Carnets sur sol

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Préromantisme



Que j'aime à voir la décadence
De ces vieux châteaux ruinés,
Contre qui les ans mutinés
Ont déployé leur insolence !
Les sorciers y font leur sabbat ;
Les démons follets s'y retirent,
Qui d'un malicieux ébat
Trompent nos sens, et nous martyrent ;
Là se nichent en mille trous
Les couleuvres, et les hiboux.

(J'ai modernisé pour plus de simplicité le verbe « martirer », mais c'est une liberté dans la mesure où je ne crois pas qu'il ait existé sous cette graphie.)


Saint-Amant, La Solitude (publié dès 1623 dans un roman de Jean-Pierre Camus, et pour la première fois de façon autonome dans le recueil des œuvres de Saint-Amant de 1629)

Ce qui fait effectivement un peu tôt pour du romantisme. On perçoit bien sûr immédiatement la différence entre l'ivresse pastorale de l'un et les vertiges misanthropes des pâles imitateurs illustres descendants ; mais tout de même, toutes les dominantes sont là, en une seule strophe !

Vu son succès, on ne peut douter que ce poème ait été de son temps – il en existe même une traduction latine d'un religieux (Henry Golignac). De même pour les références à d'Urfé aussi bien pour l'Astrée présente dans la dédicace à Alcidon (probablement pour servir de pseudonyme à une personne réelle) que dans la mention des alisiers au bord de l'eau, réminiscence de la Fontaine des alisiers dans La Sireine… Mais le regroupement de tous ces éléments pourrait presque le faire passer pour une traduction d'Eichendorff :

Assoupi là sur le plus haut créneau
Se tient, très vieux, le chevalier fidèle ;
Sur lui l'orage se répand en eau,
Le bois murmure par la grille frêle.

Or alentour, tout est calme et sans bruit,
Tous sont partis pour la vallée limpide ;
Les oiseaux, seuls dans le bois jour et nuit
Chantent, posés sur la fenêtre vide.

(En revanche, j'admets volontiers que mes gribouillages d'après les fleurons romantiques peuvent difficilement passer pour du Saint-Amant.)

(soit :)


Eingeschlafen auf der Lauer
Oben ist der alte Ritter ;
Drüber gehen Regenschauer,
Und der Wald rauscht durch das Gitter.

Draußen ist es still' und friedlich,
Alle sind ins Tal gezogen,
Waldesvögel einsam singen
In den leeren Fensterbogen.

Strophes I et III de Auf einer Burg, poème isolé d'Eichendorff (publié en recueil en 1837).

En tout cas, un petit plaisir que cette surprise, où ne manquent pas, en plus de sa délicatesse propre, les succulences liées à la veine plus célèbre et plus gastronomique du poëte – Le Melon, Le Fromage, Imprécation… On devrait les faire étudier aux petits enfants plutôt que les ronflements des odes à la lune de Musset ou Vigny, je crois.


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