Carnets sur sol

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Saison 2018-2019 : remise des prix symphoniques, chambristes, solistes


La notule a été complétée : vous pouvez désormais retrouver la rétrospective de ces autres grands moments (en attendant l'oratorio, le lied, et bien sûr les salutations de productions, d'artistes…).




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e) Musique symphonique

Sibelius 2 par l'orchestre Ut Cinquième, direction William Le Sage. Dans une église insupportablement glaciale (10°C, pas plus), la plus grande interprétation que j'aie entendue de cette symphonies. Bien qu'ensemble amateur, on est saisi par l'aisance et l'aplomb incroyable de cette formation, le plaisir évident de jouer aussi. William Le Sage (alors encore étudiant en direction au CNSM, il vient d'obtenir son prix il y a deux semaines !) parvient avec eux à sculpter la structure élusive des symphonies sibéliennes : l'impression de comprendre, comme jamais, les transmutations de la matière thématique, et avec quel relief et quelle gourmandise. Une expérience d'orchestre où les musiciens vous donnent l'impression de connaître si bien la composition que vous auriez pu l'écrire, un de ces voyages qui peuvent marquer une vie de mélomane.

Star Wars IV,V,VI,VII par l'ONDIF : musique géniale, du niveau des grands Wagner (en tout cas les IV & V), une forêt de leitmotive incroyables, habituellement couverts par les dialogues et bruitages, qui peuvent enfin, en condition de concert, s'épanouir (on entend mal sur les disques, qui ne sont d'ailleurs pas complets, et qui souffrent de manquer de l'ancrage de l'image évidemment, comme du Wagner écouté en fond…). A fortiori avec l'investissement toujours exceptionnel de l'ONDIF, qui n'a d'ailleurs rien mis à côté dans ces courses très intenses (où il faut absolument tenir le tempo) et malgré des traits d'orchestre absolument redoutables (et très exposés). Incroyablement jubilatoire en termes de musique pure, même indépendamment de l'intérêt des films.

Mendelssohn 3 par l'OCP et Boyd : À la fois charnue et acérée, la lecture la plus complète que je n'aurais pu rêver de cette symphonie… je découvre au moment de son départ que, tout en sobriété et finesse, Boyd est un très grand chef. Et l'engagement de l'OCP, comme d'habitude, combiné à leur hallucinant niveau individuel, a battu à plates coutures toutes mes références discographiques (Vienne-Dohnányi, HerasCasado-FreiburgerBO, Fey-Heidelberg…), émotionsubmergeante.

Bruckner 6 par l'OPRF et Chung (que j'entendais diriger pour la première fois, étrangement !). Je tenais la symphonie pour la plus faible de Bruckner – la seule que je n'aime pas vraiment, avec la 8 –, et j'ai au contraire été absolument passionné de bout en bout par cette lecture peut-être facialement traditionnelle, mais qui empoigne le matériau avec une telle intensité, une telle qualité d'articulation, que tout paraît, pour une musique aussi formelle et abstraite, incroyablement présent.

Polaris de Thomas Adès (Orchestre de Paris, Harding), pièce contemporaine au sujet astral, qui exploite l'espace d'une salle de concert de la façon la plus persuasive et agréable. Ce ne doit pas être très opérant au disque, mais c'est un ravissement en contexte.

Chostakovitch 5 par Toulouse et Sokhiev : Après avoir vénéré Chostakovitch et puis (très rare cas en ce qui me concerne) avoir réévalué mon intérêt sensiblement à la baisse ; après une mauvaise expérience en salle de cette symphonie (OPRF / Kuokman, vraiment pas un bon soir), l'une des rares que j'aime vraiment chez lui (avec la 10)… une révélation. Lecture ronde mais dense et intense, portée par l'engagement toujours sans faille de l'orchestre. La lumière douce et aveuglante à la fois du Largo m'a terrassé.

Quelques autres grandes expériences, comme le Beethoven (1,2,4) totalement ravivé et jubilatoire du Concert des Nations, ou Mendelssohn 4 & Schumann 2 par Leipzig (quel orchestre somptueux, charpenté à l'allemande mais d'une rare chaleur).

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f) Musique de chambre

Le Cuarteto Quiroga, mon chouchou de tous les quatuors en activité, dans un incroyable programme Turina (Oración del Torero), Ginastera 1, Helffter (Ocho Tientos), Chostakovitch 8 !  La fine acidité fruité du son, le feu, la lisibilité sont poussés à des degrés inégalés dans des pièces dont la rareté n'a d'égale que la richesse (les modulations de Turina, les danses folles de Ginastera…).

Quintette piano-cordes de Jean Cras (Sine Nomine, Ferey). Farci de folklore breton et de chants de marins, mais d'une sophistication digne de son goût postdebussyste, une œuvre considérable, rarissime au concert (il s'agissait de célébrer la parution d'un second enregistrement de ce quintette).

Trios piano-cordes de Mmes Mendelssohn-Hensel, Wieck-Schumannk, Reverdy et K.M. Murphy par le Trio Sōra (là aussi, dans le tout petit groupe des meilleurs trios du monde, avec avec les Zadig, les Grieg et les ATOS…). Œuvres de grand intérêt, de véritables bijoux structurés avec sérieux et mélodiques avec générosité, servies avec l'évidence de ces artistes de haute volée (qui font sonner, sans exagérer, Kagel comme s'il était aussi accessible et génial que Mozart).

Réentendre, à deux ans d'intervalle (!) l'immense Quintette piano-cordes de Koechlin, cette fois par Léo Marillier et ses spectaculaires amis. Un des sommets de toute la musique de chambre.

Mouvements tirés de Haydn 72-2, Schubert 14, Grieg, Fauré, et deux quatuors de Brahms (3, par les Voce) Leilei (figuralismes d'arbre) par les étudiants du Quatuor Voce dans le 93 (CRR Aubervilliers, CRD Courneuve, CRM Fontaine-sous-Bois…). Niveau quasiment professionnel, même pour les quatuors issus de conservatoires municipaux, une homogénéité de son, une aisance, et même une réelle maturité musicale… Les présents (très peu nombreux dans la Mairie du IVe) furent très impressionnés. Un vrai moment intime et très intense de musique de chambre.

Sonates anglaises violon-clavecin (rien que des opus 1 !) du premier XVIIIe, d'Eccles, Stanley, Shield, Gibbs, Festing… par Martin Davids & Davitt Moroney. Outre les talents exceptionnels de conteur (et en français !) de Moroney, très surpris par l'intérêt de ce répertoire (étant peu friand de musique de chambre baroque, en général surtout décorative), et découverte de Martin Davids, un violoniste qui joue avec la même facilité que s'il traçait négligemment un trait de crayon dans le spectre sonore…

Pièces avec flûte, notamment de Rolande Falcinelli. Découverte de la compositrice, encore une figure, comme Henriette Puig-Roget par exemple, qui représente avec beaucoup de valeur la succession de la grande tradition française du début du XXe, et que le disque, les concerts ont totalement occultée.

Et quantité d'autres grandes aventures… les Quatuors de Gasmann et Pleyel sur instruments d'époque (Quatuor Pleyel), l'arrangement de la Symphonie 104 de Haydn pour Quintette flûte-cordes, un après-midi consacré à Louis Aubert par Stéphanie Moraly, la Première Symphonie de Mendelssohn pour violon, violoncelle (Quatuor Akilone) et piano quatre mains, le même Turina pour quatre guitares, l'intégrale des Trios de Brahms par Capuçon-Moreau-Angelich, le beau quatuor de Jean-Paul Dessy (Quatuor Tana), du clavecin à quatre mains (avec même au menu Saint-Saëns et Dvořák !)… bombance !

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g) Musique solo

Franck, Saint-Saëns, Samuel Rousseau, Tournemire, Demessieux à la Madeleine par Matthew Searles. Quel programme de raretés !  Et exécutées avec une grande générosité, malgré l'instrument et l'acoustique vraiment difficiles. Les improvisations transcrites de Tournemire vous foudroient par l'ampleur des possibles qui s'ouvraient instantément sous les doigts de l'auteur des Préludes-Poèmes (on est plutôt dans cet esprit très complet, virtuose et nourrissant que dans les contemplations poétiques grégoriennes de l'Orgue Mystique).
Pas vu beaucoup de récitals d'orgue de cet intérêt et aussi bien soutenus !

Boyvin, Marchand & Bach sur le tout jeune orgue de Saint-Gilles d'Étampes (2018 !). Les deux Français splendides… en particulier Boyvin, lyrisme d'opéra si prégnant transposé (mais sans creux, répétitions ni longueurs, contrairement aux transcriptions d'opéras réels) dans le langage organistique. Si peu documenté au disque, et si persuasif.

Bach, Intégrale des Sonates & Partitas pour violon, Isabelle Faust. Comme le disque en témoigne, l'équilibre absolu entre les traditions, ni épaisseur du trait ni acidité du timbre, le meilleur de tous les mondes à la fois, tout en sobriété.

Beethoven, Sonates 6-14-16-31 par Daniel Barenboim. Autant j'ai de très grandes réserves sur le chef, autant le pianiste m'intéresse toujours. On pourrait trouver des petits jeunes encore plus fiables, mais il demeure bien préparé et très bien articulé comme toujours. Si ce concert m'a marqué (et davantage que celui avec les 7,13,21), c'est que j'ai redécouvert à l'occasion les sonates 6 et 16, de formidables bijoux d'invention qui ne m'avaient jamais autant frappé au disque.

Moi qui n'avais vu qu'un seul récital de piano solo en dix ans de concerts parisiens (et encore, un concert uniquement constitué de transcriptions d'opéras, d'oratorios et de symphonies par les élèves en direction de chant d'Erika Guiomar !), je les ai multipliés cette saison, avec la confirmation de l'évidence que les plus célèbres, même les artistes sérieux décantés par la carrière, ne sont pas nécessairement les plus intéressants.
Barenboim a tenu son rang, mais Pollini dépassé par des programmes que son âge ne lui permettent plus d'assumer, ou Zimerman excellent (mais pas virtuose ou singulier au point d'accéder aux demandes invraisemblables qu'il adresse à la Philharmonie pour accepter de venir) n'ont pas été mes plus grands moments d'éblouissement. Très agréable néanmoins, et belle expérience d'entendre tout ce monde en vrai, de se faire une représentation de la réalité de leur son (pareil pour Martha Argerich, que j'entendais pour la seconde fois – elle ne m'a pas déçu, absolument splendide et habitée dans le Concerto de Schumann, en revanche sa supériorité absolue me paraît une vue de l'esprit).


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Commentaires

1. Le dimanche 14 juillet 2019 à , par Diablotin :: site

Bonjour Davis,
Je suis très étonné que tu aies apprécié les sonates de Beethoven par Barenboim : les derniers choses que j'ai entendues de lui comme pianiste m'avaient laissé à entendre qu'il avait énormément perdu de sa technique pianistique depuis au moins 30 ans... je me souviens notamment de concertos pour piano de Liszt vraiment très peu avenants !

2. Le lundi 15 juillet 2019 à , par DavidLeMarrec

Après, les Sonates de Beethoven en question ne sont pas les plus virtuoses du répertoire, mais j'ai entendu quelqu'un qui maîtrisait pleinement son sujet (et très conforme à ce qu'il faisait dans les années 80, à la vérité…). Quelques rares petits pains ponctuels (que n'auraient peut-être pas faits un petit jeune au faîte), mais on sentait qu'il possédait de bout en bout et les œuvres et ses doigts.

Vraiment rien à voir avec Pollini (ou même Zimerman, auquel j'ai trouvé des limites plus stylistiques, disons).

Je le dis d'autant plus volontiers que je n'ai aucune sympathie pour Barenboim (il entre dans la petite frange des chefs d'orchestre dont je me dis qu'effectivement on se passerait bien, et tout ce qui transpire de sa vie de roitelet est assez répugnant). C'était du bon et solide piano, des lectures claires et très lisibles de ces œuvres tout de même exigeantes (et pour certaines assez abstraites).

3. Le lundi 15 juillet 2019 à , par antoine

David, toujours étonné par votre extase devant les starwarseries... Le mouvement lent de la 6ème d'Anton, l'un des plus superbes!

4. Le mardi 16 juillet 2019 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Antoine,

Je n'aimais pas beaucoup la 6, mais je dois dire que ce concert m'a dessillé… Le mouvement lent, moins ouvertement lyrique que dans la plupart des autres symphonies, est effectivement une petite merveille subtilement bâtie, qui prend tout son sens en contexte – contrairement à la 4 par exemple, je la trouve particulièrement homogène et cohérente entre ses parties.

Quant à Star Wars : quand on aime Wagner et R. Strauss, difficile de ne pas être fasciné par cette réactivation de leur pensée musique, dans un contexte qui intègre des compositeurs postérieurs (Holst, Stravinski, Bartók, Prokofiev…). L'usage des leitmotive y est vraiment digne des meilleurs opéras germaniques, en tout cas dans les deux premiers volets (le IV très wagnérien, le V plus marqué par les Français et le XXe) – par la suite, la cohérence thématique ne s'exprime plus de façon aussi dense musicalement, mais il reste de très belles choses.
Si on laisse de côté l'adhésion aux films eux-mêmes, je trouve difficile de ne pas considérer qu'il s'agit de très grande musique. (Étrangement, je trouve que Bernard Herrmann résiste un peu moins bien, hors contexte – son sommet Vertigo nourrit exceptionnellement l'atmosphère et l'émotion du film, mais privé de l'image, on entend beaucoup les références et un peu moins la continuité.)

Par ailleurs, c'était la première fois que j'entendais ces œuvres en vrai, ce qui est toujours une émotion rare, en particulier pour des musiques aussi physiques – à présent que j'ai écouté tous les Mahler 1 à 9 en salle, il faut bien me trouver des occupations. (Je trouve ça bien plus palpitant que certains Mahler, au demeurant, mais chut.)

5. Le mardi 16 juillet 2019 à , par Andika :: site

Tu étais donc à la 6ème de Bruckner à l'auditorium de RF avec le Philhar et Chung et je ne l'ai pas su, alors que j'y étais moi même ! Je m'y suis rendu avec un ami compositeur d'ailleurs. Et je me rends compte que je n'aurai pas pu te croiser à la sortie puisque nous avons filé en coulisses juste après les derniers applaudissement. Même si je n'ai pas retenu ce concert dans mon top 10, j'en garde un bon souvenir. Toutefois, le concerto pour violon de Dutilleux n'a pas été un moment assez agréable pour moi pour que ce concert soit éligible dans mon top !

6. Le mercredi 17 juillet 2019 à , par DavidLeMarrec

Hé oui, je me suis aperçu trop tard, dans le métro, que tu étais là en lisant Twitter ! J'étais également accompagné cela dit.

Pour moi, c'est le sommet du concert qui me fait déterminer ce qui est important, je ne tiens pas en compte du reste moins intéressant, une moyenne fausserait l'importance subjective du moment. Quand Honeck est venu faire sa Suite de Rusalka, le reste du programme n'était pas exaltant, mais ça m'a marqué au fer rouge…

Par ailleurs, j'aime beaucoup L'Arbre des Songes (et Kavakos), ravi de l'entendre enfin en vrai même si, étrangement, moins séduit que par les Métaboles (qui me touchent pourtant moins au disque…). Mais alors, cette Sixième de Bruckner, que je tenais pour du petit Bruckner… quelle cuisant (et délectable) démenti !

7. Le mercredi 17 juillet 2019 à , par Andika :: site

J'ai réécouté l'arbre des songes sur France Musique par la suite, l'ouvrage était tout de même écoutable. Et puis au final, c'est quand même un bon souvenir. J'ai pu saluer Magali Mosnier à l'issue du concert. Je lui ai simplement dit que je l'adorais. Je suis ému rien que d'y repenser.

La 6ème de Bruckner, j'y avais justement été sensibilisé par mon ami compositeur, et il avait tellement raison. J'avais développé une petite obsession pour cette partition, mais qui m'est passée depuis que j'ai concrétisé à ce concert.

8. Le mercredi 17 juillet 2019 à , par DavidLeMarrec

Des fois le concert assouvit, oui. Pour moi, c'est encore plus vrai lorsque je joue une partition : en général je cesse alors de l'écouter, c'est comme si elle m'habitait et que je n'en éprouvais plus le besoin. (Alors que je suis à la vérité bien loin de la posséder par cœur, bien évidemment !)

Oh oui, le Dutilleux est plus qu'écoutable. J'ai été un peu déçu par la grisaille et surtout la structure, j'en avais une impression bien plus organique au disque (à commencer par le disque OPRF-Chung, justement !), mais ça reste très accessible et assez lyrique, tout de même.

(J'aime bien Magali Mosnier. Mais il y a peu de flûtistes à qui je pourrais dire que je les adore.)

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