

Je ne vois toujours pas l'intérêt d'une intégrale Beethoven dirigée par Rattle ... Certes, ce seront les Berliner et ils rempliront sans difficulté ...

Les Sibelius de Järvi sont exceptionnels. La 2ème de la semaine passée était assez fabuleuse. Mais, le mérite en revient exclusivement au chef ... Et, en plus, ils n'ont pas été capables de le conserver !

J'irai très certainement écouter Gruppen et Prometeo et suivrait sans doute vos conseils éclairés pour Die Sinfonie der Großstadt.

Ils reprennent le Winterreise d'Aix ? J'espère que ce n'est pas dans la grande salle ! A Aix, c'était dans la petite salle du nouveau conservatoire. Les projections de Kentridge m'avaient semblé insipides.On renonce assez vite, sinon cela déconcentre pour l'écoute !

Restent les deux vilains correctifs à apporter : éviter toutes les places à l'arrière-scène et être prudent en ce qui concerne le second balcon qui reste un peu aléatoire (à noter quand même : le Roméo et Juliette de Berlioz, dirigé par Roth sonnait très bien ; comme le premier concert des Arts Flo ; reste que je ne comprendrai toujours pas pour quelle raison, ils ont sonorisé le choeur quand il intervient en coulisses ; ou, plutôt, je vois très bien pourquoi, mais je ne suis guère convaincu !).

La variété de l'offre devrait permettre à Laurent Bayle d'afficher un excellent taux de remplissage, ce qui doit être impératif pour lui. Cette nouvelle saison tranche singulièrement avec le triste spectacle que la Présidence - comme ils disent ... - et la direction de la musique de Radio France donnent depuis plusieurs semaines et même plusieurs mois. Je crains que l'on assiste au saccage d'un remarquable outil de production musicale.

10. Le dimanche 22 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonjour !

@ Ugolino :

Bien, donc tu n'es pas content, pour changer. :)

Je n'ai pas du tout entendu cette face-là de Lindberg, même dans les œuvres des cinq dernières années (mais comme je l'ai justement peu écouté sur cette période…). Il faudra que j'essaie, tout de même, si c'est différent.


Mais c'est peut-être symptomatique : une fois qu'ils retirent leurs vêtements conceptualo-avant gardistes, tous ces IRCAMiens virtuoses de la technique et de l'orchestre révèlent leur vraie nature, à savoir des compositeurs grossiers et ringards, dont la musique a plus à voir avec la musique de peplum qu'avec une quelconque modernité.

Je suis perplexe là-dessus : j'ai plutôt l'impression que l'immense majorité, justement, ne serait pas capable d'écrire une musique simple (voire tout simplement tonale bien faite : on n'est pas obligé de faire une classe d'écriture pour faire une classe de composition).


J'ai écouté pas mal de compositeurs nordiques qui ont débuté leur carrière plus ou moins en même temps que Lindberg mais qui sont aujourd'hui moins célèbres : leurs oeuvres sont indiscernables les unes des autres, la technique et les effets sont les mêmes, et on se demande pourquoi Lindberg a été l'heureux élu (le passage par l'IRCAM et Kraft, sans doute).

Qui par exemple ? (Mais oui, il me paraît évident que l'IRCAM, et à cette époque-là son premier disque, chez un label subventionné et « officiel », a beaucoup fait pour sa carrière. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils y vont, ça fait des rencontres et des réseaux… sans vouloir faire de la petite polémique, pas grand monde ne croit que l'IRCAM serve musicalement à quelque chose – même ceux qui y travaillent, quelquefois…).


Et puis je n'en peux plus des "je n'ai pas le droit d'écrire des mélodies (ou quand j'en écris, elles sont nulles), donc j'écris des tuilages de cuivres ou de cordes en escalier qui montent ou qui descendent".

Huhu. :)

Mais c'est surtout complètement ringard, aujourd'hui, non ? C'est juste sujet à moquerie quand c'est utilisé, surtout chez les cinéastes français, dans un film (Gerry, c'était en 2002 !).

C'est ringard, oui, mais le goût du public n'évolue pas aussi vite que les « découvertes » musicales, et ça répond assez bien à une certaine pratique de la musique. Plutôt que de nous remettre une couche de Glass, c'est vraiment un moindre mal.

--

@ Diablotin :

Higelin n'est pas incompatible avec un profil cultivé… Ce n'est pas Dalida ou Lorie, ça reste de la chanson française plutôt bien cotée – c'est même assez bien vu de dire qu'on aime ce genre de choses, sinon on passe pour un ultraspécialiste geek ou méprisant.

Moi, ce qui m'humanise, c'est plutôt Mireille-Nohain et Léo Marjane… Et je t'assure que ça ne fait pas du tout le même effet que de citer Souchon ou Higelin (qui ne sont pourtant pas, en effet, des sommets de subtilité).

11. Le dimanche 22 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Faust,


Vous n'auriez pas celui du TCE par hasard ... :)

Si, si, la préprésentation a eu lieu il n'y a pas longtemps. Mes sources sont moins exhaustives que pour la Philharmonie, mais si, j'ai vu l'essentiel.


Productions scéniques :

¶ Theodora : mise en scène St. Langridge, avec notamment K. Watson, d'Oustrac, Spicer…
¶ Mitridate : mise en scène Hervieu-Léger, avec Devieilhe, Petibon, Dubois, Astrée, Haïm.
¶ Italienne : mise en scène Schiaretti, avec Anna Reinhold, direction Malgoire.
¶ Norma : mise en scène Braunschweig, avec Agresta et Berti (ouille).
¶ Tristan : mise en scène Audi, avec Magee, Kerl, ONF, Gatti.
¶ Enfant & Sortilèges : mise en scène Darchen.


Opéras en version de concert (il y a le choix !) :

¶ Persée (Lully) : production de Versailles dirigée par Niquet.
¶ Rinaldo (Haendel) : Pomo d'Oro, Minasi.
¶ Partenope (Haendel) : Gauvin, Jaroussky, Pomo d'Oro, Minasi.
¶ Die Entführung aus dem Serail (Mozart)
¶ Olympie (Spontini) : Gauvin, Aldrich, Castronova, Rhorer.
¶ Der Freischütz (Weber) : Gens, Schukoff, Hengelbrock !
¶ Zelmira (Rossini)
¶ La Sonnambula (Bellini) : Devieilhe, Osborn, Chambre de Paris, Ch. Franklin.
¶ Lucia di Lammermoor (Donizetti) : Damrau, Regio de Turin, Noseda.
¶ Werther (Massenet) : DiDonato, Flórez, ONF, Lacombe.
¶ Ariadne auf Naxos (R. Strauss) : Rae, Harteros, Coote, Kaufmann, Eiche, Opéra de Munich, Kirill Petrenko.


Oratorios :

¶ Passione (Scarlatti)
¶ Magnificat (Bach), par Herreweghe
¶ Johannes-Passion (Bach), Enlightenment et Layton, avec Bostridge, N. Davies, R. Williams…
¶ Stabat Mater (Pergolesi) avec Yoncheva et Deshayes
¶ Sept dernières Paroles (Haydn)
¶ Messa di Gloria (Puccini)


Récitals :

Jaroussky (Monteverdi, Cavalli…), Bostridge (Lully, Purcell !), Petibon (Purcell, Haendel…), von Otter-Naouri (Lully, Rameau…), Scholl (Bach), Bejun Mehta (Haendel, Vivaldi…), Cencic, Lezhneva (Mozart), Peretyatko (Rossini), Vinogradov (Gounod, Bizet), Hymel (Verdi, Puccini – c'est sûr que le programme de son récital était trop intéressant pour être chanté en vrai…), Kaufmann (trois fois : Wesendonck, Chant de la Terre, Puccini), Jaho-Castronovo (Donizetti, Massenet, Boito, Cilea…), Dessay-Naouri…


J'ai encore peu d'infos sur les concerts symphoniques, récitals de lieder et de musique de chambre.

--


Il me semble que cela fait quelques années que l'opéra et le baroque régressent d'abord à la Cité et désormais à la Philharmonie ?

Je n'avais pas remarqué. Mais je ne suis pas dans la région depuis assez longtemps pour avoir la perspective. Là, l'évolution paraît rapide, les amateurs de seria vont devoir se contenter du TCE et de Versailles.


Mais, l'offre est tellement gigantesque que l'on peut choisir !

Exactement, et même en l'absence de l'Opéra-Comique et du Châtelet, il y a déjà trop !


Pour moi, l'une des bonnes nouvelles, c'est que la biennale des quatuors à corde soit maintenue. Je m'étais demandé si elle n'allait pas disparaître. Ils pourraient aussi la faire tous les ans ! Je présume qu'elle continuera de se passer à la Philharmonie 2 ou à l'amphithéâtre ? J'irai écouter les quatuors de Chosta !

Ce sera partagé, selon la notoriété des ensembles je suppose, entre la Salle des concerts et l'Amphi de la Cité, comme d'habitude.


Je ne vois toujours pas l'intérêt d'une intégrale Beethoven dirigée par Rattle ... Certes, ce seront les Berliner et ils rempliront sans difficulté ...

Ce sera probablement excellent, cela dit. Mais pour ce qui est de la nouveauté, effectivement…


Les Sibelius de Järvi sont exceptionnels. La 2ème de la semaine passée était assez fabuleuse. Mais, le mérite en revient exclusivement au chef ... Et, en plus, ils n'ont pas été capables de le conserver !

J'aurais voulu y être… je n'avais pas vu qu'elle passait, et c'était complet. Je n'ai vu que les 6 & 7, peut-être le concert symphonique le plus fulgurant que j'aie jamais entendu (à moins que ce ne soient les mêmes dans la Cinquième de Tchaïkovski…).


Ils reprennent le Winterreise d'Aix ? J'espère que ce n'est pas dans la grande salle ! A Aix, c'était dans la petite salle du nouveau conservatoire. Les projections de Kentridge m'avaient semblé insipides.On renonce assez vite, sinon cela déconcentre pour l'écoute !

Ce sera à la Cité. Mais vu que j'ai déjà entendu deux fois le Winterreise par Goerne en salle (plus assez souvent ses trois versions discographiques), la dernière fois datant de deux ans, je vais passer mon tour — d'autant que j'aime moins le tour purement hédoniste que prend la manière de Goerne ces dernières années (toujours miraculeux, mais si j'en abuse, je vais m'en lasser)…


Restent les deux vilains correctifs à apporter : éviter toutes les places à l'arrière-scène et être prudent en ce qui concerne le second balcon qui reste un peu aléatoire (à noter quand même : le Roméo et Juliette de Berlioz, dirigé par Roth sonnait très bien ; comme le premier concert des Arts Flo

Donc les instruments d'époque et les spectres sonores « aérés » fonctionneraient mieux ? Effectivement, de la même place, Minkowski-Louvre était beaucoup plus glorieux que Yamada-OP, mais ce n'est pas forcément illogique non plus.


La variété de l'offre devrait permettre à Laurent Bayle d'afficher un excellent taux de remplissage, ce qui doit être impératif pour lui. Cette nouvelle saison tranche singulièrement avec le triste spectacle que la Présidence - comme ils disent ... - et la direction de la musique de Radio France donnent depuis plusieurs semaines et même plusieurs mois. Je crains que l'on assiste au saccage d'un remarquable outil de production musicale.

De toute façon, comme on va fusionner les deux orchestres (ce qui en l'état de leur répertoire, cette saison, se justifierait pleinement…), ça règlera grandement la question, on pourra louer l'auditorium (il me semble avoir lu que c'était déjà en projet) pendant que la nouvelle RTF fera des ploum-ploums pour accompagner Donizetti au TCE. :)

12. Le dimanche 22 mars 2015 à , par Ugolino le profond

"Il me semble que cela fait quelques années que l'opéra et le baroque régressent d'abord à la Cité et désormais à la Philharmonie ?
Je n'avais pas remarqué. Mais je ne suis pas dans la région depuis assez longtemps pour avoir la perspective. Là, l'évolution paraît rapide, les amateurs de seria vont devoir se contenter du TCE et de Versailles."

Si le reste n'était pas consternant, je dirais qu'ils se sont finalement rendu compte.

13. Le dimanche 22 mars 2015 à , par Faust

Merci pour toutes ces indications.

Quel attrait pour l'Enfant et les sortilèges ! J'avais envie de réentendre en vrai le Freischütz ! Cela fait, comme d'habitude, une belle saison d'opéras.


Je ne sais pas très bien ce que l'on entend par " fusion " des deux orchestres de la Radio. Le Philharmonique a un effectif important puisqu'il est né à partir du concept de géométrie variable (enfin, c'est le discours que l'on a inventé à l'époque pour justifier cet effectif !).

Le National a l'effectif normal d'un orchestre symphonique. Au total, cela doit approcher les deux cents cinquante musiciens (l'effectif de la double formation orchestrale de l'Opéra de Paris). Si l'on fusionne à effectif inchangé, on ne fait aucune économie. Donc, parlons clairement. La fusion signifie la disparition pure et simple de l'un des deux orchestres ! Je ne pense pas qu'il y ait trop d'orchestres à Paris et en région parisienne. Bref, la construction de leur salle et la rénovation d'ensemble du bâtiment pèsent manifestement sur les comptes de la Maison Ronde. Mais, il s'agit de dépenses d'investissement et non de fonctionnement.

14. Le dimanche 22 mars 2015 à , par Diablotin :: site

J'aime bien Higelin, mais pour moi, c'est tout sauf de la chanson française "chic", et son côté déjanté -il s'est un peu calmé désormais- va à l'encontre de l'idée même de chic à mon sens : mais ça dépend des images qu'on met derrière les mots, n'est-ce pas ?

15. Le lundi 23 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !

--

Faust :
Quel attrait pour l'Enfant et les sortilèges !

Même sans compter les productions (nombreuses chaque année) de petits festivals, petites compagnies et conservatoires locaux, on en est à quatre en trois saisons rien que sur les grandes maisons parisiennes !!

Après, il est vrai que ça combine tous les avantages : de la très grande musique, accessible, dans un format court et en vignettes, qui fait briller les voix, avec un sujet adapté aux enfants… tout le monde est content quand on joue ça. Contrairement à Mozart, Verdi, Wagner ou Debussy, je n'ai jamais entendu personne se plaindre qu'on programme l'Enfant et les sortilèges ! Et pourtant, ça arrive aussi souvent que La Traviata !

J'avais envie de réentendre en vrai le Freischütz ! Cela fait, comme d'habitude, une belle saison d'opéras.

Vu la distribution, ils auraient même pu (re)donner la version Berlioz ! Moi aussi, très envie d'entendre le Freischütz, surtout dans cette distribution.

La fusion signifie la disparition pure et simple de l'un des deux orchestres !

Non, non, ce sera nécessairement la disparition de la moitié des musiciens (ou en tout cas d'une grosse proportion), mais l'on peut parfaitement faire le toilettage à parts égales. Le problème est que cela annihile la personnalité propre des deux orchestres – sans parler des suceptibilités.

Évidemment, je ne le souhaite pas, vu les savoir-faire très différents qu'ils manifestent (l'ONF dans la netteté de trait, le Philhar' dans la grande forme tardive), mais si c'est pour aligner chacun des programmes Brahms-Mahler à longueur d'année, l'entretien de deux orchestres ne se justifie plus. À l'origine, il y avait un orchestre dédié au concert (l'ONF devait être la phalange de prestige) et un autre à la création. Aujourd'hui, le Philhar', notamment pour des raisons de notoriété vis-à-vis d'un public très fidèle et enthousiaste donne des concerts et ne crée plus grand'chose, ni dans le patrimoine ni dans le contemporain…

--

Diablotin :
J'aime bien Higelin, mais pour moi, c'est tout sauf de la chanson française "chic", et son côté déjanté -il s'est un peu calmé désormais- va à l'encontre de l'idée même de chic à mon sens : mais ça dépend des images qu'on met derrière les mots, n'est-ce pas ?

« Chic » dans sa réception, ou plutôt dans l'absence de dégradation de l'image d'une grande salle qui l'accueille. Higelin ne suffit pas comme Ferré, Ferrat ou Brassens, à poser son esthète, mais il n'est pas incompatible avec ça. Ce n'est pas complètement de la chanson d'ambiance ou de la pop, autrement dit.

Mais oui, il y a plus valorisant lorsqu'on va dîner en ville, je n'en doute pas. Piaf, Barbara, Higelin et Boogaerts ont pour point de convergence le côté « canaille-chic » qui correspond assez bien au projet de la Cité de la Musique, puis de la Philharmonie.

(Cela dit, je ne vais pas me prétendre spécialiste d'Higelin, ce serait malhonnête.)

16. Le mardi 24 mars 2015 à , par Ugolino le profond

"Aujourd'hui, le Philhar', notamment pour des raisons de notoriété vis-à-vis d'un public très fidèle et enthousiaste donne des concerts et ne crée plus grand'chose, ni dans le patrimoine ni dans le contemporain…"

Genre c'est la faute du public très fidèle s'il ne crée plus ! D'une part, il crée toujours plus que tous les autres orchestres français (quel autre orchestre donne des programmes Murail/Dufourt ?) mais certes parfois pas dans les structures les plus visitées, et d'autre part le public très fidèle va aussi au concert des créations. C'est juste que la création ne remplit pas les salles et les caisses, et que la gestion/communication de l'orchestre a été médiocre...
Et puis, à l'origine, ce n'était pas seulement la création qui motivait la mise en place du Philhar', mais sa géométrie variable qui permettait de tout jouer, de la symphonie classique pour petit orchestre aux immenses orchestres post-romantiques.

Après, si les deux orchestres sont réduits à un seul, la vie orchestrale parisienne tombera au fond du trou... Un sous-orchestre de province (l'OP) et un mic-mac qui mettra des années à se redresser. C'est sans doute le génie administratif français : ca valait bien la peine de construire une Philharmonie et un auditorium pour ça !

17. Le mercredi 25 mars 2015 à , par Faust

Bonjour,

Je partage entièrement l'appréciation d'Ugolino !

Pour le répertoire " habituel " du concert symphonique, Paris dispose de trois orchestres. Cela se compare avec Londres et Berlin. Pendant l'entre-deux-guerres, il y en avait davantage encore. Mais, ce n'était pas le même système, puisqu'il n'y avait pas d'orchestres permanents. Le premier orchestre permanent a été le National en 1934 (à l'époque, les anciennes associations symphoniques y étaient fortement opposées !).

Des trois orchestres parisiens, le Philharmonique de Radio France est le seul dont le niveau a considérablement monté. C'est suffisamment rare pour être relevé et cela a tout de même pris une quinzaine d'années ! Il faut savoir que cet orchestre (le Nouvel orchestre philharmonique, le NOP !) était né de la réunion de plusieurs autres orchestres de la radio, à Paris et en province. A l'époque - déjà ! -, la Radio se débarrassait de ses orchestres de province.

Sauf événement exceptionnel, la musique contemporaine ne remplit toujours pas les salles. Ce n'est pas un hasard si l'Intercontemporain donne ses concerts dans la Philharmonie 2 et, que je sache, c'est rarement complet. N'oublions pas que les musiciens de l'Intercontemporain sont astreints à moins de services d'orchestre que les autres formations. Un musicien doit pouvoir jouer des répertoires variés et ne peut être " spécialisé " dans le contemporain.

Ce qui risque de se passer à Radio France est absolument désolant :

- on évoque à Radio France d'importants sureffectifs ; il n'y a absolument pas de sureffectifs dans les orchestres (ou le choeur) ; un orchestre coûte cher, très cher même ; c'est pour cela que l'initiative du PDG qui vise à impliquer la Caisse des dépôts dans le financement du National doit être assez délicate, mais n'est pas nécessairement absurde ; les économistes disent que cela fait partie des activités " régressives ", c'est-à-dire pour lesquelles il n'y a pas de gains de productivité (il y a toujours le même nombre de cordes aujourd'hui comme hier pour les oeuvres données) ; deux économistes américains, Baumol et Bowen, se sont illustrés dans cette démonstration, il y a fort longtemps ; lorsque l'on évoque une fusion, c'est pour ne pas dire une suppression ; je ne vois pas comment on pourrait réduire les effectifs du National, par exemple ; en ayant un seul chef de pupître au lieu de deux ? cela n'aurait pas de sens ; c'est la règle, à Paris comme ailleurs ; si on la remettait en cause, c'est la qualité même des supersolistes qui baisserait, car les plus talentueux iraient voir ailleurs ! (bien sûr, on peut se poser des questions lorsqu'aucun des supersolistes n'est présent parce qu'ils " cachetonnent " ailleurs ... comme je l'ai vu, il n'y a pas si longtemps, si je ne me trompe, pour un orchestre qui n'est pas de la Radio ...) ;

- ce que l'on peut reprocher à Radio France, c'est la lourdeur de la boutique qui a du mal à communiquer (pour la nouvelle salle, dire que les orchestres rentrent à la maison, il fallait tout de même le faire !) et qui manifestement ne se préoccupe pas trop des recettes ! on peut se demander pourquoi le public de Pleyel ne suit manifestement pas vers la Maison de la Radio alors que la Philharmonie est archi remplie ? etc etc Je vois encore l'ancien directeur de la musique affirmer péremptoirement, lors de la présentation de l'actuelle saison, que personne n'irait à la Philharmonie tellement c'est loin ... Je passe sur le fait que c'est le seul organisateur important de spectacles qui n'a toujours pas réussi à mettre en place un site de réservation par internet digne de ce nom ;

- le Philharmonique crée plus et joue plus de contemporain que les deux autres orchestres (après, bien sûr, on peut discuter de la programmation !) ; il a aussi développé des actions multiples en direction des " scolaires " ; il en fait plus que les deux autres orchestres parisiens réunis ! Mais, cela ne se sait pas trop. On le doit largement à la volonté propre de Chung ;

- pour les deux orchestres de la Radio, la question qui se pose dépasse, à mon sens, Radio France ; c'est une question de politique culturelle puisque, par construction, les orchestres permanents ne peuvent exister que s'ils sont financés par des fonds publics ; soit dit en passant, il serait intéressant de comparer ce que coûte chaque orchestre en France et le niveau des subventions ; on verrait apparaître des différences importantes ; l'orchestre national d'Ile-de-France qui, aujourd'hui, a la chance d'avoir un excellent chef reçoit beaucoup moins, par exemple, que l'orchestre de Paris ; vous me direz que c'est normal ; mais, l'écart doit tout de même être considérable (regardez la politique de " vedettes " de la prochaine saison de l'OP ... je souris un peu en voyant qu'ils ont repris Gergiev, grand chef (certes !), mais qui n'aime pas trop les répétitions ...) ; mais, nous sommes en France et la Radio ne relève pas du ministère de la Culture ... On peine à voir la politique d'ensemble de l'Etat : rénover à grands frais une salle prestigieuse qui n'en avait nullement besoin (Pleyel), la fermer au classique et construire deux nouvelles salles qui ouvrent la même saison, il faut tout de même le faire ! On s'était beaucoup interrogé sur la construction de l'opéra Bastille ; mais, Garnier n'a pas fermé !

- la nouvelle direction de la musique nommée par l'actuel PDG me laisse perplexe ; un orchestre n'existe réellement que s'il parvient à avoir une identité propre (c'est pour renforcer cette identité que la prestigieuse Société des concerts du Conservatoire est devenue en 1967 l'orchestre de Paris) ; or, la nouvelle organisation de la direction de la musique est à l'exact opposé ; elle revient un peu à ce qui existait il y a longtemps, bien avant même l'ère Vozlinsky qui avait " révolutionné " les services musicaux de la Radio ; exemple : il y avait deux structures de mécénat et désormais il n'y en a plus qu'une (une entreprise peut faire du mécénat pour un orchestre déterminé, pour la Radio, c'est moins évident) ; Vozlinsky était un homme d'autorité qui dirigeait tout cela d'une main de fer ; mais, à l'époque, il y avait encore, au sein de la saison d'ensemble, des saisons thématiques : une saison lyrique (qui, normalement, donnait plutôt des raretés), une saison de musique religieuse ou encore une saison d'orgue ; il y avait aussi une chose très étonnante : la série " Prestige de la musique " de Jean Fontaine qui attirait un public plus large que le public habituel et qui invitait des formations autres que les formations maison ! ce système a été pratiquement abandonné au début des années 80 au profit de deux politiques artistiques propres à chacun des deux orchestres et simplement " coordonnées " par le directeur de la musique ; l'actuelle direction revient manifestement sur ce schéma ; mais, il est quand même assez difficile de voir quelle est la politique musicale de la Maison Ronde ;

- pour l'instant, c'est la crise et elle est grave ; le National va perdre Gatti (dommage, je commençais à le trouver intéressant !) sans que l'on connaisse le nom du successeur ; le Philharmonique a trouvé Mikko Franck ; puisse-t-il le garder ! Il a tout de même annulé un concert en début de saison et menacé de partir pour défendre l'orchestre ! ce serait une grave erreur que de s'imaginer que les orchestres parisiens attirent spontanément les meilleurs chefs (je continue à penser que le départ de Järvi de l'orchestre de Paris - pour une fois, c'est le chef qui s'en va et non pas les musiciens qui souhaitent s'en défaire ! - est de mauvais augure pour l'orchestre).

Les questions que peut soulever cette politique musicale de la Radio ne sont pas - me semble-t-il - de même nature que les questions que soulève la gestion des autres activités qui relèvent de la Radio. L'Etat pourrait engager une réflexion à ce propos. Mais, encore faudrait-il trouver, pour cela, un professionnel compétent ... ce qui n'a rien d'évident !

On ne doit jamais oublier que c'est un exercice difficile et qui demande patience et ténacité que celui qui consiste à créer ou maintenir un orchestre à un bon niveau. C'est cette expérience et ce savoir-faire artistique - par construction toujours fragiles - qui sont, aujourd'hui, gravement menacés à Radio France.

18. Le mercredi 25 mars 2015 à , par Ugolino le profond

J'adhère à ce que dit de manière très développée Faust (et l'en remercie).

Juste un point :
Londres a quatre principaux orchestres : LSO, LPO, BBC et Philharmonia (+ l'orchestre de l'opéra).
Berlin a trois orchestres et demi : BPO, RSB, DSB et Staatskapelle qui joue pour l'opéra mais a une saison symphonique plus conséquente que celle de l'orchestre de l'opéra de Paris.

La vie orchestrale parisienne est déjà loin d'être comparable à celle de ces deux villes... Alors si elle perd un orchestre... Construire ces deux salles en deviendra rétrospectivement encore plus grotesque que ça ne l'était déjà.

Et j'aimerais bien connaître les réelles raisons du départ de Järvi. J'ai ma petite idée là-dessus ;-).

19. Le jeudi 26 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !


Ugolino :
Genre c'est la faute du public très fidèle s'il ne crée plus ! D'une part, il crée toujours plus que tous les autres orchestres français (quel autre orchestre donne des programmes Murail/Dufourt ?) mais certes parfois pas dans les structures les plus visitées, et d'autre part le public très fidèle va aussi au concert des créations. C'est juste que la création ne remplit pas les salles et les caisses, et que la gestion/communication de l'orchestre a été médiocre...
Et puis, à l'origine, ce n'était pas seulement la création qui motivait la mise en place du Philhar', mais sa géométrie variable qui permettait de tout jouer, de la symphonie classique pour petit orchestre aux immenses orchestres post-romantiques.

Je n'ai pas dit que c'était la faute du public, mais que le succès public du Philhar' dans le grand répertoire augmente forcément la tentation de faire jouer ce qui plaît, comme cette saison (Mozart-Brahms-Mozart-Brahms-Mozart-Brahms-Mozart-Brahms…), ce qui favorise de plus le remplissage.

Les créations, il y en a quand même très peu, et encore plus maintenant que Présences est devenu un saupoudrage très banal d'œuvres contemporaines (où il n'y a presque plus de thématiques, et où on mélange) : l'audace d'un festival gratuit où l'on ne jouerait que du contemporain pour faire tomber des barrières est devenu une suite de concerts pas chers à condition d'aller entendre un peu de musique que personne ne veut aller voir. :)


Faust :
Des trois orchestres parisiens, le Philharmonique de Radio France est le seul dont le niveau a considérablement monté.

Pas du tout d'accord, le National s'est extraordinairement amélioré depuis Masur (puis Gatti) : il suffit de comparer la mollesse du grain à ce qu'il est devenu — mais comme il fait beaucoup d'opéra, personne ne l'écoute, je le crains… Je trouve même son identité sonore plus polyvalente et intéressante que le Philhar' (qui a quand même un fondu « international » pas très exploitable dans le répertoire pré-1850), même s'il est bien sûr moins adapté aux vastes fresques postromantiques et contemporaines.


Sauf événement exceptionnel, la musique contemporaine ne remplit toujours pas les salles. Ce n'est pas un hasard si l'Intercontemporain donne ses concerts dans la Philharmonie 2 et, que je sache, c'est rarement complet.

Non, mais en général assez bien rempli. En province, il y aurait une jauge à 25%, et encore, au rythme d'un concert par an !


- on évoque à Radio France d'importants sureffectifs ; il n'y a absolument pas de sureffectifs dans les orchestres (ou le choeur) ; un orchestre coûte cher, très cher même ; c'est pour cela que l'initiative du PDG qui vise à impliquer la Caisse des dépôts dans le financement du National doit être assez délicate, mais n'est pas nécessairement absurde ;

Mais la Caisses des Dépôts a répondu qu'elle n'en avait nulle envie, ce qui règle la question. Et puis envoyer l'ONF au TCE alors qu'on lui a fait un complexe avec salles de répétition (absentes avenue Montaigne) et auditorium spécifique, c'est quand même étrange.


Je n'ai pas le temps de répondre au reste, tout ça est très intéressant… je réagirai plus tard (pas demain non plus).


… bonsoir !

20. Le vendredi 27 mars 2015 à , par Faust

Juste une ou deux précision pour éviter des incompréhensions !

Je me garderai bien de dire quoi que ce soit sur les qualités respectives des orchestres parisiens alors même que deux d'entre sont menacés et que, par les temps qui courent, il serait imprudent de dire que le troisième est à l'abri du moindre péril !

Ce n'est un mystère pour personne - il y a largement prescription - de rappeler que le Nouvel orchestre philharmonique de RF lorsqu'il a été constitué n'était pas un orchestre de qualité suffisante (à l'exception des violoncelles, les cordes n'étaient pas d'une qualité irréprochable). C'est de ce constat que les responsables de l'orchestre et les musiciens sont partis à l'époque pour décider de travailler ensemble à améliorer le niveau de l'orchestre et de demander à Marek Janowski de réaliser cette transformation. Soyons clair, à l'époque, le NOP était en dessous du niveau - parfois variable, il est vrai - des deux autres orchestres parisiens. Ces temps sont révolus et le Philharmonique est devenu un orchestre de bon niveau.

Les appréciations que vous portez sont d'une autre nature. Elles portent sur les qualités propres de chaque formation et sur les préférences que vous pouvez avoir selon également les oeuvres interprétées. On a parfois reproché à Janowski de donner au Philharmonique les sonorités d'un orchestre allemand. Le National a sans doute plus une sonorité française. N'oubliez pas en mentionnant Kurt Masur et Daniele Gatti d'y inclure les musiciens et sans doute - je présume ? - le rôle de Sarah Nemtanu, violon solo du National.

Ce qui me fait réagir, c'est ce que je lis ces derniers jours où certains disent ou laissent entendre : quelle gabegie à Radio France, ils ont deux orchestres alors qu'un seul suffirait ! C'est du grand n'importe quoi. Je pense qu'il faut plutôt se demander si Paris justifie d'avoir trois orchestres et, pour ma part, je réponds positivement sans hésiter.

Présentée comme elle l'a été par la presse, l'initiative de Gallet en direction de la Caisse des Dépôts paraît un peu surprenante. Je ne sais ce qui s'est passé. Par contre - je sens que je faire réagir ... -, l'idée qu'un orchestre puisse être, pour partie, financé par du mécénat privé n'a rien de saugrenu. Le mécénat privé est beaucoup plus important aux Etats-Unis qu'en France où il joue plutôt un rôle d'appoint. Si le projet de Gallet était celui-là, il n'est pas aberrant, mais difficile à réaliser en France.

On avance le montant de 60 millions d'euros pour Radio France. Cela englobe les deux orchestres, le choeur et la maîtrise (sauf erreur de ma part, on est dans des niveaux " corrects "). Si l'on veut rechercher des éléments de comparaison, c'est avec ce que coûte l'orchestre de Paris qu'il faut les faire et vous allez retrouver aussitôt les discussions - notamment, sur ce site - sur le choeur amateur de l'orchestre de Paris (qui, pour cette raison, ne pèse pas beaucoup sur le budget de l'orchestre). Ce qui me paraîtrait plus sérieux, c'est de regarder comment tout cela est géré. Est-il possible de gérer différemment les services musicaux de la Radio et donc de faire monter le montant des recettes propres (billetterie, mécénat, etc.) ? Je ne sais si cette voie est aujourd'hui étudiée, mais elle mériterait assurément de l'être. Petit élément de comparaison même si ce n'est pas directement comparable : il me semble que le festival d'Aix-en-Provence a fait sensiblement monter le niveau de ses recettes propres.

Ultime remarque. Si l'un des deux orchestres de la Radio venait à disparaître, sacrifié sur l'autel du budgétarisme effréné, cela constituerait un dangereux précédent. D'autres formations verraient très rapidement leur existence même également menacée.

21. Le dimanche 29 mars 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !

Je reprends là où je vous avais abandonnés :


Faust :
les économistes disent que cela fait partie des activités " régressives ", c'est-à-dire pour lesquelles il n'y a pas de gains de productivité (il y a toujours le même nombre de cordes aujourd'hui comme hier pour les oeuvres données)

Exact – moi, je ne serais pas compte jouer tout le répertoire pour nonette, mais j'admets bien humblement qu'on ne peut pas payer des arrangeurs et confectionner une saison pour ma seule dilection.
Néanmoins, toutes ces cordes, quelle gabegie ! D'autant que lorsque le Philhar' est en grand effectif, on en couperait la moitié que l'équilibre n'en serait pas fondamentalement modifé ! Qu'on ne fasse pas du un par partie, certes, mais la justification des orchestres pléthoriques me laisse dubitatif : une fois qu'on a passé le seul critique du fondu, huit premiers violons ou quarante, ça n'est pas si déterminant (à part que ça amollit un peu l'articulation et tend à couvrir davantage les bois).

Mais effectivement, économiser sur la masse salariale, ça voudrait forcément dire, au moins à moyen terme, altérer la qualité de ces orchestres. Je ne dis pas le contraire ; je me fais seulement la remarque que la tentation ne me paraît pas illégitime (je ne dis pas qu'il faille y céder).


- ce que l'on peut reprocher à Radio France, c'est la lourdeur de la boutique qui a du mal à communiquer (pour la nouvelle salle, dire que les orchestres rentrent à la maison, il fallait tout de même le faire !) et qui manifestement ne se préoccupe pas trop des recettes ! on peut se demander pourquoi le public de Pleyel ne suit manifestement pas vers la Maison de la Radio alors que la Philharmonie est archi remplie ? etc etc Je vois encore l'ancien directeur de la musique affirmer péremptoirement, lors de la présentation de l'actuelle saison, que personne n'irait à la Philharmonie tellement c'est loin ... Je passe sur le fait que c'est le seul organisateur important de spectacles qui n'a toujours pas réussi à mettre en place un site de réservation par internet digne de ce nom ;

Oui, on dirait que le public de Pleyel est passé avec armes et bagages à Pantin qui resterait, disait-on, un désert… il semble que ce soit plutôt la dynamique inverse.
Il faut dire que, comme vous le signalez, on ne nous a pas vendu le nouvel auditorium comme une nouvelle offre mais comme une sorte de culture locale, un à-côté de la radio qui n'a rien du caractère événementiel de la Philharmonie, même à programme égale et qualité d'exécution supérieure !

Ensuite, oui, la réservation et l'accueil y sont pour beaucoup : publicité confidentielle, site mal fait, impossible de commander en ligne, de revendre ses billets… et l'accueil sur place tient davantage de l'aéroport à la descente de Sanaa-Washington que des Folies Bergère…


- le Philharmonique crée plus et joue plus de contemporain que les deux autres orchestres (après, bien sûr, on peut discuter de la programmation !) ; il a aussi développé des actions multiples en direction des " scolaires " ; il en fait plus que les deux autres orchestres parisiens réunis ! Mais, cela ne se sait pas trop. On le doit largement à la volonté propre de Chung ;

Ah oui, bien sûr, si on compare à l'ONF (qui en fait peu) et à l'OP (qui n'en fait pas du tout, ou alors du gentil contemporain folklorique qui a déjà fait ses preuves partout ailleurs), le Philhar', c'est Darmstadt-sur-Seine. Néanmoins, pour un orchestre de radio, les exhumations et les créations restent assez modestes, l'essentiel de son activité est, semble-t-il, de jouer Brahms et Mahler. Si encore il jouait Debussy-Koechlin-Ravel, on pourrait y trouver une explication… (cela dit, vu leur son, je trouve plus avisé qu'ils jouent Mahler plutôt que Debussy)


l'orchestre national d'Ile-de-France qui, aujourd'hui, a la chance d'avoir un excellent chef reçoit beaucoup moins, par exemple, que l'orchestre de Paris ; vous me direz que c'est normal ; mais, l'écart doit tout de même être considérable (regardez la politique de " vedettes " de la prochaine saison de l'OP ...

Je ne vais pas dire que c'est normal. Je suis persuadé que c'est énorme, et l'ONDIF fait un tout autre travail d'ouverture aux publics et de diffusion de la création contemporaine ! S'il y a bien un orchestre de bonne volonté dans la région…


On peine à voir la politique d'ensemble de l'Etat : rénover à grands frais une salle prestigieuse qui n'en avait nullement besoin (Pleyel), la fermer au classique et construire deux nouvelles salles qui ouvrent la même saison, il faut tout de même le faire ! On s'était beaucoup interrogé sur la construction de l'opéra Bastille ; mais, Garnier n'a pas fermé !

Oui, c'est vraiment n'importe quoi, au gré des fantaisies de décideurs pas du tout éclairés et des copinages plus ou moins publics…


ce serait une grave erreur que de s'imaginer que les orchestres parisiens attirent spontanément les meilleurs chefs (je continue à penser que le départ de Järvi de l'orchestre de Paris - pour une fois, c'est le chef qui s'en va et non pas les musiciens qui souhaitent s'en défaire ! - est de mauvais augure pour l'orchestre).

Tout dépend de qui prend la suite. Si c'est Hans Graf ou Alain Guingal, oui, ce n'est pas rassurant. Mais si c'était Harding ou Denève, ce ne serait pas si mal. Si Neuhold pouvait se rendre disponible, ce serait sympa, merci.
C'est sans doute plus la vie parisienne que le prestige des orchestres qui y attire, c'est sûr, mais il n'empêche que l'Orchestre de Paris, en particulier, a toujours eu des chefs très au-dessus de sa cotation purement musicale.


Mais, encore faudrait-il trouver, pour cela, un professionnel compétent ... ce qui n'a rien d'évident !

Ça existe, bien sûr ; mais qu'il ait en même temps l'oreille du pouvoir, ça réduit évidemment très significativement les candidats potentiellement efficaces.


--

Ugolino :
Londres a quatre principaux orchestres : LSO, LPO, BBC et Philharmonia (+ l'orchestre de l'opéra).
Berlin a trois orchestres et demi : BPO, RSB, DSB et Staatskapelle qui joue pour l'opéra mais a une saison symphonique plus conséquente que celle de l'orchestre de l'opéra de Paris.

On peut au moins ajouter celui du Konzerthaus (qui est bon, à défaut de valoir les autres) – peut-être les Symphoniker, mais je crois ne jamais les avoir entendus (et leurs chefs sont tous assez peu célèbres) : ça donne quoi ?


La vie orchestrale parisienne est déjà loin d'être comparable à celle de ces deux villes... Alors si elle perd un orchestre... Construire ces deux salles en deviendra rétrospectivement encore plus grotesque que ça ne l'était déjà.

Mais New York et Vienne n'ont pas autant d'orchestres, et ça ne les empêche pas de rester des capitales culturelles – même si, musicalement, j'admets complètement qu'elles ne sont pas non plus le centre du monde.
Pour la largeur et la diversité de l'offre, hors de Berlin, Londres et Paris, il n'y a pas forcément pléthore de prétendants.


Et j'aimerais bien connaître les réelles raisons du départ de Järvi. J'ai ma petite idée là-dessus ;-).

Il a fini son épisode de vie à Paris et peut donc aller vers des musiciens plus disciplinés et des postes mieux payés. En tout cas, c'était assez évident pour moi, d'autant que sa notoriété a considérablement crû entre la signature de son contrat parisien et celle de la NHK…

--

Faust :
Ce n'est un mystère pour personne - il y a largement prescription - de rappeler que le Nouvel orchestre philharmonique de RF lorsqu'il a été constitué n'était pas un orchestre de qualité suffisante (à l'exception des violoncelles, les cordes n'étaient pas d'une qualité irréprochable). C'est de ce constat que les responsables de l'orchestre et les musiciens sont partis à l'époque pour décider de travailler ensemble à améliorer le niveau de l'orchestre et de demander à Marek Janowski de réaliser cette transformation. Soyons clair, à l'époque, le NOP était en dessous du niveau - parfois variable, il est vrai - des deux autres orchestres parisiens. Ces temps sont révolus et le Philharmonique est devenu un orchestre de bon niveau.

Les appréciations que vous portez sont d'une autre nature. Elles portent sur les qualités propres de chaque formation et sur les préférences que vous pouvez avoir selon également les oeuvres interprétées. On a parfois reproché à Janowski de donner au Philharmonique les sonorités d'un orchestre allemand. Le National a sans doute plus une sonorité française. N'oubliez pas en mentionnant Kurt Masur et Daniele Gatti d'y inclure les musiciens et sans doute - je présume ? - le rôle de Sarah Nemtanu, violon solo du National.

C'est vrai, je parlais d'un point de vue esthétique (souplesse stylistique) : le niveau purement technique (mais doit-on en excepter le travail du style ?) du Philharmonique est assez superlatif désormais.
Je ne trouve pas forcément le National si français – en réalité, français, pour un orchestre, ça m'évoque plutôt des défauts (cordes rêches, vents criards), tels qu'on peut les entendre chez les orchestres les plus faibles de province ou dans les vieilles bandes de l'orchestre historique de la RTF. Au contraire, sa belle tenue est davantage « germanique », d'une certaine façon.
Le Philhar', c'est différent,j il a une sorte de fondu plus « international » et monochrome, un peu comme le Philharmonia à l'époque où on le qualifiait de « New » (aujourd'hui beaucoup plus coloré !).


Ce qui me fait réagir, c'est ce que je lis ces derniers jours où certains disent ou laissent entendre : quelle gabegie à Radio France, ils ont deux orchestres alors qu'un seul suffirait ! C'est du grand n'importe quoi. Je pense qu'il faut plutôt se demander si Paris justifie d'avoir trois orchestres et, pour ma part, je réponds positivement sans hésiter.

Je suis prêt à répondre positivement (je fais un peu partie des premiers intéressés à la multiplication des orchestres, forcément !), mais pour le justifier, encore faudrait-il que leurs répertoires diffèrent et que leurs missions soient remplies. Une nouvelle salle et deux orchestres pour jouer essentiellement Mozart, Verdi, Brahms et Bruckner, ça me laisse un peu dubitatif. Mais avec une politique un brin plus ambitieuse, oui, bien sûr !


Ultime remarque. Si l'un des deux orchestres de la Radio venait à disparaître, sacrifié sur l'autel du budgétarisme effréné, cela constituerait un dangereux précédent. D'autres formations verraient très rapidement leur existence même également menacée.

Bien sûr, ce serait une alerte très sérieuse. Mais on est en France, ça n'arrivera pas : on n'est capable de rien retirer. Déjà qu'à Berlin, le projet mainte fois répété de réunir les orchestres (notamment de la Radio réunifiée, ce qui n'est pas absurde…) a toujours échoué (et, là encore, tant mieux – d'autant que ce sont les deux orchestres les plus intéressants de la capitale…), alors en France, je ne m'alarme pas trop.


Merci pour tous ces développements très intéressants !

22. Le samedi 4 avril 2015 à , par Berwald

Quelques petits compléments et remarques à tous ces développements effectivement intéressants. Tout d'abord, la pétition pour la défense de toutes les formations musicales de Radio-France, à signer "obligatoirement" par les temps qui courent : https://www.change.org/p/monsieur-manuel-valls-premier-ministre-madame-fleur-pellerin-ministre-de-la-culture-et-de-la-communication-défendez-les-formations-musicales-de-radio-france.

Ensuite, le problème majeur des deux orchestres de la radio, à savoir la communication. En effet, Faust souligne à juste titre les actions pédagogiques du Philhar', je ne reviens donc pas dessus (ajoutons tout de même les collaborations avec Zygel), mais mentionnons également la part du National, ce soir par exemple l'opération originale "Viva l'orchestra" (http://www.maisondelaradio.fr/evenement/concert-spectacle/viva-lorchestra/lorchestre-des-grands-amateurs), un orchestre amateur au grand complet ayant travaillé avec les musiciens de l'orchestre, ou encore la série des trois superbes "concerts-fictions", créations réalisées en collaboration avec France Culture (http://www.franceculture.fr/emission-fictions-droles-de-drames-dracula-2014-04-19 ; http://www.franceculture.fr/emission-fictions-droles-de-drames-au-coeur-des-tenebres-2014-06-21 ; http://www.franceculture.fr/emission-fictions-samedi-noir-alice-merveilles-2015-02-07).

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la valorisation du travail de ces orchestres (qui devrait dépasser la simple diffusion sur France Musique des jeudi et vendredi soirs). Concernant les CD par exemple : très beau disque du Philhar' dans Dusapin, très belle réalisation du National dans les DVD et livres-disques "Pierre et le Loup", magnifique coffret de 8 disques d'archives du National tout récemment sorti, etc). Ou le site Internet...

Enfin, pour les souhaits d'amélioration, une véritable politique artistique, conjointe et audacieuse. Je plaiderais comme David pour plus de créations symphoniques pour le Philhar' (l'EIC étant une formation restreinte) et plus de musiques françaises "du patrimoine" au National (Roussel, Koechlin, Ibert, Ropartz, Emmanuel, Pierné, Schmitt, Poulenc, etc), que plus aucune "grande formation" ne défend...

En tous cas, messieurs les politiques, responsables et autres tutelles, maintenant que ces deux orchestres ont un bel outil de travail (l'Auditorium), ce n'est certainement pas le moment de les déloger ! Au contraire, il faut accompagner leur épanouissement en s'intéressant plutôt au haut de la pyramide et certainement pas aux musiciens (en prétendu "surnombre") qui composent ces formations, tous d'excellent niveau et dévoués à leurs missions de service public et de diffusion au plus grand nombre de la musique...

(et une petite précision à ce propos sur l'effectif des orchestres, évoqué par Faust dans un commentaire précédent. En fait, le National est déjà bien plus réduit que le Philhar' ou l'OdP à ce niveau : le National n'a par exemple qu'un seul "super-soliste" chez les vents (fonctionnement global du pupitre à quatre), quand le Philhar' ou l'OP fonctionnent eux à deux super-solistes (pupitres à cinq) : si l'un joue, l'autre n'est pas là, et inversement... Ce sont bien là les standards internationaux, mais le Philhar' pouvant de nature être amené à se scinder en deux effectifs, les deux super-solistes peuvent du coup travailler en même temps. On voit là que les deux formations orchestrales de Radio-France sont donc loin du temps de travail "privilégié" présenté par certains médias...).

23. Le samedi 4 avril 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Franz !


Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la valorisation du travail de ces orchestres (qui devrait dépasser la simple diffusion sur France Musique des jeudi et vendredi soirs). Concernant les CD par exemple : très beau disque du Philhar' dans Dusapin, très belle réalisation du National dans les DVD et livres-disques "Pierre et le Loup", magnifique coffret de 8 disques d'archives du National tout récemment sorti, etc). Ou le site Internet...

C'est très vrai : il n'existe quasiment aucun disque du Philhar' (en effectuant une rapide recherche il y a un ou deux ans, je n'avais pas réussi à atteindre la dizaine !) en dehors de quelques pièces spécialisées. On est un peu dans la même situation que pour la Radio de Munich ou le Konzerthaus : dans l'angle mort de la production orchestrale d'une grande métropole, malgré son immense qualité.

24. Le dimanche 5 avril 2015 à , par Berwald

Bonjour David,

en effet (pour le Philhar', à noter également un très beau disque Dutilleux vers 2013-2014). Ce qui est incroyable, c'est que tous les concerts des deux formations (ou presque) sont enregistrés : cela fait potentiellement une centaine de disques par an, avec sans doute de nombreuses pépites à diffuser au delà du simple cadre des auditeurs du concert ou de la retransmission sur France Musique... La création d'un véritable label "maison" serait sans doute une piste (peut-être un frein est-il dans les contrats d'exclusivité des directeurs musicaux actuels avec certaines maisons de disques, Chung avec DG et Gatti avec Sony classical).

D'ailleurs, au delà du seul support physique, la réécoute en ligne des concerts n'est pas non plus aisée... Direction le site (mal fait également...) de France Musique et les présentations pas toujours heureuses des producteurs de la chaîne ! Bof... A quand un site spécifique d'écoute en ligne des concerts de Radio-France avec des entrées par oeuvres, compositeurs, etc, et infos afférentes ?

(PS : je suis démasqué ;-)... En tout cas, en lien avec une remarque lue quelque part ici-même, je souscris pleinement à une intégrale des symphonies de mon camarade scandinave Carl, que j'adore !...)

25. Le mercredi 8 avril 2015 à , par David Le Marrec

Bonjour Franz !

Je suis tout à fait d'accord, on pourrait sans peine faire comme les autres et proposer un label maison, vu que des captations exploitables existent – les standards radio et disco ne sont pas tout à fait les mêmes, mais il existerait bel et bien un public pour ces disques. Et cela semble plutôt bien fonctionner à la fois sur la rentabilité de la vente et le gain en image des maisons qui appliquent cette norme.

Radio-France a en plus pour elle la possibilité de s'allier à l'INA, ce qui devrait augmenter ses forces. Mais je crains que, dans les faits, il n'y ait justement des problèmes entre les contrats signés chez des majors, la détention des droits d'exploitation par l'INA, et la volonté éventuelle des orchestres de commercialiser leur production. Simple n'est pas français.

Je ne crois pas qu'ils veuillent trop exposer leur production radiophonique (là aussi, question de droits, je ne suis pas sûr qu'ils aient le droit de le présenter de façon trop attrayante)… néanmoins, un site bien fait de nuirait à personne, je suis bien d'accord.

Consolation : sur ce plan, le site de France Mu est loin d'être le pire du marché, à présent qu'ils diffusent dans un format audio de qualité correcte. Les autres radios du monde (BBC, NRK, Canada, USA, Italie, Allemagne, Autriche…) ont souvent des aborescences encore moins claires et des visuels encore plus inconfortables (sans parler de tous les machins à installer, des inscriptions nécessaires…).

Sur ce plan, avantage à la Radio Lettonne n°3, qui proposait il y a quelques années (je n'ai pas vérifié récemment) toute son antenne à la réécoute… sur une seule page !

Pour l'heure, les parisiens ont droit à une intégrale des concertos de Nielsen par Järvi, ce n'est pas si mal. J'attends aussi très impatiemment qu'on puisse entendre la Première et la Deuxième, plus rarement programmées que les autres.

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