Carnets sur sol

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Le dilemme du spectateur blasé


Non, je ne parle pas de celui qui consiste à aller voir quelque chose qu'on a décidé qu'on détesterait, ce serait mesquin.

La question est plus pratique, en réalité :

en sortant ce soir de la dernière des Pêcheurs de perles, après avoir vu la première lundi de la semaine passée, j'ai été plus que jamais frappé de l'évolution classique d'une série de représentations - puisqu'il arrive rarement aux lutins de doublonner, seules les circonstances ayant présidé cette fois-ci à la réitération.

A la première, j'avais regretté la mise en place aléatoire et la mollesse du Philharmonique de Radio-France. Ce soir au contraire, l'orchestre était d'une grande électricité, s'autorisant un tranchant de cordes, des brames de trombones et même manifestement des tempi (ou au minimum des tensions) bien plus débridés ! Sans avoir forcément dans l'absolu la couleur idéale de l'oeuvre, l'orchestre a livré une lecture extrêmement attentive aux chanteurs (volumes orchestraux discrets, et ne couvrant jamais personne, même dans les tutti vigoureux) et investie, avec des phrasés toujours tendus, allants, et infiniment plus dansants qu'à la première. Il restait quelques accompagnements un peu maladroits de récitatifs, ce qui n'est clairement pas leur spécialité traditionnelle, mais l'ensemble était d'un très bel engagement, plus proche de Francesca da Rimini avec Vedernikov que de la soirée terne de la première.
Je ne crois pas que la présence de micros suffise à expliquer cet écart, on semble clairement avoir gagné en aisance.

A l'inverse, les chanteurs (les voix aiguës en fait, dont les timbres et équilibres sont plus fragiles) semblaient plus fatigués : la voix de Yoncheva, toujours merveilleuse, n'était plus aussi parfaitement placée "dans la résonance", Korchak peinait un peu (le timbre, pas très beau, se découpait nettement entre la note et les harmoniques, ce qui donnait l'impression désagréable d'être à côté de la note, alors que ce n'était pas forcément le cas). Au contraire, Testé était plus sonore et Heyboer conservait son mordant et sa diction toute la soirée, sans la baisse progressive de forme du lundi.

Ce n'est pas la première fois que je le remarque (et la plupart des spectateurs ayant fait ce type d'expérience l'attestent), et cela relève d'un choix épineux : les dernières représentations sont en général beaucoup plus habitées, mais les chanteurs sont plus fatigués, certaines voix ne "sortent" plus très bien. Etant donné que beaucoup de premières sont un peu prudentes, on prend moins de risques sur l'hypothétique fatigue (qui reste marginale et s'entend surtout par comparaison) de la dernière, mais cela reste un choix épineux pour les amateurs de voix un peu trop glottophiles...


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Commentaires

1. Le lundi 2 juillet 2012 à , par Joël :: site

Il m'est arrivé très souvent de doublonner. Ma pire expérience en la matière a été l'opéra Akhmatova de Mantovani. J'avais plutôt aimé la première. Je devais alors être dans un état de concentration et d'attention que je ne pus reproduire les deux autres fois que je vis cet opéra. L'effet de surprise n'était plus là, et ce que j'avais remarqué la première fois, je n'y faisais plus attention. Cela ne m'amusait plus du tout... et la troisième fois, ce fus presque un supplice.
En général, même en étant placé plus ou moins au même endroit, à peu de jours d'intervalle, avec les mêmes interprètes, je ne pense pas avoir eu deux fois les mêmes sensations...

2. Le mercredi 4 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Joël !

Effectivement, pour les musiques qui ne captivent pas totalement, autant l'effet de surprise peut permettre de laisser passer sans douleur, autant la réécoute peut être pénible... Quelquefois même, la musique (même que j'aime !) peut être si prévisible ou si familière qu'on est à deux doigts de s'ennuyer un peu, alors qu'on écoute sincèrement l'oeuvre avec enthousiasme au disque...

Les sensations changent, mais tout de même rarement de façon fondamentale, en tout cas si l'on est placé dans la même région à deux représentations d'intervalle... Ca force l'admiration, d'ailleurs, cette régularité dans l'exploit des grands musiciens...

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