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Condorcet et les mauvais systèmes


Je conserve d'ordinaire ce genre de révélation discutablement lumineuse pour moi-même, mais quelques spécialistes de la question fréquentant ces lieux, peut-être ma remarque me vaudra-t-elle quelques réponses éclairantes.

Lorsqu'on constate que les électeurs n'ont aucune visibilité sur l'utilité arithmétique de leur vote (en l'occurrence, si l'on veut surtout éviter l'un des trois présents au second tour, pour lequel des deux autres faut-il voter ?), on s'intéresse un peu à la solution des systèmes de type Condorcet – pas seulement utopiques, l'Australie a le sien par exemple. Autrement dit, à un bulletin de vote établissant des préférences relatives, ce qui permet de mettre à distance les candidats ou les formations trop clivants.

Tout en me disant que ce serait bien pratique de temps à autre, je vois immédiatement quelques effets pervers :

¶ la favorisation du plus grand consensus, donc le risque d'une absence de prises de position audacieuses, voire de la démagogie (certes, les deux existent déjà largement) ;

¶ beaucoup d'électeurs n'ont pas forcément d'informations sur tous les partis, ce qui signifie que le milieu de leur liste serait hiérarchisé de façon très aléatoire ;

¶ surtout, le risque du dévoiement du système, qui repose sur la bonne foi des électeurs. On ne veut absolument pas tel parti, donc on le met dernier de façon à diminuer son score, en plus de voter pour quelqu'un d'autre, soit. Mais si l'électeur devient stratège (et nul doute que les partis diffuseront très bien ce genre de consigne), il peut être tenté de placer en fin de liste non pas le parti qu'il abomine le plus, mais celui qui est le plus directement en concurrence avec le sien. Donc un parti pas forcément repoussoir ou dangereux, et éventuellement un parti proche des convictions de celui qui vote.
Exemple simple : mettons que je veuille voter pour un parti conservateur. Je mets sur mon bulletin LR en première position, et je devrais mettre en bonne logique LO, LCR, PG et PCF en fin de marche. Mais, dans les faits, le succès de mon suffrage dépend plutôt de la distanciation de partis plus puissants et immédiatement contigus dans le spectre politique : FN, UDF, voire PS. J'ai donc tout intérêt à les mettre le plus bas possible dans mon bulletin, étant donné que LO n'atteindra jamais les 50%.
On peut encore raffiner la finesse, et se dire que les partis trop petits n'auront pas assez d'influence sur le vote : j'irais donc mettre PCF en deuxième position pour ralentir le PS. Sauf que, si tous les électeurs conservateurs appliquent cette logique, le PCF pourrait se retrouver plébiscité, si les électeurs de gauche ont été plus sincères dans l'expression de leurs préférences ! PC premer parti de France.

En fin de compte, le gain de lisibilité, dès que les électeurs se seront emparés de la logique, n'est pas si évident. Certes, ce serait plus ludique (possibilité de « déqualifier » certains partis) et encouragerait peut-être la participation, mais pour le reste, je doute que ce puisse lever les problèmes d'incertitudes autour de ce que l'on appelle le vote utile (les sondages le conditionnant de façon parasite, mais aidant aussi les électeurs à ne pas verser leurs suffrages dans un gouffre sans représentation).

Si des habitués du système Condorcet ont des lumières sur ces questions, qu'ils ne s'en privent pas.


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Commentaires

1. Le dimanche 13 décembre 2015 à , par Olivier

Bonsoir,

N'étant pas un spécialiste des systèmes électoraux, je ne me risque pas à éclaircir le système de Condorcet.
Tout au plus à signaler que la paradoxe de Condorcet est (relativement) connu. Ci-dessous un lien (sur un site intéressant: semblable à CsS -pédagogique-, mais dans le domaine scientifique) sur ce paradoxe
https://sciencetonnante.wordpress.com/2012/04/23/le-paradoxe-de-condorcet/

2. Le dimanche 13 décembre 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Olivier !

Merci. Oui, tout à fait, j'ai conscience de découvrir l'eau tiède, le choix de scrutin est un choix a priori, d'où la difficulté de se mettre d'accord. J'ai lu des expérimentations théoriques qui démontraient que même sans cas extrêmes, le mode de scrutin changeait radicalement les résultats et les vainqueurs d'une élection. Le tout est d'accepter que la règle, valant ce qu'elle vaut, est un code commun qui vaut mieux que rien du tout.

Si j'en ai parlé, c'est que les petites musiques dont nous sommes bercés en ce moment tournent beaucoup autour de la question d'empêcher l'inacceptable – comment éliminer un parti dont on ne veut pas, comment être sûr en somme que son vote ne soit pas dispersé et gâché ? Les sondages, qui conditionnent les votes (et sont discutables en cela) aident sur cette matière, en permettant de se projeter dans les nombres avant l'élection, mais on songe forcément à Condorcet qui permettrait cela.

En déroulant l'écheveau, c'est un peu plus compliqué et repose à nouveau la question de l'efficacité du vote, de la question de l'authenticité et de la stratégie des électeurs, des modes de scrutin les plus vulnérables, etc.

(Je ne me suis jamais expliqué pourquoi, au demeurant, on faisait des doubles tours non majoritaires, usines à pagaille et à distortion depuis la nuit des temps.)

Merci pour le lien, je vais aller voir de quoi d'autre il est question !

3. Le lundi 14 décembre 2015 à , par Diablotin :: site

Oui, sur le principe, mais non dans la réalité : un mode de scrutin non proportionnel, à deux tours, ne permet qu'un maintien conditionnel au second tour, précisément pour éviter l'éparpillement, et les résultats du premier -où justement on se positionne par choix et non par défaut- sont rarement très éparpillés -généralement un duel ou une triangulaire, rarement quatre participants. C'est donc plus facile de se positionner contre un quidam dont on ne veut pas.
A ce titre, les déplacements de voix, ici, sont assez intéressants à analyser, parce qu'ils confortent l'idée qu'au second tour, un grand nombre d'électeurs votent contre tel ou tel plutôt que pour tel autre.

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David Le Marrec

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