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Campra – Les entrées des Fêtes Vénitiennes


Présentation (plus) complète et production de l'Opéra-Comique (insertion dans la notule d'origine).


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Commentaires

1. Le vendredi 30 janvier 2015 à , par Faust

Quelle semaine ! Les Fêtes Vénitiennes et Cinq-Mars ... Les redécouvertes ne sont pas si fréquentes, surtout à un tel niveau de qualité.

2. Le samedi 31 janvier 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Faust !

Effectivement… à la fois les œuvres et les exécutions. Des bonnes, oui, souvent, mais superlatives dans les deux aspects, c'est plus rare.

Demain, des chœurs germaniques très rarement donnés (de Reinberger et Reger notamment …).

La semaine prochaine, il y a Wieck & Viardot par Yoncheva, le Don Quichotte de Boismortier.

La semaine suivante les Leçons de Ténèbres de Stradella et Torelli par Galou.

Et la semaine qui suivra Galathée de Masset par L'Oiseleur des Longchamps…

Ça fait pas mal de résurrections en un mois !

3. Le samedi 31 janvier 2015 à , par Faust

Il n'est sans doute pas inutile de souligner qu'avec des moyens limités, l'Opéra Comique pratique une politique artistique intelligente. Je ne connais pas les moyens du Palazzetto Bru Zane, mais la résurrection de Cinq-Mars a dû constituer pour eux une opération importante. Il ne reste plus qu'à attendre un hypothétique (?) reprise avec mise en scène.

Après avoir longuement tergiversé, j'ai finalement opté pour le Chevalier à la Triste Figure ... sans doute l'attrait pour Cervantès l'a-t-il emporté même si je reste dubitatif sur le tandem qui assure la mise en scène ...

4. Le dimanche 1 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Oui, l'Opéra-Comique (dont la subvention a été doublée, il me semble, lorsque Maryvonne de Saint-Pulgent a repris la maison, après l'ère Savary, avec le projet de la rendre à son répertoire spécifique) reste très modestement doté par rapport aux grandes maisons… et pourtant, quelle qualité !

Quand je veux faire découvrir des néophytes, je les emmène / envoie toujours là-bas, parce que les œuvres sont certes rares, mais elles sont accessibles (grosses conversions réussies avec Lecocq ou Rabaud, tout de même !), et

Le Boismortier est effectivement très respectueux de Cervantes, sensiblement les mêmes épisodes (à l'inclusion près de Montesinos dans les événéments chez la Duchesse), et d'une gaîté sans pareille. En revanche, même si je n'ai rien contre les Benizio, ce qu'ils ont fait à l'œuvre, d'après les extraits vidéos vus de Metz (désolé, il y a très peu de temps que c'est sorti, je n'ai pas pu prévenir !), semble assez criminel… Découpé en tranches pour des numéros de cabaret au milieu des actes, méta-commenté d'une façon mille fois vue… et visuellement assez dans le genre kermesse dépareillée de village.

Ils partent du postulat qu'il manque des dialogues, ce qui, sans en avoir vérifié les détails dans les archives, me paraît hautement improbable : il s'agit d'un « ballet comique » (toujours entièrement chanté), pas d'un opéra comique, et il ne manque absolument rien dans l'intrigue. Il était d'usage de fournir un synopsis aux spectateurs avec éventuellement le contexte précédant l'action, mais rien à voir avec l'inclusion de longs divertissements.
C'est d'ailleurs un contresens manifeste : cette pièce très courte était déjà conçue comme un prologue ou un intermède à des œuvres de plus vaste ambition (notamment Le Pouvoir de l'Amour de Royer, opéra ballet à entrées, léger et galant, mais pas comique… et sensiblement plus long).

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit que d'un prétexte à inclure des numéros de café-concert sans aucun rapport avec l'intrigue. Bref, je suis un peu embarrassé d'avoir présenté la chose comme un immense événement, car si la musique l'est, je crains que le visuel et le rythme général ne soient un peu pénibles.

5. Le mardi 3 février 2015 à , par Azbinebrozer

Bonsoir David,

Merci pour tout le travail proposé ici progressivement.

Peut-être ma seule soirée opéra de l'année mais quel régal ! Je me sens trop petit amateur pour juger des chanteurs. Avec des qualités différentes, ce fut une suite de plaisirs. Comme un Bordeaux mono-cépage, pur Merlot, peu d'acidité et de relief, Les fêtes vénitiennes sont une douceur sans heurts.

Avez-vous David déjà recensé sur votre site, une liste d'Opéra- ballets sur cette période ? Il y en a peu ?

Aussi léger soit le livret, les enjeux culturels de ces fêtes italiennes semble quand même importants.
Une question, on assiste dans le prologue au combat victorieux de la Folie sur la Raison semble-t-il... La Raison, si c'est bien elle, est ici représentée sous les traits d'une religieuse accompagnée de deux prélats censés représentés, nous dit le livret de l'Opéra Comique, les sages Démocrite et Héraclite. Sait-on quelque chose de ses représentations au XVIIIème siècle ? Est-ce que cela vise le poids rigoriste et religieux qui pesait sur le climat moral, culturel de la cour à la fin du règne de Louis XIV ? Ou bien est-ce une représentation moderne finalement consensuelle ? À assimiler la raison à du religieux, on n'y perd pas quand même un peu ses derniers restes de laïcité ?! ;-)

6. Le mardi 3 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Azbinebrozer !

Ravi de lire que vous êtes convaincu également.

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Pour les opéras-ballets, vous pouvez éventuellement lire la série « Tragédie lyrique - l'intégrale », qui en comporte quelques-unes (en utilisant le vocable de tragédie lyrique dans un sens extensif et un peu générique).

Sinon, il y en a beaucoup eu, le goût du public, à la Cour comme à Paris, se tournant massivement vers ce genre dès les dernières années du XVIIe siècle. En enregistrements, en revanche, à part pour Rameau (où c'est même l'essentiel de sa production), on n'a pas forcément beaucoup de documentation.

Vous pouvez tout de même trouver :

¶ L'Europe Galante de Campra par Leonhardt (Christie en a fait une version à Ambronay en prononciation restituée, si vous souhaitez y jeter une oreille, contactez-moi). La captation vidéo de ces Festes Vénitiennes par CultureBox.

¶ Des extraits (instrumentaux) des Éléments de Destouches par Hogwood.

C'est à peu près tout pour ce qui correspond esthétiquement à la « deuxième école » de tragédie en musique, qui crée le genre (Campra & La Motte). Les deux suivants conservent encore des traits de l'époque précédente, mais appartiennent déjà à autre chose de moins prosodique, de plus décoratif.

Zélindor, roi des sylphes, de F. Francœur & F. Rebel (Brown ou mieux, Haas-Glodanu).

¶ Égine de Blamont (seule partie enregistrée des Festes de Thétis co-écrites avec Bury) par d'Hérin.

¶ Rameau bien sûr : Les Surprises de l'Amour (ballet à entrées), Zaïs (ballet héroïque), Les Festes d'Hébé (ballet à entrées), Les Festes de l'Hymen et de l'Amour (ballet héroïque à entrées), Le Temple de la Gloire, La Guirlande, Les Indes galantes (ballet à entrées), La Naissance d'Osiris (ballet allégorique), Platée (ballet bouffon ou comédie lyrique), Pygmalion… se trouvent au disque. À part Les Festes de Polymnie (ballet héroïque à entrées) et Io (ballet en un acte inachevé, considéré comme la dernière composition de Rameau), il ne reste plus grand'chose à enregistrer parmi les œuvres un peu ambitieuses, j'ai l'impression.

¶ Les Festes de Paphos de Mondonville (ballet

¶ Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier (ballet comique) — qui à mon humble avis porte à son sommet les possibilités du genre.

Les Folies de Cardenio de Lalande sont un véritable ballet pur (destiné à ponctuer une pièce parlée), en revanche la frontière peut se montrer assez floue : Les Paladins de Rameau sont seulement une comédie lyrique (alors qu'on y danse plus que Platée, qui porte aussi le titre de ballet bouffon), La Princesse de Navarre une comédie héroïque (là aussi, ça danse plus que partout ailleurs…), des pastorales (héroïque pour la première), pareil pour ou Titon & L'Aurore de Mondonville (pastorale héroïque).
Le Triomphe d'Iris de Clérambault, Zéphyre de Rameau (pareil pour Acanthe & Céphise, Nélée & Myrthis, et Naïs du côté héroïque), Titon & L'Aurore de Mondonville, Daphnis & Chloé de Boismortier sont des pastorales… Pareil pour Les Amours de Ragonde de Mouret (divertissement pastoral, plus proche de formats préexistants, comme Les Festes de l'Amour et de Bacchus de Lully).

De toute façon, mis à part concernant la tragédie en musique, dont le cahier des charges reste assez clair, les autres genres dépendent beaucoup de la fantaisie du public et des auteurs.


Mais là, vous avez déjà le plus clair de ce qui se trouve au disque.

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Aussi léger soit le livret, les enjeux culturels de ces fêtes italiennes semble quand même importants.

Je suis plus dubitatif là-dessus. J'y vois quand même une collection de clichés, plus ou moins artificiellement entrelacés : le rapport entre les deux parties de l'entrée des Joueurs, à savoir la jalousie à part le poncif du lien symbolique entre le Jeu de hasard et l'Amour, me paraît bien lâche. On sent surtout l'envie de faire de la couleur locale (sérénade dans les canaux, puis Ridotto) et du divertissement de carnaval (masques, quiproquos, jeux immoraux).

Par ailleurs, parmi les nombreuses entrées écrites pour alterner dans ce ballet, certains n'ont qu'un lien très vague avec la localisation. Sans chercher bien loin, l'entrée de l'Opéra présentée ici par Les Arts Florissants pourrait aussi bien se dérouler à l'Académie Royale de Musique. Davantage, d'ailleurs : sa pastorale et ses parodies (l'ouverture qui ressemble tant à Atys est en réalité celle de la Mascarade de Lully) sont typiquement françaises. C'est encore plus vrai rétrospectivement, pour nous qui sommes familiers de Borée sur la scène française ou de l'enlèvement de Sophie Arnould.


Une question, on assiste dans le prologue au combat victorieux de la Folie sur la Raison semble-t-il... La Raison, si c'est bien elle, est ici représentée sous les traits d'une religieuse accompagnée de deux prélats censés représentés, nous dit le livret de l'Opéra Comique, les sages Démocrite et Héraclite. Sait-on quelque chose de ses représentations au XVIIIème siècle ? Est-ce que cela vise le poids rigoriste et religieux qui pesait sur le climat moral, culturel de la cour à la fin du règne de Louis XIV ? Ou bien est-ce une représentation moderne finalement consensuelle ? À assimiler la raison à du religieux, on n'y perd pas quand même un peu ses derniers restes de laïcité ?! ;-)

Oui, on a des croquis, il me semble les avoir vu passer… Rien de très spectaculaire, mais évidemment, on n'était pas dans la critique consensuelle du fanatisme religieux à l'époque de la Maintenon, n'est-ce pas.

Je crois que vous cherchez un peu loin : la mise en scène de Carsen (effectivement pas très passionnante dans le Prologue) recycle essentiellement des clichés (contemporains) sur Venise, en écho à ce que fait l'œuvre pour sa propre époque… Donc les casse-pieds anti-jouissance inoffensive, ça devient les religieux.

Après, on peut y ajouter tout le sous-texte qu'on veut sur la critique de la morale du début du XVIIIe (c'est comme ces films qui militent contre l'esclavage, on ne peut qu'admirer le combat d'avant-garde), mais je crois que fondamentalement, le principe de Carsen était beaucoup plus simple. (Témoin les touristes tout à fait « récents ».)

7. Le mercredi 4 février 2015 à , par Faust

Retour sur Boismortier ... L'évènement est toujours musical. Les metteurs en scène - pour moi, en tout cas ! - viennent en second. Sauf rares exceptions on les oublie assez vite d'ailleurs. Ce n'est pas la première fois qu'Hervé Niquet s'acoquine avec les Benizio, il me semble ! Et puis, la semaine passée, je me suis fourvoyé au Châtelet en allant voir Il Re pastore que je n'avais pas entendu depuis une éternité. L'équipe de mise en scène s'est enlisée dans son concept de transposition dans la guerre des étoiles ... qui ne débouchait que sur le vide sidéral ! Mais, le Châtelet a les moyens ! Il y avait dans l'équipe en question un "dramaturge" dont je me demande bien à quoi il a pu servir !

8. Le mercredi 4 février 2015 à , par DavidLeMarrec

C'est seulement qu'en l'occurrence, la pièce semble un peu démembrée et parasitée par la mise en scène… Tout est déjà si court à l'intérieur (les ariettes font généralement moins d'une minute, les ballets rarement deux minutes, etc.), que si on l'interrompt… L'œuvre ne dure pas une heure, et le programme annonce 1h45 de spectacle !

Intéressant pour Il Re pastore, dont la presse généraliste a vanté l'éclatante réussite (ça avait l'air assez joli, vu les extraits)… comme à chaque fois qu'il s'agit de faire de « rendre l'opéra moins élitiste ». Le discours, que ce soit par l'eurotrash chic de Mortier ou par le divertissement bon teint de Choplin, fait semble-t-il toujours recette auprès des grands médias.
Moi, c'est surtout l'œuvre que je n'ai pas très envie de voir sur scène : dramatiquement, il n'y a pas de quoi en faire grand'chose !

9. Le mercredi 4 février 2015 à , par Azbinebrozer

Merci David pour toutes ces informations.

J'avoue avoir compilé déjà quelques-uns de vos articles sur la tragédie lyrique dans mes notes... Je vais effectivement passer par votre entrée « Chapitres », qui propose tellement de choses...

Vous avez raison le costume de la raison dans des tenues religieuses est ce qui permet aux contemporains de suivre facilement le propos. Si effectivement je vais un peu loin, est-ce que Démocrite et Héraclite en tenue de prélat ce n'est pas aussi aller assez loin ? C'est aussi révélateur de la difficulté de l'époque à assumer une « postmodernité » équilibrée, avec un idéal tout à la fois de jouissance et de rationalité, sans recours nécessaire au religieux. On nous berce ici d'une illusion, c'est un spectacle léger, en nous leurrant avec de bons boucs émissaires.

« se tournant massivement vers ce genre dès les dernières années du XVIIe siècle » Oui du coup les enjeux culturels de ces fêtes italiennes que j'envisage sont surestimés.
Je vous décris quand même ce que, naïvement, peu informé, il me semble se dessiner dans cette période et pas seulement dans ces fêtes de Campra ?
• L'italianité affichée après que le pouvoir ait érigé un modèle lyrique franco-français (que les Français goûtent encore peu aujourd’hui...)
• une place à la comédie
• du coup une place prépondérante aux personnages non divins et de petites naissances, le peuple quoi.
• un jeu un peu parodique du modèle culturel de la tragédie lyrique.

Pour un spectateur peu averti comme moi, il y a là des découvertes. Bien sûr cela peut paraître s'effectuer par du moins. Les questions liées à l'intrigue sont bien modestes... On a une valorisation de passions moins nobles... Globalement on peut voir ici un point de passage vers une musique plus bourgeoise, qui se développe sous d'autres aspects durant tout le XVIIIème siècle.

Il y a aussi avec ces fêtes, ce que les français redécouvrent peu à peu de leur « culture classique ». Des spectacles « savants » pour une élite, exposaient crûment un appel à la sensualité. Cet aspect de cette comédie lyrique peut interpeller l'auditeur contemporain, finalement de culture très romantique. Ici on n'oppose toujours pas tant raison et sentiments, que raison et folie. La tragédie recule, mais le cartésianisme intello-sensualiste fonctionne encore à merveilles dans les fêtes vénitiennes. Rien n'est si sérieux dans ces amours. Tout y est instabilité, jeux d'apparences et surtout plaisirs sensuels que Carsen rend si bien. Le monde est encore plutôt un chaos dans lequel la mécanique des passions n'a pas tant de profondeurs. On est loin d'une intériorité pure du sentiment. Dans ce chaos, la folie nous invite à profiter de la Fortune lorsqu'elle s'offre à nous !!
Si j'ai bien compris elle pouvait s'offrir lors de trois magnifiques soirées vénitiennes pour vous ?!!
Avez-vous honoré la Fortune avec tant de respect ? ;-)

10. Le mercredi 4 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !


Vous avez raison le costume de la raison dans des tenues religieuses est ce qui permet aux contemporains de suivre facilement le propos. Si effectivement je vais un peu loin, est-ce que Démocrite et Héraclite en tenue de prélat ce n'est pas aussi aller assez loin ? C'est aussi révélateur de la difficulté de l'époque à assumer une « postmodernité » équilibrée, avec un idéal tout à la fois de jouissance et de rationalité, sans recours nécessaire au religieux. On nous berce ici d'une illusion, c'est un spectacle léger, en nous leurrant avec de bons boucs émissaires.

Le Prologue étant en lui-même une bouffonnerie consacrant le triomphe (très temporaire !) de la Folie en temps de Carnaval, je ne crois pas qu'il faille prendre son propos ni sa mise en scène trop au sérieux.

Mais je suis d'accord, le parallèle était un expédient un peu facile qui ne rendait pas tout à fait compte de la nuance précise du livret. Cela dit, en tant que représentants de l'ordre moral casse-pieds mais fondateur de notre culture, le parallèle n'était pas non plus complètement incongru.

• L'italianité affichée après que le pouvoir ait érigé un modèle lyrique franco-français (que les Français goûtent encore peu aujourd’hui...)

Oui, tout à fait, même si l'italianité n'avait pas forcément le même sens pour les gens d'alors (ça voulait aussi dire complexité musicale). Mais c'est très vrai, Campra était vraiment un italianisant, et même si cela lui a été reproché (presque comme un petit côté anti-patriotique), le public s'est de plus en plus accommodé de ce versant italien s'il était accompagné de la légèreté nécessaire.

• une place à la comédie

Ça, ça existait avant. Il faudrait comparer les nombres, mais spontanément, je ne suis pas sûr. En revanche, le badinage et la légèreté, oui, complètement.

• du coup une place prépondérante aux personnages non divins et de petites naissances, le peuple quoi.

C'est le principe de ce qui n'est pas tragédie en musique ou pastorale… ces ballets font (mais pas systématiquement, c'est simplement un droit) place à des personnages simplement humains, même si exotiques.

• un jeu un peu parodique du modèle culturel de la tragédie lyrique.

Oui, le reflet du modèle apparaît souvent (ouvertement dans la dernière entrée).


Pour un spectateur peu averti comme moi, il y a là des découvertes. Bien sûr cela peut paraître s'effectuer par du moins. Les questions liées à l'intrigue sont bien modestes... On a une valorisation de passions moins nobles... Globalement on peut voir ici un point de passage vers une musique plus bourgeoise, qui se développe sous d'autres aspects durant tout le XVIIIème siècle.

Je crois qu'y voir un embourgeoisement ne serait pas vraiment conforme à la réalité : le goût est formé sur celui de la Cour (les Parisiens récoltent la plupart du temps ce qui est d'abord créé pour icelle), et les goûts de la Cour plébiscitent ces nouvelles formes légères. Avant la Révolution, les goûts supposément bourgeois sont quand même avant tout du ramassage de miettes d'œuvres conçues pour l'aristocraties… il n'y a guère d'art conçu pour séduire spécifiquement la bourgeoisie.


La tragédie recule, mais le cartésianisme intello-sensualiste fonctionne encore à merveilles dans les fêtes vénitiennes. Rien n'est si sérieux dans ces amours. Tout y est instabilité, jeux d'apparences et surtout plaisirs sensuels que Carsen rend si bien. Le monde est encore plutôt un chaos dans lequel la mécanique des passions n'a pas tant de profondeurs. On est loin d'une intériorité pure du sentiment. Dans ce chaos, la folie nous invite à profiter de la Fortune lorsqu'elle s'offre à nous !!

Je ne suis pas sûr que ce soit de cette façon, mais il y a effectivement une vision très différente du monde, qui peut nous surprendre, car elle n'est pas forcément aussi sévère ni aussi univoque qu'on se le figure.


Si j'ai bien compris elle pouvait s'offrir lors de trois magnifiques soirées vénitiennes pour vous ?!!

Non, je n'y suis allé qu'une fois, il y avait trop à voir. Mais j'avais bien trois places, pour être certain de ne pas manquer cet événement absolument majeur pour tout amateur du genre !

11. Le mercredi 4 février 2015 à , par Azbinebrozer

Merci pour toutes ces précisions David.

Pour ce qui est de l’embourgeoisement, je ne l’envisageais pas nécessairement en terme sociologique et de public, mais aussi de thèmes.

J’ai tendance à associer la musique savante jusqu’au baroque (et j’abuse probablement…) à une musique idéaliste, religieuse ou noble, qui véhiculerait, notamment par une certaine rigidité tonale, l’idée d’un monde un peu clos, mais idéal. Qui ne laisserait pas trop de place au trivial ?...

Pour les thématiques dans l’opéra français on voit bien tout de même une trajectoire qui part du théâtre classique, autour de valeurs nobles, héroïsme, courage, maitrise du combat… La tragédie lyrique en est une version inversée, relâchée, mais elle s’inscrit encore autour de ces valeurs. Avec l’opéra-ballet, les thèmes s’embourgeoisent nettement. Les combats des fêtes vénitiennes sont des combats de soufflet. Ce n’est pas qu’une pointe de trivialité soit seulement autorisée, c’est qu’elle règne ici.

Le public des opéras-ballet est bien la noblesse mais… complètement embourgeoisée, peu à peu, depuis que les rois ont progressivement installé la noblesse à la cour. Parce qu’elle n’a plus de légitimité, cette noblesse est-elle autre chose qu’une bourgeoisie privilégiée, inutile que l’histoire invalidera ?

12. Le mercredi 4 février 2015 à , par DavidLeMarrec

Ces thématiques légères ont toujours existé dans l'opéra, néanmoins : Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus (un barbon, ridiculisé par des lutins, va boire pour noyer ses peines d'amour), et bien sûr les comédies de Molière pour lesquelles Lully ou Charpentier ont écrit des musiques. L'opéra-ballet se prête bien sûr davantage à ces personnages du quotidien, mais il ne faut pas y voir non plus une nouveauté absolue.

Effectivement, si on élargit l'angle, on peut s'interroger sur cette noblesse qui ne tire plus ses privilèges de la protection assurée (l'impôt était un peu sur le principe du pizzo), et sur la logique qui amène à sa chute (on cite souvent le père de Don Juan chez Molière, qui résume très bien les devoirs d'exemplarité, à défaut d'utilité pratique)… mais je ne suis pas persuadé qu'il existe en lien direct entre cette perspective historique et le goût de la Cour pour le ballet à entrées plutôt que pour la tragédie.

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David Le Marrec


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